
7 septembre 2010 par
De l’anglicanisme à l’Église catholique. C’est un voyage hautement symbolique qu’entreprend en ce mois de septembre le pape Benoît XVI en Angleterre. Il vient béatifier l’homme qui, épris du Christ et de la vérité, entraîna au dix-neuvième siècle, de très nombreuses personnes dans son sillage. Portrait de John Henry Newman, un maître spirituel pour aujourd’hui.
Au menu de ce dossier :
"Les enjeux de la béatification", interview de Grégory Solari par Laurence de Louvencourt.
"Une vie pour la vérité", article du père Keith Beaumont.
"Newman écrivain", article du père Keith Beaumont
Conseiller en patrimoine spirituel
"La guérison de Jack Sullivan", témoignage
Prier avec Newman
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12 août 2010 par
8-25 ans. L’âge de tous les possibles. Mais… dans quelle direction aller pour être heureux et réussir sa vie ?
Quelques bonnes pistes dans ces pages.
Au menu de ce dossier :
L’année est finie, et après ? (p. 16)
Dieu a fait tomber mes chaînes (p. 17)
S’engager pendant l’année (P. 18)
Prendre du temps pour se former (p. 20)
Du temps pour les autres (p. 22)
Et cet été ? (p. 24)
Pour prendre le bon cap (p. 26)
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17 mai 2010 par
Retrouvez le sommaire de ce numéro spécial. D’où vient le suaire de Turin ? Quelle est la différence avec le mandylion ? Quel rapport avec les icônes ? Pourquoi est-ce le tissu le plus célèbre du monde ? Que révèle l’autopsie de l’homme du linceul ? Que signifient ses plaies ? Que dit la science ? Quels témoignages ? A découvrir avec délectation.
SOMMAIRE
4 UN SUAIRE VÉNÉRÉ DEPUIS DES SIÈCLES
6 LINCEUL ET MANDYLION : UN MÊME OBJET ?
8 ICÔNES ET LINCEUL : UN MÊME VISAGE
10 LE TISSU LE PLUS CÉLÈBRE DU MONDE
12 AUTOPSIE DE L’HOMME DU LINCEUL
14 CET HOMME A VÉCU UN VÉRITABLE SUPPLICE
16 IL EST MORT SUR UNE CROIX
18 LA PLAIE DU COEUR
20 LE NAZARÉEN
22 1898 : LES RÉVÉLATIONS D’UN NÉGATIF PHOTO
24 UNE IMAGE AUX PROPRIÉTÉS UNIQUES
26 L’ÉGLISE ENCOURAGE LES SCIENTIFIQUES
27 LA DATATION AU CARBONE 14
29 DES RÉSULTATS CONTROVERSÉS
38 DES SCIENTIFIQUES TÉMOIGNENT
42 UN LINCEUL À CONTEMPLER
54 LE SAINT-VISAGE DE MANOPPELLO
58 EN PRATIQUE
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27 avril 2010 par
Un dossier spécial « Face à l’avortement » : témoignages, analyses, reportages...
Témoignages
Paroles de femmes :
« Il en revient » : 20 ans après l’avortement de sa femme, Michel raconte.
« Rompre la solitude » : Un des nombreux billets postés sur le net après une IVG.
« 3 questions à Clémentine V., conseillère conjugale et familiale »
Souffrance “inter-dite” : même s’il s’affiche en grand dans les campagnes publicitaires, l’IVG est tu. Les femmes parlent, pleurent, déversent leur amertume sur des forums. Les associations, les professionnels entendent le mal-être et l’isolement de beaucoup. Échos.
Sondage sur l’IVG : le grand paradoxe
Début février 2010, le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) sur la contraception, la contraception d’urgence et l’IVG semait le trouble dans l’opinion publique en révélant que 72 % des IVG étaient vécues chez des femmes sous contraceptif. L’Alliance pour les droits de la vie (ADV) a voulu connaître l’avis des Françaises sur le sujet sensible de l’avortement, en commanditant un sondage détaillé à l’IFOP, réalisé du 19 au 23 février 2010 auprès d’un échantillon représen- tatif de 1 006 femmes majeures. Verdict : une très large majorité des femmes se disent attachées à l’IVG, quand dans le même temps la plupart considè- rent que cette pratique est loin d’être anodine. En effet, le sondage révèle que 85 % des Françaises sont favorables à l’IVG. 83 % de ces mêmes femmes sont convaincues que l’avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre. D’autre part, 60 % des personnes interrogées estiment que la société devrait davantage aider les femmes à ne pas recourir à l’IVG. Tugdual Derville, délégué général de l’Alliance pour les droits de la vie, interprète pour nous cette enquête.
Témoignage d’Adèle « Ce n’était pas possible »
Adèle Sabine a découvert sa grossesse alors qu’elle avait tout misé sur sa formation, que son fils aîné était handicapé et que son couple battait de l’aile.
« Mon conseil » par Clémentaine V. Conseillère conjugale et familiale
Que dire à une femme qui pense à l’avortement ?
D’abord je la félicite d’être enceinte, ensuite je lui dis qu’elle a plusieurs façons de faire. Que si elle décide d’accueillir cet enfant elle ne sera pas seule. Elle peut être aidée par des personnes et par la société ; allocations, dispositif légal qui protège les femmes enceintes. Je lui demande si elle pensait avoir des enfants. De quelle vie de famille elle rêve. Ce qu’en pense le père dont on oublie toujours de parler.
Comment peut-elle imaginer sa vie avec ce bébé, le plus concrètement possible (travail, logement, soutien familial)
Le Bercail : le refuge des mamans
Reportage de Magali Michel
Le Bercail aide les femmes enceintes ou accompagnées de leurs enfants. Faire-part de naissance d’un accueil d’urgence.
3 questions à Marion Fesneau-Castaing (IVG Espérance)
Rejoindre les femmes en détresse là où elles sont et notamment sur le web. Tel est l’un des nombreux défis relevés par cette dynamique association.
Quand un tabou est levé
Les professionnels du conseil conjugal et familial ne peuvent que le constater : même caché derrière un sigle, l’avortement n’est jamais un acte banal.
Témoignage - « Une main tendue »
« Mon conseil » par Guillemette Porta accompagnante à Agapa
Après un avortement...
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17 mars 2010 par
Pour l’amour de Dieu
Depuis saint Antoine, qui, au troisième siècle, quitta tout pour aller vivre au désert dans la prière et la pénitence, une longue chaîne ininterrompue d’hommes et de femmes ont choisi la vie monastique. Pour l’amour de Dieu et le salut des hommes.
Au sommaire de ce dossier :
Un renouveau toujours à venir Par Bernard Peyrous, historien… page 16
L’appel des moines Par frère Gilles, moine de Lérins… page 20
La communauté de l’Agneau Reportage par Laurence de Louvencourt… page 21
Portrait de communautés Par Claire Villemain… page 24
News du monde monastique Par Claire Villemain… page 26
Dans ce dossier, les bénédictins, les cisterciens, la famille de Saint Joseph, Les Béatitudes, l’abbaye de Solesmes, la communauté de l’Agneau, les petites soeurs de Béthume, les Fraternités monastiques de Jérusalem, La famille monastique de Bethléem, les franciscains de Cholet, la communauté Saint Jean, les Béatitudes…
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6 décembre 2005 2005 par
Les Écritures nous en parlent, le Credo affirme leur existence, les saints et l’art les évoquent. Mais qui sont ces créatures célestes si présentes à nos existences ?
Pierre Descouvemont
Dans chacune de nos eucharisties, nous nous associons à l’adoration des anges, en évoquant la vision au cours de laquelle Isaïe reçut sa mission prophétique vers l’an 740 avant Jésus Christ. Dieu lui apparut, adoré par tous les séraphins du ciel : « Saint, saint, saint est le Seigneur ! » (Isaïe 6, 1-3). Nos liturgies sont une participation à cette liturgie céleste que décrivent plusieurs passages de l’Apocalypse (5, 11 ; 7, 11). Bien des saints ont joui du privilège de voir les anges s’unissant par la danse et le chant à la liturgie de leur communauté. Les psaumes nous rappellent d’ailleurs leur adoration incessante à nos côtés : « De tout cœur, Seigneur, je te rends grâce. Je te chante en présence des anges » (Psaume 138, 1).
Les Évangiles nous présentent également le Christ sans cesse escorté par les anges, depuis sa naissance (Luc 2, 13) jusqu’à sa tentation au désert (Marc 1, 13) et son agonie à Gethsémani (Luc 22, 43). Mais le Christ refuse le service des légions d’esprits célestes qui n’attendent qu’un signe pour empêcher les soldats de se saisir de lui (Matthieu 26, 53). Quand il ressuscite, c’est un ange qui annonce aux saintes femmes la Bonne Nouvelle (Marc 16) et lorsqu’il reviendra dans sa gloire, il sera encore escorté par les anges qui rassembleront les élus (Marc 13, 26-27) et sépareront les bons des mauvais (Matthieu 13, 49 ; 16, 27 ; Marc 8, 38). Dans nos églises, ils ne cessent d’adorer le Christ présent au très Saint Sacrement de l’autel. L’art baroque aime les représenter groupés autour du tabernacle pour y adorer leur Seigneur. Les anges n’oublient pas que, s’ils ont fait le choix de se prosterner devant Dieu - au lieu de s’affirmer orgueilleusement contre lui, comme les démons - c’est par une grâce qui leur vient du Christ et même, plus précisément, du Corps de Jésus né de la Vierge Marie. On comprend qu’ils se soient donné rendez vous à Bethléem, pour s’incliner devant l’Enfant-Dieu qui venait de naître. Le Corps du Christ est le seul à avoir reçu en plénitude l’Esprit du Père : c’est par Lui qu’Il est répandu chez tous ceux qui veulent bien l’accueillir : les âmes des justes et les « bons » anges.

C’est à cause de ce rôle que la Bible leur donne le plus souvent le nom de messagers (mal’ak en hébreu, aggelos en grec, angelus en latin). Un ange apparaît à Agar en lui ordonnant de retourner vers Sara, sa maîtresse (Genèse 16, 9) ; c’est un ange qui invite Gédéon à délivrer Israël des Madianites (Juge 6, 14), etc. Dieu se sert de ses anges pour instruire les prophètes (Ezéchiel 40, 3) ou leur expliquer des visions symboliques (Zacharie 2, 3). Gabriel annonce à Zacharie qu’il aura un fils béni de Dieu (Luc 1, 13) et à Marie qu’elle sera la mère du Sauveur (Luc 1, 30-31). Parfois ces ambassadeurs sont envoyés par Dieu pour les punir. Les Égyptiens (Exode 12, 23, 29), les Israélites révoltés (1 Corinthien 10, 10 ; Ps 78, 30), David (1 Chronique 21, 12), les Assyriens (2 Rois 19, 35) furent victimes de leur zèle vengeur. Judas Maccabée supplie Dieu d’envoyer un ange pour le délivrer de Lysias (2 Maccabée 11, 6) et de Nicanor (2 Maccabée 15, 23). Les Actes nous racontent enfin comment Hérode-Antipas, le premier persécuteur de l’Église naissante, fut frappé par « un ange du Seigneur » au moment même où le peuple l’acclamait comme un dieu. « Il expira rongé par les vers » (Acte 12, 22-23).
Le cosmos est réglé par des lois précises que la science arrive de plus en plus à décrypter. Mais saint Thomas, bon témoin de la Tradition, pense que les anges sont chargés de veiller sur la bonne marche des astres et des saisons. Dieu pourrait évidemment s’en passer. Néanmoins, dans sa sagesse infinie, il a pensé que l’univers serait plus beau si les créatures qui sont au sommet de la création veillaient sur les créatures qui leur sont inférieures, le cosmos et le monde des hommes. Newman disait des anges qu’ils étaient « les machinistes de l’Univers ». Origène, au IIIe siècle, pensait déjà qu’ils étaient « les serviteurs du Verbe dans l’administration des animaux, des plantes et des astres. » Par voie de conséquence, les anges ne cessent de louer le Seigneur pour la splendeur des créatures matérielles sur lesquelles ils veillent. Dans l’immensité des espaces interstellaires des myriades d’anges louent le Seigneur pour l’ordonnance des galaxies qu’Il ne cesse de créer. « Tout ce qui paraît vide, écrit saint Hilaire de Poitiers, est rempli des anges de Dieu et il n’est rien qui ne soit habité par la circulation de leur ministère. » Et Newman lui faisait écho lorsqu’il déclarait au cours d’un sermon : « Il y a des anges tout autour de nous. » Les anges sont donc les collaborateurs privilégiés de cette mystérieuse Providence qui régit le monde et qui fait tout concourir à notre bien (Romain 8, 28). Une Providence cachée à nos yeux mais qui fait déjà l’admiration de nos frères du ciel. D’où leur sérénité devant les malheurs qui nous frappent mais dont ils voient le rôle dans le plan adorable de Dieu.(...)
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Et aussi... dans Il est vivant ! n°220 - octobre 2005
Qui sont-ils ?
La chute par Frédéric-Marc Balde, prêtre de la communauté de l’Emmanuel
Anges mais... créatures par le Père Descouvemont
Anges gardiens : veillez sur nous ! par le Père Descouvemont
Le triptyque du maître de Moulins par Yves Mathonat, curé de la cathédrale de Moulins
Marie, reine des anges par Vincent Bedon, prêtre de la communauté de l’Emmanuel
4 mai 2006 2006 par
Le 13 novembre dernier, à Rome, Charles de Foucauld a été béatifié. Il est vivant ! a souhaité offrir à ses lecteurs l’opportunité de découvrir ou d’approfondir la connaissance de ce grand maître spirituel du XXe siècle.
Amélie de Menou
Peu de gens peuvent dater leur conversion. Pour Charles de Foucauld, c’est tout le contraire : nous connaissons le jour et quasiment l’heure de sa rencontre avec le Christ.
Dans l’église Saint-Augustin, à Paris, au matin du 30 octobre 1886. Après être plusieurs fois passé dans l’église, en demandant tête haute : « Seigneur si tu existes, fais que je te connaisse », il s’adresse au vicaire, l’abbé Huvelin. Au jeune incrédule qui vient demander insolemment des preuves tangibles de l’existence de Dieu, le prêtre ne donne pas de cours de religion. Car Dieu n’est pas une idée à maîtriser mais une personne à rencontrer. Il l’invite à se confesser et à communier. L’Eucharistie agit directement sur le cœur de Charles, qui comprend de quel immense amour il est aimé. Joie de l’enfant prodigue ! Joie du Berger qui retrouve sa brebis depuis trop longtemps égarée ! « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. » Cette phrase de Pascal prend tout son sens pour celui qui deviendra Frère Charles de Jésus. Car sa connaissance de Dieu est bien antérieure à sa conversion... L’enfance de Charles de Foucauld a été bercée par l’affection de sa mère, fervente catholique. Elle apprît à ses enfants, Charles et Marie (de trois ans sa cadette), à préparer la crèche quand arrive l’Avent, à prier chaque jour, à fleurir la statue de la Vierge Marie pour le mois de mai qui lui est consacré. De formation chrétienne, Charles de Foucauld n’ignore donc rien de l’existence de Dieu. Et paradoxalement, tout lui en est encore inconnu. En 1872, il fait sa première communion, fervent comme le sont les enfants, sans se laisser émouvoir par le sacrement reçu. Dès 1874, il cesse toute pratique religieuse. Révolté sans doute par le décès prématuré de ses parents, Charles considèrera, à 15 ans, n’avoir jamais eu la foi. Commence alors une vie de débauche, rendue possible par les grands moyens hérités de ses parents puis de son grand-père, M. de Morlet.
« Par quel miracle la miséricorde infinie de Dieu m’a-t-elle ramené de si loin ? » se demande-t-il en 1901 dans une lettre adressée à son ami, Henry de Castries. De retour à Paris (après avoir démissionné de l’armée et effectué un long voyage à travers le désert, (voir notre article « au pays de la soif... »), sa sœur et sa cousine, toutes deux prénommées Marie, l’accueillent sans faire allusion à son passé tumultueux. Il écrit à ce propos : « Quand j’étais à Paris je me suis trouvé avec des personnes très intelligentes, très vertueuses et très chrétiennes ; je me suis dit que peut-être cette religion n’était pas absurde. » Grâce à cet accueil sans jugement, l’incroyance fait place au doute et Charles suit les conseils de sa cousine en se rendant à Saint-Augustin, à la rencontre de l’abbé Huvelin, à la rencontre de la Providence divine.
Puissions-nous, nous aussi, croyants ou non-croyants, demander humblement « Seigneur, fais que je Te connaisse » et recevoir le Christ vivant dans son Eucharistie, pour convertir nos cœurs à un plus grand amour, comme Charles de Foucauld a osé le faire, en étant certains grâce à son témoignage de recevoir... en abondance ! (...)
Mon Père, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout, j’accepte tout. Pourvu que ta volonté se fasse en moi, En toutes tes créatures, je ne désire rien d’autre, mon Dieu. Je remets mon âme entre tes mains ; je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, Parce que je t’aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance, car tu es mon Père.
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Et aussi dans Il est vivant ! n° 221 - novembre 2005
Historique : sur les pas de Charles de Foucauld
Évangéliser par notre vie
À la source, l’adoration
Le cœur et la croix
Témoignage de Claude Laugier, comédien, Vivre le Christ de l’intérieur
Témoignage de Mgr Jean-Pierre Cattenoz : Il m’a appris à être un homme de prière
Fraternité des petites sœurs de Jésus « présence de prière, d’intercession, d’amitié »
2 février 2006 2006 par
"Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux." (Matthieu, 19, 23). Difficile et exigeante parole de Dieu : voilà de quoi nous refroidir d’être riche... ou chrétien. Il semble que la religion et l’argent n’aient jamais fait bon ménage. Mais pourquoi diaboliser un mauvais maître qui ferait un si bon serviteur ?
Le père Étienne Perrot est économiste. Auteur de plusieurs ouvrages, il analyse ici comment les religions influencent le regard et les pratiques des croyants dans le domaine pécuniaire.
Notre appartenance à telle ou telle religion influence-t-elle notre manière d’appréhender l’argent ? Certainement oui. Toutefois la religion ne joue pas le rôle exclusif. L’expérience personnelle chahutée par les événements familiaux, l’attitude de nos parents, notre culture, les institutions et les réglementations de notre vie professionnelle, tout cela influence également notre manière d’appréhender l’argent. Parmi toutes ces influences, la religion va jouer plus ou moins selon les sociétés et les cultures. Taïsen Deshimaru, bouddhiste japonais, prétendait que le Zen expliquait la croissance économique du Japon, comme Max Weber expliquait que l’essor du capitalisme venait de l’éthique protestante, comme Alonso Moreno voyait dans la religion catholique la cause de l’essor économique actuel de l’Espagne. Beaucoup pensent en revanche que la religion joue un rôle négatif. Ils invoquent la condamnation du prêt à intérêt par l’islam et le christianisme jusqu’au XIXe siècle, le respect superstitieux de coutumes contre-productives (comme le refus de commercer avec les étrangers, la sacralisation de certains aliments ou animaux). Qui a raison ? Personne. Car tous ces intellectuels font la même erreur : ils isolent la dimension "religion" des autres conditions de la vie économique. C’est l’erreur à ne pas commettre. La religion joue dans un sens ou dans un autre selon son environnement.
Riche et croyant, quel est le point de vue des différentes religions sur cette question ? Si l’on met à part les religions orientales qui visent, non pas à se libérer de l’argent mais à être libre vis-à-vis de l’argent pour être libre d’exercer la compassion, les religions qui dominent aujourd’hui en occident convergent vers une attitude qui fait de l’argent un serviteur pour une meilleure vie en société. Cependant chacune de ces religions en Occident, compte tenu de son histoire, met l’accent sur des points différents.
Comment se caractérise le rapport de nos frères juifs à l’argent ?
Tous les penseurs juifs ont souligné ce qui semble paradoxal pour une tradition
chrétienne prête à glorifier la pauvreté : l’accumulation des richesses entre les mains des patriarches. L’argument est assez convaincant. Le rabbin S.D. Botschko, directeur de l’école supérieure Yeschiva d’Elisabethville déclare que : "La Torah insiste sur le fait qu’Abraham était riche (Gn 13, 2), qu’Isaac était riche (Gn 26, 13-14), et que Jacob l’était également (Gn 30, 43)." Or cette richesse, fruit d’un calcul et d’un effort acharné était le signe de la bénédiction divine. Il explique encore, citant la bénédiction de Dieu envers Abraham (Gn 12,1-2) : "Je te bénirai" signifie "je te bénirai avec de l’argent". Ce qui permet de servir l’argument attendu sur le lien entre l’argent et la communauté puisque la phrase qui suit "je te bénirai" est "je ferai de toi un grand peuple."
En 1998, le rabbin Riveline donne la traduction pratique de ce lien entre argent et communauté. Tout d’abord, la sainteté est compatible avec la richesse. Mieux ! Le travail productif est une obligation religieuse. Le quatrième commandement concernant le repos du Sabbat souligne, par contraste, l’obligation de travailler pendant six jours : "mais le septième jour est un jour de chômage consacré à Dieu" (Ex 20). Certains intellectuels juifs justifient l’adoption par les juifs des métiers de la finance par l’avantage qu’il procure de laisser beaucoup de temps pour l’étude de la Torah. Par ailleurs, le devoir du riche est de donner au moins 10 % de sa richesse au pauvre. Mais jamais plus de 20 % ! Donner moins, c’est voler, donner plus, c’est mettre sa fortune en péril. "Or, s’il est riche, c’est parce que Dieu lui a confié la gestion du monde pour une part plus grande que les autres, et il n’a pas le droit de se dérober à cette mission", commente le rabbin Riveline. Enfin, le riche ne doit pas abuser de la faiblesse de son partenaire, dans le prêt à intérêt comme dans tout commerce.
Et pour les protestants ? Vis-à-vis de l’argent, la sensibilité protestante est très marquée par les circonstances de la Réforme, sans pouvoir s’y réduire. Dans sa dimension publique, la Réforme commence par la dénonciation des indulgences par Luther. Monnayer les indulgences pour trouver l’argent qui permit de construire l’édifice de saint Pierre de Rome, voilà le scandale ! Par ailleurs la méfiance des protestants, Luther en tête, contre les formes de vie monastiques, mendiantes en particulier, n’est pas sans signification. Luther et Calvin ont préconisé l’ouverture des couvents, l’activité dans le monde, le mariage des prêtres, la prééminence de l’action sur la contemplation. Du coup, "les Réformateurs ont adopté une attitude volontariste, activiste et même quelque peu policière à l’égard des vagabonds. Tout le monde, estimaient-ils, devait travailler, et le mendiant qui refusait d’apprendre un métier devait être expulsé de la cité", estime Jean-Pierre Richard.
Bref, les protestants sont sérieux en affaires. Selon Joël Schmidt, chroniqueur au journal Réforme (14/11/1992) : "Être riche est permis, mais l’ostentation est interdite". C’est l’application du précepte de l’apôtre Paul Soyez libres, mais ne scandalisez pas ! Libres, sous-entendu pour faire le bien. La haine de l’argent ne fait pas partie de l’imaginaire protestant. Car l’éthique protestante conduit à désacraliser le monde. Ce qui donne à chacun la responsabilité du maintien et de l’embellissement de la création. Libre à lui de la faire fructifier pour le profit de tous.
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Dans la rubrique Dossier de ce même numéro...
Le point sur les finances de l’Église par Monseigneur Laurent Ulrich
Jésus et l’argent, par les évêques de France
À l’école de Jean Pliya : Donner comme un enfant de roi
Les offrandes de messe, par Jean-Baptiste Édart, prêtre.
"Cherchez d’abord le royaume de Dieu...", par Jeanne et Bernard
Le Vatican est-il riche ? par Bernard Peyrous
Donner de l’argent de poche, par Laurent Albisetti, Laurent Mortreuil et Raymond Balmès.
3 février 2006 2006 par
La question traverse le cœur de l’homme depuis la nuit des temps. Pourquoi la souffrance qui frappe aveuglément, pourquoi la mort de l’innocent, pourquoi, en définitive, ce mal qui meurtrit nos vies ? Face aux épreuves de toutes sortes, individuelles ou collectives, il arrive que notre foi vacille alors même que le Christ nous a, par toute sa vie, dévoilé le vrai visage de Dieu : celui d’un Père très aimant.
Quelle est la réponse de Dieu dans nos souffrances ?
Réponse du père Jacques Lacourt, auteur du livre Délivre nous du mal. (Propos recueillis par Marine Soreau)
Vous avez particulièrement réfléchi à la question du mal et de la souffrance. Face à ce mystère, selon vous, comment réagir ?
Il faudrait l’exquise délicatesse des infirmières pour traiter cette question. Devant une personne qui souffre, mieux vaut une présence discrète et affectueuse que des explications philosophiques ou religieuses. Mon ministère m’a amené à rendre visite à de grands malades dans d’importants hôpitaux anglais et américains. Mon premier cas a été, à Londres, de redonner courage à un jeune étudiant français après sa tentative de suicide, et bien d’autres ensuite... Pourquoi tant de douleurs ?
Le Christ s’intéresse-t-il aux souffrances des hommes ?
Et comment ! Ce qui me frappe, à la lecture des Évangiles, c’est que Jésus a affronté la souffrance des autres au point d’en être lui-même affecté. Il est passé en faisant le bien, guérissant sur sa route tous les blessés de la vie, ému aux larmes devant leur détresse. Bien plus, il s’est fait solidaire de nos souffrances. Il ne s’est jamais servi de son pouvoir divin pour se dispenser de souffrir physiquement et moralement.
Un tableau célèbre de Brughel l’ancien (XVIe siècle), le Portement de croix, représente un immense bouquet de fleurs, chacune évoquant un aspect de la souffrance humaine : une femme portant son fils inerte dans ses bras, un condamné à mort, tout un inventaire des peines des hommes. Or, parmi tous ces médaillons, perdu dans la masse, il y a Jésus portant sa croix. Le peintre avait compris que désormais le Christ est l’un de nous dans la commune souffrance. Ce faisant il a brisé la solitude de notre malheur. Désormais tout homme qui a faim, qui est malade, sans abri est le visage du Fils de l’homme (Mt 25).
Que nous révèle la croix du Christ ?
À la folie de la révolte contre le mal et la souffrance, il n’est d’autre réponse que la folie de la croix. Le Christ est allé le plus loin possible pour être avec nous quand nous-mêmes ne sommes plus avec nous. Aussi longtemps qu’un homme s’éloignera de la croix de Jésus Christ, il ne trouvera aucune réponse à la question de la souffrance.
À quelqu’un qui souffre, j’ai envie de dire : "Regarde le Christ dans sa face et tu verras comme il t’aime. C’est pour toi qu’il a versé telle goutte de son sang. Sa croix révèle un amour qui va jusqu’au bout et est aussi le miroir de tes péchés puisque Jésus s’est livré en victime pour nous en mériter le pardon. Aussi bas que tu puisses tomber il y aura Jésus portant sa croix prêt à prendre la tienne ! Que de saints dans l’histoire de l’Église ont trouvé force et consolation auprès de cette croix. Marie elle-même se tenait debout au calvaire, méritant ainsi de devenir consolatrice des affligés, notre Mère."
Mais comment peut-on comprendre la souffrance ?
Elle restera un mystère c’est-à-dire une réalité que l’intelligence ne peut cerner. Déjà, Job, l’innocent, demandait une réponse au pourquoi de sa souffrance non méritée. Ses amis, selon la mentalité du temps, et aussi la nôtre, liaient la souffrance à la faute : "Tu souffres parce que tu as péché." Jésus, dans l’épisode de l’aveugle-né est venu briser cette équation (Jn 9).
Beaucoup de souffrances humaines sont certes liées à un mauvais usage de la liberté, l’homme faisant du mal à l’homme et à lui-même, par méchanceté, égoïsme ou imprudence. Il demeure une part d’inexplicable : la souffrance de l’innocent, les victimes de catastrophes imprévisibles, le "Pourquoi moi ?"
Jésus sera l’innocent condamné qui lancera aussi du haut de sa croix : Pourquoi ? Sans désespérer de l’amour de son Père silencieux en qui il remettra avec confiance sa vie.
Il n’y aura jamais de réponse exhaustive à ce mystère. Jésus a voulu se rendre présent à notre souffrance pour donner de l’intérieur fécondité apostolique et sens à ce qui était en soi un non-sens. Aussi celui qui unit ses souffrances inévitables à celles de Jésus leur confèrent, dans la communion des saints, une portée spirituelle pour lui et les autres. Si Dieu permet ce qui nous paraît être un mal, c’est qu’il est seul capable d’en tirer un plus grand bien, dit le Catéchisme de l’Église catholique (n° 324).
Alors comment tirer un bien d’une souffrance ?
"Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous donnerai le repos (Mt 11, 28)". L’expérience montre que c’est vrai. "J’ai dit oui à Jésus lors de ma profession religieuse, m’a dit une carmélite, je ne vais pas lui dire non maintenant que je meurs du cancer." Ce n’est pas la souffrance qui sauve mais l’amour dans et malgré la souffrance.
Notre victoire, c’est notre foi : elle nous rend lucides sur la condition humaine, nous prémunit contre le désespoir, nous rend compatissants aux malheurs des autres et nous assure que la souffrance et la mort elle-même seront définitivement vaincues dans le Royaume du Christ ressuscité, où Dieu essuiera toutes larmes de nos yeux (Ap 21, 4).
Mais le mal est déjà vaincu. Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? Rien grâce à Celui qui a voulu se servir de la souffrance humaine pour nous montrer son amour (cf. Rm 8, 35-39). La souffrance n’est pas faite pour être expliquée mais pour être combattue. Le chrétien se doit, au nom de sa foi, d’être aux avant-postes de ce combat avec ses frères humains de bonne volonté.
Si le XVIIIe siècle est surnommé "siècle des Lumières", il demeure toutefois une zone
d’ombre irrésolue par les philosophes qui en ont jalonné la réflexion : le scandale constitué par la survenance du mal dans un monde voulu et aimé de Dieu.
Par Paul Clavier
La nouvelle du tremblement de terre qui venait de ravager en 1755 la ville de Lisbonne secoua l’Europe tout entière. Aujourd’hui, c’est le souvenir de la Shoah ou les images récentes du Tsunami qui posent question. Peut-on continuer à dire avec sainte Thérèse de Lisieux que "Tout est grâce" ?
Par Pierre Descouvemont, prêtre
Victoria, 25 ans, est une toute jeune baptisée. Elle a fait ce pas décisif dans la foi au cœur même de l’épreuve de la maladie.
Témoignage
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Dans la rubrique Dossier de ce même numéro 224...
Je puise ma force dans la prière, témoignage du père Antoine Kitandja-Lokavu atteint de drépanocytose.
Du déni à l’acceptation, par Béatrice Paillot, médecin gériatre
Apprendre la compassion (livre : Aimez jusqu’au bout d’Odile Terra), par Amélie de Menou
Le courage de se relever ! Par Carine qui a passé six mois de mission en Indonésie, à la suite du tsunami.
29 mars 2006 2006 par
Certains les voient comme des “fonctionnaires de Dieu” et d’autres vont même jusqu’à annoncer leur disparition. Mais comment l’Église pourrait-elle vivre encore sans prêtre ? Alors, qui est le prêtre ? Quelle est sa spécificité ? Que peut-on comprendre de son ministère et... de son mystère ? À travers réflexion, analyse et témoignages, réponse à ces interrogations dans l’air du temps.
On ne peut comprendre qui est le prêtre si on ne saisit pas d’abord le mystère de l’Église. Il s’agit aussi de s’interroger sur la mission du prêtre au cœur même de cette Église. On a de ce sujet une vue souvent déformée. Il semble donc intéressant de considérer d’abord les diverses manières dont l’Église se définit.
Précisons d’emblée que l’Église catholique n’est pas une organisation : elle est organisée, ce qui est très différent ! L’Église est souvent considérée de l’extérieur et c’est ainsi que les médias la présentent. Elle a un personnel, des bâtiments, des actes de culte, le tout au service d’une doctrine et d’une manière de se situer dans le monde. Pour que ce système fonctionne, il faut des permanents, que sont les prêtres. Ils sont alors vus comme des employés à plein-temps, une sorte de chefs, d’organisateurs. Bien sûr, l’Église est une réalité bien plus profonde. Mais qu’est-elle, au juste ?
Parmi les images de l’Église utilisées depuis le concile Vatican II, en particulier par Jean Paul II et son collaborateur d’alors le cardinal Ratzinger, retenons celle de l’Église, sacrement du salut. Un sacrement est un geste visible qui communique une grâce invisible. Ainsi, au baptême, on verse de l’eau en disant certaines paroles : c’est la partie visible. Mais en cet instant, est aussi communiquée une grâce invisible : la présence du Christ dans l’âme du nouveau baptisé.
La notion de sacrement peut être étendue. On dit ainsi du Christ qu’il est le Sacrement du Père, en ce sens qu’il montre et communique le Père. On dit aussi que l’Église est le Sacrement du salut, parce que l’Église montre et communique le Christ et le salut aux hommes. Elle n’existe que pour le salut des hommes et donc, pour leur annoncer cette Bonne Nouvelle. Toute l’Église doit être organisée et pensée en vue de cette mission.
Le salut est aussi apporté à l’humanité par les sept sacrements, en particulier l’Eucharistie. La présence de Jésus dans l’hostie est une réalité tellement essentielle qu’on peut dire que l’Eucharistie est comme le centre du monde. Le monde ne le sait pas, mais Dieu est au milieu de lui, présent, agissant, grâce à l’Eucharistie. C’est pourquoi Dieu a inventé le sacerdoce. Les prêtres sont des chrétiens qui donnent leur vie pour le salut du monde. Dans ce but, ils sont rendus capables de rendre le Christ présent au milieu des hommes par le moyen des sacrements, spécialement de l’Eucharistie. De cette tâche découlent celle d’enseigner la vérité de la foi et d’être de bons bergers pour le peuple chrétien.
Le prêtre n’a donc rien d’un fonctionnaire de Dieu. Il est plutôt un homme au service d’une réalité invisible, un intermédiaire entre les réalités de la terre et celles du Ciel, le tout au service de l’Église, sacrement de salut pour l’humanité.
D’autres images de l’Église aident à définir le prêtre. Ainsi l’Église peuple de Dieu, l’Église corps mystique, l’Église communion, ou l’Église famille.
Une autre image, assez mystérieuse mais pleine de sens, est celle de l’Église Épouse du Christ. Dans un mariage, qui est l’unité la plus profonde que l’on peut vivre sur terre, existe une unité de volonté des époux. Ce que veut l’époux, l’épouse le veut aussi, et réciproquement. Ainsi, l’Église ne veut pas d’autre chemin ni d’autre volonté que le Christ. Par cette union des volontés, on peut dire que l’Église est l’Épouse du Christ. Dès lors, on peut affirmer aussi que le prêtre est l’époux de l’Église. Il ne poursuit pas d’autre but que celui de l’Église, d’autre chemin que celui qu’elle indique.
Cette vision du prêtre comme homme de l’Église est belle et profonde. Trop mystique ? Pas du tout. Les conséquences pratiques sont nombreuses. Et elle nous oblige à revoir notre propre vision. Ainsi, la vraie question n’est pas : "À quoi sert le prêtre ?" mais : "Le prêtre, qui est-il ?". Qui est-il dans la profondeur, l’intimité de son être et de son appel ?
Nous ne pouvons que constater alors que nous nous trouvons devant un mystère, un beau mystère, qui est celui de l’amour du Dieu invisible pour notre monde visible. Bernard Peyrous, prêtre
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Et aussi dans Il est vivant ! n° 225 - mars 2006
Le prêtre, Jésus au milieu de nous, par André Daigneault
Curé de Notre-Dame des Algados, par Laurence Meurville
"Le célibat ? Une réponse à un Amour fou !" par Cédric, prêtre
Le célibat, don de Dieu au service de l’Église. par Yves Le Saux
Curé de campagne : un sacerdoce !
Famille, quelle place donner aux prêtes ?
Quels prêtres pour demain ? extraits de Benoît XVI recevant les prêtres et les séminaristes du séminaire du diocèse de Rome
10 avril 2006 2006 par
Le 2 avril 2005, Jean Paul II nous quittait. Le monde entier faisait alors mémoire de cet infatigable pèlerin de la paix. On a vu et revu les images heureuses ou douloureuses de son long pontificat. Parmi les dernières et les plus marquantes, celles de son silence.
Par Mgr d’Ornellas
Le dimanche de Pâques 2005, à l’Angélus, Jean Paul II est apparu à sa fenêtre sur la place Saint-Pierre. Une brève allocution était préparée. Il ne put la prononcer et demeura silencieux, la douleur figeant son visage. Les images de cet instant firent le tour du monde. Elles furent les dernières de ce pape qu’on appela vite "Jean Paul II le Grand".
Jean Paul II n’avait pourtant pas fini d’adresser à l’Église et au monde une ultime parole. C’est le samedi 2 avril 2005 au soir, qu’il la prononça, "non loquendo sed moriendo" - non en parlant mais en mourant, comme le rappelle la liturgie des saints innocents.
Les chrétiens ont peut-être remarqué que le pape mourait à la vigile du jour qu’il avait institué pour célébrer la Miséricorde divine. Cependant, si, grâce aux médias, le 2 avril 2005 fut remarqué dans le monde entier, peu comprirent qu’une parole fut prononcée ce jour-là sur la miséricorde.
Pourtant, cette ultime parole ne demeure-t-elle pas celle du successeur de Pierre, chargé de "confirmer" ses frères dans la foi (cf. Lc 22, 32) ? Le pape qui donna une encyclique sur Dieu riche en miséricorde meurt le jour qu’il a consacré à la Divine Miséricorde. Quel est le sens de cette "parole" sur la miséricorde ?
Jean Paul II eut une vive conscience du service universel de sa charge de successeur de Pierre. Il a confié que ses deux premières encycliques (Le Rédempteur de l’homme et Dieu riche en miséricorde) venaient de son expérience pastorale en Pologne. Quelle est cette expérience polonaise ?
D’abord la Seconde Guerre mondiale. Il en a souvent parlé comme d’une expérience personnelle. Ouvrant l’année 2000, il s’adresse aux ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège : "Celui qui vous parle a été le compagnon de route de plusieurs générations du siècle qui vient de s’achever. Il a partagé les dures épreuves de son peuple d’origine comme les heures les plus sombres vécues par l’Europe." Faut-il rappeler les dates ? Le 1er septembre 1939, le jour où les troupes du troisième Reich envahissent la Pologne, Karol Wojtyla a dix-neuf ans. Comment sa mémoire ne serait-elle pas habitée par ce drame inouï qui s’est abattu sur l’homme du vingtième siècle ? Devenu successeur de Pierre, il ne peut oublier qu’il vient de cette Pologne. Mieux, son expérience de fils de la Pologne devient par là même un bien de l’Église universelle.
Jean Paul II a mûri sa réflexion en Pologne où le mal a déferlé avec une violence inouïe : comment arrêter le mal ? Qui s’opposera au mal ? La réponse est claire : la Miséricorde ! Elle lui est donnée par une humble religieuse de Pologne.
L’ancien séminariste, prêtre et évêque de Cracovie appréciait particulièrement sœur Faustine. Au soir de sa vie, il fit part de sa proximité spirituelle avec elle : « Jésus, j’ai confiance en toi ! Telle est la prière simple que nous a enseignée sœur Faustine et, qu’à chaque instant de la vie, nous pouvons avoir sur les lèvres. Combien de fois, moi aussi, en tant qu’ouvrier et étudiant, puis en tant que prêtre et évêque, à des périodes difficiles de l’histoire de la Pologne, ai-je répété cette simple invocation, en constatant son efficacité et sa force." Hélène Kowalska, devenue sœur Marie-Faustine du Très Saint Sacrement, meurt à l’âge de trente-trois ans, le 5 octobre 1938. Karol Wojtyla a alors dix-huit ans. Dans son journal, elle attribue un souhait à Jésus : "a fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques." Le 18 avril 1993 et le 30 avril 2000, c’est-à-dire le premier dimanche après Pâques, Jean Paul II la béatifie puis la canonise. En 1997, il est en Pologne devant le tombeau de la bienheureuse Faustine : "C’est d’ici qu’est parti le message de la Divine Miséricorde que le Christ lui-même a voulu transmettre à notre génération par la bienheureuse Faustine. [...] Le message de la Miséricorde m’a toujours été cher et familier. C’est comme si l’histoire l’avait inscrit dans l’expérience tragique de la Seconde Guerre mondiale. En ces années difficiles, il a été mon soutien particulier et une source inépuisable d’espérance, non seulement pour les habitants de Cracovie mais pour toute la nation. Telle a été aussi mon expérience personnelle, que j’ai apportée avec moi sur le Siège de Pierre et qui, en un sens, dessine l’image de ce pontificat."

Au cours de son homélie pour la canonisation de sœur Faustine, Jean Paul II dévoile son intention : "Jésus s’incline sur toutes formes de pauvretés humaines, matérielles et spirituelles. Son message de Miséricorde continue de nous atteindre à travers le geste de ses mains tendues vers l’homme qui souffre. [...] Je le transmets à tous les hommes pour qu’ils apprennent à connaître toujours mieux le vrai visage de Dieu et le vrai visage de leurs frères."
Plus loin, le pape souligne qu’ "il est important que nous recevions entièrement le message qui provient de la Parole de Dieu en ce deuxième dimanche de Pâques qui, désormais, dans toute l’Église, prendra le nom de “dimanche de la Miséricorde Divine”." Que dit la Parole de Dieu ? La lecture de la Bible apporte une telle lumière sur la Miséricorde !
Le livre de l’Exode dans l’Ancien Testament rapporte cette découverte de Moïse : Dieu est "miséricordieux" (ch. 34). Le peuple d’Israël a ainsi prié son Dieu (psaumes 51, 86, 102, 103, 111, 145). Jésus explique mieux que personne cette Miséricorde dans la parabole de l’enfant prodigue. Mais c’est surtout par ses actes qu’il en témoigne. Sa croix révèle "totalement" la miséricorde.
Jean Paul II nous a demandé de relire la Bible pour y découvrir le vrai sens de la miséricorde : elle "valorise" et "promeut" chaque personne. Elle fait passer de la mort à la vie. Le pardon de Dieu n’humilie pas mais relève avec amour. Il n’oublie jamais que chaque homme est son enfant bien-aimé ! Le pape nous invite alors à devenir miséricordieux les uns envers les autres. Loin d’humilier ou d’offenser le faible, l’attitude de miséricorde est réciproque. Elle crée des relations authentiques où chacun est valorisé et... heureux. "
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29 mai 2006 2006 par
Le Da Vinci quizz. Dans son introduction intitulée « Les faits », Dan Brown affirme que "toutes les descriptions de monuments, d’œuvres d’art, de documents et de rituels secrets évoqués sont avérées." Mais qu’en est-il vraiment ? Info ou Intox ? Dix questions pour tester vos connaissances.
1 . Le prieuré de Sion est une société secrète créée en 1099 par Godefroy de Bouillon et dont la mission est de protéger le Graal (chap. 37).
2. On trouve à la Bibliothèque Nationale de France des « dossiers secrets » retraçant l’histoire du Prieuré de Sion et de ses membres (Da Vinci Code, les faits et chap. 48).
3. Les Templiers ont été exterminés sur ordre du Vatican (chap. 37).
4. Le Graal est la descendance du Christ, née de l’union entre Jésus et Marie Madeleine (chap. 58).
5. Les moines de l’Opus Dei portent la soutane (chap. 29).
6. La symbolique religieuse est enseignée à l’Université Harvard (chap.1) et la cryptologie au Royal Holloway Institute, département de Sécurité de l’Information, à l’Université de Surrey (chap. 9).
7. La pyramide du Louvre comporte 666 losanges de verre, chiffre associé à Satan (chap. 4).
8. La ligne de laiton qui traverse l’église Saint-Sulpice pour rejoindre un grand obélisque corres pondant au méridien de Paris et prouve la survivance d’un temple païen (chap. 22).
9. En trois cents ans, cinq millions de femmes ont été brûlées sur le bûcher par l’Église (chap. 47).
10. Dans le tableau la Cène de Léonard de Vinci, le personnage placé à la droite de Jésus représente Marie Madeleine (chap. 58).

Calculez le nombre d’Info et d’Intox que vous avez obtenu.
Vous avez moins de 3 "Intox" : Vous devriez payer un coup à boire à la personne qui vous a donné ce dossier parce qu’il va vous en apprendre beaucoup ! Crédule, un brin naïf, vous vous êtes laissé emporté par la "Da Vinci vague" qui a balayé toutes vos connaissances historiques, culturelles et religieuses. Ce n’était pas l’eau salutaire qui fait pousser les fleurs des champs mais bel et bien celle qui détruit tout sur son passage ! Ce véritable « tsunami culturel » vous a même rendu incapable de distinguer un bon roman de gare d’un manuel d’histoire ou de la Sainte Bible ! Allons, consolez-vous, vous avez au moins fait un heureux : grâce à vous, Dan Brown voyage en First Class !
Vous avez entre 4 et 7 "Intox" : À vous, on ne la fait pas ! Vous n’avez peut-être pas lu la Bible en entier, vous n’avez certes pas connu Léonard de Vinci de son vivant, vous n’avez sans doute pas étudié la symbolique religieuse à Harvard (!) mais vous savez repérer les inepties là où elles sont criantes. Ce n’est pas si mal. Allez, encore un petit effort, la vérité n’est pas loin...
Vous avez plus de 8 "Intox" : Bravo ! À "Qui veut gagner des millions", vous auriez certainement empoché le jackpot et à "Questions pour un champion" l’encyclopédie en 45 volumes ! Vous avez peut-être lu le Da Vinci Code sur la plage ou dans la salle d’attente de votre médecin, sachant que cette littérature ne méritait pas mieux. Si vous allez voir le film, c’est par simple curiosité cinématographique, parce qu’il faut l’avouer : Ron Howard avait magnifiquement réalisé "Un Homme d’Exception"... Mais une chose est sûre : le gloubi-boulga gnostique, très peu pour vous ! Vous maîtrisez l’histoire et la culture sur le bout des ongles.

1. Le prieuré de Sion, société secrète créée en 1099 et dont la mission est de protéger le Graal (chap. 37).
Le Prieuré de Sion est une association loi 1901, dont les statuts ont été déposés le 25 juin 1956 à la sous-préfecture de Saint-Julien-en-Genevois (74) par Pierre Plantard, antisémite notoire, activiste sous Vichy. Plantard a avoué devant la justice en 1992 avoir créé de toutes pièces cette société secrète, censée le mettre sur le trône de France en tant que descendant de Jésus Christ et de la dynastie mérovingienne.
2. Des dossiers secrets retracent l’histoire du Prieuré de Sion et de ses membres (Da Vinci Code, Les faits et chap. 48).
Pierre Plantard avait soigneusement préparé son complot... En 1950, avec ses deux complices, Philippe de Cherisey et Gérard de Sède, il fabrique des faux parchemins détaillant sa royale ascendance mérovingienne ainsi que la fondation et la liste des grands maîtres du Prieuré de Sion (Isaac Newton, Léonard de Vinci, Botticelli, Victor Hugo, Nostradamus, etc.). Accusé de fraude pour avoir falsifié des documents historiques, il reconnaît sa supercherie et avoue être allé placer lui-même ces faux documents dans des bibliothèques de France et à la Bibliothèque Nationale.
3. Les Templiers exterminés sur ordre du Vatican (chap. 37).
Créés vers 1120 pour être les gardiens du Saint Sépulcre à Jérusalem, les Templiers sont des moines soldats, exemptés de taxes pontificales dès 1199. Comme les templiers ne font pas la guerre, les soldats leur laissaient souvent de quoi subvenir aux besoins de leur famille pendant les batailles. C’est ainsi que s’est constituée leur richesse. La disparition de l’ordre est due à sa dissolution par le Saint-Siège (qui se tenait alors au Palais du Latran et non au Vatican !) en 1311 et à leur retour dans leurs pays d’origine. En France leur « trésor » fait des jaloux et ils sont accusés de tous les vices (homosexualité, occultisme...) et exterminés selon la volonté de Philippe le Bel.
4. Le Graal et la descendance du Christ...
Le Graal est un mythe celtique apparu au IIIe siècle. Cette légende aurait sans doute disparu dans un pays en voie de christianisation si elle n’avait été habillée d’oripeaux chrétiens, notamment par le récit de Chrétien de Troyes au Xe siècle. Le Graal serait une coupe dans laquelle aurait été recueilli le sang de Jésus, mort sur la Croix. Cependant, aucune tradition dans l’Église ne reprend cette thèse, c’est pourquoi elle ne s’est jamais prononcée à ce sujet. Au Moyen-Âge, les prêtres ne connaissaient pas le Graal, cette idée circulait dans des réseaux parallèles, occultes, hors du contexte ecclésial.
5. Les moines de l’Opus Dei portent la soutane (chap. 29).
Pour la bonne et très simple raison qu’il n’y a pas de moines dans l’Opus Dei ! Un moine est un homme qui se retire du monde actif pour mener une vie de prière, or l’Opus Dei n’est pas un ordre religieux, mais une association fondée en 1928 pour aider les laïcs à vivre saintement leur vie sur terre. Les "numéraires" de L’Opus Dei sont tous des laïcs et non des religieux.
6. La symbolique religieuse enseignée à l’Université Harvard (chap.1) et la cryptologie au Royal Holloway Institute (chap. 9).
Le département de symbolique religieuse de l’Université de Harvard n’existe pas... Pas plus que celui de Sécurité et Information de l’Université de Surrey dont Sophie Neveu est diplômée. Après tout : ce n’est qu’une fiction !
7. Les 666 losanges de verre de la pyramide du Louvre (chap. 4).
Elle comporte très exactement 673 facettes... En comptant patiemment, on y arrive !
8. La ligne de laiton qui traverse l’église Saint-Sulpice prouve la survivance d’un temple païen (chap. 22).
Ce n’est qu’un "gnomon", instrument astronomique qui permettait de fixer la fête de Pâques, solstices et équinoxes. Œuvre des astronomes H. de Sully et P.-C. Lemonnier, il est achevé en 1743. "Ce qui est intéressant, c’est que le clergé ait accepté cette démonstration dans l’église Saint-Sulpice, se montrant ouvert aux progrès de la science et aux techniques", explique Michel Guiard, historien de l’art et de l’architecture. La ligne de laiton n’a rien à voir avec le méridien de Paris. Quant au temple païen, aucune archive n’en fait mention. En revanche, "les vestiges sur lesquels l’église repose attestent d’une présence chrétienne dès 1211", souligne M. Guiard.
9. Cinq millions de femmes brûlées sur le bûcher par l’Église (chap. 47).
Ce qui équivaudrait à une moyenne de 1700 femmes brûlées par an ! Une aberration. En effet, sur les 120 000 procès de l’Inquisition espagnole (réputée la plus sévère en Europe), 59 ont abouti à une condamnation à mort, certaines exécutées par contumace en brûlant des mannequins. On sait que les accusés préféraient être jugés par le tribunal de l’Inquisition plutôt que par un tribunal civil. Il était jugé plus clément : il est vrai que sur les 100 000 procès pour sorcellerie des tribunaux civils d’Europe, 50 000 ont abouti à une condamnation à mort.
10. Marie Madeleine, douzième apôtre dans La Cène de Léonard de Vinci (chap. 58).
Il s’agit de l’apôtre Jean. Mais l’histoire de l’art a ses règles : saint Jean a toujours été représenté comme un très jeune homme, presque adolescent. Certes le personnage est très féminisé, mais c’est le style de Léonard de Vinci. Ce que confirme Dan Brown lorsqu’il affirme à propos de Mona-Lisa : "Elle n’est ni masculine, ni féminine. Elle dégage une impression d’androgynie très subtile. Elle est fusion des deux aspects". Ajoutons que le personnage visé n’a pas une once de poitrine, contrairement à ce qu’insinue Sophie en s’écriant : "Les longs cheveux, les petites mains fines, la poitrine légèrement arrondie, la courbe gracieuse du cou, l’expression retenue... Sophie n’en croyait pas ses yeux. ”C’est une femme”" (chap. 58).
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Et aussi dans Il est vivant ! n° 227 - mai 2006
Une nuit au musée du Louvre - par Amélie Jeanson
Les raisons d’un succès - Par Marine Soreau
Ce qui ce cache derrière le Da Vinci Code - par Marine Soreau
Jésus et Marie-Madeleine mariés ? - par Marine Soreau. et l’avis du Père Verlinde auteur du livre "les impostures antichrétiennes"
Les évangiles sont-ils fiables ? - par Amélie Jeanson
Jésus : cet homme est-il Dieu ? - par Amélie Jeanson
Le point sur l’Opus Déi - par Emma Deverny
Annoncer l’Évangile avec le Da Vinci Code, c’est pssible !- par Marine Soreau
et toujours, l’avis de l’expert..
5 juillet 2006 2006 par
Dieu ne cesse d’appeler des hommes à devenir prêtres, affirment avec conviction dans ce dossier le cardinal Philippe Barbarin et Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Pourtant, en France, les chiffres ne sont pas brillants et les candidats ne semblent pas se bousculer aux portes des séminaires. Que faire alors pour aider les jeunes à entendre cet appel et à y répondre avec détermination, pour leur plus grande joie ? Il est vivant ! propose ici quelques pistes. Par le Cardinal Philippe Barbarin.
"Est-ce que Dieu appelle ?" Quelle question ! Il ne fait que cela. Il suffit de parcourir la Bible pour s’en rendre compte. "Oui, mais est-ce encore vrai aujourd’hui ? Tout a tellement changé !" Là, il faut faire un bon accès de colère contre l’adverbe “encore”. Lorsqu’il s’agit des hommes, il est compréhensible... Mais au sujet de Dieu ! Cesse-t-il d’être Père et créateur, parce que nous ne nous comportons pas comme ses enfants ? Cesse-t-il de nous aimer parce que nous l’avons déçu en oubliant nos promesses ? Change-t-il parce que nous sommes inconstants ?
Nous avons tôt fait de nous plaindre auprès de Dieu. Et nous voilà en train de lui faire des reproches. Vieille affaire, déjà présente durant l’épreuve de la traversée du désert (Exode 16, 1-3). "Vous dites : “La manière d’agir du Seigneur n’est pas juste.” Écoutez donc, maison d’Israël : est-ce ma manière d’agir qui n’est pas juste ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ?" (Ezékiel 18, 25). Autre raison de se fâcher contre l’adverbe “encore”. Quand la mentalité ambiante est devenue le "prêt-à-penser" général, tout ce qui existait auparavant est considéré comme obsolète : "Vous y croyez encore ? Vous vous confessez encore ! Vous allez encore à la messe tous les dimanches ?" - Oui, et plus que jamais ! Ce n’est pas la culture télévisuelle, mode 2006, ou les galéjades déversées sur le marché par le Da Vinci Code qui vont rendre caducs les enseignements du Messie.
Sans comprendre tout ce que dit et demande le Seigneur, nous reprenons sans hésiter les mots de Pierre :
"Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle" (Jean 6, 68). Les paroles du Christ traverseront les siècles et les cultures, les aléas de nos infidélités ou des persécutions.
Donc, Dieu appelle. Du sein du buisson ardent, il s’adresse à Moïse : "Dieu l’appela : “Moïse, Moïse !”, et il répondit : “Me voici” » (Exode 3, 4). Pour donner au monde le nouveau Moïse, il s’adresse à la toute Sainte : "Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu" (Luc 1, 30). Sa réponse sera la première étape de notre salut : "Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi selon ta parole" (verset 38).
Quand l’homme s’égare, Dieu appelle : "Il appela l’homme : “Où es-tu ?", dit-il. “J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur...” » (Genèse 3, 9-10). Ah, la peur ! On la retrouve partout, elle paralyse tout. Le Ressuscité essaie de nous en délivrer, à chacune de ses apparitions.
Pour la mission, Dieu appelle. "J’entendis la voix du Seigneur qui disait : “Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ?” Et je dis : “Me voici, envoie-moi” ", dit Isaïe, tout tremblant quelques instants plus tôt : "Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis un homme aux lèvres impures" (Isaïe 6, 8 et 5). Et pour lancer les messagers de la nouvelle Alliance qu’il associe à son aventure, Jésus "appelle à lui ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui..." (Marc 3, 13).
Le Père nous appelle, comme il a appelé son Fils. Depuis le baptême, nous sommes greffés sur la vie de son Fils. Il nous appelle pour nous faire sortir de nos esclavages ou de notre égoïsme..., de notre "Égypte". Nous irons vers la terre promise, entraînant les hommes à mettre résolument le cap vers l’immense espérance promise à tous, celle de la Résurrection. Où donc est le problème ? Chez nous, bien sûr, car c’est un appel qui coûte ! Qui est prêt à quitter son pays, comme Abraham, notre père dans la foi (Genèse 12), sans savoir où l’on veut le conduire ? Qui est prêt à ouvrir la porte et à laisser entrer Celui qui se présente avec tant de douceur, mais dont on sait qu’il peut tout bouleverser ? : "Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui" (Ap 3, 20). Combien préfèrent se boucher les oreilles ou mettre leur musique à toute force pour ne pas entendre cette voix intérieure qui appelle, dans le secret ! Et combien ont entendu, aimeraient peut-être ouvrir, mais hésitent et, finalement, préfèrent faire comme s’ils n’avaient pas entendu !
Lorsque je reçois les jeunes avant leur confirmation, je leur commente toujours la catéchèse de ce sacrement, si l’on peut dire, faite par Jésus aux Apôtres : "Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem... et jusqu’aux extrémités de la terre" (Ac 1, 8). Si ses auditeurs avaient été des paresseux, ils auraient trouvé mille objections pour ne pas partir. Qu’ils soient bénis pour leur réponse ! C’est grâce à leur courage que l’Évangile est venu jusqu’à nous et que nous sommes chrétiens aujourd’hui.
C’est la même gratitude que j’ai entendue récemment, en rendant visite au cardinal Gantin, au Bénin. À l’approche du 150e anniversaire de la fondation des Missions africaines de Lyon, il me racontait l’histoire de ces jeunes prêtres missionnaires, décimés par la maladie, morts par centaines, parfois avant même d’avoir atteint les plages de son pays. "Malgré cette terrible épreuve, disait-il, les suivants n’ont pas hésité à venir. C’est par eux que la joie de l’Évangile est arrivée chez nous ; c’est grâce à leur sacrifice qu’aujourd’hui, nous sommes chrétiens !" Béni soit Dieu pour ceux qui répondent à l’appel. Le monde entier et tant de gens droits mais désorientés attendent, parfois sans le savoir, les missionnaires de l’Évangile. On peut dire de Benoît XVI, jeune allemand des années trente, qu’il a répondu à l’appel dans une période particulièrement troublée ! J’aime l’entendre présenter son ministère et celui des prêtres avec ces mots qu’il emprunte à l’apôtre Paul : "Nous sommes les serviteurs de votre joie" (cf. 2 Corinthiens 1, 24).
Cardinal Philippe Barbarin
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Et aussi dans Il est vivant ! n° 228 - juin 2006
Sur le site de la communauté de l’Emmanuel : http://www.ma-vocation.com/
Jésus ne prend rien, il donne tout ! par Markus
L’appel de Dieu, par François Vanendruel et Patrick Gaudin, prêtres
Avant d’entrer au séminaire... par le père Denis Jachiet, reponsable du Service des vocations du diocèse de Paris.
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Pour une vie comblée ! par Mgr Vingt-Trois.
6 juillet 2006 2006 par
En mai 1998, l’intervention lumineuse du cardinal Ratzinger au congrès des mouvements et communautés nouvelles avait frappé tous les esprits. Devenu Pape, il n’a pas tardé à les inviter à venir à Rome pour leur redire toute sa confiance.
En cette vigile de Pentecôte, près de 450 000 pèlerins du monde entier se sont réunis pour redire leur attachement au pape et le remercier de sa bienveillance envers les communautés nouvelles et les mouvements ecclésiaux.
Le soleil est déjà haut sur la place lorsque les premiers pèlerins font leur apparition. Il est 14h et il faut se presser pour atteindre les premiers rangs, essayer de grappiller quelques places et enfin, s’installer. On essaie tant bien que mal d’avancer dans cette foule bigarrée. Les banderoles se déploient peu à peu. Parmi elles, celles de la Communauté Sant’Egidio, de Communion et Libération, du Chemin néocatéchuménal. Les chants s’élèvent : "Vieni Santo Spirito" ! Le ton est donné dans ce vaste cénacle qu’est devenue la place Saint-Pierre.
Sur le parvis de la basilique, les fondateurs et responsables des communautés et mouvements commencent à s’installer. Enfin, la garde suisse se met en place, signe de l’arrivée prochaine du souverain pontife. "Mais où est-il ?", crie une jeune fille. Enfin, on l’aperçoit de toutes parts ! La jeep blanche vient de s’arrêter sur le parvis, découvrant un Benoît XVI heureux d’être là.
Debout sur leurs chaises, les jeunes de l’Emmanuel school of mission de Rome brandissent leur bannière avec énergie, tandis que le pape prend place pour la liturgie des vêpres. "Les mouvements et les nouvelles communautés se sont réunis pour dire encore une fois au successeur de Pierre : nous sommes prêts pour la mission ! L’Église peut compter sur nous ! Le pape et les évêques peuvent compter sur nous", lance Mgr Stanislaw Rylko, en guise d’introduction. Après lui, ce sont six fondateurs qui s’expriment, assurant le pape de leur collaboration et de leur "plus profonde obéissance", comme l’affirme Graziella di Luca, au nom de la fondatrice des Focolari, Chiara Lubich.
"Très Saint Père, merci de nous aimer. Merci de vos constants encouragements", clame enfin Patti Mansfield. Les applaudissements fusent tandis que le pape s’adresse aux quelque 450 000 pèlerins présents, les invitant à vivre des fruits de l’Esprit Saint que sont la vie, la liberté et l’unité. "Si nous voulons protéger la vie, nous devons avant tout retrouver la source de la vie", affirme le Saint Père. "Les mouvements sont nés précisément de la soif de la vraie vie ; ce sont des mouvements pour la vie sous tous les aspects".
S’exprimant ensuite sur la liberté, le pape a invité les mouvements ecclésiaux à "être des écoles de liberté". "Dans ce monde, débordant de fausses libertés qui détruisent l’environnement et l’homme, nous voulons, avec la force de l’Esprit Saint, apprendre ensemble la liberté véritable ; construire des écoles de liberté ; démontrer aux autres par notre vie que nous sommes libres et combien il est beau de vivre véritablement libres dans la vraie liberté des enfants de Dieu", a-t-il continué.
"L’Esprit Saint, en donnant la vie et la liberté, donne également l’unité. Il s’agit ici de trois dons inséparables les uns des autres", a-t-il enfin affirmé. "Les pasteurs seront attentifs à ne pas éteindre l’Esprit (cf. 1 Th 5, 19) et vous, vous ne cesserez d’apporter vos dons à la communauté tout entière. Une fois de plus : l’Esprit Saint souffle où il veut. Mais sa volonté est l’unité", a insisté Benoît XVI. La foule se fait particulièrement attentive lorsqu’il lance : "Je vous demande d’être, plus encore, beaucoup plus, des collaborateurs dans le ministère apostolique universel du pape, en ouvrant les portes au Christ. C’est le meilleur service que l’Église puisse rendre aux hommes et en particulier aux pauvres, afin que la vie de la personne, un ordre plus juste dans la société et la coexistence pacifique entre les nations trouvent dans le Christ la "pierre angulaire" sur laquelle construire l’authentique civilisation, la civilisation de l’amour".
À l’issue de la cérémonie, les commentaires vont bon train. "C’est important d’être fidèle, nous l’avons découvert à travers l’expérience du Chemin néocatéchuménal. Paul VI disait déjà à Kiko, notre fondateur : ‘Sois fidèle à l’Église et l’Église te sera fidèle’", explique Tiziano, venu de Florence pour l’occasion. Pour le père Jean-Eudes, de la communauté des Béatitudes, il était important de répondre aujourd’hui à l’invitation du pape "pour lui manifester notre soutien, particulièrement au début de son pontificat". "C’est beau de voir cette diversité unie en cette circonstance", note par ailleurs Paulo, de Communion et Libération.
"Je m’attendais à une certaine exubérance, mais ce fut tout l’inverse", souligne enfin Axelle. "La place Saint-Pierre était plongée dans un profond recueillement. À travers cette atmosphère, j’ai perçu la maturité acquise par ces mouvements." Venue en train, elle s’apprête à rejoindre la veillée de Saint-Paul-hors-les-murs où les 1500 membres de la communauté de l’Emmanuel se retrouvent pour adorer le Saint Sacrement.
Marine Soreau
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Et aussi dans "Il est vivant" n°229 - juillet - août 2006 :
Un grand printemps pour l’Église par MGR Stanislaw Rylko
Quand la diversité devient une richesse par Amélie de Menou
Le congrès de la maturité par Marine Soreau
Pentecôte avec Benoît XVI par Marine Soreau
31 août 2006 2006 par
Pour se sentir heureux au travail, beaucoup d’éléments entrent en jeu : les conditions, l’ambiance, la reconnaissance, les objectifs, etc. Mais il en existe un autre, tout aussi essentiel : l’utilisation de nos talents.
Par Marguerite Chevreul
Aujourd’hui, oubliant trop souvent de tenir compte de nos talents, on accepte le premier emploi venu, par peur du chômage notamment. On en reste alors au "métro/boulot/dodo", avec l’impression d’être sous-employé, de laisser en jachère certains de nos dons, voire de passer à côté de notre vie. Chacun d’entre nous, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, a pourtant reçu des talents. Aucun d’entre nous ne peut donc prétendre être "nul". C’est pourtant ce que nous pensons souvent, en voyant plus facilement les talents des autres que les nôtres. Notre vision de nous-mêmes a pu être obscurcie parce qu’on a souvent pointé nos défauts et trop rarement nos qualités. Notre hiérarchie des talents peut aussi être fausse, mettant en exergue certaines qualités, intellectuelles par exemple, et en en négligeant d’autres : qualités de cœur, adresse manuelle, etc.
Une juste estime de soi
Pour connaître nos talents en vérité, demandons à l’Esprit Saint de nous donner la « juste estime de nous-mêmes » dont parle saint Paul. Remémorons-nous ce que nous faisons avec plaisir et succès, dans le domaine professionnel comme dans nos activités personnelles. Si nous prenons plaisir à organiser des voyages par exemple, c’est le signe d’un talent d’organisation. En général les mêmes qualités se manifestent dans toutes nos réussites, quelles qu’elles soient. Ainsi ce talent d’organisation se révèle sûrement aussi dans nos plus beaux succès professionnels. Pensons également aux services pour lesquels nos amis nous sollicitent : ils savent bien, eux, à quels talents faire appel ! On se tourne vers celui qui a un don d’écoute pour parler de ses problèmes, ou vers celui qui aime les chiffres pour lui confier la trésorerie de notre association…
Après avoir identifié tous ces talents, demandons-nous si nous les utilisons à plein. Ainsi, si nous avons un don pour l’accueil, nous pouvons l’exercer dans toutes nos activités sociales. Même chose, si nous avons un talent créatif, nous avons sûrement des activités artistiques dans lesquelles nous prenons beaucoup de plaisir.
Talents et projet professionnel
Mais nous n’avons pas toujours tenu compte de ces dons dans notre orientation professionnelle. Nous exerçons peut-être un métier où notre nature est comme "forcée". De ce fait, nous souffrons dans notre vie professionnelle, alors que nous sommes faits pour être heureux au travail, nous épanouir et porter du fruit. Les talents que Dieu nous a donnés, il nous demande de les développer. C’est la parabole des talents. Le serviteur qui a caché son talent est jeté dans les ténèbres. Celui qui multiplie les talents "entre dans la joie de son maître".
Il est donc fondamental de prendre en compte cette dimension dès le début de notre vie professionnelle et aussi dans les moments de remises en cause, les réorientations, les transitions volontaires ou involon taires. Car plus nous utilisons nos talents, plus nous réussissons. Dans ce temps de flexibilité de l’emploi, tenir compte de nos atouts favorise notre adaptabilité. Nous pouvons faire de nos talents de réelles compétences recherchées par des employeurs. Profitons des bilans de compétence proposés aux salariés pour revoir nos projets professionnels en fonction de nos talents. Cela peut nous permettre de conforter ces projets, pour qu’ils soient à la fois réalistes par rapport au marché, et ajustés à tout notre potentiel. Cependant, même lorsque nous avons le bonheur d’utiliser nos compétences, des difficultés subsistent. Utiliser nos talents n’est pas toujours évident. Ils ont leurs limites : c’est la panne d’inspiration de l’écrivain, le trac du comédien, etc. Nos projets professionnels les plus justes peuvent aussi rencontrer des obstacles et mettre du temps à se réaliser, en nécessitant des phases transitoires. Cela nous garde dans l’humilité et nous permet de les remettre dans la main du Seigneur. Car nos talents sont à émonder pour grandir encore, comme la vigne de la parabole : "Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie pour qu’il en donne davantage" (Jean 15).
Découvrir notre mission
En effet, ces talents ne nous sont pas donnés pour notre seule satisfaction personnelle mais pour accomplir notre mission spécifique, qui donne sens à notre vie. Car nous avons chacun une mission particulière, qui exprime le dessein de Dieu sur nous. Cette mission prend forme et se réalise tout au long de notre vie, à travers toutes nos activités, notamment professionnelles, sans pour autant s’identifier forcément à un métier particulier. "Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu. Chacun de nous est aimé. Chacun de nous est nécessaire", affirme Benoît XVI. Nos talents peuvent ainsi nous apporter la clé du "pour quoi" nous avons été créés. Parmi ces talents, celui de l’amour a été largement répandu. Quelle est sa place dans notre travail ? C’est peut-être là le secret ultime du bonheur.
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Et aussi dans Il est vivant ! n° 230 - septembre 2006
"Métro, boulot, bonheur ?" par Raymond Balmès
Des témoignages d’amour de son travail, de pardon dans le travail
"Travailler pour se reposer ?" par Amélie de Menou
Faire un atout de sa différence
"Ora et Labora : un bon équilibre" par Mgr Le Galle
Un jeu pour trouver des issues aux difficultés et redonner de l’espérance au travail, par Amélie de Menou
3 octobre 2006 2006 par
Comme saint Thomas, il nous faut souvent voir pour croire. Difficile d’imaginer que les miracles existent encore. Et pourtant, aujourd’hui, Dieu apporte bel et bien la guérison dans les cœurs comme dans les corps.
À la lumière de la parabole du Bon Samaritain (Luc 10, 30), l’Église peut s’identifier à une hôtellerie, où les soins sont gracieusement prodigués (le Bon Samaritain qu’est le Christ, a payé d’avance). L’huile de la joie et le vin de l’amour y sont proposés. Tant de gens blessés, déchirés dans leur vie familiale ou relationnelle, meurtris dans leur psychisme et dans leur affectivité, en "mal être", attendent de l’Église une écoute désintéressée, l’hospitalité fraternelle et bienfaisante, et surtout la paix du Ressuscité (Jean 20, 19) que le monde ne peut pas connaître (Jean 14, 27). "Évangéliser, c’est d’abord apaiser le corps, en lui disant “va en paix”" (J. Sullivan).
Dans la claire conscience des rapports complexes entre foi, psychologie et médecine, l’Église dans sa plus lointaine tradition spirituelle (Pères du désert), apporte le secours de sa sollicitude et de sa compassion. Dans les limites pastorales et spécifiquement spirituelles qui sont les siennes, elle doit s’approprier à frais nouveaux une réflexion théologique et une pratique pastorale sur ces "outils thérapeutiques" aujourd’hui exploités par des spiritualités ambiguës, voire dangereuses.
Un large dispositif curatif est proposé depuis toujours par l’Église pour soulager et guérir les blessures du psychisme, du corps et de l’âme : sacrements (confession, eucharistie, onction des malades), adoration eucharistique, exorcisme, prières de guérison et de délivrance, exercices ascétiques de pénitence et de jeûne, pèlerinages, aumônes, sacramentaux… Ce large éventail appelle toujours une démarche éclairée de foi dans le Christ, le vrai médecin de nos âmes, une conversion personnelle, un accompagnement spirituel.
"Libère mon peuple… pour qu’il me serve" (Exode 7, 26), fit entendre le Seigneur à Pharaon par la bouche de Moïse. Dieu n’est pas plus un moyen de guérison, que celle-ci n’est un but en soi. C’est en portant son regard sur Dieu pour engager son avenir que l’homme guérit. Cette guérison qui est vie d’alliance peut très bien creuser plutôt que supprimer une pauvreté ; telle fut l’expérience fondatrice d’Israël durant l’Exode. L’Esprit nous invite parfois à rester pauvre, comme Paul avec son écharde, transformant nos blessures en lieux privilégiés d’ouverture à la grâce. La blessure elle-même peut devenir source et lieu d’alliance d’où naît la louange. Tant que tout n’est pas devenu objet de louange, on ne s’est pas encore laissé totalement visiter par Dieu.
Guérir, c’est parfois recevoir la grâce d’accepter de marcher avec un manque en y découvrant un lieu de communion avec le Christ : "Si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus Christ", écrivait Bernanos en conclusion de son Journal d’un curé de campagne.
La prise de conscience des événements qui sont à l’origine d’un blocage rend possible l’accueil du salut de Dieu. L’irruption de l’Esprit Saint dans ce qui était fermé restaure la possibilité de vivre la foi, l’espérance et la charité en supprimant ce blocage ou en transformant le regard sur une situation qui, saisie à partir de Dieu, pourra désormais être vécue différemment. "On assiste à la sortie de quelqu’un de l’endroit où il était prisonnier et à son entrée dans son âme et à ses noces avec lui-même", écrivait déjà Thérèse d’Avila.
Le terrain thérapeutique est glissant. Tant de sectes et de groupes ésotériques y font recette. Quelquefois, la recherche de santé et de bien-être se substitue à la quête du salut. Ou encore, certaines personnes s’enferment dans un infantilisme qui combine demande de sécurité absolue et de prise en charge, refus de toute obligation contraignante, une propension à la "victimisation" (responsable mais pas coupable). L’individu tend ainsi à évacuer et disqualifier toute notion de péché, de culpabilité. "L’enfer, c’est les autres" ou "le système". Cette innocence auto-proclamée conduit à la justification de soi. Elle prive de l’accueil de la miséricorde.
L’ensemble du corps social (familles, entreprises, communautés sociales, relations internationales) souffre également de maladies graves : violences, injustices, exploitations… Ces structures collectives de péché ont besoin aussi d’être guéries. La "thérapie chrétienne" s’appuie sur des gestes de réconciliation, la purification de la mémoire, des actes de réparation, le dialogue confiant… Cette évangélisation de notre humanité blessée jusque dans les profondeurs de sa conscience collective trouve son origine dans le pardon que l’on ne peut se donner à soi-même ou aux autres que si on le reçoit du Christ.
Mgr Dominique Rey
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Dans la rubrique Dossier de ce même numéro...
Témoins à travers les siècles
"Guérir le corps et l’âme" par le père Denis Biju-Duval
"Miséricorde et chemin de vie : retrouver la lumière" par Brigitte Vermersch
"Pourquoi nos ancêtres se portaient bien ?" par Emmanuel Dumont
"Un chemin de vérité" par Mgr Brincard
"Les bons critères de discernement" par le père Joseph-Marie Verlinde
"Choisir de guérir" par Emmanuel Dumont
Et de nombreux témoignages de guérison
2 novembre 2006 2006 par
"Avant midi, je m’abattis sur le sol..." Petite paysanne de la vallée de la Galaure, Marthe est confrontée, à l’âge de 16 ans, à une maladie étrange qui l’obligera peu à peu à rester alitée.
Marthe Robin, enfance et maladie
Marthe Robin naît le 13 mars 1902 dans la modeste ferme familiale, à Châteauneuf-de-Galaure (Drôme). Ses parents, Joseph et Amélie, ont déjà cinq enfants : Célina, Marie-Gabrielle, Alice-Victorine, Henri-Joseph, Clémence. Le père a la réputation d’un homme affable, mais autoritaire, très habile de ses mains ; la mère est une femme souriante et accueillante. Le bruit a couru que Marthe n’était pas la fille légitime de son père : Amélie aurait eu une aventure avec un ouvrier de ferme. Elle-même en aurait été persuadée. Quoi qu’il en soit, le père reconnaît Marthe comme sa fille. En novembre 1903, la maisonnée est fortement ébranlée par une fièvre typhoïde. Le grand-père en meurt. La petite Clémence décède à son tour et Marthe, 20 mois, considérée comme perdue, finit par se rétablir. Mais elle restera fragile. Marthe Robin a l’enfance d’une petite fille de la campagne, proche de la nature et des animaux. Dès que les enfants en sont capables, ils aident à de petits travaux. Ses parents sont croyants mais ne pratiquent pas. Marthe, quant à elle, expérimente déjà la prière : “J’ai toujours énormément aimé le Bon Dieu… et toujours énormément prié dans ma vie.” Souffrant du manque de pratique de sa famille, elle dira en 1930 : “Ce que je demande surtout, c’est le retour à la foi, aux pratiques religieuses de mes bons parents.” La fillette fait sa communion privée en 1912. “Je crois qu’elle a été une prise de possession de Notre Seigneur. Déjà il s’est emparé de moi. Ça a été quelque chose de très doux.” Elle a déjà une intimité avec Dieu. “Je crois que je sentais le Bon Dieu : c’était plus que de la prière. D’ailleurs je le trouvais partout, dans la nature… dans le prochain, et dans le prêtre… J’aimais beaucoup les malades, et j’aurais franchi monts et vaux pour aller voir un malade, non pour le soigner, mais pour l’aimer.” Marthe quitte l’école en 1915, elle aide à la ferme, apprenant les mille métiers des femmes de la campagne, et aussi à cuisiner et à broder. Au moment où sa personnalité se constitue, elle apparaît comme une fille intelligente, joyeuse, serviable, volontiers taquine, ce que révèle un vrai sens de l’humour et un contact agréable avec les personnes. Elle a du caractère. C’est une petite paysanne saine et pieuse, comme il y en a sans doute beaucoup dans la France d’alors.
L’irruption de la maladie
Durant l’été 1918, Marthe Robin ne se sent pas bien. Elle souffre de maux de tête, de fièvres, de douleurs oculaires, de vomissements. Le 1er décembre 1918, “avant midi, je m’abattis sur
le sol… demandant un docteur à grands cris.” Les médecins pensent à une tumeur cérébrale. Marthe tombe dans un coma qui dure quatre jours. Elle reçoit le sacrement des malades. Elle sort cependant de cette phase aigüe et se rétablit un peu pendant quelques semaines. Mais de nouveau la maladie progresse, si bien que, pendant vingt-sept mois, elle connaît une sorte d’état léthargique. Elle est couchée, ne supporte pas la lumière, aussi la chambre est-elle plongée dans le noir. Elle est paralysée d’un côté. Elle souffre énormément, jour et nuit. À cette époque, on ne sait pas bien soulager la douleur. Et comment paierait-on un traitement prolongé ou un séjour à l’hôpital ? En juillet 1919, la maladie s’aggrave encore : contractures musculaires, troubles du sommeil, de la digestion et de la vue jusqu’à la perte de la vision pendant quelques mois. On a beaucoup de mal à l’alimenter. En avril-mai 1921, nouvelle période de rémission. Marthe recommence à marcher, elle retrouve la vision. Mais la maladie reprend dès novembre. De nouveau, les jambes se paralysent. À cela s’associent des douleurs dans le dos. Puis une nouvelle fois, la locomotion redevient possible.
1922 est une période plus paisible, où Marthe recommence à travailler. L’une de ses amies déclare : “Elle était très adroite et travaillait très bien, elle ne voulait pas être à la charge de ses parents.” En juin 1926, elle écrit : “Je suis de plus en plus patraque.” Elle continue cependant à broder. En octobre 1927, une nouvelle crise survient, caractérisée par des douleurs très vives à l’estomac et une hémorragie digestive. On donne de nouveau à Marthe le sacrement des malades, elle entre en agonie, et demeure dans une sorte de coma trois semaines durant. Cependant, une fois encore, elle émerge de la crise, sans toutefois récupérer vraiment. À partir de mai 1928, elle ne se relèvera pas. La paralysie des membres inférieurs ne reculera plus. Les jambes se replient progressivement sous elle. Elle souffre en permanence. Elle est malmenée, tant et si bien qu’elle pousse parfois des cris de douleur.
Une interprétation médicale
Il apparaît que Marthe Robin a été atteinte d’une encéphalite, probablement sous la forme de la maladie de Von Economo, c’est-à-dire d’une affection inflammatoire des centres nerveux. L’encéphalite ne porte pas que sur le corps, elle atteint tout l’être, en particulier la personnalité elle-même. La personne perd ses repères, elle peut finir par s’autodétruire devant la violence de ce qui l’agresse. Marthe n’est plus autonome. Sa maman est donc obligée de lui consacrer un temps précieux. Elle coûte de l’argent. La famille, qui a déjà vécu de lourdes épreuves, est dans l’impasse. Le père déclare “Qu’est-ce que j’ai fait (au Bon Dieu) pour avoir une fille pareille ?” Le père et le frère s’éloignent affectivement de Marthe, sans doute pour se protéger. “Qu’il m’est dur de côtoyer des indifférents, parfois des blessants”, avoue Marthe en parlant des siens. La maman, pourtant, veille sur sa fille. Au pays, on est déconcerté devant cette maladie qui ne semble pas ordinaire, et on la juge sévèrement. Venue de Charcot et de l’école de psychiatrie de La Salpêtrière, la catégorie de “l’hystérie” s’impose à cette époque dans un public plus ou moins cultivé et on ne tarde pas à l’appliquer à Marthe. Elle est alors complètement isolée, seule avec sa souffrance et son ennui. En 1923, arrive à Châteauneuf l’abbé Faure, le nouveau curé, un homme énergique, décidé à réagir à la déchristianisation en marche. C’est une personnalité un peu bourrue, mais que l’on n’hésite pas à comparer parfois au curé d’Ars. Ses premières relations avec Marthe sont difficiles. Elle écrit : “Monsieur le curé a un cœur d’or sous une écorce de chêne et, je le crains, il ne me comprend pas toujours.” La famille de Marthe accepte mal les visites du curé. Sans doute craint-elle qu’on dise qu’ils sont devenus pieux, proches de l’Église. Marthe doit lui faire dire de ne plus venir. Cela le blesse. La relation ne commence à s’améliorer qu’en 1927 lorsque Marthe étant mourante, il lui donne les derniers sacrements. Cette fois le contact s’établit : en l’abbé Faure, elle a enfin trouvé un vrai soutien spirituel.
Ses premières amitiés
Marthe a un cœur bon et sensible. Elle est tournée vers les autres, en demande d’affection et d’échanges. Elle a quelques amies très fidèles. Ces amitiés sont extrêmement précieuses pour
Marthe. Elles l’ouvrent à la vie, l’empêchent de s’engloutir dans sa souffrance. Surtout, Marthe a l’impression de compter enfin pour quelques personnes. Elle est reconnue dans ce qu’elle est. Elle n’est plus seulement “un boulet” ou “celle qui est bizarre”. Elle peut parler, se confier…
Le 22 janvier 1930, Marthe Robin écrit dans son Journal : “Après des années d’angoisses, de péchés, après bien des épreuves physiques et morales, j’ai osé, j’ai choisi le Christ Jésus.”
Dans l’histoire de l’Église, les missions paroissiales ont représenté un élément parfois décisif pour convertir ou reconvertir les paroisses. Les curés faisaient venir des prédicateurs dits “extraordinaires” pour une durée de quelques semaines. En novembre 1928, il y a eu, à Châteauneuf-de-Galaure, une mission prêchée, à la demande de l’abbé Faure, curé de la paroisse, par deux Capucins de Lyon. Selon le témoignage du curé, ce ne fut pas une réussite : “Quelques rares retours (à la pratique religieuse, ndlr), mais sans persévérance pour la plupart.”
Une visite décisive
L’un des prédicateurs est le père Marie-Bernard, de Marseille (Bernard Spagnol, 1883-1943). Il est l’auteur d’un ouvrage sur Thérèse de l’Enfant-Jésus, Message nouveau. Il est connu également pour sa dévotion aux Saints Cœurs de Jésus et de Marie. Homme de foi, ardent, lancé dans l’évangélisation, il ne jouit pas toujours d’un bon discernement, et le reconnaît lui-même : il était taillé davantage en force qu’en finesse. Mais, en 1928, il est l’homme de la situation. À défaut de réussir à la paroisse de Châteauneuf, il va être le canal de la grâce auprès de Marthe Robin. Au cours de ces missions, les religieux rencontrent les familles et sont particulièrement attentifs aux souffrants. Le lundi 3 décembre, le père Marie-Bernard et son confrère vont rendre visite à Marthe. Quelques jours plus tard, Marthe parle de cette visite à Mme Bonnet1 : “Sœur Lautru, dit-elle, m’a bien dit de faire mon journal et je l’ai fait, mais cette semaine, j’ai laissé une page toute blanche et personne ne saura ce qui s’est passé chez moi. “Oh pourquoi, lui dis-je, ne pas les écrire, ces belles pages ? Quel jour avez-vous sauté ?” “Lundi, je me suis confessée au père Marie-Bernard puis entre ma confession et ma communion, ma page restera blanche et l’on ne saura qu’au Ciel ce qui s’est passé.” Quelques jours après, je lui demandai si sa page était toujours blanche, si son humilité lui faisait toujours cacher ce qui s’était passé. “M. le curé sait”, me dit-elle.”
Il s’est produit un événement dans la vie de Marthe au cours de cette visite. Plus jamais elle ne sera la même. C’est dans la conversation avec le père Marie-Bernard que les choses se sont jouées. Peu de temps après, Marthe conseillera à son amie Gisèle Boutteville d’aller voir à Lyon le père Marie-Bernard : “Il vous comprendra… vous voyez, j’ai une autre orientation de vie.” Le père Marie-Bernard a donc été capable de la comprendre. Les choses ont dû être très simples. Il a probablement reconnu et validé les grâces mystiques de Marthe. La spiritualité des Capucins repose sur l’expérience de saint François d’Assise qui a été comme “identifié” au Christ : ce qu’a vécu le Christ, François a été appelé à le vivre à sa manière. Saint Paul disait : “Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.” François d’Assise a été, comme saint Paul, “envahi” par le Christ, configuré à Jésus, et il a même reçu dans son corps les stigmates de sa Passion. La souffrance de François, qui a été vive durant son existence, a été transformée, transfigurée en amour. Le père Marie-Bernard a sans doute dit à Marthe que sa vocation était d’être, comme François d’Assise, tellement unie à Jésus que celui-ci voulait vivre en elle. C’est le grand choix.
Une grâce de l’Esprit
Éclairée d’en haut, Marthe Robin comprend que cet appel est juste et tout se met en place. Elle reçoit comme une “effusion de l’Esprit”, selon le terme consacré. L’Esprit Saint s’empare d’elle et lui donne à la fois sa mission et la force d’y répondre. Elle peut alors écrire justement dans son Journal : “Plus ma vie sera soumise à Dieu et conforme avec celle du Rédempteur, plus je participerai à l’achèvement de son œuvre. Ainsi, unissant à l’oblation de la victime infinie mon travail obscur, mes pauvres petites actions, mes prières inconnues des hommes, tous mes sacrifices, toutes mes souffrances et mes immolations, et même la stérilité apparente de ma vie, je suis sûre, non seulement de travailler à ma propre sanctification, mais de donner à Dieu une immense couronne d’élus.” Pour l’aider, le père Marie-Bernard lui a demandé de ne plus lire de lectures profanes, ni même des lectures religieuses ne tendant pas directement à la vie spirituelle. Il a entrepris d’établir une plus grande confiance entre elle et l’abbé Faure en se portant garant de Marthe auprès du curé. Puis se produit un événement qui la confirme complètement dans le “basculement” qu’elle venait d’opérer et lui donne les moyens d’avancer.
Elle choisit d’offrir sa souffrance
L’abbé Faure nous a laissé un témoignage de cet événement confirmatif. Il écrit : “Elle craignait de s’être aventurée lorsque dans la nuit du 4 au 5 décembre, Notre-Seigneur lui apparut et après l’avoir rassurée par trois fois, lui demanda si elle consentait à souffrir pour la conversion des pécheurs en général et de Châteauneuf en particulier et, en même temps, il lui dit qu’il voulait que je sois son père spirituel et qu’il y ait entre nous une union toute particulière. À chaque réponse affirmative, elle sentit et vit un glaive qui chaque fois s’enfonçait profondément dans son cœur. À partir de ce jour-là, la voilà donc entièrement vouée à Dieu et décidée à accepter toutes les épreuves pour les pauvres pécheurs et seul Notre-Seigneur saura ce qu’elle a enduré depuis.”
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Et aussi dans Il est vivant ! n°232 – novembre 2006
Formation et fondation :
L’Eucharistie comme seule nourriture, Les stigmatisés dans l’Église, Marthe et le père Finet, fondateurs,
L’influence d’une mystique :
La nouveauté des Foyers de Charité, une amie fidèle, un jour ordinaire à la plaine, des théologiens au chevet de Marthe, le nouveau printemps de l’Église, La dernière passion
Son message
Marthe en Galaure, et de nombreux Témoignages
1er décembre 2006 2006 par
Le sexe s’affiche partout. Notre société se veut libre de tout interdit. Interrogés, les conseillers conjugaux témoignent pourtant du désarroi de nombreux couples. Souvent malmenés, ceux-ci cherchent à retrouver le vrai sens de la sexualité.
L’homme et la femme du XXIe siècle sont immergés plus ou moins malgré eux dans une société paradoxale. La sexualité y est omniprésente, condition quasi exclusive du bonheur individuel et conjugal, tout en étant banalisée dans une vision utilitaire voire hygiéniste. Une vie sexuelle libérée de ses tabous serait la clé de l’épanouissement personnel, accessible à qui le veut bien. Souvent, ce sont les pratiques vues à la télé ou lues dans la presse people qui dictent aux personnes leurs conduites. Tous veulent être créatifs, imaginatifs, mais ils ne font que chercher à reproduire ce qu’ils ont vu. Un vrai pillage de l’imaginaire ! Au cours des entretiens conjugaux, on s’aperçoit rapidement du décalage entre cette vision idéologique de la sexualité et la réalité de la vie de beaucoup de couples. Cette question est abordée très souvent sous forme d’insatisfactions, de souffrances, d’impression d’échec.
Dans sa théologie du corps, Jean Paul II rappelle que Dieu est à l’initiative de la sexualité et qu’il la donne à l’homme comme moyen privilégié d’expression du don de soi. Dans le récit de la Genèse, l’homme se retrouve face à un être semblable et différent ; il découvre sa capacité de don et peut aimer comme Dieu aime. La sexualité n’est donc pas l’explosion d’une sensualité, mais un don total et réciproque des époux qui contribue à leur sainteté et à celle du monde. En ce sens, ils reproduisent dans leurs corps l’amour trinitaire par un don qui ne peut être que fidèle et fécond, dans l’altérité. “Je te donne mon être masculin pour que tu atteignes la plénitude de ta féminité.” De même, “je te donne mon être féminin pour que tu atteignes la plénitude de ta masculinité”. Après la chute (le péché originel), le don devient captation. L’homme et la femme se désirent avec concupiscence. Dans l’acte conjugal, les époux sont témoins du Christ qui les a sauvés et de cet immense amour de Dieu pour l’humanité. Le don total suppose une mort à soi pour vivre en l’autre. Cette exigence profonde est voie de sainteté. Elle requiert un apprentissage des époux pour se connaître afin de se donner sans réserve.
Le projet que Dieu propose aux couples de vivre, l’expression du don total de soi à l’autre qu’est la sexualité, est quelque chose de très grand mais de délicat. Touchant à l’intime des personnes, la sexualité peut être le lieu de souffrances et de blessures profondes. La sexualité est à la fois éminemment spirituelle et très incarnée. Le chemin qui conduit à vivre sereinement cette manifestation de l’amour revêt également cette double dimension. Une bonne formation sur le sens profond de l’amour humain et une pratique régulière des sacrements sont des soutiens puissants et efficaces. L’apprentissage du fonctionnement de son corps et de celui de son conjoint, dans le respect de la dignité de chacun, est aussi important. Une connaissance des émotions et sensations de l’autre permet une maîtrise souple de la sexualité qui en enrichit l’expression. Il est également nécessaire de se donner les moyens de vivre sa sexualité dans de bonnes conditions d’intimité, de temps, de détente. Parfois, une aide s’impose : chemins de vie (cf. Il est vivant ! n° 231, octobre 2006), conseil conjugal, sexologues (bons et sains), méthode Vittoz, etc. En effet, la grande majorité des difficultés rencontrées ne sont pas liées à des problèmes physiologiques mais à des blocages psychologiques ou spirituels.
Lorsqu’elle est l’expression d’un amour véritable, la sexualité est réussie, comme moyen privilégié pour vivre la communion des corps et des cœurs. Cet apprentissage à deux peut demander du temps, beaucoup de dialogue, de respect et de tendresse. Pas besoin de faire semblant par peur de se “faire plaquer” : on a le droit de ne pas être “au top”. On progresse ensemble.
Brigitte Vermersch, conseillère familiale et conjugale et Anne Viviès
Lorsque nous nous sommes disputés ou que nous avons, de façon durable, manqué d’égards l’un vis-à-vis de l’autre (petites paroles assassines, reproches devant les enfants, agacements suivis de non-dits…), la tendresse entre nous en prend un coup. Je me referme comme une huître (“plus question qu’il me touche”), et lorsque nous sommes au lit, il me tourne résolument le dos, sous prétexte de lire un ultime article de journal économique, incontournable évidemment pour son boulot, et s’endort ensuite comme une masse ! Nous souffrons tous les deux et surtout, notre fierté nous empêche de le reconnaître (sauf de façon accusatrice le lendemain !). Or, contrairement aux apparences, nous n’aurions qu’un désir : nous retrouver dans les bras l’un de l’autre pour renouer la communication rompue. Quand il est trop difficile ou délicat de parler ou de revenir sur ce qui nous a blessés, l’un d’entre nous tente un geste d’approche, une caresse, comme une esquisse de pardon (demandé ou accordé). Alors, une brèche se fait jour. Nos cœurs s’ouvrent de nouveau. Les gestes aussi sont un “langage”. Posés avec tendresse et délicatesse, ils sont un puissant moyen de se retrouver en couple, de se tourner de nouveau l’un vers l’autre, et de se redire : “Je t’aime, pour rien au monde, je ne veux gâcher notre amour !” Alors, le dialogue peut reprendre, plus profond qu’auparavant… Marie
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Et en plus dans ce n°233 :
“Couple, faire face à nos différences”, par Marine Soreau
“Au commencement il n’en était pas ainsi”, par Olivier Bonnewijn (prêtre, maître en - philosophie, professeur d’éthique)
Témoignage : “Construire sur le roc !” par Karen et Christophe
“Incontournables conflits”, par Élisabeth Content et Valérie Mathieu
“Pardonner sans se lasser”, par Bénédicte Lucereau
“Pour un duo gagnant”, par Aurélie et Bastien
“Petit éloge de la séduction”, par Martine Teillac (psychanalyste spécialisée dans les thérapies de couples)
“Elle&Lui, c’est du béton !”, par Amélie de Menou
2 janvier 2007 2007 par
Existe-t-il des bandes dessinées anti-catho ? Oui. Minoritaires mais assez virulentes. Si l’on considère leur relation à la foi, on pourrait dire que les BD se répartissent entre deux pôles, l’un explicitement religieux, l’autre tout aussi expressément anti-religieux et, ici, anti-catho.
Par Pascal Ide
Une extrémité, on trouve les albums religieux, non seulement par le contenu (ils mettent en images la Bible ou la vie des saints), mais par leur perspective didactique et confessante. Nous rencontrons ensuite des BD respectueuses de la foi, mais décalées, par exemple par leur humour (Le chat du rabbin, 4 tomes, nous fait partager les questions théologiques et existentielles d’un chat qui parle depuis quil a avalé un perroquet) ou par leur usage du spectaculaire (Le Secret de l’arche, 2 tomes, propose une adaptation du Livre des rois en louchant légèrement du côté des Aventuriers de l’arche perdue).
Les BD ésotériques, elles, se situent en marge des religions officielles et s’inscrivent en désaccord. En effet, l’histoire nous apprend que les hermétismes (nom savant pour ésotérisme) suivent les grandes religions comme leur ombre et s’en nourrissent comme de leur proie : ainsi la kabbale vis-à-vis du judaïsme orthodoxe (cf. Le 36è juste, 3 tomes). De fait, bien des titres d’album empruntent au monde biblique ou à la tradition chrétienne : Qumran (2 tomes), Tentation de Satan (3 tomes), Paradis perdu (3 tomes), Purgatoire (3 tomes), Nicolas Eymerich inquisiteur, etc.
Grosso modo, la perspective ésotérique se caractérise par les traits suivants qui sont autant de réactions à l’égard de la foi chrétienne et, plus généralement, monothéiste : salut par la gnose (le savoir) versus la foi ; panthéisme versus Dieu transcendant la création ; dualisme lumière-ténèbres versus création unifiée ; acquisition de pouvoirs magiques versus service aimant de l’autre. Pour ne donner qu’une illustration du premier point, la série Le linceul (3 tomes), sur le Saint-Suaire de Turin, en propose une approche exclusivement scientifique et conclut qu’il en existe au moins cinq... Selon le décompte opéré par le site planetebd.com, qui présente une entrée “Ésotérisme” (à distinguer du “Fantastique” ou des “Mondes décalés”), sont parus 92 titres entre février 2002 et octobre 2006, soit plus de 3 % de la production. Mais ce chiffre sous-estime largement la réalité, car les thèmes ésotériques faisandent généreusement l’imaginaire de la science-fiction – Valérian ne se contente pas de singer la Trinité (Les foudres d’Hypsis, Par des temps incertains), il promène son héros dans un monde transcendant les clivages religieux – ou du fantastique – sans même évoquer la saga Thorgal, la BD-culte des mêmes auteurs, Van Hamme et Rosinski, Le grand pouvoir du Chninkel, est un démarquage gnostique de l’épopée davidique déjà évoquée.
Un genre minoritaire Maintenant, grande est la diversité entre ces BD à fond gnostique ou ésotérique, de l’allusion ironique – Jodorowki égratigne le Techno-Vatican et les techno-évêques dans les tomes 5 et 6 des Technopères –, en passant par la relecture violente des quatre évangiles de la BD le Troisième Testament – quête d’un document écrit par Dieu lui-même, détenteur de la puissance infinie du Verbe – jusqu’à l’attaque frontale et violente contre le catholicisme – Le Triangle secret (7 volumes), I.N.R.I. (3 volumes sur 4) et la collection explicitement maçonnique de la Loge Noire, dirigée par Didier Convard chez Glénat. Nous aboutissons ainsi au second pôle, proprement anti-catholique.
Complot contre l’Église ? D’abord, si ce dernier genre a du succès, il demeure très minoritaire. Ce serait oublier que les autres religions monothéistes ont aussi droit à leur relecture (dans les 10 volumes du Décalogue, la découverte d’une nouvelle sourate, écrite par Dieu, contredit la version othmanienne du Coran et menace d’ébranler l’Islam). Enfin, cet appel aux thèmes gnostiques montre que la BD (comme le cinéma ou la littérature) suit – mais aussi relaie – l’évolution de notre relation au religieux. Pendant des décennies, le neuvième art est demeuré majoritairement profane, quoiqu’imprégné de valeurs chrétiennes, l’illustration la plus typique étant le boy-scout Tintin. Mais, depuis plus d’une vingtaine d’années, il est touché par une vague de “religieux sauvage” auparavant marginal. Un signe : la présence nouvelle et massive des anges (Paradis perdu, Elle, Mèche rebelle, La voix des anges, Les immortels, etc.), démons (Jessica Blandy, tomes 9 et 10, Namara, tome 1, etc.) et apparentés comme les stryges. Il demeure que, surtout chez un public massivement ignorant en matière religieuse, la BD façonne un imaginaire et suscite des sentiments et, pour les dernières séries, un ressentiment contre l’Église.
Alors, B.D. : Bonté de Dieu ou Beauté du Diable ? Pour certaines, l’une ou l’autre, assurément. Mais ne devenons pas parano, avec l’aide d’un Bienveillant Discernement, c’est d’abord synonyme de : Bonne Détente !
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Et en plus dans ce n°234 :
“Un père nommé Jijé” Par Roland Francart
“Cardinal Philippe Barbarin, Tintinophile averti”
“Goscinny, un moraliste ?” par le père Ide
“Laurent Bidot, en eaux profondes”, par Marine Soreau
“Roland Francart, éveilleur et veilleur” par Hubert de Torcy
“Éditions du Triomphe, des albums aux vertus éducatives” par Laurence Meurville
“Alain Auderset, missionnaire”
“Brunor, des bulles d’oxygène”
“Coolus, l’énigme du lapin bleu”
“Jean-François Kieffer, l’amour de la belle ouvrage”
5 février 2007 2007 par
Les sectes vouant un culte à Satan semblent en pleine expansion. Régulièrement, les médias rendent compte de faits divers troublants. Pour autant, certains, au sein même de l’Église, doutent de l’existence du démon.
Septembre 2005. Julie, 14 ans, et l’une de ses amies se défenestrent en sautant du 17e étage d’une tour, à Ivry-sur-Seine. Pour l’occasion, elles avaient réuni leurs camarades de classe en bas de l’immeuble. Un suicide soigneusement orchestré par ces jeunes adoratrices de Satan fascinées par la mort.
Le cas n’est malheureusement pas isolé. Sans aller jusqu’au suicide, les adolescents sont nombreux à être touchés par le phénomène du satanisme. En quête d’identité, ils sont les victimes idéales de groupes plus ou moins formés. Selon le père Benoît Domergue, spécialiste de ces courants, on compte aujourd’hui une cinquantaine d’associations satanistes regroupant quelque 5 000 individus. Pourtant, “le phénomène du satanisme est beaucoup plus large que l’ensemble des activités exercées par ces milliers d’individus affiliés à telle ou telle association sataniste, occultiste ou néo-païenne”, écrit-il dans un rapport consacré à la Tendance sataniste dans la culture actuelle. Les jeunes qui ne possèdent aucune culture religieuse sont particulièrement touchés. Le phénomène préoccupe assez pour que la République s’en mêle. En 2006, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) publie un petit ouvrage sur le satanisme dans lequel elle met en garde contre les dérives sectaires de ce mouvement et ses pratiques de racolage qui touchent les plus jeunes… et aussi les plus fragiles.
Internet : média prosélyte s’il en est, “est un outil de recrutement efficace pour les satanistes dans la mesure où il offre la possibilité de dissimuler son identité et ses intentions”, prévient la Miviludes. Les membres n’hésitent pas à infiltrer des forums de discussion pour approcher des jeunes. La toile leur donne aussi accès à un flot d’informations incontrôlables, sans quasiment aucune censure. “Sur certains sites, des adolescents peuvent assister à des messes noires, en direct ou en différé, sans que leur soit révélées la véracité ou la virtualité des actes pratiqués”, souligne encore la Miviludes. “D’où un amalgame entre réalité et fiction qui contribue à brouiller les repères des jeunes individus en quête de construction individuelle et sociale.”
Les concerts de musique metal (black metal, death metal, néometal) demeurent aussi une porte d’entrée privilégiée vers le satanisme. Le
chanteur Marilyn Manson ne cache pas son appartenance à l’Église de Satan, dont il serait “révérend”. Lors de ses concerts, il met en scène un univers profondément antichrétien. “Des foules entières le découvrent revêtu d’une soutane et d’une étole blanches, coiffé d’une mitre, vociférant quantité d’hymnes à l’encontre du Nazaréen et sur la mort du Pape… ou encore, tout de noir vêtu, figurant la présence de l’Antichrist au milieu de ses fidèles”, écrit le père Domergue. On ne compte pas, non plus, ces groupes aux noms évocateurs : F... me Jesus, Deicid, Samael (autre nom de Satan). Les paroles sont fortement antichrétiennes, emplies de haine. Elles louent l’apologie du mal et de Satan. Dans les salles de concert, on retrouve ces jeunes au visage livide, habillés de noir, portant piercing et symboles sataniques… La mode gothique, si elle n’est pas à proprement parler satanique, reste une porte d’entrée majeure. On ne joue pas innocemment avec les symboles ! Croix renversée, pentagramme, chiffre de la Bête (666) : le pas est vite franchi vers l’univers du Malin.
Un univers d’autant plus flou qu’il est composé de multiples groupuscules inexistants au point de vue juridique ou associatif. Ces micro-structures recrutent par cooptation : les amis de tes amis sont mes amis. Difficile, dans ces conditions, de surveiller leur activité. On connaît quand même les deux grandes églises : l’Église de Satan, fondée en 1966 (an I de l’ère sataniste) par Anton La Vey, dit le “pape noir”. Elle dispose aujourd’hui d’une “forte autorité”, précise la Miviludes, ajoutant qu’elle “est la matrice de nombre d’Églises sataniques”. Une deuxième grande “Église”, issue de la première dont elle s’est séparée, a été fondée en 1974 par un certain Aquino, disciple de La Vey. Il s’agit du Temple de Seth. “La pape noir étant incapable de réaliser sa mission, Seth, bon prince (des ténèbres), aurait chargé Aquino d’offrir aux hommes les outils pour devenir des dieux.” D’où la création de cette seconde “Église” satanique.
Pas de doute que ces “hommes du diable” veuillent singer l’univers catholique, dans son jargon comme dans ses rites. Peut-on pour autant parler de religion sataniste ? Pour le père Benoît Domergue, ce serait une
“contre-religion, en particulier dans ses fondements et ses objectifs à l’encontre de la Rédemption du Christ”. Le caractère sacré est retiré de tous leurs “rites” : les prières sont récitées à l’envers, les cierges sont noirs, les crucifix renversés, les pages de la Bible arrachées. Lorsqu’ils arrivent à s’en procurer, les hosties consacrées sont profanées. C’est dire si le Christ ne les laisse pas indifférents.
Face au défi du satanisme, que faire ? Mettre en garde et dialoguer avec nos enfants, certes. Mais aussi donner toute sa place à l’Esprit Saint au cœur de nos vies, conseille le père Domergue. Car “nous savons que le Christ a déjà vaincu le monde”.
Marine Soreau
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Et en plus dans ce n°236 :
Témoignages “Mes compagnons des ténèbres....”, par Père Pierre
“Entre orgueil et jalousie”
“Manifester la victoire du Christ”, de Jean-Régis Fropo
“Exorcisme et prière de délivrance” par le Père Martin Pradère
Témoignage de Thomas : “De l’emprise à la liberté”
“Le mal le plus profond, c’est le péché” par le Cardinal Cottier
“Pour désarmer l’Adversiaire”, par le Père Pierre Descouvemont
“Prière à l’usage des simples baptisés”
À lire : Documents Épiscopat, n° 10, 2006, La tendance sataniste dans la culture actuelle. Les jeunes et les dérives satanistes. MIVILUDES, Le satanisme, un risque de dérive sectaire, La documentation française, 2006.
1er mars 2007 2007 par
La beauté des choses créées ne peut satisfaire, et elle suscite cette secrète nostalgie de Dieu qu’un amoureux du beau comme saint Augustin a su interpréter par des mots sans pareils : "Bien tard, je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, bien tard, je t’ai aimée !"
par Pascal Fagniez
Le monde pourrait nous faire croire que le mal a triomphé : c’est de ce pessimisme que la beauté nous sauve d’abord. Un simple regard sur l’évidente beauté du ciel et d’un visage aimé, l’écoute de chants d’oiseaux et de mélodies humaines, la tendresse des fiancés, la simple respiration d’un air frais, comme le mouvement de son propre corps marchant dans la ville : cesé vidences de beauté et de bonté peuvent sauver de la désespérance. Mais puisque le combat est rude et que même la beauté peut être utilisée par le “père du mensonge”, il est une arme belle et vraie : la louange, forme poétique de la joie. Autour des psaumes qui en sont le pivot, toute la Bible est imprégnée de louanges dans un va-et-vient continuel entre les innombrables céatures et le Créateur unique. De la beauté des choses créées, le regard de louange peut remonter à la beauté cachée du Créateur. Et cette louange n’est pas fuite dans une drogue de beauté car la louange biblique prolongée dans les hymnes de l’Église est tissée des supplications, interrogations et même révoltes du peuple en exil dans “cette vallée de larmes”.

Exprimées dans les formes élaborées de la liturgie ou dans l’harmonieuse liberté du chant en langue, l’exultation qui fortifie et la supplication qui purifie conduisent au silence amoureux de l’adoration. Mais cette admiration n’est pas le propre de l’homme. Elle est d’abord celle de Dieu que le mystique Jean Paul II a su découvrir et exprimer dans sa Lettre aux artistes comme dans celle sur le Rosaire où il parle de l’émotion, du “pathos avec lequel Dieu, à l’aube de la Création, a regardé l’œuvre de ses mains”. Le premier à jouir de la beauté de sa Création est donc le Créateur lui-même : “Que Dieu se réjouisse en ses œuvres” (Psaume 103, 31). Cette contemplation par Dieu de sa créature prolonge l’éternelle louange au sein de la Trinité du Père vers le Fils, l’éternelle action de grâce du “Verbe tourné vers Dieu” (Jean 1, 1). Accepter d’être saisi dans l’éternelle beauté de cette louange nous sauve des mensonges de ce monde qui passe.
Si toute créature est belle par nature, il appartient à l’artiste d’éduquer notre regard à savourer la beauté profonde des êtres. Beauté cachée par les stigmates du péché, les fausses lumières de la séduction ou les ennuis de la vie quotidienne. Même sans motif religieux, l’art “est déjà par lui-même sacré et religieux, dans la mesure où il est l’interprète d’une œuvre de Dieu” affirmait Pie XII en 1955. Religieux parce qu’il renoue, dans la consolation et les joies esthétiques, les liens distendus entre les êtres et ouvre la fenêtre du cœur à l’invisible source de beauté. “La beauté des choses créées ne peut satisfaire, et elle suscite cette secrète nostalgie de Dieu qu’un amoureux du beau comme saint Augustin a su interpréter par des mots sans pareils : “Bien tard, je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, bien tard, je t’ai aimée !”” Quand, en 1999, Jean Paul II date du jour de Pâques sa Lettre aux artistes, il signe clairement la dimension salvatrice du Beau et du travail artistique.
S’il y a une beauté mensongère qui séduit et déçoit, la beauté véritable invite à la conversion. Elle appelle les hommes à faire de leur propre vie “une œuvre d’art, un chef-d’œuvre” (Lettre aux artistes). Il est significatif que, parlant au monde du cinéma des “exigences primordiales et essentielles de l’homme”, Pie XII affirme : “Il y en a fondamentalement trois : la vérité, la bonté, la beauté.” Exigence de conversion, dans le contraste douloureux entre la beauté qui m’attire et la laideur de mon âme, si bien exprimée par Dimitri Karamazov confessant à son frère Aliocha : “La beauté, c’est une chose terrible et affreuse. Elle est le duel du diable et de Dieu, et le champ de bataille, c’est le cœur humain.”
Une vie devient chef-d’œuvre lorsque la volonté d’aimer vient répondre à la plus laide des violences. Ainsi l’église discerne la beauté paradoxale et véritable du martyre “qui sait donner un visage humain même à la plus violente des morts et qui manifeste sa beauté même dans les persécutions les plus atroces” (Jean Paul II, Incarnationis mysterium, 1998).
Comment s’étonner que, parmi les chefs-d’œuvre en tous les domaines de l’art, la Vierge Marie ait une si grande place ? “La toute belle que d’innombrables artistes ont représentée et que le célèbre Dante contemple dans les splendeurs du Paradis comme “beauté, qui réjouissait les yeux de tous les autres saints”” (Lettre aux artistes). Et Benoît XVI de la contempler comme “idéal de beauté” en qui “la beauté humaine rencontre la beauté de Dieu” (22 mai 2006). Marie fut la première à bénéficier de la rencontre prophétisée par saint Jean : “Nous serons semblables à lui car nous le verrons tel qu’il est” (1 Jn 3,2).
Pascal Fagniez
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Et en plus dans ce n°236 :
“Qu’est-ce que le beau ?”, par Paul Clavier
“Contempler le Christ”, par le cadinal Schönborn
“L’Icône, une porte ouverte sur le ciel” - Interview du diacre Bihin, marié et père de quatre enfants.
“La liturgie, art des arts” par Pascal Fagniez
“Se laisser saisir par la grâce” par Michael Lonsdale
“Déchiffrer une présence cachée” par Jean-Rodolphe Kars
3 avril 2007 2007 par
Certains y répondent par la négative : "Il n’y a rien", ou bien "Le trou, et puis plus rien après". Pourtant, à la fin de leur vie, après avoir vécu comme s’il n’y avait rien, ils se mettent à penser "qu’il y a peut-être quelque chose".
La mort, terme terrestre de la vie d’une personne, est à la fois d’une violence inouïe mais aussi le passage vers un autre monde. La foi chrétienne affirme la subsistance, après la mort, d’un "élément" spirituel, doué de conscience et de volonté. Le “moi” subsiste. Cet élément est nommé “âme”, parfois “esprit”. La résurrection des corps, quant à elle, n’adviendra qu’à la fin des temps. L’homme peut vivre éternellement car il est capable d’être en relation avec Dieu. Celui-ci donne l’éternité à l’homme dans le Christ qui est “Le chemin, la vérité et la vie”.
Les chrétiens ne sont pas les premiers à affirmer qu’il existe une vie après la mort. Toutes les cultures où l’on enterrait les personnes avec de quoi vivre, manger, chasser, se défendre dans “l’au-delà”, percevaient déjà que l’homme n’est pas fait pour la mort. L’idée d’éternité n’est donc pas étrangère à l’homme, elle lui est même comme naturelle.
Pour les chrétiens, Dieu a envoyé son fils, Jésus Christ, qui a pris notre humanité pour nous faire connaître son amour et sa promesse de résurrection. Lui-même est ressuscité le troisième jour après sa mort. Il est sorti du tombeau et est apparu vivant à ses disciples, qui l’ont vu et en ont témoigné. La résurrection du Christ n’est pas saisissable directement par l’histoire. Elle pose une question à l’histoire et à tous les hommes. Mais le témoignage de ses disciples sur la rencontre du Ressuscité, lui, est historique. Ils en ont témoigné jusqu’au martyre. La foi en la résurrection des morts s’appuie sur cette résurrection de Jésus. Le Dieu qui nous a créés ne l’a pas fait pour l’espace d’une vie terrestre, comme un jeu ou une absurdité. Par amour, alors que nous n’existions pas encore, il nous a donné la vie et il continue, par amour, de nous appeler à la vie éternelle avec lui. C’est ce qu’on appelle “le Ciel”. Ce Ciel, c’est la vie éternelle de bonheur sans fin avec Dieu et tous les saints. Il ne s’agit ni d’un paradis matériel, où nous revivrions une vie terrestre (comme le conçoivent les témoins de Jéhovah), ni d’un paradis spiritualiste où les âmes seraient définitivement dépouillées de toute incarnation (selon la théorie de Platon) et de toute personnalité (croyance bouddhiste) : dans le résumé de leur foi, le Credo, les chrétiens affirment qu’ils croient en la “résurrection de la chair”, c’est-à-dire de l’âme et du corps ensemble, à l’image du Christ ressuscité. Le Ciel n’est donc pas l’éternité figée que l’on se figure souvent, où l’ennui régnerait en maître. Pour l’évoquer, Jésus a souvent pris des images humaines : noces, grand festin, royaume d’amour, de paix et de justice. Chaque homme, depuis toute éternité, y est attendu amoureusement par Dieu. Il nous y réserve une place de choix, car nous sommes tous invités personnellement à goûter à la tendresse divine. Nous pourrons alors vivre une profonde communion avec Dieu et les uns avec les autres. Car au Ciel, il n’y aura plus de haine : seul l’Amour restera !
Claire Villemain
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27 avril 2007 2007 par
En 1947, la France est au bord de la guerre civile. Du 8 au 14 décembre, à L’Île-Bouchard (Touraine), la Vierge Marie supplie des enfants d’intercéder pour la paix et de faire venir des foules en ce lieu. Contre toute attente, le calme revient en quelques jours. Nous fêtons cette année les soixante ans de ces événements.
par Bernard Peyrous
L’île-Bouchard, la Vierge Marie a demandé à des petits enfants de prier et elle a insisté pour que la foule s’associe à leurs prières. L’objet de ces prières ? En ce lieu, elle a appelé à prier pour la France, pour les familles, pour les prêtres et pour les pécheurs… Ce message, valable dans le contexte de 1947, est toujours actuel. C’est ce que nous allons découvrir tout au long de ce dossier. Marie a réclamé que l’on prie ardemment pour la nation et pour la réconciliation nationale. Elle a béni la France et, en la bénissant, elle a béni tous les autres pays. Elle a rappelé que les nations ont une raison d’être, que la culture qu’elles portent est importante. Jean Paul II n’a cessé de le redire tout au long de son pontificat : nous sommes invités à aimer notre nation et à prier pour elle.

Comme en 1947, la France a besoin aujourd’hui que l’on prie pour elle ardemment. Cette mission concerne chacun d’entre nous. Et si nous prions Marie, elle nous écoutera. Prions-la pour la paix civile, mais aussi pour la paix entre les nations et pour la réconciliation entre les hommes. Le 8 décembre 1947, les Français étaient sur le point de s’entretuer. La guerre civile aurait pu se déclarer dans les heures qui suivaient. À l’inverse, quelques jours après, les Français ont accepté de travailler ensemble à l’édification d’un pays de paix et de prospérité, ce pays même que nous connaissons. Cette réconciliation entre des esprits très opposés est une grâce à demander aujourd’hui encore.
La Vierge Marie a demandé que l’on prie pour les familles, sources des vocations. Elle a promis "le bonheur dans les familles". Aujourd’hui, la famille est très attaquée. Les jeunes et les enfants subissent les premiers cette situation. Demandons à Marie des familles chrétiennes. Demandons-lui aussi que les familles déjà chrétiennes le demeurent, et que nous sachions transmettre aux enfants la beauté de la famille. Demandons-lui encore une grâce de paix pour les familles douloureuses, divisées, éclatées. Dans le même temps, supplions Marie pour les vocations, puisque les vocations naissent dans les familles. L’Église n’existe pas sans l’Eucharistie. C’est l’Eucharistie qui fait l’Église et ce sont les prêtres qui célèbrent l’Eucharistie ! Alors, demandons à Marie que l’Eucharistie soit toujours dans nos églises, que celles-ci soient ouvertes et qu’on puisse venir y prier. Que les chrétiens puissent se rassembler et recevoir les sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation, grâce à de nombreux prêtres. Il est de notre devoir de continuer à prier pour les vocations et de demander à la Vierge Marie des pasteurs qui sachent les accueillir et les former.
Ce n’est pas parce que les gens se laissent aller en prenant le péché pour la norme que nous devons l’accepter et y collaborer. Pour autant, nous ne sommes pas chargés de faire la morale à la planète entière. En revanche, nous pouvons prier, offrir, supplier… Dans un lieu comme L’Ile-Bouchard, tout centré sur la prière, cet appel retentit de façon très particulière dans les cœurs.
En ce lieu, il y a une profonde grâce de joie. En décembre 1947, au fur et à mesure que les jours passaient, le visage de la Vierge Marie s’illuminait. De plus en plus joyeuse, elle a fait goûter aux enfants le bonheur du Ciel. On ne peut nier que ces événements comportent une part de douleur : la manière dont Marie faisait le signe de la Croix montrait son union avec la Croix. Mais cette gravité ne doit pas occulter la part de joie, fondée sur le "oui" de Marie et sur le fait que Dieu est Dieu et que rien ne lui est impossible. Il est essentiel de le croire. Le monde ne va pas forcément très bien, mais rien n’est impossible à Dieu ! L’Église est peut-être affaiblie, mais rien n’est impossible à Dieu ! La société est peut-être malade, mais rien n’est impossible à Dieu ! Et qu’est-ce que Dieu attend pour avancer dans le cœur des hommes ? Notre prière, notre offrande, notre amour ! Chacun de nous est dans la situation des enfants qui ont vu la Vierge en 1947. Nous ne sentons peut-être pas la présence de Marie, mais Marie, elle, nous voit. Elle nous sourit en cet instant, comme elle a souri à la foule en 1947. Et à chacun d’entre nous, elle confie la même mission qu’aux enfants : "Priez, priez" ; et "Faites venir la foule." Une invitation très pressante à placer notre personne et notre nation sous la protection maternelle de la Vierge Marie.
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5 juin 2007 2007 par
Face aux pressions menées par les courants écologistes "ultras", les chrétiens ont à agir avec mesure et pragmatisme. Décryptage.
par Amélie de Menou
échauffement de la planète, épuisement des ressources énergétiques naturelles, désertification, multiplication des accidents climatiques, dégradation générale de notre environnement… Ces derniers mois – campagne électorale aidant – il est devenu absolument impossible d’ignorer les dégâts écologiques auxquels notre monde doit faire face. Dans son ouvrage L’éthique en friche1, Dominique Vermersch, directeur de recherche à l’INRA, pointe l’apparition de “prophéties de malheur”, "suffisamment crédibles pour que chacun d’entre nous puisse infléchir ses comportements et contribuer ainsi à ce que ces mêmes prophéties ne se réalisent pas". Pour éclairer son propos, il cite Hans Jonas (philosophe allemand et historien du gnosticisme) qui précise : "La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et de se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarmes en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé, serait le comble de l’injustice." Fini le berger qui crie "Au loup !" inopinément et lasse ainsi son auditoire : les “prophètes” dont il est ici question captivent leur public en cultivant le catastrophisme vert “éclairé” et trouvent un relais fidèle dans les médias. Parvenant par là même à se faire omniprésents, en dépit de leurs excès.
Ce même constat a amené Laurent Larcher, journaliste et historien, dès l’introduction de son livre La face cachée de l’écologie2, à se poser la question : "Les écologistes sont-ils des imposteurs ?", précisant encore "Leur catastrophisme serait un moyen habile pour occuper la scène médiatique et exister dans l’arène politique. Et si la terre, en effet, se portait mieux qu’ils ne le disent ?" Car, en fait d’apocalypse naturelle, Laurent Larcher prend un petit plaisir à constater que "le cataclysme démographique n’a pas eu lieu, la famine recule, les forêts ne se portent pas si mal, la biodiversité n’est pas en danger, la pollution de l’air diminue, le réchauffement de la planète n’est ni une certitude, ni une catastrophe"... Même le statisticien danois Bjørn Lomborg, ex-militant de Greenpeace, a finalement démontré l’invraisemblance de l’effroi écologique3 ! L’écologie doit être une préoccupation, certes, mais en aucun cas conduire à la psychose.
En dépit de ces mises en garde contre l’excès des craintes environnementalistes, les courants “ultras” continuent leurs avancées. Le courant de la Deep Ecology (comprenez écologie profonde) milite pour une reconnaissance des droits de la nature – biosphère versus homme – et la fin de l’anthropocentrisme. En d’autres termes, elle rejette la tradition humaniste occidentale pour imposer le retour à un écosystème où l’homme n’est qu’un élément d’un tout qui le dépasse, au même titre qu’un arbre, une vache ou un caillou… Laurent Larcher explicite encore que, selon Aldo Leopold4, le premier théoricien de la Deep Ecology : "L’homme n’est plus un être à part. Il doit se penser comme le membre d’une communauté élargie au sol, à l’eau, aux plantes, aux animaux. Pour tout dire, l’homme appartient à une seule communauté : la communauté Terre." Poussée à l’extrême, cette théorie stipule que tout et tous sont également citoyens de la Terre, et devraient par conséquent bénéficier des mêmes droits et devoirs, qu’ils soient mouche, platane ou petit enfant. C’est en substance ce que proposait déjà Aern Naess en 1973 dans son article Écologie superficielle et profonde, Le mouvement écologique sur le long terme, paru dans la revue américaine Inquiry. Prônant un biocentrisme absolu (contre ce qu’il considère être la confiance aveugle en un tout économique règlant le monde), il radicalise le débat et prend position pour le bien des vivants non-humains (en encourageant la lutte contre la natalité entre autre). L’empreinte de l’homme et de son intelligence sur l’environnement est entendue par Aern Naess comme une souillure, la fin de la pureté terrestre originelle.
Nombreuses références de cette théorie puisent dans une néospiritualité aux contours flous. James Lovelock5, un autre théoricien de la Deep Ecology va jusqu’à concevoir la Terre comme un organisme vivant, un être divin à part entière. Reprenant à son compte des éléments de mythologie grecque donnés par Hésiode au VIIIe siècle avant Jésus Christ, il qualifie la planète de “Déesse Gaïa”. C’est ici directement la conception écologique du christianisme qui est en ligne de mire.
Le père Joseph-Marie Verlinde met en garde contre cette nouvelle spiritualité de la Terre, qui donne parfois lieu à un véritable culte à la déesse Gaïa dans la recherche de la "communion avec la vie immanente de notre planète". Dans son article La dérive vers une écologie sacralisante6, il reprend les termes du débat. D’un côté Lynn White7 postule que dans le christianisme occidental, "le Dieu créateur suscita la nature exclusivement pour le bénéfice et l’usage de l’homme : plus rien dans la création n’a de sens en dehors de son utilisation par l’homme." Et de conclure en établissant une religion de la Terre : "Si nous ne rejetons pas l’axiome chrétien selon lequel la nature n’a d’autre raison d’être que le service de l’homme, la crise écologique ne fera que s’amplifier. La science et la technologie contemporaines sont à ce point pétries de l’arrogance de l’orthodoxie chrétienne envers la nature, qu’aucune solution de la crise écologique n’est à attendre d’elles seules. Puisque les racines du mal sont avant tout religieuses, le remède doit également être essentiellement religieux, que nous l’appelions ainsi ou non." De son côté, le père Verlinde met en garde les adeptes du "folklore du mouvement écologique" encouragé par Lynn White et appelle à un retour urgent au christianisme. Il conclut ainsi : "Un aspect du christianisme – et non des moindres ! – semble avoir totalement échappé à Lynn White, à savoir la place centrale du mystère de l’Incarnation. S’il est vrai que, par la venue du Verbe de Dieu dans la chair, la personne humaine se trouve placée au centre de la doctrine chrétienne, il n’en demeure pas moins que cet Homme Nouveau est totalement référé à Dieu auquel il est chargé de ramener la création tout entière qu’il récapitule en lui. Ni une vision anthropologique, ni une approche radicalement biocentrique ne peuvent donner à la nature sa véritable valeur, mais seulement la conception biblique d’une création théocentrique, qui trouve son accomplissement dans sa participation active à la liturgie céleste" – à savoir ce qui a été voulu par Dieu pour l’homme, la terre et ses habitants.
En conclusion, il convient de considérer l’inquiétude écologique avec mesure et pragmatisme et d’aborder la lutte pour la préservation de notre environnement à travers le prisme de la foi chrétienne dont le père Verlinde a montré la compatibilité et même l’indissociabilité. Le titre du livre de Jean Bastaire Pour une écologie chrétienne et celui du dernier chapitre de Laurent Larcher “une écologie chrétienne” montrent également l’importance de cet élan au cœur de l’Église. Ce que le pape Jean Paul II n’a cessé d’encourager durant son pontificat : "Placer le bien de l’être humain au centre de l’attention à l’égard de l’environnement est en réalité la manière la plus sûre de sauvegarder la Création."8
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1. Dominique Vermersch L’Éthique en Friches, Éditions Quae, 2007. 2. Laurent Larcher, La face cachée de l’écologie, Cerf, 2004. 3. Bjørn Lomborg, The Skeptical Environmentalist, Cambridge University Press, 2001. 4. Il publie en 1848 L’Almanach d’un comté de sables, le premier texte du courant. 5. Auteur de La Terre est un être vivant. L’hypothèse Gaïa, Flammarion, 1999. 6. Ouvrage collectif sous la direction de Marc Stenger, Planète Vie Planète mort. L’heure des choix, Cerf, 2006. 7. Lynn White, The historical roots of our Ecology Crisis, Science, 1967.
3 juillet 2007 2007 par
Auteur de nombreux ouvrages sur le corps et la viriginité, le père Cantalamessa, à la suite de saint Paul, invite avec force les chrétiens à "glorifier Dieu dans son propre corps".
Interview de Raniero Cantalamessa, réalisée par Claire Villemain
Rendez gloire à Dieu dans votre corps », nous dit saint Paul (1 Co 6, 20). De quoi parle-t-il ?
Cette phrase de saint Paul se réfère à la pureté. Il est en train de corriger les désordres qu’il y avait à Corinthe. Il veut dire que le corps n’est pas fait pour être vendu, pour l’impureté. Il est fait pour le don, soit dans le mariage comme instrument de dialogue et de transmission de la vie, soit dans la vie consacrée comme sacrifice vivant rendu à Dieu. Le corps n’est pas un objet. Il a été créé pour la gloire de Dieu, c’est-à-dire pour manifester l’amour. Car Dieu est Amour.
C’est une invitation encore très actuelle…
Il est même urgent de redire cette recommandation de saint Paul ! Nous voyons combien le corps, surtout celui de la femme, est devenu un objet de commerce. La culture dominante est une culture de la sensualité, où le corps est devenu un objet d’échange. Or le corps n’a pas de valeur pour lui-même, il est fait pour le don : voilà ce que dit Dieu. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », disait saint Irénée, et l’homme vivant c’est aussi le corps !
Doit-on prier avec son corps ?
La prière est un acte de toute la personne. C’est un dialogue avec Dieu. Le corps, qui est une partie intégrante de la personne humaine, doit prendre part à ce dialogue. Dans toutes les religions, il existe une dimension corporelle de la prière. Dans la Bible, on parle des mains levées, de la bouche, des lèvres (« Seigneur ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange », comme on dit au début du premier office de la journée). Le corps est pris dans ce mouvement de prière. Non, la foi n’est pas une abstraction !
La dimension corporelle de la prière s’inscrit-elle dans une longue tradition ?
En effet. Sainte Thérèse d’Avila par exemple nous dit que la position du corps dans la prière est importante, car elle peut favoriser une concentration de l’âme. La sainte laisse une certaine liberté dans le choix de cette position. L’important est, pour entrer dans la méditation, de choisir une position qui permet de se relaxer. On connaît d’ailleurs l’importance de la position du corps dans les religions orientales (yoga notamment).
Saint François d’Assise, quant à lui, aimait à employer une image. Il disait à ses frères : « Faites de votre corps l’ermitage, et de votre âme l’ermite. Vous pourrez ainsi, dans la rue ou dans le cloître, être toujours en prière. » L’homme peut donc, où qu’il soit, entrer dans son corps pour prier.
Concrètement, quelles parties de notre corps peuvent-elles nous introduire à la prière ?
Les mains, la bouche, les genoux bien sûr. Tous ces gestes ont aussi une valeur symbolique : lever les mains signifie que l’âme s’élève vers Dieu ; la prostration signifie que l’homme reconnaît son indignité de se tenir en présence du Christ.
La fonction du corps est d’être l’instrument, l’organe de l’âme. De même que le corps est le moyen pour entrer en relation avec les autres, il l’est aussi pour entrer en relation avec Dieu.
Peut-on avoir une approche sensorielle de la prière ?
Oui, bien sûr ! Nous prions aussi avec nos cinq sens. Dans sa lettre aux Romains, saint Paul dit que tout commence avec l’oreille, par l’écoute. Puis il parle du cœur dans lequel on “émet” l’acte de foi. C’est ensuite avec la bouche que l’on professe sa foi. Même l’odorat est pris dans la prière, avec l’encens notamment, pour glorifier Dieu avec ces dons de la nature que sont les parfums. La vue, enfin, permet de contempler Dieu, dans son eucharistie ou dans une icône.
La dimension corporelle de la prière est-elle naturelle ?
Il est connu depuis des siècles que prier en suivant le rythme de la respiration, en accompagnant cette attitude de la phrase « Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi », est tout à fait efficace. D’autre part, les jambes croisées aident à faire l’unité dans son propre esprit. En revanche, la prostration n’est pas une position idéale pour une longue méditation…
« Votre corps est un temple de l’Esprit Saint » (1 Co 6,19) : comment témoigner de cette réalité aujourd’hui ?
Je crois que la pudeur, la chasteté peuvent témoigner de cette réalité. L’être humain n’est pas seulement un corps, c’est aussi un esprit. La manière de s’habiller témoigne du choix de son cœur. Le martyre de sainte Perpétue en témoigne de façon magnifique : liée dans l’arène à une vache, lancée en l’air par l’animal, elle se soucia davantage en retombant à terre d’ajuster ses vêtements que de se défendre. Elle était plus préoccupée de la pudeur que de la douleur. Un tel témoignage invite les chrétiens à manifester la gloire de Dieu, en respectant leur corps par la pudeur.
Chasteté, pudeur, virginité : qu’est-ce qui différencie ces trois vertus ?
La chasteté, c’est l’usage de son corps dans l’obéissance à la Parole de Dieu. Elle peut donc être vécue dans le mariage, dans la fidélité et dans l’expression de son amour à son époux(se), autant que dans la vie consacrée.
La pudeur, nous l’avons vu, est une attitude qui concerne tout le monde, et en particulier les femmes car, il faut le dire, la manière dont elles se présentent a une influence très grande sur l’homme et la société tout entière.
La virginité peut être matérielle, à travers l’absence de rapports sexuels. Elle peut être aussi spirituelle : c’est une attitude du cœur qui consiste à ne pas être divisé mais totalement donné à Dieu.
A contrario, une relation sexuelle désordonnée et excessive peut-elle brouiller la vie spirituelle ?
Saint Paul, dans un fameux passage de la lettre aux Corinthiens (1 Co 6, 16-20), dit bien qu’un usage désordonné du corps, en l’occurrence la prostitution, empêche le rapport avec Dieu, car il n’est alors plus le temple de l’Esprit Saint, mais le lieu du péché. C’est pourquoi il déclare : « Fuyez la débauche. La débauche est un péché contre le corps lui-même » (1Co 6, 18).
« Dieu est Amour » nous rappelle Benoît XVI dans son encyclique. Cela veut-il dire que nous sommes invités à glorifier cette réalité de Dieu ?
Absolument. Saint Grégoire de Naziance, un père de l’Église, disait que « la première vierge, c’est la Trinité. » Dieu s’est donné dans une pure gratuité. C’est la distinction entre l’eros et l’agape dont nous parle Benoît XVI. L’amour humain doit être non la manifestation de l’eros mais le reflet de l’amour de donation que Dieu révèle dans chaque création, et chaque créature.
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et aussi dans le n°240 :
"Ce corps qui est le nôtre" de Michela Marzano
Théologie du corps : "Au commencement il n’était pas ainsi" par Anthony Percy
"Le christianisme, la religion du corps" Par Monseigneur André-Mutien Léonard, évêque de Namur
4 septembre 2007 2007 par
DIEU, AU RISQUE DE NOTRE LIBERTÉ
Si le salut est un cadeau offert par le Christ, il est à accueillir dans le concret de nos vies. Une réalité qui se joue dès aujourd’hui, comme nous l’explique le père Denis Biju-Duval. Propos reccueillis par Hubert de Torcy et Claire Villemain.
Qu’est ce que le salut ?
Parler du salut présuppose que l’homme a besoin d’être sauvé. Quand on est sauvé, c’est toujours par quelqu’un d’autre. En d’autres termes, notre accomplissement ne dépend pas seulement de nos propres capacités, mais de quelqu’un qui va l’accomplir. L’homme n’est pas autosuffisant. Il a besoin de l’intervention de Dieu dans sa vie, sans laquelle il serait privé de son accomplissement, et ce pour l’éternité.
Pourquoi “pour l’éternité” ?
Le cœur de l’homme a soif d’éternité, mais l’homme ne peut pas se donner à lui-même cette éternité. Le salut est lié à l’éternité dans le sens où un homme qui vivrait dans l’idée qu’il n’est pas fait pour l’éternité est dans le désespoir – même en dehors d’une logique spirituelle. On constate souvent que, face par exemple à la mort d’un être cher, beaucoup de païens matérialistes ne peuvent s’empêcher de participer à des rites funéraires, qui suggèrent que la question de la mort va au-delà. Le simple fait d’avoir fait une momie de Lénine sur la Place Rouge correspond à un désir d’éterniser Lénine. S’ils avaient été matérialistes jusqu’au bout, ils auraient mis Lénine à la poubelle.
Ce que nous procure le salut, c’est la vie éternelle…
Oui, mais tout cela est à comprendre à l’intérieur d’un chemin d’accomplissement, qui ne se jouera pas seulement à l’heure de notre mort, mais dès maintenant, grâce à une clé fondamentale qui est celle de la charité, du don de soi et de la communion à Dieu dans le Christ.
La dimension du salut existe-t-elle dans d’autres religions ?
Il faut déjà rappeler que le nom de Jésus veut dire « Dieu sauve ». Le salut est dans la notion même de l’incarnation du Christ. On peut dire que d’autres contextes religieux portent une relative expression du mystère du salut.
Dans l’Islam, il y a une certaine notion de salut puisque c’est Allah qui donne la vie éternelle.
Dans la mystique bouddhiste dite Theravada1, il n’y a pas vraiment de notion de salut, mais plus d’accomplissement par une médiation, une intériorisation. C’est la personne elle-même qui est protagoniste de sa propre réalisation. Des paroles rapportées du Bouddha disent que « l’homme est à lui-même son seul refuge ». En revanche, dans le bouddhisme Mahâyâna2, la figure du Bouddha devient plus ou moins une figure de sauveur. Le salut bouddhiste est une sorte de disparition de l’homme, dans le sens où la réalité de l’homme est libérée par le Nirvana. Libérant l’homme, il le délivre de lui-même, de la souffrance et de l’emprisonnement dans les contingences de cette vie, et sous un certain angle le fait disparaître, comme la goutte d’eau disparaît dans l’océan.
Dans le judaïsme, toute l’histoire d’Israël est une histoire de salut. Mais la compréhension de ce salut n’est pas toujours la même. À l’époque de Jésus par exemple, les pharisiens croient en un salut éternel lié à une résurrection à la fin des temps. Mais pour les saducéens, c’est un salut purement terrestre, où le juste est béni par Dieu dans son bonheur d’ici-bas.
Pourquoi être sauvé ?
En fait, on le désire malgré soi ! L’homme cherche la communion et l’amour, et il perçoit plus ou moins que le vrai bonheur serait dans le total don de soi, dans un amour absolu. Or Dieu a gratuitement voulu que d’autres que lui participent à la communion d’amour qui se vit dans la Trinité. Le plan de Dieu est d’emblée de type communionnel. Ce n’est pas un plan d’accomplissement individuel, mais un mystère de don et d’accueil, puisque Dieu lui-même est don et accueil.
Qui peut être sauvé ?
À partir du moment où Dieu crée quelqu’un, il le fait en vue de la plénitude. Dieu veut sauver tout homme, c’est pour cela qu’il nous a envoyé son Fils. Le grand mystère, c’est que le salut se passe à l’intérieur d’une histoire où se trouve en jeu la liberté de l’homme. Or si Dieu a voulu que l’homme soit libre, c’est que l’amour n’est vraiment amour que si celui qui aime le fait à partir de son propre cœur.
Quand on ne connaît pas le Christ, comment peut-on être sauvé ?
Ceux qui ne peuvent pas connaître le Christ – soit plus de la moitié de l’humanité – seront mis sur le chemin du salut par exemple par leurs actes de charité. Car la charité c’est la participation à la manière dont Jésus aime. Même s’ils ignorent le Christ, Dieu leur permettra d’être sauvés. Ils ne le seront pas sans le Christ, même s’ils ne savent pas pendant leur vie terrestre que le Christ était là et leur proposait son salut (comme dit l’Église « de la manière que Dieu connaît »). Cette idée est illustrée dans l’évangile par la parabole du Jugement Dernier (Mt 25, 31-45), quand Jésus dit aux élus "j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire". Alors que les apôtres répliquent "Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ?", le Christ leur répond en disant "chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait". Le salut se trouve bien dans le Christ, qui est « LE chemin, LA vérité, LA vie », et non pas « un chemin…".
Certains pourraient-ils ne pas être sauvés ?
Oui, s’ils ont refusé cet amour qui leur était proposé, de manière consciente et profonde. Par exemple, un homme qui trompe sa femme et s’obstine dans ce mal, commet un péché mortel : il a trahi l’engagement d’amour qu’il avait contracté avec sa femme et avec Dieu. D’une certaine manière il refuse Dieu, et la miséricorde que celui-ci lui propose à travers le sacrement de réconciliation. Pour les mêmes raisons, refuser de pardonner est un péché mortel. Dans les deux cas, c’est la persistance et l’obstination dans le péché qui nous coupe du salut.
Que deviennent ceux qui ne seraient pas sauvés ?
Ils vont dans ce lieu qu’on appelle l’enfer. Cela ne signifie pas que Dieu les punit. L’enfer est la mise à nu de la vérité intérieure, des actes mauvais qu’on a pu faire. Il déploie la logique dans laquelle on était déjà engagé sur terre. Si sur terre, on refuse l’amour, on se retrouvera pour l’éternité privé d’amour, dans un état d’inaccomplissement de soi, de désespoir et de souffrance, puisqu’on sera privé de ce dont notre cœur a le plus soif.
Tout le monde n’est donc pas nécessairement sauvé ?
Non, cela n’a rien d’automatique. Tout le monde se voit offrir le salut, mais dans le contexte d’une vie où il est absolument libre. Le Christ dit « Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre la porte, j’entrerai chez lui » (Ap 3, 20). Or il y a le « Si tu ouvres », ce qui montre une totale liberté et une réciprocité. Il a voulu le “oui” de Marie pour l’incarnation, et il veut le “oui” de l’homme pour qu’il soit sauvé. L’homme est sauvé dans la mesure où il a consenti à se laisser sauver.
Sera-t-on sauvé par la foi ou par ses œuvres ?
Fondamentalement, ce ne sont pas nos œuvres qui nous sauvent mais c’est le Seigneur, qui vivifie notre liberté et nous permet d’aimer. Mais, en même temps, cela se fait avec notre collaboration. La charité n’est pas simplement quelque chose que Dieu met en nous, mais qu’une fois reçue nous exerçons en Dieu. On est sauvé par la foi qui se déploie dans des œuvres inspirées par la charité.
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et aussi dans le n°241...
"Du protestantisme à la foi catholique. Seule la grâce sauve" - par Richard Borgman
"Le Christ, unique chemin de salut" - par le père Martin Pradère
Alors, pourquoi évangéliser ? - par Jean-Luc Moens
1er octobre 2007 2007 par
Pourquoi une année sur le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus ? Pour le père François-Régis Wilhélem, il ne s’agit pas tant de célébrer le fondateur de Notre-Dame de Vie que d’essayer de percevoir comment son charisme peut éclairer les grands chantiers de l’Église aujourd’hui.
Interview de père François-Régis Wilhélem
Comment définir le charisme du fondateur de Notre-Dame de Vie ?
Il est à découvrir à travers les multiples facettes de son enseignement, qui est très riche. Je veux voir Dieu est une véritable “somme” de vie spirituelle, mais il existe également de nombreux enregistrements dont la publication a commencé. Parmi les aspects essentiels de son charisme, il faut noter la place centrale accordée à l’Esprit Saint. Il se situe bien dans la tradition du Carmel qui, à l’imitation du prophète Élie, oriente constamment vers la docilité à l’Esprit Saint. Il s’agit donc de chercher à s’ajuster à Dieu tant dans la contemplation que dans l’action. Une telle docilité suppose une expérience personnelle de l’Esprit Saint. Le père Marie-Eugène éclaire ce chemin difficile.
Que peut-on dire des “relations” du père Marie-Eugène avec l’Esprit Saint ?
Il y aurait tellement à dire ! Citons, entre autres, cette confidence qu’il fit trois mois avant sa mort à la cofondatrice, Marie Pila, sur les débuts de sa vie religieuse, alors qu’il était novice au carmel d’Avon. "L’année du noviciat fut l’année des fiançailles, des manifestations de l’Esprit Saint. Tout un jeu de flammes, de feu. Et je racontais tout à mon Père-Maître qui n’y comprenait rien. Quand je lui ai parlé d’une mission de Dieu, il m’a répondu : “Soyez un bon religieux.” Moi, j’étais fou d’amour. Je ne voulais que de l’amour. Je ne demandais que de l’amour."
Il a vécu une effusion de l’Esprit ?
Tout dépend ce que l’on entend par là. Toute grâce de Dieu est effusion de l’Esprit Saint. Mais, en cette occasion et en bien d’autres au cours de sa vie, on peut le dire en effet. Il qualifiera plus tard son expérience du noviciat de « Pentecôte vécue » et avouera que toute sa vie a été basée sur la connaissance de l’Esprit. C’est vraiment sa personnalité de grâce.
Vous faites un rapprochement entre les quarante années du Renouveau charismatique et le quarantième anniversaire de la “naissance au Ciel” du père Marie-Eugène (27 mars 1967), pourquoi ?
Le 12 janvier 1967, sur son lit de mort, le père Marie-Eugène a comme prophétisé : « Après ma mort, l’Esprit Saint éclatera avec une puissance extraordinaire. » Je suis maintenant convaincu que cette prophétie ne concernait pas seulement sa fondation, mais la vie de l’Église. En effet, en février 1967 apparaît aux États-Unis le Renouveau charismatique catholique ; auparavant les textes du Concile avaient déjà redonné toute sa place à l’Esprit. Et voici que de manière inattendue surgissent des groupes de prière et des communautés nouvelles. Leurs membres, bouleversés par l’expérience de l’effusion de l’Esprit, désirent vivre leur baptême jusqu’à la sainteté et exercer les charismes pour le bien de l’Église. Cette dynamique est en réalité un formidable appel d’air en direction de la vie “mystique”, autrement dit une vie chrétienne effectivement conduite par l’Esprit.
Je pense que le père Marie-Eugène est un des maîtres spirituels de cette grâce ecclésiale de Pentecôte.
Comment articuler vie mystique et vie charismatique ?
La vie charismatique n’est pas un tout en soi. Elle ne prend sa véritable signification qu’en étant reliée à la vie de foi, d’espérance et de charité qui constitue le cœur de la vie chrétienne. Le père Marie-Eugène montre ce lien et développe en outre le rôle essentiel des dons du Saint-Esprit pour la croissance spirituelle. L’un des enjeux théologiques et pastoraux pour le Renouveau est de situer clairement la vie charismatique en dépendance de la vie théologale.
Et concernant l’expérience spirituelle, que peut-il nous apporter, aujourd’hui ?
Dans le Renouveau, il arrive que l’on parle « d’expérience de l’Esprit Saint » sans un discernement suffisant. Le père Marie-Eugène propose un certain nombre de critères extrêmement éclairants. Il écrit par exemple : "On a tendance à identifier vie mystique et expérience mystique, action de Dieu par les dons du Saint-Esprit et expérience de cette action comme si elles étaient inséparables. Cette confusion est la source d’erreurs pratiques importantes. Il est évident en effet que l’action de Dieu par les dons est nettement distincte de l’expérience que nous pouvons en avoir, si bien que la première peut exister sans la seconde." Principe lumineux. Ainsi, quand Dieu nous dispense une grâce, "on expérimente ni Dieu ni son action, mais seulement les vibrations produites par cette action divine" (Je veux voir Dieu, page 314 et s.). Autre exemple. Dans la ligne de la tradition carmélitaine, le père Marie-Eugène insiste sur le fait qu’une authentique expérience de Dieu peut s’accompagner d’une grande sécheresse intérieure, d’un sentiment de profonde pauvreté, voire d’épaisse obscurité. Les figures d’une Thérèse de l’Enfant-Jésus ou d’une Mère Teresa montrent la pertinence d’un tel enseignement. Aujourd’hui, le père Marie-Eugène apparaît comme un homme de discernement, qualité plus nécessaire que jamais !
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Et aussi dans le n°242 d’octobre 2007 :
Une vie d’exception (Par Monseigneur Guy Gaucher)
La vie du père Marie-Eugène en quelques dates
Un best-seller mondial "Je veux voir Dieu" (par Étienne Michelin)
5 novembre 2007 2007 par
Souvent perçu comme appartenant à un passé révolu, le purgatoire fait pourtant bien partie de la doctrine de la foi catholique. Que nous apprennent la Bible et la Tradition sur cette réalité qui éclaire d’une lumière nouvelle notre vision de l’au-delà et de nos "rapports" avec les défunts ?
Entretien avec le père Martin Pradère - Propos reccueillis par Laurence Meurville et Hubert de Torcy
Qu’est-ce que le purgatoire ?
À la mort de chaque homme, c’est-à-dire au moment où son âme se sépare de son corps, a lieu un jugement, qu’on appelle le jugement particulier : l’âme, se voit à cet instant telle qu’elle est sous le regard de Dieu, avec sa foi et ses œuvres, ses mérites et ses démérites. Elle peut alors, si elle est établie parfaitement dans l’amour de Dieu, entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (ce que Dieu a désiré pour nous en nous créant) ou alors s’enfermer dans le refus de la conversion et de la miséricorde de Dieu et se damner éternellement. Il est cependant possible que, bien qu’étant dans l’amitié de Dieu, elle porte encore en elle des traces du péché (attachements malsains aux créatures, péchés véniels…). Elle a alors besoin d’être purifiée, comme on ôte les traces de rouille sur un métal. Dans sa miséricorde, Dieu donne cette possibilité de vivre cette purification après la mort dans le feu de son amour. C’est ce que l’on appelle le purgatoire, prélude à la joie du ciel.
Est-ce un lieu ou un état ?
S’agissant d’âmes spirituelles, on parlera plutôt d’état, celui d’âmes qui à la fois sont heureuses, parce qu’elles sont sûres d’aller au ciel, et qui en même temps souffrent terriblement, notamment à cause de la privation de la vision de Dieu dont elles ont maintenant un très grand désir. François de Sales disait ainsi du purgatoire qu’il était une « espèce d’enfer quant à la douleur » mais « un paradis quant à la douceur ».
Qui va au purgatoire ?
Selon saint Jean de la Croix, rares sont ceux qui y échappent parce que nous ne profitons pas assez des occasions de purification active et passive que Dieu nous propose pour faire notre “purgatoire” d’amour sur la terre. Cependant, normalement, chacun d’entre nous devrait aller directement au ciel le jour de sa mort. La petite Thérèse était convaincue que les petites âmes qui mettent toute leur confiance dans la miséricorde du Père peuvent échapper au purgatoire. Pour elle, le Bon Dieu n’a en effet aucune joie de voir ses enfants endurer une souffrance inutile qui ne leur permet plus de grandir dans l’amour. Il faut donc lui faire plaisir en désirant ardemment aller tout droit au ciel, en comptant pour cela sur son amour miséricordieux.
Pourquoi prier pour les âmes du purgatoire ?
Parce que nous avons un devoir de charité envers tous les défunts qui sont encore dans cet état douloureux de purification, véritable “prison de feu”. Les âmes de ceux qui nous ont quittés comptent sur nous et souffrent de voir que nous les oublions. Dieu Lui-même, qui aime ces âmes et souhaiterait abréger leurs souffrances, ne veut pas les délivrer sans passer par nous qui sommes encore sur la terre. En priant pour nos défunts, nous faisons donc non seulement le bonheur de nos frères de l’Église souffrante, mais nous donnons de la joie au Bon Dieu. Cette pratique est d’ailleurs très ancienne. Quelqu’un a dit : « Les païens priaient les morts alors que les chrétiens prient pour les morts. » C’est de fait historiquement la prière pour les morts qui a été la première manifestation visible, dès les premiers siècles de l’Église et même dès l’Ancien Testament, de la croyance dans la possibilité de “solder ses dettes” dans l’au-delà.
Peut-on donc faire quelque chose pour les âmes du purgatoire ?
Oui, bien sûr. Nous pouvons comme on l’a dit prier pour elles, mais aussi offrir de petits sacrifices ou des actes d’amour, des aumônes, etc. Un moyen privilégié est de faire offrir le sacrifice de la messe, voire des neuvaines ou des trentains de messes à leur intention. À défaut, le baptisé peut aussi, lorsqu’il participe à l’Eucharistie, appliquer la vertu du sang de Jésus à l’âme d’un défunt, en vertu de son sacerdoce royal. Il peut aussi offrir des indulgences. L’Église peut en effet, en vertu du pouvoir des clés (voir encadré), décider de reverser sous certaines conditions les mérites surabondants de l’Église du ciel sur l’Église militante de la terre et sur l’Église souffrante du purgatoire. Cette grâce de l’indulgence plénière, sorte de “passeport pour le ciel”, est destinée certes d’abord aux pécheurs “confessés et repentants”, mais l’Église permet aux fidèles qui l’auraient obtenue pour eux-mêmes d’appliquer les autres indulgences qui pourraient leur être accordées à des défunts.
Les âmes du purgatoire peuvent-elles faire quelque chose pour nous ?
Oui, il semble, aux dires du Catéchisme de l’Église catholique (paragraphe 958) et d’une partie de la Tradition que notre prière permet aux âmes du purgatoire de prier pour nous. Et il est sûr par ailleurs qu’une fois arrivées au ciel, elles feront tout pour nous aider à les y rejoindre !
Qu’est-ce que peut signifier « gagner des ‘jours’ de purgatoire » ?
Nos catégories d’espace et de temps doivent évidemment être repensées quand on parle de la vie éternelle. Notre vie présente est marquée par le temps qui ne cesse de s’écouler ; l’éternité de Dieu au contraire est un perpétuel présent sans passé ni futur. Les âmes séparées sont quant à elles dans une situation intermédiaire entre le temps et l’éternité. Elles se fixent lors du dernier acte libre posé sitôt après la mort dans le bien ou le mal et en ce sens ne changent plus. Cependant, elles connaissent une sorte de “temps”, différent de notre temps solaire, qui mesure la succession de leurs pensées et de leurs sentiments. Ceci apparaît particulièrement dans le cas du purgatoire. Les âmes y sont fixées définitivement dans le bien mais elles doivent subir une purification dont la “durée” correspond à la profondeur des “cicatrices” laissées par le péché, c’est-à-dire l’attachement désordonné aux créatures. Les représentations du passé comme celles que vous citez expriment quelque chose de cette “supra-temporalité” du purgatoire, mais elles ne doivent évidemment pas être prises au pied de la lettre. Ce qu’il s’agit de comprendre, c’est que nous pouvons abréger ce “temps” de purification pour nous et pour nos frères défunts en profitant des moyens de grâce que l’Église nous propose. Encore une fois cependant, il ne s’agit pas tant de comptabiliser des “droits” vis-à-vis du ciel que de faire plaisir au Bon Dieu par notre confiance en sa miséricorde.
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Et aussi dans ce numéro 243 de novembre 2007
Des témoignages
"La Bible, en parle-t-elle ?" - Par le père Paul Préaux
"Trois questions à…" Jean-Marc Bot (Auteur de Osons reparler de l’enfer, Le temps du purgatoire et Vivement le paradis ! parus aux Éditions de l’Emmanuel).
Histoire à épisodes - Par Bernard Peyrous, prêtre et spécialiste en histoire de la spiritualité.
"Une mission très spéciale" - Celle de Maria Simma
"L’abbé Paul Buguet Un ardent fondateur"
"Montligeon, Terre d’espérance" - Par CLaire Villemain
et enfin "Comment prier pour elle ?"
4 décembre 2007 2007 par
Beaucoup de personnes divorcées et remariées souffrent de ne pas se sentir accueillies par l’Église. Elles ont traversé de grandes souffrances. Elles ont connu l’échec de leur premier mariage. Cela reste souvent une très grande blessure. Ensuite, elles ont réussi à reconstruire un couple, où il y a de l’amour. Cette nouvelle relation les a parfois sauvées du désespoir. Et bien de ces couples ont retrouvé le chemin de la foi. Tout cela est bon.
Aussi, bien des personnes ne comprennent pas la position de l’Église sur leur deuxième union. Elles ont parfois le sentiment que l’Église leur fait payer leur échec. L’Église leur refuserait-elle d’être enfin heureuses ? Si Dieu pardonne, pourquoi l’Église ne pardonnerait-elle pas ? L’Église leur demande de ne pas communier lors de la messe. Cela est perçu comme une exclusion, une excommunication. Qu’en est-il vraiment ?
Les personnes baptisées, qui ont connu un divorce après un mariage à l’Église et se sont remariées civilement ne sont pas excommuniées. L’excommunication est la conséquence d’un acte très grave, qui met la personne hors de l’Église. Ce n’est pas le cas pour les personnes divorcées remariées : elles ne sont pas excommuniées. Ces personnes sont pleinement membres de l’Église. Elles n’en sont pas exclues. Les papes Jean Paul II et Benoit XVI ont demandé aux communautés chrétiennes de les accueillir comme des membres à part entière.
Alors que dit vraiment l’Église ? La position de l’Église est celle de l’Évangile de Jésus Christ, qu’elle est chargée d’interpréter et d’annoncer. Jésus parle à plusieurs reprises de l’exigence de fidélité au mariage et de l’interdit de l’adultère. « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! », dit-il. Et il ajoute « si quelqu’un renvoie sa femme – sauf en cas d’union illégitime – pour en épouser une autre, il est adultère » (évangile de saint Matthieu,
chapitre 19, versets 6-9). L’Église comprend donc que Dieu s’est engagé à garder unis les époux qui se sont mariés à l’Église. Ce sacrement de mariage a rendu leur relation indissoluble. Même l’Église ne peut pas séparer les époux mariés validement. Car c’est Dieu qui les a unis. Cette unité est un don que Dieu fait aux époux, tout au long de leur vie. Il s’est engagé avec eux au jour de leur mariage. C’est donc toujours possible ! Dieu demande aux époux de rester unis toute leur vie, parce qu’il leur en donne la possibilité et parce que cette union est sacrée. Pour cette raison, l’Église explique que le remariage, après divorce d’un mariage à l’Église, est un adultère, qui est contraire aux commandements de Dieu.
Mais attention ! Tout cela n’est vrai que si le mariage à l’Église était un plein engagement des personnes. Dans de nombreuses situations, l’Église reconnaît, après enquête, que les conditions n’étaient pas réunies pour qu’il s’agisse d’un plein engagement. Le sacrement de mariage n’était donc pas valide. Ces personnes peuvent alors se marier à l’Église avec un nouveau conjoint.
Pour les personnes mariées validement à l’Église, puis divorcées et remariées, une grande difficulté subsiste : celle du témoignage donné. Pour bien comprendre la difficulté, il faut d’abord comprendre la mission des couples mariés devant Dieu. Ils sont appelés à être un signe permanent de l’amour de Dieu pour le monde. C’est leur mission d’époux chrétiens. En les regardant s’aimer fidèlement, on a un signe puissant de l’Alliance que Dieu conclut avec nous en Jésus Christ. C’est exactement comme la messe, l’autre grand signe de l’amour fidèle du Christ pour l’Église. En ce qui concerne les personnes remariées après un premier mariage à l’Église, leur état de vie est contraire au témoignage de fidélité que les couples doivent donner, même s’il y a de l’amour véritable dans leur nouveau couple. Elles le savent bien et c’est une souffrance pour elles, ainsi que pour leur entourage. Au cours de la messe, ces personnes ne peuvent pas communier, en recevant l’hostie consacrée, Jésus Eucharistie. Mais cela ne les empêche pas de communier à la personne du Christ. Au cours de la messe, il y a de nombreuses façons d’accueillir la présence et l’amour du Christ ressuscité. Découvrons-les ! Ces personnes vont les expérimenter, sans recevoir la communion eucharistique. Elles vont communier autrement à la personne du Christ Jésus. Ce jeûne eucharistique n’est pas une excommunication, ni une exclusion de la communauté. C’est le chemin de Vérité que Jésus leur offre, dans l’Église, pour mieux communier à lui. Car, en ne communiant pas, ces personnes ne s’éloignent pas de Jésus, elles s’approchent davantage de lui. Et Jésus leur donne la force d’aimer jusqu’au bout, comme lui. C’est bien là l’essentiel !
Éric Jacquinet, prêtre
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Et aussi dans le numéro spécial de décembre 2007, les questions suivantes :
Hors de l’Église, point de salut ? Par le père Denis Biju-Duval
Pourquoi dit-on que le pape est infaillible ? Par Monseigneur Martin Viviès
Le Vatican est-il vraiment riche ? Par le père Bernard Peyrous
Le péché, inventé pour nous culpabiliser ? Par le père Olivier Bonnewijn
L’Église doit-elle s’immiscer dans les affaires publiques ? Par Monseigneur Jean-Pierre Cattenoz
Chute des vocations : la mort annoncée de l’Église ? Par Monseigneur Dominique Rey
Pourquoi les chrétiens sont-ils divisés ? Par Monseigneur Gérard Daucourt
Église et sciences : un amour impossible ? Par Paul Clavier
7 janvier 2008 2008 par
À toute époque, veillant jalousement sur son Église bien-aimée, le Christ, par son Esprit Saint, a suscité de saints évêques. Qu’ils aient eu à donner leur vie pour défendre leur foi, à faire face aux hérésies ou aux abus du pouvoir temporel, ces bons pasteurs nous indiquent le chemin.
Par Bernard Peyrous, prêtre et historien
L’Église fondée par Jésus Christ durant sa vie terrestre commence publiquement à la Pentecôte (Actes des Apôtres, chapitres 1 et 2). Elle apparaît avec des chefs, les Apôtres, sous l’autorité de l’un d’entre eux qui porte la parole : Pierre. Elle se développe aussitôt. Les mêmes apôtres en restent les chefs, et Pierre y exerce une fonction particulière. Les premières grandes difficultés (le baptême des païens) sont résolues au cours d’une assemblée collégiale à Jérusalem (Actes 10 et 11). Les apôtres considèrent qu’ils ont l’autorité qu’il faut pour organiser la communauté chrétienne, comme on le voit par exemple dans l’institution des diacres (Actes 6, 1-7).
Puis commence l’évangélisation du monde païen, en particulier par saint Paul. Paul ne considère pas qu’il a un territoire particulier sous sa juridiction apostolique : c’est un missionnaire, et le monde entier est devant lui ! Ses délégués, Tite et Timothée, ont la même conception de leur charge. Ils fondent les Églises et une fois qu’elles sont établies, ils s’en occupent au cours
de leurs voyages. Cependant, assez vite, quand s’organisent des communautés chrétiennes un peu importantes, apparaît la nécessité d’avoir des chefs stables, demeurant sur place, successeurs des apôtres, qui sont les responsables d’une Église particulière. C’est ainsi que se crée l’épiscopat territorial. À Jérusalem même, Jacques le Mineur est le chef de la communauté locale. Dans l’Apocalypse de saint Jean, on saisit déjà l’existence d’Églises au visage bien marqué. Le rôle des évêques est si important que Paul leur donne un code de conduite qui est encore aujourd’hui une base essentielle de la spiritualité épiscopale. Les évêques se font aider par les diacres et par des presbytres (ou anciens). Ils deviendront les prêtres tels que nous les connaissons, par délégation des pouvoirs de l’évêque.
Ce rôle de l’évêque s’affirme aux premiers siècles de l’Église, et l’on en trouve déjà la trace dans les lettres de saint Ignace d’Antioche († vers 110-117) ou chez saint Irénée († 202). Pour eux, l’Église existe autour de son évêque qui incarne la mémoire et la continuité apostolique : une Église ne se crée pas elle-même, elle n’existe pas par elle-même, elle se reçoit du Christ à travers une tradition (une transmission). C’est par l’évêque local que la communauté se relie aux origines. Irénée se fait fort de pouvoir « énumérer les évêques qui ont été institués par les apôtres et par leurs successeurs jusqu’à lui ». Il attache une importance particulière à la succession des évêques de l’Église « la plus grande, la plus ancienne, connue de tous, fondée et établie à Rome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul ». À une époque où les hérésies sont déjà nombreuses et où s’organisent des sectes de tous côtés, il était important de l’affirmer.
L’Eucharistie est célébrée le dimanche autour de l’évêque. Toute la communauté chrétienne se rassemble autour de lui. Par la suite, le nombre des chrétiens continuant à augmenter, il faudra fractionner l’assemblée et organiser des Eucharisties plus nombreuses sous le ministère des prêtres. C’est l’origine des paroisses. Les premiers évêques sont des hommes de foi et de radicalité : ils risquent leur vie à cause des persécutions : tous les papes jusqu’au IVe siècle meurent martyrs.
À partir du IVe siècle, les persécutions cessent. Le christianisme conquiert rapidement l’ensemble du monde gréco-romain. Désormais, il y a une Église dans chaque cité avec un évêque à sa tête. Mais l’épiscopat est alors menacé de deux maux. Être évêque est un honneur reconnu par la société civile. Cela peut attirer des ambitieux… Origène († vers 252-254) s’en plaint vivement. Par ailleurs, l’époque est marquée par de grandes hérésies, comme l’arianisme ou le nestorianisme, parfois soutenues par les empereurs. Ceux-ci n’hésitent pas à nommer des évêques à leur dévotion, afin d’infléchir la foi des fidèles. Heureusement, dans ces périodes difficiles, l’Église a eu la chance de pouvoir compter sur quelques grands évêques qui ont été des docteurs, enseignant leur peuple, tenant ferme face aux pouvoirs publics, quoi qu’il leur en ait coûté. Citons ici en Orient saint Athanase († 373), saint Grégoire de Nazianze († 390), saint Grégoire de Nysse († après 394), saint Jean Chrysostome († 407) et en Occident saint Hilaire de Poitiers († 367), saint Ambroise († 397), saint Augustin († 430), sans parler de papes comme saint Léon le Grand († 461) ou saint Grégoire le Grand († 604). Leur témoignage d’intelligence et de courage a marqué toute l’histoire de l’Église par la suite. Par exemple, en résistant à l’empereur Théodose et en le faisant plier, saint Ambroise a montré que Dieu était au-dessus de l’État, et cela a influencé durablement toute l’Église latine.
Avec l’écroulement de l’Empire romain d’Occident (IVe-Ve siècles), les évêchés font partie des rares structures à résister. Les évêques sont souvent les seules autorités morales acceptables et reconnues, les seules avec lesquelles on puisse traiter d’une manière fiable, comme on le voit parfois aujourd’hui en Afrique. L’évêque est donc le defensor civitatis, le défenseur de la cité, le rempart de ses compatriotes et l’incarnation d’une vraie justice. Certains évêques comme saint Martin de Tours († 397), saint Germain d’Auxerre († 448), saint Aignan d’Orléans († 453), saint Rémi de Reims († 529), en Gaule, saint Boniface en Allemagne († 754), sont vraiment les fondateurs d’un monde nouveau, ils contribuent, avec les moines, à poser les bases de ce que sera l’Europe. Beaucoup d’ailleurs sont moines : une abbaye comme Lérins donne une centaine d’évêques à l’épiscopat des Gaules.
Au Moyen Âge, les évêchés demeurent, avec l’ordre monastique, les bases de la vie sociale et religieuse. La vie intellectuelle renaît en Occident au XIe siècle à partir des écoles cathédrales, qui vont très vite se transformer en universités. L’évêque habite en général au milieu d’un quartier épiscopal qui comprend, outre la cathédrale et l’évêché, le cloître et les maisons des chanoines, la psalette (chorale), un hôpital, des écoles. Les évêques construisent, avec leur peuple, les magnifiques cathédrales romanes et gothiques qui parsèment l’Europe. Un évêque est une puissance. Mais à cause de cela justement, l’Église est obligée de lutter pour conserver la liberté des nominations. Le pouvoir politique a toujours tendance à utiliser l’épiscopat comme moyen d’influence. C’est la cause de la querelle dite des Investitures qui durera longtemps.
Cette mainmise relative de la société civile sur l’épiscopat, question non résolue, est une des causes du mécontentement qui amène la Réforme protestante. Celle-ci ne solutionne pas le problème, elle l’aggrave. Aussi la Réforme catholique insiste-t-elle sur le renouveau de l’épiscopat : on ne réformera pas l’Église sans renouveler l’épiscopat avec des évêques saints, libres, missionnaires. Le concile de Trente (achevé en 1563) insiste énormément sur ce point. L’Église a la chance d’avoir alors saint Charles Borromée, archevêque de Milan († 1584), qui fait d’un diocèse malade le diocèse modèle du monde catholique. Un nombre considérable d’évêques adoptent le même genre de vie et d’apostolat. En France, en général, les nominations épiscopales faites par les rois sont excellentes, et donnent un épiscopat digne et compétent.
Après le choc de la Révolution et des guerres de l’Empire, les diocèses sont réorganisés. En Europe occidentale et en France en particulier, un problème récurrent est celui de la nomination des évêques par les pouvoirs publics. Les évêques sont en général de bons administrateurs, et il y a parmi eux quelques grandes figures, comme en France le cardinal Pie, évêque de Poitiers († 1880), ou le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux († 1882), un grand missionnaire. Mais on sent un poids qui pèse sur l’épiscopat. Au XXe siècle, en général, ce poids a disparu et l’Église est plus libre de nommer ses évêques. Leur nomination par le Saint-Siège est de ce point de vue-là une garantie de liberté. Aussi voit-on dans un certain nombre de pays (Italie, Pologne), de nombreux évêques saints. En Allemagne, certains sont des résistants au nazisme, comme le bienheureux Von Galen, évêque de Munster († 1946).
Mais on sent peu à peu poindre un désir de renouveler la théologie de l’épiscopat en lien avec la théologie de la mission dont le cardinal Suhard, archevêque de Paris († 1949) est un des promoteurs. Le concile Vatican II marque de ce point de vue une date décisive dans l’Église. L’épiscopat est renouvelé dans sa nature sacramentelle et dans son rapport avec le gouvernement de toute l’Église. L’évêque y est beaucoup moins vu comme un administrateur et un notable que comme un continuateur des Apôtres. Reste à faire passer dans la pratique ces intuitions conciliaires. Cela se fait toujours à travers des figures, des modèles prophétiques qui indiquent une voie à suivre. De ce point de vue, les exemples du cardinal Billé, archevêque de Lyon († 2002), de Mgr Hervé Renaudin, évêque de Pontoise († 2003), ou du cardinal Lustiger († 2007), pour prendre le cas de la France, constituent pour les évêques à venir et toute l’Église une source de réflexion féconde. L’Église d’aujourd’hui n’a pas besoin d’administrateurs, d’hommes d’un système, fût-il religieux. Elle se cherche des pères, des pasteurs, des prophètes, des hommes de courage et d’amour. Que le Seigneur les lui accorde !
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Et aussi dans le n°245 :
"Aimer l’Église envers et contre tout" par Monseigneur Gaidon
"Un veilleur qui conduit" par le cardinal Bernard Panafieu
"Nomination des évêques, un processus mal connu" par Monseigneur Baldelli
"Sans la grâce, c’est impossible !" par Monseigneur Guy de Kérimel
"Transmettre le message de Nazareth" par Monseigneur Marcuzzo
29 janvier 2008 2008 par
Le point de vue du médecin. Le docteur Myriam Lejeune est médecin naturothérapeuthe et spécialiste du jeûne. Elle nous explique les mécanismes, effets et bienfaits de cette pratique ancestrale, mais ô combien actuelle, sur tout notre être
propos recueillis par Laurence de Louvencourt
D’un point de vue thérapeutique, quel intérêt comporte le jeûne ?
Le jeûne est un merveilleux trésor pour notre être tout entier : corps, cœur, esprit. Il fait partie intégrante de la vie. On l’observe dans le règne animal et végétal. Il s’inscrit dans une des lois de vie qui structure la Création, à savoir, l’alternance. Toute vie est rythmée par l’alternance. Par exemple, dans le rythme respiratoire (inspiration/expiration), le rythme cardiaque (systole/diastole), le biorythme d’une journée (la nuit et le jour ; le sommeil, l’état de veille et le travail), le déploiement d’une année. On la retrouve aussi dans la nature, le rythme des saisons (l’hiver, temps d’hibernation, de mise au repos de la terre, de la nature ; le printemps ; l’été, jaillissements de la vie renouvelée). Pour être pleinement participant, responsable et acteur de notre santé, accueillons le jeûne positivement, comme un cadeau pour notre corps. Car la physiologie du jeûne répond à ce besoin vital de l’organisme qu’est le juste équilibre de la dynamique de l’alternance.

Pendant le jeûne, par quelles étapes va passer notre corps ?
Durant le jeûne, le corps ne se nourrit plus de l’extérieur, mais de l’intérieur par un phénomène d’autolyse, de combustion, (des sucres, glycogène, graisses, protéines, néoglycogénèse, etc.) apportant les matières premières, l’énergie nécessaire à la nutrition des cellules, au renouvellement et au maintien des structures tissulaires. Un véritable “nettoyage de printemps” se fait, appelé “détoxination” (ou drainage des toxines de l’intérieur vers l’extérieur) pouvant se manifester par quelques malaises (maux de tête, fatigue, courbatures…). Ce sont des “crises de nettoyage”, dites “crises curatives”. C’est bon signe ! Le processus de détoxination est en route ! Ne luttons pas contre ! Mais, accompagnons ce travail de drainage, de purification en soutenant les organes ou émonctoires dont la fonction est essentielle durant un jeûne : - Les poumons : en marchant, tous les jours, si possible au grand air (selon le rythme de chacun) ; une marche consciente, rythmée par une respiration abdominale active, ouverte sur nos cinq sens. L’oxygène est indispensable, la clé d’une bonne combustion. - Les reins : en buvant très régulièrement et lentement, en “mâchant” l’eau, la tisane, le jus de fruits bio ou le bouillon de légumes bio, selon la méthode Buchinger. - Les intestins : par des lavages intestinaux ou purges douces, pour ceux qui le souhaitent. - La peau : par des massages du corps avec gants de massage, brosses de massage, etc.
Par ailleurs, le corps qui jeûne est en repos physiologique. De ce fait la qualité du sommeil est différente. Il ne s’agit pas d’insomnie. Les grands jeûneurs sont tous des veilleurs (les pères de l’Église, le curé d’Ars, Gandhi, Marthe Robin, etc.). Profitons de la nuit pour prier, faire une relecture de notre histoire, accueillir des pensées ou motions intérieures et les noter sur un carnet à portée de la main.

Quels en seront les effets physiques positifs ?
Les bienfaits du jeûne sont multiples, fruits du travail de drainage, d’élimination, de repos physiologique de l’organisme, à savoir :
La mise au repos du tube digestif.
La revitalisation de l’écosystème intestinal et sa microflore.
La relance du système immunitaire.
La diminution des phénomènes inflammatoires (affections gastro-intestinales, allergies, asthme, arthrite, polyarthrite).
La baisse du taux d’insuline par suppression d’apport de glucose : amélioration très importante des maladies métaboliques, dites de surcharge (dyslipidémies, hypercholestérolémie, diabète type 2, athérosclérose).
L’amélioration de l’hypertension artérielle, des troubles de la circulation artérielle ou veineuse, des œdèmes. Le jeûne est un digital naturel (pour le cœur), un diurétique naturel (pour les reins).
La mise au repos du système neurovégétatif et l’harmonisation des sécrétions neuro-endocriniennes.
Le drainage et le nettoyage des dermatoses ou affections cutanées (acné, eczéma…).
Peut-on retirer également de cette pratique des bénéfices psycho-affectifs ?
Oui, car le jeûne est un exercice, un entraînement, une ascèse (du grec askésis, entraînement). Il révèle, découvre toutes ses richesses et sa fécondité, jour après jour, chemin faisant. Soyons persévérants, ne nous laissons pas décourager. Allons de l’avant ! Le jeûne nous met en route vers une vie nouvelle, notre Pâques intérieure, en nous saisissant dans toutes les strates de notre être : corps, cœur, esprit. Il nous fait vivre un déplacement intérieur, du « corps que j’ai » au corps que je suis », entre autres par l’expérience du “lâcher prise” et aussi par celle du manque. Dans notre société, le manque est intolérable : « Il faut tout, tout de suite ! » Le jeûne est révélateur des mécanismes de compensation : tabac, alcool, troubles de l’oralité, de la sexualité, besoin de reconnaissance, etc. « Quelle est ma vraie faim ? » Quand on a faim, on parle de “creux” à l’estomac. Durant le jeûne, ce creux n’est pas un vide, mais un espace intérieur qui s’ouvre. Le creux devient creuset offrant l’émergence, la mise en lumière, au-delà de la mémoire affective ou psychique, de la “mémoire de notre corps”. Il est bon, durant un jeûne, de faire “mémoire” de son histoire pour unifier tout notre être à partir du cœur profond, là où je suis habité « Ne savez-vous pas que votre coprs est le temple de l’Esprit Saint qui est en vous ? » (1 Co 6, 19-20).
Et quels en sont les fruits spirituels ?
Gandhi, grand jeûneur, disait : « Le jeûne est pour la vie intérieure ce que les yeux sont pour le monde qui nous entoure. »
- Le jeûne est une école de vie. Par son travail de désencombrement, d’appauvrissement, il est source de clairvoyance, de lucidité d’où peut jaillir la question existentielle, « qui suis-je ? », et ma vocation originelle qui redonne sens et substance à ma vie. « Dieu dit : faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1, 26).
- Le jeûne est une école de libération, de liberté.
Par le renoncement, le détachement, la modération, la notion du temps habité, je me découvre :
humble dépendant de mes limites physiques, physiologiques, du souffle reçu et donné.
une créature au sein des lois de vie inscrites dans la Création. Je me reçois d’un Autre. Je ne suis pas à l’origine de ma vie. Je suis solidaire, co-responsable de la Création, sa beauté, ses richesses à partager, à transmettre.
un être de désir, et non pas un être “instrumentalisé” par les besoins, les envies, démultipliés par la société de surconsommation, de surmédiatisation, la culture ambiante du “toujours plus”.
- Le jeûne est une école de l’écoute. L’écoute est la trame de la fécondité du jeûne. Au début du jeûne, on est davantage centré sur l’écoute de soi. Puis, par la Parole de Dieu vivante, nourrissante et structurante s’ouvre une écoute plus profonde, l’écoute du “TOUT-AUTRE”, qui est enrichie par les sacrements, notamment par l’Eucharistie et l’adoration eucharistique (étymologiquement ad-os : tourner la bouche vers). « L’homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). Cette écoute profonde peut être un instrument pour redécouvrir le vrai sens du jeûne eucharistique et redevenir ainsi un être de désir, amoureux de son Créateur.
Le jeûne ouvre le regard du vrai, du beau.Le jeûne me décentre de moi, me construit à devenir un être de communion avec ceux qui ont faim de pain, de justice, de paix, avec les malades, avec les personnes âgées vulnérables, dépendantes (« Le jeûne que je préfère… », Is 58, 6-10), pour être ferment d’alliance, ouvrier de paix, dans l’esprit des béatitudes. « Acquiers la paix intérieure et des milliers autour de toi seront sauvés » saint Séraphin de Sarov.
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Et en plus dans ce dossier :
Histoire - À la recherche d’un trésor oublié - par Jean-Claude Noyé, auteur de "Le grand livre du jeûne"
Reportage de "jeûneurs d’une semaine" - Par Hubert de Torcy
Un vrai chemin vers Dieu - Par Emmanuel Dumont
Qui ? Quand ? Où ? - page pratique
et des témoignages
25 février 2008 2008 par
Depuis 2000 ans, l’Église veille amoureusement sur l’orthodoxie de la foi transmise par le Christ à ses apôtres. Hier comme aujourd’hui, c’est la foi des humbles et des petits qui est la meilleure garantie de fidélité au message évangélique.
- Interview du père Denis Biju-Duval. (propos recueillis par Hubert de Torcy)
Hérésie : un terme qu’on pourrait croire voué aux oubliettes les plus sombres de l’histoire de l’Église. Alors, peut-on encore parler d’hérésie aujourd’hui ?
Le qualificatif d’hérétique ne s’applique-t-il qu’à une théologie ?
Techniquement parlant, une hérésie est une compréhension de la foi qui refuse de se conformer à ce que l’Église croit. C’est donc d’abord une réalité théologique.
On ne peut donc pas dire que le matérialisme, le laïcisme, le marxisme, ou encore la franc-maçonnerie sont des hérésies ?
Au sens strict, non. Mais concernant ces positions, Chesterton les appelait « des idées chrétiennes devenues folles ». Sous cet angle-là, on peut donc parler d’hérésies. Les laïcistes sont des théologiens qui s’ignorent !
Les hérésies n’ont-elles pas eu le grand mérite d’obliger l’Église à approfondir le dépôt de la foi ?
Effectivement, une grande partie des dogmes de l’Église ont été définis en réponse à des hérésies. En elles-mêmes et sur le coup, les hérésies sont toujours un drame. À plus long terme, elles stimulent l’Église, elles l’obligent à affiner l’expression de la foi. Elles l’amènent aussi à un discernement. Les hérésies proviennent souvent des limites des cultures humaines : au lieu de se laisser enrichir par la foi, celles-ci cherchent à la soumettre à leurs propres préjugés. Ce faisant, elles la déforment et l’aplatissent. L’Église se trouve alors face à un vrai défi. Il ne s’agit pas seulement pour elle de réaffirmer la vraie doctrine. Elle doit aussi trouver les mots qui la feront féconder les cultures concernées. Ainsi, en réponse aux premières hérésies qui concernaient le Christ et la Sainte-Trinité, l’Église a quasiment inventé le concept théologique de personne. Il a eu par la suite une très grande importance philosophique et culturelle, d’abord dans le monde grec, et ensuite dans tout l’Occident.
Quelle place ont les évangiles apocryphes dans l’apparition d’une hérésie ? Historiquement, ce sont plutôt les apocryphes qui proviennent des hérésies ! Si tel qu’il est, le Nouveau Testament ne colle pas avec votre théorie théologique, quoi de plus commode que d’inventer un évangile sur mesure ? C’est ce qu’ont fait un certain nombre de sectes des premiers siècles. On sait parfaitement d’où viennent les évangiles de Thomas, de Judas, ou d’autres. Ce qui n’empêche pas, périodiquement, des auteurs en manque de succès à les resservir comme la dernière trouvaille.
Par la suite, bien des hérésies n’ont pas eu de lien particulier avec des apocryphes. Elles se sont contentées d’interpréter l’Écriture à leur manière.
Qui peut décider du caractère hérétique d’une doctrine ?
Quand une hérésie se déclare, c’est le peuple chrétien tout entier qui souffre, car il ne reconnaît plus sa foi. Mais ce sont les successeurs des apôtres, les évêques, qui ont reçu du Christ la mission, l’autorité et la grâce de veiller plus spécialement au dépôt de la foi. Chaque évêque le fait pour sa propre Église particulière (le diocèse). Les évêques le font ensemble, en communion avec le pape, successeur de Pierre pour l’Église tout entière. Le pape le fait parfois personnellement. Dans ces deux derniers cas, des actes solennels peuvent avoir un caractère infaillible, comme Jésus l’a promis. Ainsi, le peuple chrétien qui ne maîtrise pas forcément les concepts théologiques, mais qui sent qu’il y a un problème, sait à qui se fier pour rester dans la foi authentique.
Peut-on être hérétique sans le savoir ? Si oui, est-ce grave ?
Pour être hérétique, il ne suffit pas de se tromper dans l’expression de la foi, sinon nous serions tous hérétiques à un moment ou à un autre ! Il faut encore préférer sa propre position à l’enseignement officiel du Pape et des évêques (ce qu’on appelle le Magistère de l’Église). On a donc forcément conscience de quelque chose…
Y a-t-il des hérésies qui sont devenues des dogmes par la suite ? Ou des théologiens mis à l’index à une époque puis réhabilités par la suite ?
Si l’hérésie d’hier devenait un dogme d’aujourd’hui (ou vice versa), cela signifierait que le Magistère de l’Église peut gravement se tromper dans la foi. Il n’y aurait plus de référence fiable pour les chrétiens. Les promesses de Jésus aux apôtres et à Pierre n’auraient donc pas été tenues. C’est impossible. Lors de l’élaboration du dogme sur l’infaillibilité du Pape par le concile Vatican I (1870), on a cherché si historiquement, il était arrivé à un pape de professer officiellement une idée qui aurait été condamnée par l’Église, avant ou après. On a trouvé des formulations maladroites, des imprudences, mais rien qui relève de l’hérésie. Sur 2 000 ans d’histoire de l’Église, il y a une cohérence remarquable des dogmes, dans un approfondissement continu de la foi.
Il est arrivé en revanche qu’une même expression soit refusée à une époque et acceptée à une autre, au nom de la même foi. Ainsi, la “liberté religieuse”, condamnée au XIXe siècle, et entérinée au XXe siècle, par le concile Vatican II. Dans ce cas, ce n’est pas la foi qui a changé, mais le sens de cette expression. Il peut arriver aussi que soient commises des erreurs disciplinaires : ce sont des fautes de discernement, non des erreurs sur la foi. Certains grands théologiens (que Jean Paul II a même faits cardinaux), avaient eu des problèmes disciplinaires sous Pie XII. Suite à des calomnies, le saint Padre Pio fut un temps interdit de célébrer publiquement la messe. Les hommes d’Église ne sont pas exempts de limites et de péchés. Cela ne signifie pas pour autant que l’Église pourrait se tromper dans l’enseignement de la foi ou de la morale chrétienne.
Est-il encore possible d’inventer de nouvelles hérésies ? Les théories de Drewermann, la théologie de la libération, par exemple, sont-elles considérées comme des hérésies ?
Les exemples que vous citez sont significatifs. Ces positions paraissent nouvelles, parce qu’elles expriment dans un langage nouveau, telle idéologie, telle théorie psychanalytique à la mode. Plus en profondeur, on retrouve pourtant de vieilles tentations déjà présentes dans les hérésies des premiers siècles, comme réduire Jésus à sa dimension humaine sans voir le caractère divin de son identité et de sa mission. En ce sens, il serait bien difficile aujourd’hui d’inventer une hérésie vraiment nouvelle.
Pour l’Église catholique, les communautés chrétiennes non-catholiques sont-elles hérétiques ?
L’hérésie est toujours liée au fait de préférer sa propre vision des choses à l’enseignement de l’Église. En ce sens, l’Église catholique pense que les chrétiens non-catholiques d’aujourd’hui héritent d’une histoire aux sources de laquelle on trouve des actes hérétiques ou schismatiques. Il en résulte des obstacles pour retrouver la pleine communion, dont certains concernent le dogme. Cela ne fait pas pour autant de ces chrétiens des hérétiques, car ils n’ont pas eux-mêmes posé les actes de rupture qui les sortaient de l’Église d’origine. D’un côté, l’Église catholique se sait gardienne de l’intégrité de la foi, et de la plénitude des moyens de Salut dont Dieu a voulu doter son Église. De ce point de vue, elle estime que les autres communautés chrétiennes sont porteuses de déficiences plus ou moins importantes. De l’autre côté, elle cherche la réconciliation, elle rejette les logiques de suspicion concernant la bonne foi des chrétiens, et elle n’innocente pas historiquement tous les siens quant aux fautes de discernement et aux manques de charité qui ont pu alimenter les divisions. Elle désire que les divergences sur la foi soient abordées à la fois avec lucidité et dans un désir commun de dialogue et de réconciliation.
Comment lutter contre une hérésie aujourd’hui ?
Cela commence dans nos propres cœurs et dans nos communautés. La vertu d’humilité nous fait reconnaître que la foi est plus grande que nos opinions et que nos capacités de compréhension. C’est Dieu qui nous ouvre les mystères de sa vie et de son projet. Nous avons un don à recevoir, tel qu’il est, non tel que nous voudrions qu’il soit. Si le Christ n’avait pas fait à l’Église les promesses qu’il lui a faites, nous finirions toujours livrés à nos opinions. Ainsi, l’humilité de la foi conduit à se fier à la Parole de l’Église.
Ensuite, puisque les hérésies ont un caractère réducteur, il n’y a pas de meilleure lutte contre l’hérésie que le témoignage de la sainteté et de l’amour que rend possible le don de Dieu en son intégrité. Ceux qui en ont les capacités sont également appelés à y inclure la compréhension théologique et la discussion.
Alors, comment éviter l’hérésie ?
En elle-même, la foi est profonde et simple, car elle est révélée aux tout-petits (Lc 10, 21). L’enfant de cinq ans qui croit que « L’hostie, c’est Jésus » a la foi eucharistique. Les hérésies, quant à elles, sont à la fois simplistes et compliquées. Elles viennent en général de “sages” et de “savants” qui, face à la difficulté de rendre compte de la foi de manière plus élaborée, l’aplatissent et la compliquent en même temps. En cherchant à leur répondre, l’Église élabore elle-même dans ses dogmes des concepts parfois complexes et difficiles à articuler. Elle doit le faire car il est juste que l’homme cherche à approfondir intellectuellement sa foi à la mesure de son âge et de ses capacités. C’est ainsi qu’est né par exemple le concept de “transsubstantiation”. Mais le théologien qui utilise ce terme ne doit jamais oublier qu’il exprime là ce qu’il croyait lorsqu’il avait cinq ans, et qu’il reconnaissait Jésus-hostie. En ce sens, aussi compliqués qu’ils semblent parfois, les dogmes ne font que défendre contre les hérésies la foi simple des pauvres, des petits, et de tout le peuple de Dieu en son intégralité, lui qui, comme le dit le Concile, « ne peut se tromper dans la foi ». C’est d’abord lui, le peuple des humbles, qui fut choqué et blessé quand Nestorius tenta de lui interdire d’appeler Marie “Mère de Dieu”. C’est encore lui qui précéda bien des docteurs de l’Église dans la reconnaissance de son Immaculée Conception.
Évitons donc l’hérésie en demeurant enracinés dans la simplicité de la foi.
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Et encore dans ce dossier d’Il est vivant ! n°247 :
Comment crée-t-on des hérésies ? - Par le Père Bernard Peyrous
Marcion, Arius, Nestor, Pélage et les autres - par le père Pierre Descouvemont
À quoi sert la congrégation de la doctrine de la foi ? - Pr Emma Deverny
Quelques impasse à éviter - Par le père Josephe-Marie Verlinde
27 mars 2008 2008 par
Où en est le dialogue entre juifs et chrétiens : "Le plus important c’est l’amour !". Le point avec un expert, le père Patrick Desbois, secrétaire du service national pour les relations avec le judaïsme au sein de la conférence épiscopale.
Propos recueillis par Hubert de Torcy et Laurence Meurville
Quelles sont les grandes étapes de l’élection du peuple d’Israël ?
En réalité, les juifs utilisent peu le terme d’élection. Ils parlent plus facilement du choix de Dieu. Pour un juif de douze ans, ce qui importe, c’est la loi que
Dieu leur a donné au Mont Sinaï et dont ils doivent répondre à travers leurs actes. Un juif assume sa mission de sanctifier le nom de Dieu sur terre par sa fidélité aux commandements que Dieu a donné à ses aïeux. La dimension de la transmission est primordiale dans le judaïsme. Abraham transmet la mission qu’il a reçue de Dieu à ses enfants par sa bénédiction. Dans le judaïsme, on reçoit de quelqu’un la bénédiction que lui-même a reçue. Saint Matthieu commence son évangile par une généalogie : Jésus fils de…, fils de…, fils de… Il veut montrer ainsi que Jésus a reçu la bénédiction. Les deux généalogies de Jésus disent de quel type de bénédiction il hérite. D’où l’importance de Joseph car c’est par lui qu’arrivent toutes les bénédictions.
On est donc juif non par choix ni par conviction mais par héritage ?
Exactement. On peut être juif et athée : beaucoup le sont depuis le dix-neuvième siècle. On peut même être athée et président d’une synagogue ! Un juif se définit par ce qui le précède. Et qu’il y croit ou pas, il est juif. Un rabbin disait : « La différence entre un chrétien athée et un juif athée, c’est qu’un chrétien athée ne croit pas que Dieu existe et un juif athée croit que Dieu n’existe pas », et en ce sens, il croit quand même…
Les chrétiens pensent souvent que dans le dialogue avec les juifs, leurs partenaires sont les juifs religieux alors que le peuple juif, c’est tout un peuple : c’est un peuple qui a été choisi, non une personne.
De quelle manière le juif religieux vit-il concrètement sa mission de sanctifier le nom de Dieu ?
La question que se pose un juif qui ouvre la Torah n’est pas : « Qu’est-ce que Dieu va me dire maintenant ? » mais plutôt : « Qu’est-ce que je dois faire par rapport à cette loi qui m’a été donnée ? Qu’est-ce que j’ai à faire pour me marier, pour acheter un terrain, pour échanger, pour prier, pour m’habiller, etc. » N’oublions pas que le judaïsme est plus une “praxis” façonnée par une tradition qui a maintenant 3000 ans qu’une théologie. Cette “praxis” va l’amener à dire telle prière avant de manger du pain, telle autre après, telle autre encore en se couchant (« Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit »). Toute la vie d’un religieux juif est organisée autour de ces prières.
Je reviens sur cette question de la tradition car elle est capitale. Même la
Torah est issue d’une tradition. En ce sens, le judaïsme n’est pas une religion du livre. On a une partie d’Écriture en commun mais chez les juifs, quand il y a conflit entre l’Écriture et la tradition, c’est la tradition qui l’emporte. Et quand juifs et catholiques sont amenés à dialoguer, c’est de tradition à tradition que nous nous parlons.
La plupart des juifs contemporains du Christ n’ont pas reconnu en lui le Messie attendu. Y a-t-il eu, comme l’a écrit saint Paul, un “endurcissement” du peuple d’Israël, permis par Dieu et si oui, pourquoi ?
Tout d’abord, rappelons que certains juifs ont reconnu Jésus : Marie, Joseph, Paul, Pierre, tous les disciples, etc. On peut même dire que sans les Juifs, il n’y aurait pas d’Église ! Ensuite, toute l’histoire juive est marquée par cette recherche messianique. Avant et après Jésus, de nombreuses personnes ont prétendu être le messie. Jésus est un messie parmi de nombreux autres… Et sur le messie attendu, il n’y a pas deux juifs qui aient le même avis. Certains attendent un messie “en chair et en os”. Certains autres attendent une ère messianique. La plupart attendent deux messies : un messie, fils de Joseph (fils de Jacob, cf. Gn 37), le messie de la paix ; un messie, fils de David, le messie de la guerre. D’autres enfin disent qu’un messie vient à chaque génération et qu’on ne le reconnaît pas.
Actuellement, le courant majoritaire chez les juifs religieux est celui des Loubavitchs, du nom du petit village de Biélorussie où ce courant est né. Leur dernier rabbin, Rabbi Schneerson, est mort il y a une dizaine d’années et la plupart de ses adeptes croient qu’il est le messie, qu’il est ressuscité et qu’il envoie ses missionnaires dans le monde entier… Aujourd’hui, la croyance messianique est donc très importante chez les juifs : pourtant, quand ils évoquent le messie, ils ne pensent pas à Jésus mais à Schneerson.
Souvent, les chrétiens pensent que les Juifs sont le peuple de l’Ancien Testament qui n’a pas reconnu le Messie et qui continue de l’attendre indéfiniment… C’est tout sauf ça !
Récemment, à une réunion européenne, le rabbin Gilles Bernheim, un rabbin orthodoxe très éclairé a dit : « Tant que les chrétiens ne comprendront pas le côté positif du fait que beaucoup de juifs ont dit non à Jésus, les juifs ne pourront pas être reconnus comme existant positivement. » Jean Paul II avait bien compris cette “existence positive” et c’est ce qui l’a amené à prier, à Varsovie, en 1999, contre l’avis de beaucoup, pour que les juifs soient fidèles à leur mission de sanctifier le nom de Dieu sur terre. Le Pape reconnaissait ainsi que les juifs ont aujourd’hui encore une mission.
À la limite, si je comprends bien, reconnaître le Christ ou un autre comme le messie n’est pas un vrai problème pour les juifs ?
Tout à fait, la reconnaissance d’un messie dans le judaïsme n’amène pas la rupture. Un certain nombre de juifs reconnaissent d’ailleurs Jésus comme le Messie, les juifs messianiques par exemple. La véritable rupture entre le christianisme et le judaïsme a porté sur l’accueil de non-juifs dans la communauté. C’est encore le cas aujourd’hui. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, quand un juif issu d’une famille religieuse devient chrétien, il y a une discontinuité très forte pour lui : il est en rupture totale car il va appartenir à une communauté où il y a des personnes de toutes origines, ce qui n’est pas du tout le cas dans le judaïsme.
Quel sort alors pour les non-juifs ? Faut-il comprendre que le judaïsme n’a pas de portée universelle ?
L’universalité, pour un juif, ne se fait pas par l’intégration de non-juifs. Un juif se considère comme universel lorsqu’il vit, dans sa famille et dans son groupe la loi de Dieu. C’est la loi de Dieu qui fait l’universel. Le mode de vie d’un juif pratiquant se rapproche, en réalité, dans le christianisme, de celui des personnes cloîtrées : elles vivent l’universel par la séparation, une règle de vie, etc. Cette comparaison est sans doute le meilleur moyen, pour un catholique classique, de comprendre comment vit une famille juive.
Ne devons-nous pas désirer, comme chrétien, que nos frères juifs découvrent Jésus ?
Si, mais dans un respect très grand de la liberté de l’autre.
Au cours de l’histoire, le rapport entre les chrétiens et les juifs a été marqué par une très grande violence. Dans certains pays, on rencontre encore beaucoup de juifs qui, le vendredi saint, ont été frappés avec des croix par les enfants de chœur… Ils ont donc du mal à percevoir la séparation entre la volonté prosélyte et la violence : c’est ça le problème !
Le pape Jean Paul II a posé des actes de pardon envers les juifs pour ces actes antisémites du passé mais les juifs ne sentent pas toujours encore un grand amour de la part des chrétiens…
Comment alors aborder le dialogue avec les juifs ?
Pour ma part, je les aborde toujours à partir des textes du concile, de la tradition du magistère depuis Vatican II, avec tous les actes posés par le pape Jean Paul II, par le pape Benoît XVI, par les cardinaux français. Et je cherche d’abord à les regarder dans un regard de foi, tels qu’ils sont aujourd’hui. Cherchons à les connaître, à les côtoyer, à les fréquenter. Posons-nous la question : combien d’amis juifs avons-nous dans notre entourage ? Trop souvent, côté chrétien, on parle des juifs de façon très intellectuelle, abstraite. Compte tenu de l’antisémitisme qui a sévi au niveau mondial, la première étape, et l’attitude indispensable à adopter est d’entrer en relation d’amitié avec les juifs. Le plus important, c’est l’amour : apprenons à aimer les juifs, à les connaître pour les aimer. C’est un don et une grâce à demander. S’ils sentent qu’on les aime, alors tout devient possible.
J’aimerais terminer par cette blague d’Élie Wiesel qui dit qu’à la fin du monde, le Messie va venir. D’un côté, il y aura les chrétiens, d’un autre, il y aura les juifs. Puis, les juifs qui ne peuvent pas s’empêcher de poser des questions diront : « Alors, finalement, vous étiez venu, ou pas ? » Et Élie Wiesel va courir vers le Messie, pour lui suggérer : « Surtout, ne répondez pas ! »
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"Chrétiens et juifs, une relation tumultueuse" - Interview du Père Michel Remaud
"Trois questions au rabbin Mario Rojzman" (Miami)
"Israël, racine de l’Église" - Par Mgr Francis Kohn
"Fêtes juives, fêtes chrétiennes" - Par Magali Michel
"Ces frères ainés que nous aimons tant" - Par Magali Michel
"Conformément aux Écritures" - Par le père Pierre Hoffmann
28 avril 2008 2008 par
"Je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde" [1]. Cette affirmation de Jésus a de quoi surprendre ! C’est ce mystère que ce dossier se propose de méditer.
Par le père Martin Pradère [2]
À l’origine de l’Eucharistie, l’amour brûlant de Dieu pour l’homme, que la Tradition désigne sous le nom de Cœur eucharistique de Jésus. Et dans la célébration de l’Eucharistie, nous pouvons recueillir à chaque instant le feu de son Esprit Saint .
Il existe un lien intime entre l’Eucharistie et le Cœur de Jésus. Ainsi, toutes les grandes révélations dont bénéficia sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial entre 1673 et 1675 se produisirent pendant qu’elle était en adoration devant le Saint-Sacrement. En effet, c’est l’amour du Cœur de Jésus qui nous donne l’Eucharistie mais celle-ci nous donne en retour le Cœur de Jésus.
« Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, [Jésus] les aima jusqu’au bout » (Jean 13, 1). Cet amour extrême de son Cœur pour les siens, symbolisé par le geste du lavement des pieds, Jésus l’a manifesté en donnant sa vie pour nous sur la Croix et dans l’Eucharistie. Certes, Dieu nous a montré son amour de mille autres façons : en nous créant, en mettant toutes choses à nos pieds, en nous dotant de si nombreux dons naturels et surnaturels, en nous manifestant son pardon malgré nos nombreux péchés, en nous donnant l’Église, les sacrements etc. Mais là où il nous a montré le plus son amour, c’est en instituant l’Eucharistie. Tout au long de sa vie, Jésus n’a eu en effet qu’un désir : celui de pouvoir se donner à nous dans le sacrement de l’autel, sachant pourtant que nous allions le crucifier. Comme il le confie à ses apôtres le Jeudi Saint : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Lc 22, 15). À l’origine de l’Eucharistie, il y a cet amour brûlant que la Tradition désigne sous le nom de Cœur eucharistique de Jésus.
Mais l’Eucharistie nous donne en retour ce Cœur brûlant d’amour de Jésus, car en elle, Celui-ci, aujourd’hui glorifié, se rend présent parmi nous et en nous jusqu’à la fin des temps dans l’acte même où il s’offre pour notre salut. Comme le disait la bienheureuse mère Teresa : « Quand tu regardes Jésus sur la Croix, tu vois comment il t’a aimé il y a 2000 ans. Quand tu le contemples dans l’Eucharistie, tu vois comment il t’aime aujourd’hui. » C’est ce que saint Jean et la Tradition de l’Église à sa suite ont compris en contemplant le sang et l’eau qui jaillirent du côté transpercé de Jésus immolé sur la Croix (cf. Jean 19, 34). « Quand tu t’approches de cette coupe redoutable, disait saint Jean Chrysostome, c’est comme si tu t’approchais du Côté du Christ pour y boire. »
Ainsi, nous pouvons aujourd’hui nous approcher de la source du Cœur transpercé de Jésus pour y puiser, avec le sang de sa Passion, les fleuves d’eau vive de l’Esprit (Jean 7, 37-39). « Je veux courir à toi, la Source, écrivait saint Grégoire de Nysse, et boire à longs traits le flot divin que tu répands à ceux qui ont soif ; c’est de ton côté, dont le glaive a ouvert la veine comme une bouche, que cette eau s’élance grâce à laquelle celui qui boit devient à son tour une source » [3].
Jésus, maintenant glorifié à la droite du Père, est le Grand Prêtre selon l’ordre de Melchisédek, qui, entré dans le sanctuaire du ciel, intercède inlassablement pour nous (Hébreu 7, 25 ; 9, 24). Il montre au Père, comme on le voit sur certaines représentations, la plaie de son côté, symbole de sa médiation. Mais il est aussi la victime du sacrifice, l’Agneau qui se tient « debout comme égorgé » en face du trône de Dieu (Apocalypse 5, 6). Cette liturgie céleste nous est rendue présente dans l’Eucharistie, où le prêtre, tenant la place du Christ, offre au Père pour le salut du monde l’Agneau immolé, du Cœur duquel jaillissent les fleuves d’eau vive de l’Esprit (Jean 7, 38 ; Ap 22, 1).
Anticipation des noces éternelles, l’Eucharistie nous rend également contemporains de tout le Triduum pascal [4], dont l’épisode du Cœur transpercé de Jésus est le centre, en tant que symbole de l’amour extrême du Christ : « Le regard tourné vers le côté du Christ dont parle Jean (Jean 19, 37) comprend [… que] Dieu est amour » (1 Jean 4, 8), écrivait le pape Benoît XVI dans sa première encyclique [5].
Par la communion sacramentelle et l’adoration eucharistique, véritable communion spirituelle, nous pouvons ainsi reposer aujourd’hui sur la poitrine de Jésus, comme le disciple bien-aimé au Cénacle le Jeudi Saint, et expérimenter son Amour infini. C’est ce que vécut sainte Marguerite- Marie à Paray-le-Monial le 27 décembre 1673. Pendant un temps de loisir devant le Saint-Sacrement, le Seigneur la fit reposer plusieurs heures sur sa poitrine. Elle en gardera toute sa vie un souvenir émerveillé. En accueillant comme elle à la suite de saint Jean l’amour du Cœur de Jésus, spécialement dans l’adoration, nous le consolons également pour toutes les indifférences ou les tiédeurs de ses amis, tout spécialement les prêtres et les consacrés, vis-à-vis de ce sacrement d’amour. C’est le sens de la réparation demandée par Jésus à Paray, notamment à travers l’institution de la Solennité du Sacré-Cœur, en l’octave de la Fête-Dieu, la fête de l’Eucharistie.
Dans le sacrement de l’autel, il nous est donné aussi, par-delà le temps et l’espace, de pouvoir nous tenir comme Marie et Jean au pied de la Croix pour étancher la soif de Jésus (Jean 19, 28), en contemplant son Cœur blessé (Jean 19, 37) et en puisant l’eau vive qui comble notre propre soif d’amour (Jean 4, 14). Sur la Croix et dans l’Eucharistie, Jésus est en effet le Pauvre par excellence qui réclame notre compassion et nous donne en retour les fleuves de son Esprit. La bienheureuse mère Teresa l’avait bien compris, elle qui, avec toutes les Missionnaires de la Charité, puisait dans son adoration quotidienne la force d’aller rencontrer Jésus dans ses frères les plus délaissés en manque d’amour.
À chaque messe, il nous est donné aussi, à l’image de Marie, de pouvoir offrir Jésus au Père par les mains du prêtre et de pouvoir nous offrir avec lui pour le salut du monde. C’est là d’abord, dans l’autel du cœur, que se joue, comme pour la Mère de Dieu (Luc 2, 35 ; Jean 19, 25), la participation des fidèles au sacrifice de Jésus. Unies au Cœur de Jésus qui s’offre à l’autel, les joies et les peines de chaque jour deviennent ainsi la matière même du sacrifice de louange que nous offrons au Père.
Dans l’Eucharistie nous est donné enfin de vivre, comme les Apôtres au Cénacle, une Pentecôte et un envoi pour annoncer à tous nos frères l’amour miséricordieux du Cœur de Jésus, manifesté dans les plaies glorifiées du Ressuscité (Jean 20, 20.27). À la suite de Thomas en particulier, contemplant le côté ouvert du Christ, ce fut là encore l’expérience de Marguerite-Marie à qui le Christ apparut « tout éclatant de gloire, avec ses cinq plaies brillant comme cinq soleils ». « De cette sacrée humanité, écrira-t-elle plus tard, sortaient des flammes de toute part, mais surtout de son admirable poitrine qui ressemblait à une fournaise. »
« Je suis venu allumer un feu sur la terre, dit Jésus, et quel n’est pas mon désir qu’il soit allumé. » C’est cet amour brûlant du Cœur de Jésus, le feu de l’Esprit que nous pouvons recueillir sans cesse dans la célébration de l’Eucharistie prolongée dans l’adoration, pour en être embrasé et le communiquer au monde, en attendant sa Venue : « Amen, viens, Seigneur Jésus ! » (Apocalypse 22, 20).
[1] Évangile selon saint Jean, chapitre 6, verset 51
[2] Membre de la communauté de l’Emmanuel et auteur de Jésus, doux et humble de cœur, éditions de l’Emmanuel.
[3] Cité par Edouard Glotin, La Bible du Cœur de Jésus, Presses de la Renaissance, 2007, p. 307
[4] Jean Paul II, L’Église vit de l’Eucharistie, 5
[5] Benoît XVI, Deus est Caritas, 12
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La fraternité Eucharistein par Anne-Valérie Gaillard
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27 mai 2008 2008 par
Dans l’adoration de l’Eucharistie, nous vivons à plein la grâce de notre baptême : la foi, l’espérance et la charité. Au travers de ces trois actes qui font toute notre vie chrétienne, le Seigneur Jésus lui-même vient nous visiter, transformer notre vie, nous libérer et nous guérir.
Par le Père Jacques Marin
Le sacrement de l’Eucharistie est grâce de guérison : c’est le prêtre lui-même qui nous invite à le proclamer à chaque messe en montrant la Sainte Hostie à l’assemblée : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. » Notons bien que cette parole, qui est de l’Évangile, ne nous fait pas dire : « Je serai converti », mais bien « je serai guéri ». La liturgie a retenu ce moment où la grâce sacramentelle agit pour que nous soit donnée par Jésus lui-même la guérison dont nous avons tous tant besoin. Pour cela, il nous faut avoir le cœur ouvert à la grâce de Dieu. Par quel canal ? Tout simplement celui que Dieu prend toujours pour accomplir ses promesses, par la foi l’espérance et la charité.
Certes, nous nous approchons de la Sainte-Eucharistie avec beaucoup de cœur et de respect, car c’est le Divin Maître que nous prions, adorons, et recevons dans la communion. Mais la disposition première et indispensable, c’est la foi que nous proclamons, et par laquelle passe Jésus pour nous exaucer ! L’Eucharistie est d’abord sacrement de la foi. Nous devons souvent demander à Jésus comme le firent les apôtres eux-mêmes : « Augmente en nous la foi » (Luc 17, 5). Et le Seigneur entend notre prière. Ainsi ce jeune homme de 18 ans, qui n’avait pas pratiqué que de bonnes choses avec ses mains avant sa conversion. Ses mauvaises habitudes et son esclavage étaient toujours là. Aussi, plus il adorait Jésus dans le Saint- Sacrement, plus il lui devenait insupportable d’être impur. Il en souffrait et demandait au Seigneur de le délivrer. C’est alors qu’à la messe, au moment de dire : « Dis seulement une parole et je serai guéri », il fit cet acte de foi : « Je te reçois, Jésus, dans mes mains. Qu’elles soient complètement pures toute ma vie. » Par la Sainte Hostie, Jésus toucha son cœur et ses mains et il fut délivré. Il en témoigna quelques mois plus tard. Peu de temps après, il rentrait au séminaire. Il est prêtre maintenant depuis dix ans. Quelle joie chaque jour, pour lui, de prendre dans ses mains le pain et le vin et de les voir devenir Corps et Sang du Christ !
Dans l’adoration, nous recevons également des grâces d’espérance qui dépassent la logique humaine, comme ce le fut pour Abraham : « Espérant contre toute espérance, appuyé sur la promesse de Dieu et, sans hésitation ni incrédulité, mais avec une foi puissante il rendit gloire à Dieu, certain que tout ce que Dieu a promis, il est assez puissant ensuite pour l’accomplir » (Rm 4, 18-21). C’est ainsi qu’une jeune fille, souffrant le martyre à cause de douleurs à la colonne vertébrale, passait d’un médecin à l’autre, et se voyait toujours
infirme. Elle était incapable d’entreprendre un travail suivi. Un jour, elle rend visite à une communauté qui lui propose de demander sa guérison devant le tabernacle. Mais après un long temps de prière, il semblait que rien n’avait changé. C’est alors que la responsable de la communauté lui prophétisa : « Reste confiante, ne doute plus, tu reviendras ici complètement guérie et à genoux, tu remercieras Jésus pour ta guérison. » C’était l’après-midi. À l’acte de foi, s’ajoutait l’espérance : « Un jour, tu reviendras ici remercier… » Je venais visiter cette communauté. Au dîner, le Seigneur me fit demander de pouvoir prier pour elle à mon tour. Je la cherchais des yeux. Déjà, elle était repartie s’allonger sur son lit. Sa chambre touchait la chapelle. Le soir, il y avait un temps d’adoration. Je frappe à la porte de sa chambre, la trouve là sur son lit de douleur, et je lui impose les mains. Surprise ! La voilà qui allonge une jambe puis l’autre (comme une élongation par une main invisible) et moi de lui dire : « Allez, debout ! Jésus te guérit, regarde, tu marches. Allez davantage, fais de grands pas. » Comme j’avais parlé très fort, la communauté en adoration entendait ces paroles de foi en se souvenant de la promesse : « Tu reviendras là sans peine et guérie tu te mettras à genoux devant Jésus-Hostie ! » Quelle joie pour cette communauté tout offerte à Jésus ! Et pour elle bien sûr ! Un an après, je retrouvais cette jeune femme, guérie, dans une congrégation religieuse.
Que se passe-t-il dans ces guérisons accordées dans l’adoration et la bénédiction du Saint-Sacrement ? Notre cœur est touché, et c’est la compassion qui nous est donnée. Notre cœur est ému devant la maladie, l’infirmité et la souffrance. Nous percevons que Jésus veut et va agir pour guérir. Il nous communique lui-même son amour pour les pauvres, les infirmes et les malades, avec la foi. Parfois, dans notre prière, Jésus ne guérit pas que physiquement, il vient donner d’autres formes de guérisons et de libérations combien importantes elles aussi. Beaucoup de dépressions
guérissent là dans l’adoration, devant le Saint-Sacrement. Là aussi, peuvent être libérés des drogués, des alcooliques, des cleptomanes, etc. Là encore a lieu la délivrance de ceux qui ont un esprit de vengeance. Jésus touche les cœurs dans sa miséricorde. Dans la Sainte Messe également, Jésus vient consoler et refaire les forces des fidèles dans leurs plus grandes épreuves, tels les deuils. C’est pourquoi l’Église fait célébrer la messe pour les défunts le jour de l’enterrement. Il arrive aujourd’hui que du fait du manque de prêtre, aucun ne puisse célébrer la messe ce jour-là. Qu’il est bon, alors, de voir le laïc qui dirige la prière, inviter la famille à se tourner vers Jésus présent dans la Sainte-Eucharistie au tabernacle ! C’est l’adoration, dans la visite du Saint- Sacrement tant recommandée par l’Église.
Là où il n’y a plus la possibilité de messe, redoublons de temps et de cœur dans l’adoration !
C’est dans la vertu de charité qu’est donnée directement la consolation par Jésus lui-même vivant dans l’Eucharistie. L’apôtre Paul ne manque pas de nous l’enseigner : « Il est le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation qui nous console dans toutes nos tribulations » (2 Corinthiens 1, 3-4). Dans l’adoration, en contemplant Dieu, nous voyons la grande charité qui est au cœur même de la Sainte-Trinité et qui est « répandue dans notre cœur » (Romain 5, 5), à la façon dont sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus fut touchée, à Noël 1886 : « Je sentis la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir, et depuis lors, je fus heureuse » (Histoire d’une âme).
Le prophète ne l’avait-il pas annoncé ? « Mais pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice brillera avec la guérison dans ses rayons. » (Ml 3, 20).
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Et de nombreux témoignages...
29 juillet 2008 2008 par
Banneux - Belgique, 1933 - Un refuge pour les petits - Terre d’accueil de toutes détresses humaines, ce petit coin de Belgique est comme un avant-goût du Royaume qui appartient aux pauvres de coeur. Récit des apparitions.
Le dimanche 15 janvier 1933, vers 19 heures, Mariette Béco, 11 ans, assise sur le banc de la pièce commune devant la fenêtre, guette le retour de son petit frère Julien. Il fait nuit, il neige, il gèle. La fillette soulève le rideau. Elle voit soudain comme une lumière dans le jardin puis aperçoit une belle dame. Celle-ci fait signe à Mariette d’approcher mais la maman de la fillette alertée lui défend de sortir. C’est la première d’une série de huit apparitions.
Le mercredi 18 janvier à 19 heures, Mariette sort dans le jardin et prie à genoux, un chapelet à la main. Son père la rejoint, ainsi que son frère et un voisin. Tout à coup, elle quitte le jardin et s’engage sur la route où la Dame lui fait signe. À deux reprises, Mariette tombe à genoux. Une troisième fois, elle se met à genoux près du fossé, devant une "flaque" d’eau provenant d’une source. La Dame lui parle : « Poussez vos mains dans l’eau. » Mariette le fait et répète ce que la Dame lui dit : « Cette source est réservée pour moi. Bonsoir, au revoir. »
Le 19 janvier, Mariette est à genoux dans le sentier, le temps est très mauvais. La Dame apparaît à la fillette qui lui demande : « Qui êtes-vous, belle Dame ? » « Je suis la Vierge des Pauvres. » Dix-sept personnes l’observent. La Dame la conduit jusqu’à la source. La petite interroge : « Belle Dame, vous m’avez dit hier : cette source est réservée pour moi. Pourquoi pour moi ? » Avec un sourire, la Vierge répond : « Cette source est réservée pour toutes les Nations… pour soulager les malades. »…
Le 20 janvier, Mariette reste au lit toute la journée : elle a mal dormi. À 18 h 45, elle se réveille, s’habille et sort. Quand la Vierge apparaît, Mariette s’écrie : « Oh, la voici. » Puis elle demande : « Que désirez-vous ma belle Dame ? » Souriante, la Vierge répond : « Je désirerais une petite chapelle. » La Vierge étend ses mains et de la main droite bénit l’enfant.
Suivent trois semaines de grand calme. Mariette, cependant, reste fidèle : chaque jour à 19 heures, elle prie dans le jardin.
Samedi 11 février, de nouveau, Mariette est entraînée sur la route. L’enfant s’agenouille deux fois, trempe ses mains dans l’eau à la source et fait un signe de croix. Elle se lève brusquement, court vers la maison et pleure. Elle ne comprend pas ce que la Vierge lui a dit : « Je viens soulager la souffrance. » Elle ne comprend pas le mot « soulager ». Mais elle sait que c’est quelque chose de bon, puisque la Vierge a souri.
Trois jours passent. Le soir du mercredi 15 février, la Vierge apparaît pour la sixième fois. Mariette transmet la demande de l’abbé Jamin : « Sainte Vierge, monsieur le chapelain m’a dit de vous demander un signe. » La Vierge répond : « Croyez en moi, je croirai en vous. » Elle ajoute pour Mariette : « Priez beaucoup. Au revoir. » La Vierge confie un secret à l’enfant.
Le 20 février, Mariette est à nouveau à genoux dans la neige, bravant le froid. Soudain, elle prie plus haut et plus vite. Elle quitte le jardin, s’agenouille deux fois sur la route puis à la source où elle prie et pleure « parce que Marie s’en va trop vite ». La Vierge souriante comme à l’ordinaire, lui dit : « Ma chère enfant, priez beaucoup. » Après quoi, elle cesse de sourire et ajoute, avant de partir et d’une voix plus grave : « Au revoir. »
Mariette attend dix jours avant de revoir la Vierge une dernière fois. Le jeudi 2 mars, il pleut à torrent depuis 15 heures Mariette sort à 19 heures. Elle en est au troisième chapelet quand il cesse subitement de pleuvoir. Elle se tait, étend les bras, se lève, fait un pas, s’agenouille. Dans la maison, après bien des pleurs, Mariette livre le message confié par Marie : « Je suis la Mère du Sauveur, Mère de Dieu. Priez beaucoup. » Avant de la quitter, la Vierge lui a imposé les mains en disant : « Adieu. »
L’actuelle chapelle des apparitions a été construite et inaugurée dès l’été 1933. La réalité des apparitions et du message a été reconnue par Mgr. Kerkhofs, évêque de Liège, le 22 août 1949.
ariette Béco, née le 25 mars 1921, est l’aînée d’une famille de sept enfants. Les Béco vivent dans une grande précarité. Ils habitent une modeste maison ouvrière isolée, située en retrait de la route, à l’écart du village de Banneux. Au moment des apparitions, Mariette, dont la famille ne pratique pas, ne fréquente plus l’église ni le catéchisme depuis plus de deux mois. Au cours des diverses enquêtes menées après les apparitions par médecins et prêtres, on constate que Mariette est une adolescente équilibrée, douée d’un solide sens pratique. Elle fera l’objet de très nombreux interrogatoires. Devenue adulte, Mariette ne put se marier avec celui qu’elle aimait mais sous l’influence de ses sœurs en épousa un autre qui l’exploita. Divorcée, elle ne se remaria pas. Souffrant beaucoup, elle venait prier seule de nuit sur le lieu des apparitions.
Une belle Dame habillée d’une robe blanche, avec une ceinture bleue. Les mains jointes, tournées vers le bas. Des rayons rouges émanent de sa tête.
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Et encore dans ce numéro, les récits des apparitions de Fatima, Guadalupe, Betania, Le Laus, La rue du Bac, Pointmain, Gietrzwald, Fatima, Beauraing, Amsterdam, Kibeho, Zeitoun, et de nombreux témoignages...
5 septembre 2008 2008 par
Il était en mission auprès de jeunes Australiens. Le père Pascal Fagniez nous fait revivre avec intensité ce temps fort de l’été 2008. Retour de boomerang annoncé sur l’Église catholique.
Reportage de Pascal Fagniez, prêtre de la communauté de l’Emmanuel
« Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins » (Ac 1, 8). Accueilli par le gouvernement australien, le pape Benoît XVI cite plus largement la promesse du Christ qui sert de thème à la 23e Journée mondiale de la jeunesse : « Alors vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre. » Cette promesse s’est déjà réalisée par le simple fait que des centaines de milliers de jeunes du monde entier se sont rejoints en un des lieux les plus extrêmes de notre planète, une île vaste comme l’Europe mais peuplée de seulement dix-neuf millions d’habitants.
« Ces journées sont le point culminant d’un long processus préalable. » Dans l’avion qui le conduit en Australie, Benoît XVI se fait insistant devant les journalistes : « Il me semble important de ne pas regarder seulement ces trois ou quatre jours (à Sydney) mais de regarder le chemin qui les a précédés et celui qui les suivra. » Les JMJ ont permis à toutes sortes de groupes d’entrer dans un formidable élan, à la fois personnel et planétaire dont la rencontre avec le Pape n’est que la partie visible. Dans ma paroisse du Sacré-Cœur de Bordeaux, j’ai vu le père Patrice Gaudin préparer, matériellement et spirituellement, deux années durant, plus de soixante jeunes. Trente ont finalement pu se rendre à Sydney, mais tous, qu’ils aient vécu les JMJ à Paray-le-Monial, à Lourdes, en camp scout ou ailleurs, ont bénéficié de ce « long processus préalable ». Les économies qu’ils ont appris à réaliser sur leur budget, les travaux pour gagner de l’argent, la sollicitation des bienfaiteurs (merci aux grands-parents, parrains et donateurs anonymes), l’adoration, la louange et les enseignements, les messes célébrées en anglais, tout ce qui fut semé germera un jour en fruits d’Église. Envoyées depuis Rome par le Pape, la Croix de l’année sainte et la belle icône qui lui fut adjointe parcourent le monde. Elles soutiennent une préparation qui exigent, en 2008, encore plus de volonté et de sacrifice financier en raison de l’éloignement de Sydney, y compris pour des villes australiennes distantes de parfois 5 000 km ! La constitution des groupes de pèlerins, l’objectif commun, tout ce qu’implique la préparation permet au Pape d’affirmer dans l’avion (et ce n’est pas une phrase en l’air !) : « Nous apprenons à avancer ensemble. »
Le jour du départ arrive enfin : rendez-vous devant l’église ou sur un parking mais, pour la plupart, l’aéroport sera un passage obligé vers l’île-continent australienne. Pour la première fois, je pars seul car mon groupe est australien et il m’attend à Melbourne. Ma pensée se tourne alors vers les chefs de groupe, ces Moïse de notre temps. Ils se sont souciés des inscriptions, des paiements, des visas, des autorisations pour mineurs et de tant d’autres aspects matériels et spirituels. Ils ont peut-être déjà eu à résoudre quelque psychodrame. Mais à l’heure du départ, commence une aventure qui les mobilisera jour et nuit, responsabilité oblige, et les laissera souvent épuisés, parfois aphones mais toujours grandis en sainteté au terme d’un marathon de plusieurs semaines. Les Journées mondiales de la jeunesse sont à la fois pèlerinage et visitation. Pèlerinage avec étapes en des lieux saints désignés par l’Église. Visitation des communautés locales où, telles Marie chez Élisabeth, les jeunes pèlerins viennent susciter un tressaillement de l’Esprit Saint (Lc 1,41). Et qui dit visitation, dit « échange de dons », bénédiction mutuelle. Depuis les prémices des JMJ à Rome en 1984 et 1985, le parcours s’est enrichi de quantités d’étapes qu’on peut répartir en trois groupes : en cours de voyage, dans un diocèse du pays d’accueil et enfin la semaine dans la ville déterminée par le Saint-Père.
Plusieurs groupes ont choisi de faire étape lors du long trajet vers l’Australie (38 heures pour les Bruxellois !), tels ces jeunes du Puy-en-Velay passant une semaine à Bombay auprès des Missionnaires de la charité, ces religieux canadiens visitant leurs frères de Californie, ou ces paroisses parisiennes s’arrêtant à Madagascar.
• Goulburn Après 8 heures de bus sous une pluie continue, nous arrivons à Goulburn dont un des nombreux bénévoles nous dira : « Vous êtes dans la ville la plus froide d’Australie et dans la semaine la plus froide de l’année. » Le corps souffrira et l’âme exultera (voir encadré « Offrande »). C’est là que l’Emmanuel animera, 5 jours durant, son Forum international des jeunes où fraterniseront, dans le vent glacé et la joie de l’Esprit, les grands groupes d’Allemagne et de France et ceux, moins nombreux mais bien visibles, du Brésil et du Portugal, d’Angleterre et d’Irlande, du Vietnam et d’Indonésie et d’autres encore. En tout, plus de 1 600 jeunes des cinq continents. La grande surprise vient des Pays-Bas. Avec 600 pèlerins, ils sont les plus nombreux et l’on apprend que les sept diocèses néerlandais ont décidé d’envoyer leurs jeunes à Goulburn.
Grand enseignement du matin, sport et visites culturelles, atelier et prière personnelle l’après-midi, veillée de fête et de témoignage le soir, messe quotidienne : le programme est celui d’une session de Paray… et de la semaine finale des JMJ. La spécificité de l’Emmanuel tient en quelques choix précis. La louange : elle dissipe les ombres de la nuit, décentre de soi et tourne vers Dieu. L’adoration eucharistique : elle évite d’en rester à l’effusion collective, fait plonger dans un cœur à cœur mystique et obligea finalement à faire ou refuser, un choix personnel : « Me voici. » La sainteté en Église, à la suite de Vatican II L’évangélisation enfin : elle reste notre souci, car chanter dans les rues est chose facile aux JMJ ; mais rencontrer personnellement celui qui cherche la vérité, cela exige volonté, prière et délicatesse. Pourquoi un programme qui semble faire doublon avec celui de Sydney ? Quelques adultes s’alarment pour leur groupe peu préparé à une telle densité spirituelle. Dix jours plus tard, cependant, à Sydney, un prêtre hollandais nous confie : « Ce fut dur pour nos jeunes mais il fallait qu’ils passent par là. » Et le site internet néerlandais des JMJ d’affirmer que ces journées ont permis de se préparer à vivre une semaine finale finalement très courte. Plusieurs jeunes m’ont dit avoir apprécié les enseignements sur la foi, par le couple McDonald, rayonnant d’intériorité ; sur l’espérance, par l’archevêque du lieu époustouflant d’énergie et de connaissance, sur la charité enfin, par le père allemand Martin Sinnhuber, sensible, juste et précis en bon musicien qu’il est.
Les ateliers sur la vie affective, la vocation, l’Église ou autres thèmes bien choisis font le plein et ne touchent pas que les pèlerins puisqu’on entend le pasteur, qui nous accueille dans sa United Church, faire à Mgr Mark Coleridge le compliment savoureux d’un protestant à un archevêque catholique : « en une heure avec vous, j’en ai plus appris sur saint Paul qu’en 3 ans de séminaire ! » Les veillées dans un hangar de tôles parcouru de courants d’air me donnent l’impression d’une escadrille de pilotes se préparant au combat. Mais ici les drapeaux flottent au vent de l’Esprit et la guerre ne vise pas les êtres de chair (voir encadré « Drapeaux »). Le témoignage du jeune évêque hollandais De Jong allie le charme et la pugnacité qui enthousiasme les troupes avant qu’un orchestre de Fulda nous fasse danser et rire comme dans une fête de la bière. Le Priest Band rythme les soirées de ses paroles et mélodies inspirées (encadré Rocker bénissant). La veillée finale, dans le confortable Club des Soldats, fait une large place aux témoignages des habitants de Goulburn venus rendre grâce en nombre, jeunes compris. Révélant ce que les confesseurs savaient depuis quelques jours : la population de Goulburn a reçu sa part de grâces.
• Canberra Ce même archevêque préside la messe qui rassemble à Canberra tous les groupes présents sur son diocèse. Danse des drapeaux, interminable défilé des prêtres, procession des offrandes colorée, lectures multilingues, nous sommes aux JMJ. Le traditionnel accueil aborigène par celle qui se présente sous le joli nom de « Tante Agnès » est touchant de sagesse ancestrale, de délicatesse féminine et de charité chrétienne. En contraste avec la violence des danses d’accueil à Sydney qui laissera une impression mitigée…
« Ce que nos jeunes ont vécu les dépasse », constate Marie-Christine au retour de son fils rayonnant de l’Esprit de Sydney. C’est vrai qu’il faudra du temps, aux participants comme à l’Église entière, pour mesurer la grâce reçue cet été (ou cet hiver !) 2008. Il y eut certes le visible. Une marée humaine, joyeuse et pourtant paisible, sillonnant le Grand Sydney et représentant 170 nations. Une quantité non moins impressionnante de bénévoles et des services publics largement mobilisés pour l’organisation la plus efficace qu’on ait jamais vue en des JMJ. Des paroisses, de diverses confessions chrétiennes, des écoles, des familles, bouddhistes ou musulmanes parfois, hébergeant trois cent mille pèlerins dont la moitié venait du reste de l’Australie. Des concerts de rock chrétien et des orchestres classiques, des chorales liturgiques ou folkloriques. Des conférences, visites guidées et expositions comme le salon de la vocation où, dans une présentation très professionnelle, les nombreux visiteurs (2 500 par heure) parcouraient les stands des diocèses et congrégations, associations caritatives et autres communautés. Il y eut l’invisible : les réconciliations opérées notamment grâce au sacrement de pénitence largement promu et dispensé sur le lieu des catéchèses épiscopales, sur les lieux d’adoration ou dans les centres de missions des communautés Il y eut les paroles décisives pour une rencontre, une vocation, un engagement. Il y eut le cœur à cœur intime dans les lieux de pèlerinage et d’adoration, jusqu’à la veillée avec le pape et la nuit à Randwick (voir encadré adoration).

Le mardi, à la messe d’ouverture qu’il préside, le cardinal George Pell, un géant, s’adresse d’abord à ceux qui se sentent en marge : « Nous chrétiens, croyons au pouvoir qu’a l’Esprit de convertir et changer les personnes, du mal vers le bien, de la peur et l’incertitude vers la foi et l’espérance. » L’Australie est fortement sécularisée et matérialiste et cependant, juste avant la messe, le Premier ministre tient à saluer les pèlerins au nom d’une « terre formée et fière de son héritage et de son futur chrétien ». Le jeudi, le Pape approche lentement le quai de Barangaroo à bord de sa papanautile, majestueux bateau de croisière blanc. L’accueil est délirant de ferveur. Benoît XVI répond par des gestes simples et affectueux et des paroles fortes. Il rappelle la beauté de ce monde créé par un Dieu bon qui vient renouveler toute chose et le cœur humain en premier : « Notre monde en a assez de l’avidité, de l’exploitation et de la division, de l’ennui des fausses idoles et des réponses partielles, ainsi que des fausses promesses. Notre cœur et notre esprit aspirent à une vision de la vie où règne l’amour, où les dons sont partagés, où l’unité se construit, où la liberté trouve sa propre signification dans la vérité, et où l’identité se trouve dans une communion respectueuse. C’est là l’œuvre de l’Esprit Saint ! »
Les trois catéchèses d’évêques anglophones nous font rencontrer d’extraordinaires hommes de Dieu. L’archevêque de Toronto et les auxiliaires de Detroit et Sydney délivrent un mélange de sûreté doctrinale et de puissant témoignage personnel. Relayé par les familles de l’Emmanuel qui animaient ces catéchèses, il porte un premier fruit : j’ai la joie de confesser une bordée d’adolescents australiens et de jeunes anglais qui goûtent, pour la première fois, à ce sacrement…
La Night Fever de l’Emmanuel montre qu’on peut réunir sur une même scène jeans, clergymen et soutanes, en conjuguant louange débridée et silence de l’adoration, témoignage de conversion et rock’n roll. Dans la cour d’une vieille usine, devenue salle de concert branchée, nous recevons la parole puissante de l’archevêque de Canberra, le témoignage de Gary Pinto qui chante l’hymne de ces JMJ dont il est co-auteur. Un silence se fait lorsque Joseph Williams, prêtre américain à la voix et au physique d’un acteur d’Hollywood, nous explique comment son désir d’avoir dix enfants, un de plus que son père, s’est transformé en paternité spirituelle sur les 500 “kids” de sa paroisse de Minneapolis. Le Priest Band fait tourner les têtes et les cœurs, donnant à chacun une âme de fan des sixties et de disciple du Christ. Puis, alors que le pardon divin se reçoit en maintes langues, Mgr Julian Porteus, évêque auxiliaire de Sydney, porte Jésus dans son eucharistie à travers l’assemblée à genoux, pour lentement bénir et bénir et bénir.

Sur le majestueux escalier d’un décor grandiose, Ponce Pilate, entouré de ses gardes et de torches olympiennes, illustre la prétention de ces tyrans finalement minuscules au sein du théâtre qui les engloutira. On connaît la fin de l’his0toire : c’est l’humilité du crucifié qui vaincra la violence du péché. Parvenus aux dernières stations, les écrans du paisible Darling Harbor, qui fait entrer le Pacifique dans le centre de Sydney, nous montrent le visage de Marie dont la douceur et la compassion l’ont pour l’éternité unie au sacrifice de son Fils.
Au matin du samedi 19 juillet, 250 000 jeunes marchent vers l’hippodrome de Randwick qui rejoint la liste des lieux mythiques ayant compté dans l’histoire de l’Église récente et de millions de jeunes âmes : Marienfeld, Downsview, Tor Vergata, Longchamp… Ce soir-là, «
» qui orne le drapeau australien et brille alors dans un ciel clair, entre 19 et 21 heures, il n’y eut pas les concerts, chorégraphies et témoignages, il n’y eut pas la phénoménale présence de Jean Paul II et sa relation si charnelle avec les foules qu’elle a fait de lui l’ami intime de centaines de millions de baptisés. Il y eut une voix, celle de Benoît XVI dispensant une catéchèse, trop riche et trop dense pour être assimilée sur le champ, mais appelée à être lue, relue et travaillée. S’inspirant du géant saint Augustin, le Pape présente l’Esprit Saint comme Communion, Amour durable et Don, donné et reçu. Le Pape se fait pressant : « Acceptez-vous d’être introduits dans la vie trinitaire de Dieu, dans sa communion d’amour ? » À qui dit oui, le moyen est donné : prier l’Esprit Saint, « Adressez-vous à lui ». Le langage du Pape a des accents de Renouveau. La présence de Benoît XVI est bien réelle mais volontairement discrète, désireuse de servir la Parole de Dieu et de s’effacer devant le Saint-Sacrement. Benoît XVI a introduit à Cologne ce temps d’adoration au cours des JMJ. Le silence qui se fait alors sur Randwick est proprement surnaturel. Ce silence absolu qui accompagne la bénédiction du Saint-Sacrement est une réponse à la prière du Pape, un signe de la foi de ces jeunes, un don spécial de Dieu.

Les familles et fidèles australiens rejoignent les jeunes pour cette messe présidée par Benoît XVI. La rigoureuse organisation est dépassée : elle attendait 2000 prêtres et nous sommes 5 000. Le déroulement de la liturgie est impeccable : beauté des ornements et du mobilier, ballet des lecteurs et confirmands, processions des évêques et des offrandes. La confirmation de fidèles des cinq continents permet au pape de poursuivre, sinon achever, sa catéchèse sur l’Esprit Saint. Il évoque la puissance de l’Esprit manifestée notamment en trois saints du Grand Sud : Mary McKillop l’Australienne, Peter To Rot le Mélanésien et Pierre Chanel, mariste français et premier martyr en Océanie. Cet héritage de sainteté permet au pape de poser la question : « Quel héritage laisserez-vous aux jeunes qui viendront après vous ? » Ne pas maintenir ses auditeurs dans une jeunesse idéale et intemporelle et les conduire à la fécondité de la foi adulte… Pour cela, Benoît XVI propose à ses « jeunes frères et sœurs » d’accepter le don gratuit de l’amour pour un renouvellement annoncé cinq fois dans son homélie. La prière en est le canal : « La prière quotidienne, la prière personnelle, dans le silence de notre cœur et devant le Saint-Sacrement ainsi que la prière liturgique en Église. » Terminons ce bref compte rendu par cette phrase qui ne peut qu’encourager les lecteurs d’Il est vivant ! : « L’effusion de l’Esprit du Christ sur l’humanité est un gage d’espérance et de libération vis-à-vis de tout ce qui nous appauvrit. Elle redonne la vue à l’aveugle, elle libère les opprimés et crée l’unité dans et à travers la diversité (cf. Lc 4, 18-19 ; Is 61, 1-2). Cette force peut créer un monde nouveau : elle peut « renouveler la face de la terre » (cf. Ps 104, 30) !
On hésite entre atterrissage et envol pour parler de l’après JMJ tant les hauteurs proposées par l’Église font paraître minuscule l’altitude atteinte par les merveilles technologiques qui nous ramenèrent sur nos continents respectifs. Certains purent prolonger le séjour par quelques jours de vacances sur les « Montagnes bleues » ou en voguant dans la radieuse baie de Sydney, à la découverte de son prodigieux opéra ou le long du Pacifique qui voit 1 000 baleines croiser chaque année à portée de vue. Mais, avant envol et vacances, la messe d’envoi de l’Emmanuel dans l’église protestante St-Stephen permit au père Xavier Bizard de donner des repères aux jeunes pour que le souffle des JMJ ne se transforme pas en soufflé trop vite retombé. Un des conseils pratiques étant de ne pas rester seul mais de continuer à vivre en Église.
Le Pape et les jeunes sont partis. À l’heure du départ, des passants nous remercient, disant qu’ils nous regretteront. Est-ce pour cela que la neige est tombée sur Sydney quelques jours après ? Une première, depuis 1836 ! Le ciel a recouvert Sydney d’un manteau blanc, après que l’homme en blanc eut béni la ville et fait rayonner la lumière du Verbe incarné, Jésus né de la Vierge Marie.
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3 octobre 2008 2008 par
Saints dans la vie ordinaire. (par Hélène Mongin) Leur nom est sans doute familier. Leur dernière fille, Thérèse, est quelque peu connue. Mais si sainte Thérèse est le plus beau fruit de l’amour de ses parents, elle n’est pas la raison de leur béatification. Non, si l’Église déclare en ce 19 octobre Louis et Zélie Martin bienheureux, c’est parce qu’elle reconnaît en eux deux des amis de Dieu brûlant de foi, d’espérance et de charité
Louis Martin naît à Bordeaux en 1823, Zélie Guérin en 1831 à Saint-Denis-sur-Sarthon, dans l’Orne. Tous les deux sont enfants de militaires qui, pour leur retraite, se retirent à Alençon. Leurs familles font partie de la petite bourgeoisie catholique de la ville. Les deux enfants sont élevés dans la foi. Si l’enfance de Louis est heureuse, celle de Zélie, de son propre témoignage, est « triste comme un linceul » : une mère dure et le manque de moyens font de Zélie une jeune femme sensible et angoissée. C’est en Dieu qu’elle trouve refuge et, tout comme son futur mari, elle sent très jeune grandir en elle un ardent désir de sainteté. Or à l’époque, sainteté rime nécessairement avec vie consacrée ; aussi, vers l’âge de vingt ans, Louis et Zélie vont-ils tous deux frapper à la porte d’un monastère.
Mais Dieu, qui sait dans quelle autre voie ces deux âmes s’épanouiront le mieux (et qui doit avoir du mal à envisager de passer son éternité sans la compagnie de la petite Thérèse…), barre clairement la route : les supérieurs refusent les futurs bienheureux. Profondément déçus, ils restent dans la confiance. Ce qui ne signifie pas, pour ces deux tempéraments énergiques, attendre passivement que « les alouettes tombent rôties dans le bec », selon la mystique expression de leur sainte fille. Zélie, avec une audace étonnante, monte à vingt ans sa propre entreprise de dentelle en point d’Alençon, art délicat dans lequel, après une courte formation, elle excelle. Quant à Louis, il apprend le minutieux travail d’horloger à Rennes, Strasbourg et Paris, puis ouvre sa propre boutique à Alençon. Pendant plusieurs années ils mènent ainsi, chacun de leur côté, une existence laborieuse et priante, remettant leur avenir dans les mains du Seigneur.
Louis a trente-quatre ans et Zélie vingt-six quand a lieu leur première rencontre : par un beau jour de printemps, ils se croisent sur un pont où Zélie entend clairement : « Voici celui que j’ai préparé pour toi. » Les jeunes gens font connaissance et très vite, s’aiment. Sûrs de leur appel au mariage et mûrs pour y répondre, ils se marient le 13 juillet 1858 à minuit : en cela ils suivent une coutume locale, mais marquent aussi leur désir de privilégier le sacrement sur la fête.
Louis et Zélie ont vécu la chasteté avant le mariage, ce qui n’avait rien d’exceptionnel à leur époque. Plus original, ils vont pendant plusieurs mois
pratiquer la chasteté après le mariage. On pourrait sourire. Ce choix révèle en réalité leur grand désir de sainteté : prenant exemple sur la Sainte-Famille, les deux jeunes gens pensent qu’il est plus parfait de vivre en frère et sœur et envisagent d’adopter. Cette expérience est fondatrice pour leur couple : ils s’y lient tant par le respect qu’ils ont l’un pour l’autre que par leur désir commun de sanctification. Ils découvrent ainsi la grandeur du mariage chrétien. Sur les conseils de leur confesseur, ils décident de regagner une voie plus commune et découvrent la vocation de parents. De leur union vont naître neuf enfants, dont seuls cinq survivront : Marie, Pauline, Léonie, Céline et Thérèse.
En renonçant à leur désir de vie consacrée, les Martin n’ont pas renoncé à une relation profonde avec Dieu, qu’ils prennent tous les moyens de nourrir : messe quotidienne aux aurores (leur porte qui se ferme sert de réveil à tout le quartier !), temps de prière familiaux et personnels, retraites, pèlerinages, lectures. C’est dans cette intense vie de foi qu’il faut chercher la source du bonheur et de l’unité de leur famille.
Communion des époux tout d’abord : tout au long de leurs dix-neuf années de mariage, la complicité et la tendresse qui unissent Louis et Zélie ne fait que grandir (cf. lettres page 18). Ayant en commun leur recherche spirituelle, un caractère généreux et dynamique et le zèle pour leurs enfants, ils partagent toutes leurs joies et se soutiennent dans les épreuves. Il y a bien entendu des frictions et des disputes, mais qui sont vécues assez sainement pour devenir par la suite des sujets de plaisanteries familiales.
Les enfants sont à leurs yeux un cadeau de Dieu qui ne leur appartient pas. Il s’agit de les « élever pour le Ciel », selon la belle expression de Zélie. Ce qui ne veut pas dire que les petites Martin grandissent dans un couvent. Si elles boivent la foi catholique au biberon, elles rendent l’ambiance familiale tout sauf silencieuse et recueillie. Les Martin exercent leur autorité mais pas avec autoritarisme. Ils ne laissent passer aucune faute mais veillent à établir un climat de tendresse et de confiance. Zélie puise auprès de Dieu et de son mari l’amour qu’elle n’a pas reçu enfant pour le redonner à ses filles, et y réussit si bien que sa benjamine s’inspirera de scènes vécues auprès de sa mère pour expliquer la bonté et la miséricorde de Dieu. De même Louis est-il auprès de ses filles chéries la vivante image du Père.
Les Martin connaissent les difficultés des parents qui travaillent tout en élevant leurs enfants. Le commerce de Zélie prend de l’ampleur et en 1870, Louis décide d’abandonner son horlogerie pour s’y consacrer. Il s’occupe de l’écoulement de la marchandise pendant que son épouse veille à sa fabrication, employant une petite dizaine d’ouvrières et prenant elle-même bien souvent l’aiguille. L’angoisse des petits chefs d’entreprises soumis aux aléas de la mode et de l’économie ne leur est pas étrangère mais ils confient leur travail à la Providence qui ne leur fera pas défaut : partis de presque rien, les Martin finissent à la tête d’une petite fortune. Ils choisissent de continuer à vivre dans la simplicité et donnent une large part de leurs bénéfices aux pauvres et à l’Église. « Donne, donne toujours et fais des heureux », écrira Louis à ses filles.
La spiritualité Martin peut se résumer en une attitude : l’oblation. Pour l’amour de Dieu et le salut de leurs frères, Louis et Zélie offrent les petits soucis du quotidien comme les grandes peines de leur vie et enfin, eux-mêmes.
De 1867 à 1870, ils enterrent quatre enfants : trois bébés meurent d’entérite et une petite Hélène de cinq ans s’éteint dans les bras de sa mère, brisée. Le père, en découvrant ce triste spectacle, fond en larmes, puis tous deux s’agenouillent et offrent leur enfant au Seigneur. Au lieu de se révolter, les Martin s’abandonnent de plus en plus à la volonté de Dieu et se consolent en se réjouissant du bonheur de leurs petits au Ciel. La mort des enfants n’est pas pour ces parents éprouvés un tabou : leurs « anges » sont des membres bien vivants de la famille, dont on parle, à qui l’on parle, et que l’on fait participer en les priant à la vie familiale, en attendant la joie de les revoir là-haut.
Passée au creuset de la souffrance, Zélie atteint un sommet d’abandon confiant quand elle apprend, fin 1876, qu’elle va mourir d’un cancer du sein. Elle offre ses souffrances, terribles, pour Léonie, sa troisième fille dont le caractère très difficile est le plus grand sujet d’inquiétude de ses parents. Léonie, future visitandine, mourra en odeur de sainteté. Le 28 août 1877 Zélie rejoint son « bon Père », laissant cinq filles, âgées de 4 à 17 ans, et un mari éplorés.
Pour rapprocher ses enfants du frère et de la belle-sœur de Zélie, les Guérin, Louis décide d’emménager à Lisieux. Cette famille endeuillée ne se replie pas tant sur elle-même que… sur Dieu : dans la charmante maison des Buissonnets dont le père est le « Roi » adoré, les Martin coulent de paisibles années entre prière, éducation, douces soirées et sorties familiales.
Si Louis et Zélie n’ont jamais pressé leurs filles dans ce sens, l’éducation qu’ils leur ont donnée était propice à l’éclosion de vocations religieuses. L’une après l’autre, les filles Martin vont entendre l’appel à se consacrer à Dieu et Louis, nouvel Abraham déchiré mais heureux, va bravement les offrir au Seigneur : entre 1882 et 1888, Pauline, Marie et Thérèse rentrent au Carmel dont leur père découvre avec émerveillement la spiritualité de l’oraison, tandis que Léonie rejoint la Visitation. Quand Céline, qui restera jusqu’à sa mort auprès de lui, lui confie à son tour qu’elle veut se faire carmélite, Louis s’exclame : « Viens, allons ensemble devant le Saint-Sacrement remercier le Seigneur des grâces qu’il accorde à notre famille, et de l’honneur qu’il me fait de se choisir des épouses dans ma maison. Oui, le bon Dieu me fait un grand honneur en me demandant tous mes enfants. Si je possédais quelque chose de mieux, je m’empresserais de lui offrir. »
Ce sera lui-même : quelques semaines plus tard, au mois de mai 1888, après s’être rendu sur la tombe de son épouse, Louis se sent appelé à s’offrir à son tour. Ce qui ne va pas le conduire à un monastère, mais dans un hôpital psychiatrique. Dès le mois suivant, une artériosclérose cérébrale et des poussées d’urémie commencent à prendre d’assaut ses facultés mentales. Le jour où il se saisit d’un pistolet pour défendre ses filles qu’il croit en danger, sa famille doit se résoudre à l’interner au Bon Sauveur de Caen. Souvent lucide, Louis accepte pleinement l’épreuve : « Tout pour la plus grande gloire de Dieu », répète-t-il sans cesse. Au sein de l’hôpital même, il se fixe comme but d’être apôtre auprès des malades, refusant un appartement séparé pour vivre avec les plus pauvres d’entre eux. Louis y reste trois ans, pendant lesquels il revient progressivement à un état de très douce enfance. Années d’épreuves pour lui et ses filles, mais témoignage particulièrement fort : la vie en hôpital psychiatrique et la perte de ses facultés ne sont pas un obstacle à la sainteté. Rendu inoffensif par une paralysie des jambes, le vieillard peut retourner chez les siens en 1892 et meurt en paix auprès de Céline deux ans plus tard. « Le bon Dieu m’a donné un Père et une Mère plus digne du Ciel que de la terre » écrira sainte Thérèse. C’est à leur source qu’elle a puisé les bases de sa propre sainteté. Sainteté qui n’est pas celle de l’extraordinaire et du miraculeux : non, Louis et Zélie, tout comme leur fille, montrent à l’Église d’aujourd’hui que la sainteté est une grâce et un choix offerts à tous, religieux comme laïc, dans l’épreuve comme dans la joie, en hôpital psychiatrique comme dans son travail ou en famille. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtront pour mes disciples » (Jean, 17, 3).
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Nota Bene : Hélène Mongin vient d’écrire le biographie du couple Martin intitulé :
"Louis et Zélie Martin, les saints de l’ordinaire" - Éditions de l’Emmanuel.
Et encore dans ce dossier :
"Une spiritualité du quotidien" par Monseigneur Jean-Claude boulanger, évêque de Séez
"L’éducation, en vue du Ciel" - Interview d’Emmanuel Houis par Laurence Meurville
"Le travail, la dentellière et l’horloger" par le père Antonio Sangalli, o.c.d., vice-postulateur
"Les épreuves, au pied de la croix" par le père Antonio Sangalli
"Pourquoi béatifier un couple ?" par le cardinal José Saraiva Martins, préfet émérite de la congrégation pour la cause des saints.
"On gagne beaucoup à connaître les Martin" par Monseigneu Lagoutte, recteur du Sanctuaire et directeur du pèlerinage.
5 novembre 2008 2008 par
Évangéliser les musulmans ? C’est la question que nous avons posée à quatre spécialistes de l’islam lors d’une table ronde organisée au Collège des Bernardins (Paris Ve).
par la rédaction d’Il est vivant !
Pour beaucoup de catholiques, l’évangélisation des musulmans est taboue. Quelles sont à votre avis les raisons de cette gêne, voire de cette mauvaise conscience ?
CT : En France le mot évangélisation pose problème. On pense qu’évangéliser c’est convertir l’autre et faire du prosélytisme en forçant les gens à croire sans respecter leur liberté. Alors qu’évangéliser, c’est faire connaître une personne, le Christ.
Henry Quinson : Au préalable, rappelons que l’évangélisation suppose qu’on a découvert une vérité que d’autres pourraient partager. Or la poussée du relativisme rend l’évangélisation suspecte : « Chacun sa route, chacun son chemin ! » En outre l’inconscient collectif français associe à l’islam la guerre d’Algérie, la colonisation, les rapports Nord-Sud, la révolution iranienne, le prix du pétrole, l’intégration, les cités HLM. Pour toutes ces raisons, il est très difficile pour un Français qui n’aurait pas une approche théologique, d’appréhender cette question sans être taxé d’islamophobe, de néocolonialiste, ou même d’impérialiste…
FMB : Dans le contexte français, parler de foi est toujours compliqué, tant la question de la religion est cantonnée à la sphère privée. À ces difficultés s’ajoute celle de la méconnaissance. On a du mal, voire une réticence naturelle, à présenter la foi chrétienne à un musulman parce qu’on ignore très souvent ce qu’il vit.
Rémi Brague : Je me souviens avoir entendu cette histoire sur certains harkis, arrivés en France après l’indépendance, qui allaient trouver des prêtres en leur disant : « Nous sommes Français, les Français sont chrétiens, nous voulons donc devenir chrétiens. » Les prêtres leur répondaient alors « Allons, pas question, vous êtes musulmans, soyez plutôt de bons musulmans ! » Les raisons que ces gens avaient d’adopter le christianisme n’étaient peut-être pas les meilleures du monde. Mais je ne sais pas si nos ancêtres barbares arrivant dans l’espace romain vers le IIe ou IIIe siècle avaient des raisons bien meilleures de se convertir…
Il serait bon de tordre le cou à un mot qui nous empêche de penser et qui a été conçu pour cela : islamophobie. Avec cette étiquette on a tôt fait de mettre dans le même panier le raciste de base qui n’aime pas l’arabe du quartier qui cuisine à l’huile d’olive et le savant islamologue qui ne peut pas accepter l’origine divine du Coran et l’impeccabilité du prophète Mahomet.
Comme le disait le père Balde, il y a un vrai problème d’ignorance. Et j’ajouterai que cette ignorance si elle est réciproque n’est pas symétrique. Le chrétien ne sait pas trop dans quel casier mettre l’islam. Il se rattache à des schémas préexistants et élabore des concepts équivoques (genre abrahamique, religions du Livre ou monothéisme : trois notions que j’essaie de “hacher menu” au début de mon livre Du Dieu des chrétiens). Mais cette ignorance est asymétrique en ce sens que si le chrétien sait très bien qu’il ne connaît pas l’islam, la plupart des musulmans s’imaginent qu’ils connaissent très bien le christianisme, puisqu’il est question des chrétiens dans le Coran, dans la vie du prophète, et dans toute l’histoire de l’islam primitive. Le grand obstacle n’est donc pas l’ignorance, mais plutôt le faux-savoir !
N’y a-t-il pas aussi la crainte, avérée ou non, de provoquer le martyre de celui que l’on voudrait évangéliser s’il se convertit ?
HQ : Les musulmans ne sont pas les seuls gênés par la conversion à une autre foi. Cela est vrai de toute communauté humaine. Reste tout de même que la tradition musulmane interdit l’apostasie dans deux hadîths qui font encourir la peine de mort à quiconque renierait la Shahada. Même si dans certains États musulmans, on a changé les lois, la pratique familiale reste souvent celle du rejet. Nous connaissons pour notre part un certain nombre de musulmans devenus chrétiens qui doivent se cacher, devenant ainsi des crypto chrétiens. Dans certaines situations, la sécurité des personnes exige une vraie discrétion.
On prétend, Vatican II à l’appui, qu’il y a des « semences du Verbe »1 dans toutes les religions. Pourquoi chercher à convertir les musulmans si le salut leur est acquis ?
HQ : Pour les chrétiens, comme il n’est pas fait mention des musulmans dans les Écritures, tout est ouvert. On est confronté à deux attitudes extrêmes. Soit on dit que Mahomet est un faux prophète, une espèce d’antéchrist, et que la religion musulmane est une œuvre satanique ; soit on dit, en extrapolant la déclaration de Nostra Aetate au Concile, que la doctrine musulmane serait elle-même un chemin de salut. Cela suscite un certain malaise parce qu’en plusieurs endroits, le Coran dénonce des dogmes chrétiens de première importance : le mystère pascal, celui de la Trinité et de l’Incarnation. C’est pourquoi un certain nombre d’auteurs chrétiens ont adopté la position inverse en affirmant que cette pensée n’est pas aussi accueillante au Christ que les traditions païennes : l’islam leur apparaît dogmatiquement antichrétien.
Il y a donc un vrai débat au sein de l’Église qui pose la question du statut théologique de la tradition musulmane. Cela est plus compliqué que le statut de la pensée bouddhiste par exemple. Le fait que l’islam soit postérieur au christianisme pose question. Pourtant l’historien doit rappeler qu’il y a d’autres religions postchrétiennes qui ont duré longtemps. Le manichéisme, par exemple, du IIIe siècle à la fin du premier millénaire. L’islam n’est pas un cas unique, même si sa longévité peut impressionner l’observateur du XXIe siècle. Il n’est peut-être pas là pour toujours. Cependant, comme toutes les traditions religieuses, il doit aujourd’hui relever les défis de la modernité et de la mondialisation, qui impliquent une ouverture à l’altérité et au changement, donc une conversion. Les « semences du Verbe » se trouvent aussi dans toute l’humanité !
FMB : On peut effectivement dire qu’un musulman qui suit sa conscience peut parvenir au salut. Mais il ne faut pas oublier la première lettre de Paul à Timothée : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » On ne peut donc jamais dissocier la question du salut de la question de la vérité. Et malheureusement dans tout débat sur l’évangélisation, la question de la vérité est trop souvent mise de côté. Jésus nous dit-il véritablement quelque chose de vrai, sur Dieu et sur l’homme, que le musulman a lui aussi à découvrir ? Pour parler de l’évangélisation c’est avant tout cela qui doit nous animer : avons-nous quelque chose à dire aux musulmans ? Sommes-nous suffisamment convaincus que ce que nous avons à leur dire est vrai ?
RB : L’idée du salut universel a fait beaucoup de mal, parce qu’on l’a mal comprise. Le père Balde l’a dit : Dieu “veut” que tous les hommes soient sauvés. Mais les hommes ne donnent pas leur réponse nécessairement ! Ils répondent librement au don que Dieu fait à chacun sans distinction. La question n’est pas de savoir si les hommes vont l’accepter, mais si “je” vais l’accepter. Car si l’on est en droit d’espérer que tous les hommes seront sauvés, ça ne vaut pas toujours pour soi-même. Pour tout homme, même le pire criminel, nous pouvons trouver de très bons arguments pour nous assurer de son salut. La seule personne pour laquelle je ne puisse pas trouver d’excuses et penser qu’elle fera un très bon candidat pour l’enfer, c’est moi. Mais, surtout, je n’ai pas le droit de penser cela pour les autres !
Par ailleurs, à supposer que tout homme doive automatiquement aller au Paradis, faut-il pour autant se passer de toute recherche avant ? C’est comme si vivant dans une studette, on vous annonçait qu’un duplex avenue Foch vous attendait. Vous avez la possibilité d’emménager dès maintenant, mais quoi qu’il en soit vous y entrerez à la retraite. Qui raisonnera ainsi : « Puisque de toute façon on me le donnera, je reste dans ma studette ridicule… » ?
Depuis de nombreuses années, un dialogue islamo-chrétien s’est instauré, qui concerne essentiellement les élites. Ici ou là, des voix se lèvent pour dire que ce dialogue conduit à une impasse. Où en est-on d’après vous ?
RB : La distinction entre l’islam et les musulmans, que leur rapport à l’islam soit de pure tradition ou qu’il corresponde à quelque chose de plus profond, est capitale ! Le non-respect de cette distinction fomente l’usage, contre lequel je m’oppose, du mot islamophobe. En ce qui me concerne, je ne crois pas au dialogue entre théologiens (sachant que dans l’islam, le mot théologie a un sens tout à fait différent). C’est selon moi le contraire des plombiers où l’on vous dit « méfiez-vous des amateurs » ; je dirais « méfiez-vous des professionnels » ! Le dialogue, si dialogue il y a, ne doit pas être le fait de professionnels, payés pour cela, qui répètent toujours la même rengaine dans tous les palaces dans lesquels ils descendent. Combien de discussions entre gens prétendument compétents sont des monologues parallèles dont chacun ressort comme le canard de l’eau, sans s’être mouillé du tout ! Alors où le dialogue peut-il se passer ? Vous l’avez dit magnifiquement, au niveau de l’humanité commune.
FMB : En réalité, ce dialogue est surtout important pour les chrétiens. Pour les musulmans, il n’a pas beaucoup de sens : ils se considèrent dans la vérité qui mène au Salut. Si le Coran est la parole immédiate de Dieu, alors pourquoi dialoguer ? Et comme il n’y a pas d’autorité en tant que telle, chacun porte et donne sa propre opinion.
HQ : Ce qui reste néanmoins intéressant, dans ce dialogue, c’est qu’il crée des rencontres entre personnes a priori éloignées. Pour moi, la démarche de connaître l’autre est très importante : celui qui aime cherche à comprendre l’autre. Même si la tentative de dialogue échoue, elle montre que l’Église n’est pas une secte refermée sur elle-même. Jésus a apparemment échoué dans son ministère public mais il a essayé, à vrai dire, il s’est donné lui-même !
Alors concrètement, comment évangéliser les musulmans ? Faut-il renoncer à une annonce explicite au profit d’un enfouissement de bon aloi ?
HQ : Nous ne sommes pas maîtres de la mission, mais des événements surviennent qui ne sont pas anodins. Ce n’est, par exemple, pas un hasard que l’on se retrouve avec des millions de musulmans « en terrain neutre », dans l’Europe laïque d’aujourd’hui. Ce sont des conditions nouvelles, providentielles sans doute. Nous sommes des chrétiens minoritaires dans certains quartiers et en même temps, on ne va pas m’égorger parce que je discute tel ou tel point du Coran. Il faut en tenir compte dans la mission. On peut dire beaucoup plus de choses lorsque l’on vit à Marseille que lorsqu’on vit en banlieue Est d’Alger.
Si, de retour d’un voyage en Algérie, un ami musulman me demande comment cela s’est passé, je peux lui dire : « J’ai été très bien accueilli mais j’ai constaté que quand on est chrétien en Algérie, en 2008, il faut souvent se cacher. » Je peux dire cela car des relations d’amitié existent entre nous. La parole a alors une tout autre portée.
Il faut aussi être téméraire. Charles de Foucauld était très clair sur la question de l’audace. Il cherchait à être un vrai chrétien et les gens avaient un grand respect pour lui. De même pour le frère Luc de Tibhirine, qui était médecin. Il était sans concession sur le Coran et l’islam (il avait même fait toute une étude sur les effets négatifs du ramadan d’un point de vue médical). Mais il était le plus aimé de la région, car il soignait les gens et les conseillait. Il était considéré comme un marabout !
Il ne faut donc pas hésiter à être soi-même, à l’être de manière intelligente. Certains de mes amis musulmans me donnent ce conseil : « Henry, quand tu vas chez des musulmans, ne t’embarrasse pas de ce mot de prosélytisme. À partir du moment où tu n’es pas menacé physiquement, tu peux leur annoncer tout simplement celui en qui tu crois, en leur expliquant pourquoi. »
Cela dit, pour nous, la durée et la proximité avec les gens de notre quartier sont deux notions primordiales. C’est ce voisinage en humanité qui fait que lorsque des mouvements évangélistes distribuent le Nouveau Testament ou de petites brochures sur Jésus, nos petits voisins nous les apportent et nous posent beaucoup de questions. Ce peut être le début d’une catéchèse. Si les parents sont d’accord, je donne aux enfants les explications qu’ils me réclament.
CT : Selon moi, le terme enfouissement ne convient pas. Je parlerai plutôt d’un “vivre- avec”. Nous ne sommes pas arrivés là par hasard. Nous avons été envoyés en mission par l’Église, ce qui signifie qu’on est là pour témoigner de notre foi et du Christ. Nous nous sentons donc assez libres d’organiser des temps qui vont permettre ce dialogue pour l’évangélisation. C’est ainsi que nous mettons sur pied de grands dîners « saveurs du monde ». Chacun apporte une spécialité de son pays. Le repas se déroule dans les locaux paroissiaux, ce qui n’est pas anodin. À partir de tous les contacts humains qui vont se nouer ce soir-là, on va pouvoir témoigner, répondre à des questions. Car souvent les questions fusent. Je me souviens d’un échange avec des jeunes lors d’une partie de babyfoot. Ils nous ont demandé : « Mais comment priez-vous ? » Et nous nous sommes mis à prier le Notre Père. Des exemples comme celui-là, nous en avons par dizaines ! Par ailleurs, nous essayons de ne pas perdre la volonté missionnaire. On n’est pas à l’abri de perdre le sel. Pour demeurer des chrétiens désireux d’annoncer le Christ, notre meilleur garde-fou est une vraie vie de prière. Car face aux obstacles, on pourrait perdre pied. Par exemple, pendant les camps, il nous arrive d’accueillir une majorité de jeunes musulmans. Nous, éducateurs chrétiens, nous décidons de poursuivre notre vie de prière : aller à la messe, prier avant les repas, faire oraison, etc. L’un des défis est donc de réussir à demeurer au cœur de ces quartiers des chrétiens visibles, libres et assumant leur foi, sans aucune crainte. Et puis n’oublions pas que le monde entier vit dans nos cités. C’est une première dans l’histoire. Chaque matin tous les peuples se croisent dans les cages d’escalier. Nous choisissons de voir dans la présence des musulmans en France une chance pour la nouvelle évangélisation d’une part. En cité, nous pouvons échanger sur notre foi avec nos voisins musulmans sans peur d’être tué. Ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de pays musulmans. Une chance pour bâtir la civilisation de l’Amour d’autre part. Le monde entier vit là et nous devons apprendre à vivre ensemble, à construire l’avenir de nos enfants conjointement. Une civilisation nouvelle est en marche !
- HQ : J’ai toujours été marqué par la figure de Madeleine Delbrêl1, qui a vécu en milieu communiste. Les tentations n’ont pas manqué pour elle non plus mais elle a toujours résisté. Elle disait à ce sujet que pour le chrétien, il y a une double logique : celle de l’alliance, qui nous porte à vivre avec les autres ; et la logique du salut. On est ébloui par Jésus Christ. Le Coran est certes un livre qui contient de beaux passages, mais ce qui m’habite, c’est l’Évangile. Je suis un passionné de Jésus Christ. Être porté par cette passion (dans les deux sens du terme) finit par rejaillir sur notre entourage. Et se posent à nous des questions très pratiques car nous vivons dans une sorte de tension, nous passons souvent par un chemin très étroit fait de respect de l’autre et du souci de son salut éternel. C’est une forme de crucifixion : la vie chrétienne normale, en somme !
Vous connaissez sans doute tous des musulmans convertis au Christ. Qu’est-ce qui provoque le déclic ?
CT : Pour un musulman, se convertir est quelque chose de tellement fou que cela ne peut s’expliquer sans une rencontre avec le Christ. Nous avons des exemples autour de nous. Certaines personnes à qui nous avions proposé de venir à Paray-le-Monial dans une démarche de pèlerinage sont ressorties de la chapelle en ayant fait une vraie rencontre. La suite n’est pas toujours simple. Certains se convertissent mais ne se font pas baptiser. D’autres font la démarche du baptême. Parmi eux, quelques-uns pratiquent en secret, et d’autres quittent leur quartier, leur milieu d’origine. C’est parfois conseillé par l’Église.
Ce que nous constatons, c’est que beaucoup ont le désir de témoigner de ce qu’ils ont découvert. Pourquoi ne pas regrouper toutes ces personnes afin qu’elles puissent effectivement témoigner et dialoguer avec leur famille, leur communauté d’origine ?
HQ : On vit des instants historiques. Pour la première fois depuis des siècles, en Algérie, il y a sans doute plus de 15 000 chrétiens issus de l’islam et de nombreux sympathisants. Il y a beaucoup de conversions, avec des intentions parfois mêlées (en Kabylie notamment). Dans l’Église catholique, éprouvée jusqu’au martyre, il y a de magnifiques témoins qui ont découvert l’Évangile en rencontrant des chrétiens dans leur travail ou leur quartier.
FMB : Parmi les convertis, il y a ceux à qui le Christ s’est révélé personnellement, sans qu’aucun chrétien n’intervienne. D’autres sont touchés à la lecture d’un extrait de la Bible ou à sa proclamation lors d’une évangélisation de rue. C’est surtout vrai des textes qui évoquent notre humanité : si la Bible dit vrai sur l’homme, alors elle ne peut pas mentir sur Dieu. Souvent, le passage se fait de la vérité sur l’homme à la vérité sur Dieu. Les musulmans ne cessent pas d’être des hommes. Dieu qui nous a créés sait comment nous atteindre. Les fausses croyances de l’islam ont beau faire barrage, Dieu trouve toujours le moyen d’atteindre les hommes à travers leurs désirs humains profonds.
La personne de la Vierge Marie peut-elle être un pont entre chrétiens et musulmans ?
FMB : Je me méfie toujours de ce genre de démarche. Quand je regarde la Marie du Coran, je n’en veux pas. Elle n’a rien à voir avec la Vierge Marie telle que nous la connaissons dans le christianisme. De même pour le Christ, il n’est pas du tout le même dans le Coran, et dans la Bible. Il ne faut pas occulter la question de la vérité, et de la dignité de l’être humain. Le chrétien ne deviendra crédible aux yeux d’un musulman que lorsqu’il vivra vraiment sa foi. C’est très important.
RB : Churchill disait que les États-Unis et l’Angleterre étaient divisés par une langue commune. C’est à peu près la même chose pour les noms des personnages bibliques cités par le Coran et la tradition islamique. Ce sont les mêmes noms (Abraham, Moïse, Marie, etc.) mais qui ne désignent pas du tout les mêmes personnes. Attention aux noms communs ! Ce qui donne un contenu à ces noms, c’est ce que l’on raconte à leur sujet. Or, le petit Issa qui fabrique des oiseaux d’argile, leur insuffle la vie et les détruit, c’est le garnement des évangiles apocryphes, mais il n’a rien à voir avec Jésus. De même pour les autres personnages.
HQ : Cela dit, à Marseille, beaucoup de musulmans vont à Notre-Dame de la Garde et font des découvertes. Des enfants reviennent en nous disant : « Il y avait un monsieur sur une croix, avec du sang, c’était horrible ! » Ils n’avaient jamais vu un Christ crucifié. Je leur fais une petite catéchèse, en leur donnant simplement les faits, et ce que pensent les chrétiens. C’est bouleversant de voir combien les enfants sont souvent très émus par cette figure dont ils nous reparlent.
Que recommander à ceux qui, parmi nos lecteurs, voudraient se mettre au service de l’évangélisation des musulmans ?
HQ : Un jour, j’intervenais dans l’aumônerie d’une école catholique des beaux quartiers de Marseille. Je recommandais à ces jeunes de témoigner de leur foi chrétienne à travers les relations personnelles qu’ils pouvaient avoir avec des musulmans. Ils me regardaient avec des yeux ronds. « Dans une ville comme Marseille où vivent plus de 200 000 musulmans, vous n’en connaissez pas un ? » Je me suis rendu compte ce jour-là à quel point la ségrégation sociale était réelle. Tout ce qui peut d’une manière ou d’une autre favoriser une rencontre est bon, comme je l’explique dans mon livre Moine des cités. C’est ainsi que des lycéens viennent faire de l’accompagnement scolaire une fois tous les quinze jours dans notre cité. Chacun, à sa mesure, peut faire un pas pour qu’existe le Royaume fraternel du Christ.
CT : Je leur dirai de continuer de découvrir leur foi, leur Dieu et de ne pas craindre d’aller au contact. Ne pas hésiter à s’appuyer sur des associations, des organismes existants.
RB : Mon conseil serait de se documenter, de comprendre les musulmans tels qu’ils se perçoivent eux-mêmes, et en ayant bien conscience du caractère équivoque des mots.
FMB : Pour ma part, ce serait d’aller au-delà de la peur des musulmans et de l’islam, pour rencontrer l’autre dans son altérité.
Qui sont-ils ? • Henry Quinson, fondateur de la fraternité Saint-Paul, implantée au cœur des banlieues de Marseille et d’Alger. • Rémi Brague, professeur de philosophie arabe à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne et de philosophie des religions européennes à la Ludwig-Maximilian Universität de Munich.
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Quelques clés pour mieux comprendre l’Islam
Comment évangéliser les musulmans ? par le père Augustin Laurant
Des témoignages de conversion
3 décembre 2008 2008 par
Entrer dans saint Paul ne va pas de soi, mais est très enrichissant pour qui persévère. Voici quelques indications, épître par épître, afin de faciliter l’accès à ces textes.
Par le père Jean-Baptiste Édart
Si nous devions recommander un ordre de lecture des épîtres, nous privilégierions la séquence suivante.
Tout d’abord les épîtres où la personnalité de l’Apôtre ressort le plus : Galates, 2 Corinthiens, Philippiens, Philémon, 2 Timothée. Elles permettent de saisir la figure de Paul dans son cheminement personnel.
Puis des épîtres qui permettent de percevoir la vie des communautés pauliniennes : 1 Thessaloniciens, 1 Corinthiens. Ensuite celles moins faciles d’accès parce que plus exclusivement théologiques : Romains, Éphésiens, Colossiens.
Enfin, 1 Timothée et Tite, à la tonalité si spécifique, le lien à Paul n’étant peut-être pas aussi direct que pour les autres épîtres. Dès l’Antiquité, l’identification de l’auteur de l’épître aux Hébreux avec l’apôtre fut mise en doute. C’est aujourd’hui admis par tous que l’auteur, dans la mouvance paulinienne, n’était pas l’Apôtre. C’est pourquoi nous n’en parlerons pas ici.
Au Ier siècle, une lettre est bien autre chose qu’un courriel ! Elle est comprise comme un prolongement de la personne. L’auteur se rend présent par l’écrit aux personnes qu’il ne peut pas visiter.
Les épîtres sont construites selon une structure conventionnelle. Elles comportent toujours une salutation initiale : « Paul et Timothée, esclaves du Christ Jésus, à tous les saints dans le Christ Jésus qui sont à Philippes, avec leurs épiscopes et leurs diacres. À vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ. » (Philémon 1,1) L’association d’un autre nom à celui de Paul peut indiquer que cette personne a participé à la rédaction de la lettre. Paul peut aussi l’associer simplement pour le mettre en valeur. Chaque épître se conclut par une salutation finale associée à une bénédiction. Les épîtres étant écrites par un secrétaire sous la dictée, on trouve parfois une allusion à ce scribe : « Je vous salue dans le Seigneur, moi Tertius, qui ai écrit cette lettre » (Romains 16,22). Paul peut aussi éprouver le besoin de souligner son autorité en signant de sa main : « voyez quels gros caractères ma main trace à votre intention. » (Galates 6,11). La salutation initiale est importante car elle annonce déjà le thème qui sera développé. Par exemple, la salutation de l’épître aux Philippiens introduit le thème du chrétien, esclave du Christ et de ses frères. Paul développera ensuite une exhortation à imiter le Christ qui s’est fait esclave de manière à être le serviteur de tous. Ce peut être une clef d’entrée intéressante d’essayer de retrouver dans l’épître le vocabulaire et les thèmes introduits dans la salutation.
Chez Paul, le corps de l’épître connaît différentes formes de développement. Il est donc difficile d’en faire une esquisse sans être caricatural. Après la salutation, l’Apôtre introduit une action de grâce où il remercie Dieu pour l’œuvre accomplie dans la communauté formée par les destinataires. Elle n’est absente que de Galates car Paul est en colère contre cette église. Il introduit ensuite le ou les thèmes de l’épître et développe son argumentation. Suivant les circonstances, une ou plusieurs questions sont traitées. Il peut s’agir de réponses à des questions qui lui ont été adressées (1 Corinthiens 7 par exemple). Paul écrit aussi pour reprendre une communauté qui part à la dérive (Galates), ou pour conforter une communauté éprouvée (Philémon). Ces développements sont difficiles à suivre car construits sur une logique qui n’est pas la nôtre. L’ apôtre s’appuie à la fois sur la rhétorique gréco-romaine et sur la rhétorique et l’interprétation juive de l’Écriture. Cette argumentation est introduite par une proposition brève, la thèse, que le lecteur doit pouvoir identifier pour ne pas faire de contresens.
1 et 2 Thessaloniciens. 1 Th est la plus ancienne épître de Paul en notre possession. Elle a pu être écrite au début de l’an 51, depuis Corinthe, lors du second voyage missionnaire de Paul. Le développement inhabituel de l’action de grâce (1 Thessaloniciens 1-3) souligne la qualité de l’accueil à la prédication de la Parole. Cette épître évoque les questions de la destinée des défunts, du retour du Seigneur et de la sainteté du mariage (1 Thessaloniciens 4). 2 Th reprend la question de la venue en gloire du Seigneur. Paul pourrait avoir écrit celle-ci peut de temps après la première (deuxième moitié de l’an 51) pour corriger une mauvaise interprétation de 1 Th.
L’analyse des noms de Romains 16 indique une communauté d’un niveau social simple, composée de chrétiens issus du judaïsme et du paganisme, souvent d’anciens esclaves.
Nous ne savons pas pourquoi précisément Paul écrit à cette communauté. Il affirme « quand je me rendrai en Espagne… car j’espère vous voir en cours de route et être mis par vous sur le chemin de ce pays » (Romains 15,24). « Être mis sur le chemin » est, dans le Nouveau Testament, une expression technique qui signifie recevoir de l’aide d’une communauté en vue de la mission. Il écrit cette lettre durant l’hiver 57-58 depuis Corinthe. Paul aurait donc rédigé la lettre aux Romains pour préparer son arrivée et obtenir le soutien de la communauté de Rome en vue de sa mission à l’Ouest de l’empire romain. Pour cela, il expose de manière structurée ce qui est son principal sujet de réflexion théologique : la justification par la foi. La thèse de l’épître est énoncée en Romains 1,16-17 : « Car je ne rougis pas de l’Évangile : il est force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d’abord, puis du Grec. Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : “Le juste vivra de la foi”. » Ce n’est pas la Loi de Moïse qui permet d’être juste devant Dieu et d’être sauvé, mais la foi en Jésus Christ par laquelle nous recevons le don de l’Esprit Saint.
Les Galates sont les habitants soit du Nord, soit du Sud de l’actuelle Turquie, la question ne pouvant être tranchée. L’épître a pu être écrite entre l’automne 52 et le printemps 53. Paul écrit pour reprendre les Galates qui, influencés par des missionnaires judéo-chrétiens, considèrent qu’il est nécessaire d’être circoncis pour faire partie du Peuple saint et être sauvé. La problématique est donc identique à celle de la lettre aux Romains. La thèse est exposée en 2,16 : « Cependant, sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifié. » La situation est tendue et la polémique est forte.
Corinthe est une grande ville hellénistique marquée par une vie morale débridée et par une religiosité prolifique. Par son foisonnement social, elle ressemble d’une certaine manière, à nos métropoles modernes. Paul a écrit quatre lettres aux Corinthiens. Deux ne nous sont pas parvenues (1 Corinthiens 5,9 ; 2 Corinthiens 2,4).
La communauté de Corinthe est composée de chrétiens venant du judaïsme et du paganisme. Beaucoup sont de condition sociale très modeste, mais il y a aussi des personnes plus fortunées pouvant accueillir dans leur villa la communauté naissante. Cette communauté est traversée par de nombreuses dissensions internes. Paul a écho de celles-ci et écrit la première lettre aux Corinthiens depuis Éphèse en 53-54 pour rétablir l’unité. Il traite de nombreux points de la vie ecclésiale, mais tous ces thèmes sont traversés par les questions de la sainteté de l’Église, de la nécessité de l’humilité et de la charité pour construire l’unité.
La deuxième lettre aux Corinthiens est considérée comme la plus énigmatique des lettres de Paul. Elle a été écrite dans les années 54-55 avant la troisième visite de Paul à Corinthe. À l’origine de cet écrit, peut-être une crise dans la relation entre Paul et la communauté de Corinthe. Un personnage anonyme est à l’origine de cette difficulté. Paul a demandé qu’il soit puni dans une des deux lettres perdues
(2 Corinthiens 2,9). Si la communauté a obéi et manifesté ainsi sa fidélité, elle est de nouveau en proie à des tensions internes et à l’influence de missionnaires qui remettent en cause l’autorité de Paul. La thématique centrale est la défense de la diaconie de Paul, de son service, et donc de son autorité, auprès de la communauté de Corinthe. La thèse principale est sans doute dévelopée dans ce passage : « Car nous sommes bien, pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent et parmi ceux qui se perdent… Nous ne sommes pas, en effet, comme la plupart, qui frelatent la parole de Dieu ; non, c’est en toute pureté, c’est en envoyés de Dieu que, devant Dieu nous parlons dans le Christ » (2 Co 15-17). C’est donc une belle réflexion sur la figure du missionnaire qui nous est livrée ici.
Les épîtres aux Philippiens, aux Colossiens, aux Éphésiens et à Philémon sont appelées épîtres de la captivité car écrites alors que leur auteur est en prison. Pour Philippiens, la date varie entre 62 et 67, et le lieu est traditionnellement identifié avec Rome. Il est impossible pour Éphésiens d’indiquer une date et un lieu d’expédition. Philémon et Colossiens pourraient avoir été écrites dans une région proche de Colosse, à Éphèse par exemple, où Paul fut prisonnier. Cette lettre a pour but de soutenir la communauté de Philippes et de l’inviter à vivre dans l’unité et l’humilité en imitant le Christ serviteur. L’hymne de Philippiens (2,6-11) constitue une des plus belles pièces du nouveau Testament. Éphésiens et Colossiens sont très proches dans leur contenu et comportent de nombreux parallèles. L’épître aux Éphésiens développe plus particulièrement la théologie de l’Église. Celle-ci est le corps du Christ ressuscité, c’est pourquoi nous sommes ressuscités avec lui. La mission de l’Église est d’annoncer le mystère de la rédemption à tous, y compris aux puissances célestes. Elle fait partie du message car en annonçant le Christ, l’Église annonce ce qui la constitue fondamentalement. Colossiens répond à ceux qui soulignent excessivement le culte des puissances angéliques. Paul met en lumière le rôle unique du Christ dans le plan du salut. Il est médiateur de la création (1,15) et a réconcilié toute l’humanité avec Dieu. Il est le chef du corps de l’Église (1,18.24).
1 et 2 Timothée, Tite. Elles sont appelées ainsi car adressées non à des communautés, mais à des collaborateurs de Paul et contiennent des conseils pastoraux. Timothée et Tite sont des collaborateurs de Paul souvent cités dans les lettres. Emprisonné et proche du martyr, Paul livre en 2 Timothée son testament spirituel. Ce pourrait être selon l’historien Eusèbe une seconde captivité différente de celle évoquée en Ac 28, quelques années plus tard (vers l’an 67). Ces lettres développent les structures de la vie ecclésiale. L’auteur présente des directives pour la prière, des critères de discernement pour le choix des ministres de l’Église, les listes des devoirs pour chaque catégorie de personne, etc. On perçoit une communauté en recherche de stabilité.
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7 janvier 2009 2009 par
Clergé vieillissant, assemblées exsangues, on le sait tous. Mais plus loin que les évidences, brille la petite fille Espérance, on le sait peut-être moins.
Par Bernard Peyrous
Les statistiques concernant l’Église de France ne sont pas bonnes. En 1905, 90 % des Français se disaient catholiques, 80 % en 1980, 65 % en 2006. En 1948, il y avait en France 42 500 prêtres, 36 000 en 1975, 22 200 en 1995, 15 900 en 2005, mais dont 50 % environ ont plus de 70 ans. En 1966, il y avait en France 4 500 séminaristes, 1 300 en 1975, 980 en 2000. 12 % seulement des adolescents actuels estiment que la religion compte dans leur vie. Toutes les études montrent une relative stabilité de la vie religieuse en France entre 1900 et 1965, suivie d’un décrochage net et violent après le Concile. Il en découle une forme de déprime dans une partie de l’Église. A-t-elle encore un avenir ?

Avant tout, précisons, comme l’a fait remarquer La documentation française, que : « Contrairement aux théories de la sécularisation qui dans les années 1950 à 1960 annonçaient un effacement inéluctable du religieux, ce dernier demeure une réalité sociale évidente. » Les personnes qui ont eu une influence intellectuelle dominante en France depuis les années 1950 ont pensé et ont tout fait pour que le catholicisme en soit effacé. Même affaibli et ayant commis des erreurs, celui-ci n’est pas mort. Il a résisté.
Notons que les statistiques d’adhésion au christianisme n’ont jamais été aussi basses que le Vendredi Saint, jour de la mort du Christ, à trois heures de l’après-midi. Deux personnes au monde seulement croyaient encore alors à un avenir de la religion de Jésus Christ. Ce n’est donc pas la sociologie religieuse qui peut dire quelque chose du futur de l’Église. D’abord parce que son investigation demeure périphérique. Ensuite parce que Dieu est libre de faire ce qui lui plaît comme il l’a prouvé maintes fois dans l’histoire. À L’Île-Bouchard, en 1947, il n’a demandé à personne la permission d’agir dans un moment dramatique de l’histoire contemporaine hexagonale. Un de mes amis a eu cette phrase pleine de sagesse : « Si l’Esprit nous a lâchés, nous sommes perdus. Si l’Esprit nous assiste, aucune statistique ne le retiendra. »
La question principale est donc de savoir si Dieu agit en France aujourd’hui et où. L’action de Dieu commence le plus souvent par les saints, canonisés ou non. Quand Dieu veut renouveler l’Église, il fait choix de personnages à l’expérience spirituelle forte. En général, ils initient un courant spirituel, fondent des communautés ou servent de modèles. Ainsi en fut-il avec saint François d’Assise qui a contribué largement à renouveler l’Église de son temps par les Franciscains.
Aujourd’hui, pouvons-nous nommer des personnages qui ont fait ce type d’expérience et qui ont été des pères pour l’avenir ? Oui. Nous avons pu identifier environ 90 Français décédés depuis les années 1960 en réputation de sainteté : des fondateurs comme Madeleine Delbrêl, apôtre des banlieues (= 1964), le P. Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, fondateur de Notre-Dame de Vie (= 1967), Marthe Robin, fondatrice des Foyers de Charité (= 1981), le P. Wresinsky, fondateur d’ATD Quart-monde (= 1988), Petite sœur Magdeleine de Jésus, fondatrice des Petites Sœurs du P. de Foucauld (= 1989), Pierre Goursat, fondateur de l’Emmanuel (= 1991), le père Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame (= 1996), sœur Marie, fondatrice des Sœurs et des Frères de Bethléem (= 1999), des martyrs, des prêtres, des évêques, des hommes d’action, des moines, des jeunes comme Claire de Castelbajac (= 1975), etc. On pense encore à certaines autres saintes personnes, comme le cardinal Jean-Marie Lustiger (= 2005) ou la mystique Lucette Bron (= 2008). Non, la sainteté n’est pas morte en France.
Ces saints personnages n’ont pas travaillé pour rien. Un peu partout, on rencontre leurs disciples. Beaucoup ont fondé des communautés. En France, plus de 120 communautés nouvelles sont nées depuis les années 1970. Elles fournissent à l’Église de France une bonne partie de ses vocations et de ses cadres les plus dynamiques. Par ailleurs, nombre d’ordres religieux anciens connaissent un regain : Dominicains, Carmes, Cisterciens, sans parler des communautés à tendance plus traditionnelle. Plusieurs de ces communautés ou de ces monastères ont une vitalité qui les a amenés à fonder à l’extérieur. On rencontre des Foyers de Charité, des Frères de Saint-Jean, des Sœurs de Bethléem, des membres du Chemin Neuf ou de l’Emmanuel dans le monde entier. Le rayonnement religieux de la France n’est pas mort.
Par ailleurs, dans notre contexte difficile, certaines expériences d’évangélisation réussissent. On me permettra d’en prendre un exemple parmi beaucoup d’autres. Jusqu’à ce jour, plus d’une trentaine de paroisses ont été confiées en France à la Communauté de l’Emmanuel. Dans ces paroisses, généralement, la fréquentation augmente, il y a des conversions, on y voit des jeunes, etc. D’autres initiatives d’évangélisation comme KTO ou les radios chrétiennes ont un rayonnement indiscutable. Les cours Alpha, presqu’inexistants il y a dix ans, sont proposés à plus de 400 endroits actuellement !
D’où viennent ces personnes qui s’engagent pour l’Église ? D’une part de familles chrétiennes qui ont élevé leurs enfants dans la foi. D’autre part, on rencontre parmi elles beaucoup de convertis, venus de tous les horizons, qui découvrent avec émerveillement le christianisme. Il y a encore de bonnes personnes, qui s’offrent et qui prient un peu partout pour le renouveau de l’Église. Nul doute que le Cœur de Dieu les aime d’une manière privilégiée. Lors des voyages de Jean Paul II et du récent séjour de Benoît XVI en France, on a vu surgir de partout des centaines de milliers de fidèles, souvent jeunes, qui ont défié les prévisions. Quand on regarde les photos de ces rassemblements, on n’a nullement l’impression d’une Église en agonie ! Le catholicisme n’est pas mort en France. Il y vit même d’une vie intense. On pourrait même comparer une partie de l’Église de France à un grand laboratoire d’expériences d’évangélisation.
Alors, comment se situer face aux statistiques ? C’est indéniable, l’Église catholique a vécu, dans les années 1960-1980, une crise très grave de la foi, puis de l’espérance. Elle aurait pu en mourir. Certains l’ont désiré et même annoncé. Mais elle est bel et bien vivante ! Cette crise de l’Église s’est d’ailleurs produite dans un contexte plus global cristallisé dans les événements de mai 1968 et leurs suites. Nous en subissons encore les séquelles, nous en payons les erreurs et les abandons nombreux. Mais l’Église catholique est sans doute un des éléments constituants de la société française qui, à terme, a su le mieux trouver la réponse à ses questions.
Que sera l’avenir ? Personne ne peut le dire. Mais il y a un avenir pour la foi dans ce pays. Il sera fonction de la générosité des personnes qui répondront ou non à l’appel de Dieu, dans tous les états de vie. Notre relative pauvreté actuelle ne sera pas un obstacle à l’œuvre de Dieu si nous voulons réellement être saints. Dieu n’a jamais abandonné la France au cours de sa déjà longue histoire. Pourquoi l’abandonnerait-il aujourd’hui ? Il s’agit pour chacun de nous d’exercer sans cesse la vertu théologale d’espérance. Nous pourrions relire les magnifiques pages de Charles Péguy à ce sujet…
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"Retrouver le chemin du vrai bonheur, c’est possible !" par Élizabeth Montfort
"Chrétien : la fin des bleux à l’âme" de Mgr Tony Anatrella
Témoignage : "Recevoir la joie pour la donner"
"Une Église qui croît" du père Mario St-Pierre
"Espérer à pleins poumons" par le père Patrice Gaudin
"Antidotes contre la sinistrose" par le père Antoine Bergeret
4 février 2009 2009 par
Quelques conseils pour bien se confesser. Une fois que je me suis reconnu(e) pécheur, il me faut chercher à me séparer de ce péché qui entrave mon avancée vers Dieu. Tel est le but de la confession ou sacrement de la réconciliation. Mais comment bien m’y préparer ?
Par le père Paul Dollié, vicaire à Saint-Nicolas-des-Champs (Paris)
1 - L’examen de conscience 2 - Se présenter au prêtre 3 - Avouer son péché 4 - L’acte de contrition 5 - La pénitence
1 - L’examen de conscience
Il permet de mettre en lumière son péché pour mieux s’en séparer. Comme le fils prodigue, je rentre en moi-même pour rencontrer le Christ. Il ne s’agit pas d’abord de se positionner par rapport à une liste préétablie, au regard des autres, ou même à mon propre regard, mais plutôt de demander à l’Esprit-Saint de m’éclairer sur ce qui, dans ma vie depuis ma dernière confession, a le plus blessé le cœur du Christ. Le Seigneur ne me laisse pas seul(e) pour faire ce bilan. Il m’offre son Esprit-Saint et sa Parole. Le décalogue, le plus grand des commandements, le Notre Père ou même un texte médité plus particulièrement peuvent m’aider à vérifier la qualité de mon amour envers Dieu, moi-même et les autres. Procéder ainsi m’aide à sortir de simples impressions fugitives, bref, d’une trop grande subjectivité. Je revisite toutes mes relations et, de cet éclairage sur ma vie, naît le repentir. Je sors de l’accusation : « C’est la faute des autres, des circonstances, du monde, de Dieu », pour me reconnaître coupable et je demande à Dieu que le péché me dérange au point que je veuille en sortir vraiment. Voici quelques petites pistes de réflexion pour préparer une bonne confession. On entend souvent dire : « Je fais toujours les mêmes péchés. » Mais le Seigneur ne nous demande pas d’en faire de nouveaux ! Le péché n’est pas original. L’amour seul nous rend inventif.
« Tu sanctifieras le jour du Seigneur » : est-ce que je respecte ce commandement ? Est-ce que je vais à la messe tous les dimanches ? On peut se confesser d’arriver en retard pour une mauvaise raison.
Est-ce que je cherche vraiment la volonté de Dieu ?
Est-ce que j’ai des idoles (telle ou telle chose, activité, etc. pas question que je m’en passe !). Est-ce que j’ai d’autres dieux ? (comme la voyance, l’astrologie, etc.).
Qu’est-ce que je fais concrètement pour nourrir ma foi ?
Où en est ma vie de prière ?
Quel témoin suis-je : quel est mon engagement au service de l’Église (temps et argent).
Est-ce qu’il m’arrive de voler ? Par exemple au travail, me faire rembourser des frais indûment, etc.
Est-ce que, pour ne pas perdre la face, je ne me camoufle pas derrière des mensonges ?
Est-ce que j’ai une vie sexuelle ordonnée ?
Ai-je avorté ou été complice d’avortements ?
Mon amour pour mon époux ou mon épouse : est-ce que, par exemple, je demande à l’autre s’il (elle) est heureux (se) de la manière dont je l’aime ?
Est-ce que je cède à la calomnie, la médisance ? On vit souvent la médisance comme un moyen de se « soulager verbalement ». Pour moi, c’est une information que je donne. On a besoin de faire justice ! Saint Jacques nous donne l’antidote (Jc 3).
Certaines de mes paroles, certains de mes actes sont-ils inspirés par la jalousie ?
En quoi est-ce que je cède à ce qui ne me construit pas ? À ce qui me détruit ?
Qu’est-ce qui m’empêche d’être un être de don ? Et à mon corps d’être le temple de l’Esprit-Saint ?
Qu’est-ce qui m’empêche d’être dans le réel ?
À quelles perversions est-ce qu’il m’arrive de succomber ? Alcool excessif, drogues, pornographie, auto-érotisme, Internet, etc.
Ai-je un juste rapport à la nourriture, à la télévision, au travail, aux achats ?
N’ai-je pas un amour excessif de moi-même ? Et… ne pas oublier les péchés par omission !
2 - Se présenter au prêtre
On peut se mettre à genoux à ce moment-là ou à la fin (non obligatoire). Par le signe de croix, je m’ouvre à la présence de la Sainte Trinité et au sacrifice du Christ sur la croix qui me replonge dans l’événement de mon baptême et de mon Salut.
Est-ce que je vis seul ou avec quelqu’un (marié) ?
Situation professionnelle : étudiant, mère au foyer, en recherche d’emploi, etc.
Depuis combien de temps ne me suis-je pas confessé ?
Et dire : « Bénissez-moi, mon père, parce que j’ai péché. » Ce qui signifie : « J’ai besoin de vous. Dites du bien parce que je reviens vers Dieu. »
3 - Avouer son péché
On peut noter ce que l’on veut dire au prêtre. Cela permet de se libérer de la peur de l’oubli.
Il s’agit de confesser des actes et non des tendances. On ne s’accuse pas de ses défauts dominants, mais de ses péchés.
La confession n’est pas une description de mes traits de personnalité. Ce n’est pas le lieu adapté pour tracer son profil psychologique. Ne pas dire : « Je suis orgueilleux, jaloux, impur », mais plutôt : « J’ai manqué de charité vis-à-vis de telle personne, j’ai manqué d’humilité dans telle circonstance, etc. »
Attention il faut bien différencier “être” et “faire” Exemple je suis orgueilleux : “Je suis” c’est mon être, ce n’est pas mon action. Notre péché ce n’est pas nous. Il y a donc une dissociation à faire. Le juste aveu du péché serait « j’ai été orgueilleux, c’est-à-dire j’ai monopolisé la conversation dans un dîner toute la soirée sans mettre les autres en valeur ».
Dire, c’est déjà se séparer de ce que l’on a fait, prendre un certain recul. Identifier et nommer le péché, c’est déjà le tuer ! Car comme dit le proverbe, « Un serpent vu est un serpent tué. » Mais si je veux que le confesseur puisse m’aider, il faut lui donner suffisamment d’éléments. Par exemple, que signifie cette formule entendue en confession « Avec les images sur Internet, j’ai des tendances à l’impureté » ? Ou encore « J’ai manqué de confiance en Dieu ». Finalement on peut se demander sur quoi porte l’impureté ou le manque de confiance. Dans l’impureté le spectre est large entre le regard déplacé et l’adultère, ce n’est pas le même objet. Pour la confiance est-ce une peur de l’avenir par rapport à un travail ou un désespoir face à une relation amoureuse qui n’avance pas ? La parole du prêtre sera totalement différente. Alors, comment dire son péché ? Il est inutile de donner trop de détails ou de chercher à s’excuser. Il suffit d’être bref, mais vrai et sans excuse. Dans la parabole de l’Enfant prodigue, le fils qui revient vers son père ne dit pas : « C’était la crise économique et patati patata » mais « J’ai péché contre le Ciel et contre toi ».
Je choisis l’ordre de ce dont je m’accuse : je peux dire ce qui est le plus difficile en premier ou à la fin. Je compose mon sandwich comme je le souhaite ! Cela peut donner : « Je n’ai pas dit mon chapelet alors que je le pouvais et j’ai traîné tout le week-end sans rien faire, j’ai eu une relation adultère, j’ai critiqué les Versaillais, etc. »
Il s’agit de tout dire. C’est comme une poubelle, il faut parfois aller chercher au fond ce qui reste et qui ne s’enlève pas… Parfois certains se demandent : « Et si j’oublie quelque chose ? » Si ce n’est pas volontaire, je pourrais le redire plus tard. Le pardon lui, est déjà plénier.
4 - L’acte de contrition
La formule classique ou des formules plus actuelles sont bien adaptées. « Mon Dieu, j’ai un très grand regret de t’avoir offensé, parce que tu es infiniment bon, infiniment aimable, et que le péché te déplaît. Je prends la ferme résolution avec le secours de ta sainte grâce de ne plus t’offenser et de faire pénitence. », « Je prends la ferme résolution » signifie que je renonce au péché mais aussi aux occasions de péché.
5 - La pénitence
La pénitence n’est pas une condition du pardon. Dieu ne nous pardonne pas à cause de nos œuvres, nous n’achetons en aucun cas la miséricorde. Par contre elle achève le sacrement. Pourrait-on parler d’une vraie contrition si nous ne désirions par faire notre possible pour réparer ce qui est réparable ?
Quand le pénitent donne certaines explications, elle est alors adaptée : un texte tiré de la Parole de Dieu, un conseil, une œuvre de charité.
Faire pénitence, c’est accepter de vivre avec son histoire. Certains rêvent leur vie. Or, nous avons à vivre notre vie comme elle est réellement. La première pénitence est là tout simplement. Et j’accepte de reprendre le chemin de la sainteté.
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et aussi dans ce dossier :
Une interview du père Pierre Descouvemont sur le péché et la liberté
Un petit lexique sur le péché
Une explication du péché contre l’Esprit
Un article du père Denis Sonet sur "vraie ou fausse culpabilité"
Un article du père Vincent Bedon sur "Comment mettre son péché KO ?"
Un article sur le Paroisse Saint Louis d’Antin à Paris dédiée à la confession
Et des témoignages
1er mars 2009 2009 par
Les statistiques le prouvent : on se marie de plus en plus tard. Alors, comment aborder le plus sereinement possible cette étape fondamentale de l’existence à un âge déjà avancé ?
Propos recueillis par Laurence de Louvencourt
Une folie, un défi, un cadeau de la Providence, une ouverture au bonheur. Un mariage tardif peut être qualifié de bien des manières, par ceux qui font le pas ou pour leur entourage… Qu’ils l’aient eux-mêmes expérimenté ou qu’ils aient accompagné des couples, les quatre intervenants de notre table ronde se proposent de nous éclairer sur le sujet.




IEV : Pourquoi, selon vous, les mariages ont-ils tendance aujourd’hui à être de plus en plus tardifs ?
Élisabeth Content : Jusqu’à 30-35 ans, les jeunes débordent d’amis, ils voyagent, ils sortent beaucoup et ont souvent un travail qui les passionne. En regard, la vie de couple peut leur paraître fade et contraignante. La “liberté” dont ils jouissent peut les dissuader d’entrer dans une vie en apparence moins trépidante. Par ailleurs, beaucoup ont vécu des échecs familiaux. Ils redoutent de s’engager pour la vie.
Je dirais aussi que certains semblent manquer de maturité. Ils quittent tardivement leurs parents et même une fois partis, ils rapportent leur paquet de chemises le week-end à leur mère…
Luc Ravel : Peut-être, mais il faut reconnaître que les cadres traditionnels (familiaux et autres) ne sont plus aussi porteurs qu’avant. Tous les possibles semblent ouverts devant eux. Les solos sont constamment renvoyés à des discernements déroutants. Cette situation comporte cependant une dimension positive, car il ouvre la personne à une plus grande autonomie. Jean-Louis Cabaret : Ce « tout est possible » fait que beaucoup ne parviennent pas à choisir. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui pourrait les pousser à le faire ?
EC : Je me souviens d’une jeune femme qui, quinze jours avant son mariage avec un garçon qu’elle fréquentait depuis six ans, était prise d’une peur panique à l’idée qu’elle « n’avait plus le choix »…
À vous entendre, la tentation de se complaire dans cet état d’indécision ne serait jamais très loin ?
LR : En effet. Des garçons me disent en toute bonne foi : « On aspire à se marier mais actuellement, on ne vit pas si mal que cela. » Ils peuvent avoir objectivement une vie très équilibrée au plan professionnel, sportif, amical, caritatif et même, une certaine fécondité. Les femmes le vivent souvent différemment.
JLC : Chez elles, l’horloge biologique est importante. Lorsqu’elles n’ont pas eu d’enfants, il est normal que l’approche de la quarantaine soit difficile à vivre.
Le pas du mariage ne s’avère-t-il pas plus difficile lorsqu’on est plus âgé ?
LR : Chaque histoire est unique mais on sent chez certains une angoisse existentielle qui grandit le jour J approchant… Peur de n’être pas à la hauteur. Peur de l’autre. Peur de se tromper, etc. Chez les plus jeunes, en général, l’angoisse est plus fugitive. Les renvoyer à leur désir profond suffit la plupart du temps à les aider à reprendre le chemin. Pour ceux qui s’approchent de l’engagement plus tardivement, cette angoisse semble plus difficile à maîtriser. Y compris pour le prêtre accompagnateur…
Dominique Cabaret : Cela s’explique : quand on se marie tard, on connaît mieux ses fragilités, celles de l’autre et on est plus conscient des difficultés de la vie.
JLC : À l’inverse, quand on est jeune, on pense que tout est ouvert, qu’on peut se lancer et que l’on saura surmonter tous les obstacles. Plus tard, on devient plus réaliste.
LR : Oui, mais ce réalisme est assez paradoxal car les célibataires en question ne connaissent pas la vie de couple. Parmi ceux que j’ai préparés au mariage, j’ai souvent constaté un excès de réalisme : ils se faisaient une vraie montagne du mariage. Neuf d’entre eux sur dix m’ont dit par la suite : « C’est beaucoup plus simple que ce que je pensais ! »
EC : A contrario, je constate que ces grands adultes ne sont pas toujours ancrés dans le réel. Beaucoup vivent dans leur tête. Ils imaginent le mariage, l’enjolivent, le voient souvent comme la clé du bonheur. Un certain nombre d’entre eux n’ont pas fait un travail suffisant sur eux-mêmes et cela peut provoquer d’importants dégâts par la suite.
LR : Certes, mais pour se connaître soi-même, un vis-à-vis est indispensable. Or, comment avoir une réelle connaissance de soi sans une telle “confrontation” au quotidien ? Dans les temps forts à destination des célibataires que nous organisons, je veille toujours à intégrer des activités concrètes (sports, etc.) qui les aident à se confronter à ce qu’ils sont et non à ce qu’ils imaginent qu’ils sont.
Pour les solos, comme vivre cette période qui peut sembler très très longue ?
EC : Le danger, pour certains, est de s’arrêter de vivre : « Quand je serai marié(e), je pourrai faire ceci, cela, etc. » C’est un écueil à éviter.
DC : Il est vrai que pour être heureux dans le mariage, mieux vaut s’ouvrir au bonheur dès maintenant. Bien des célibataires supportent mal leur solitude mais gardent une bonne dose d’humour : c’est un signe d’ouverture au bonheur.
Mais le mariage étant la vocation naturelle de l’être humain, quand on n’est pas marié, et si aucune autre vocation particulière ne se dessine, on souffre d’une sorte de non-accomplissement. Ce qui n’empêche pas de nombreuses personnes seules d’être très données à leur entourage et de porter beaucoup de fruit.
LR : En ce sens, j’aime la notion de célibat d’attente. Tout l’art, c’est d’essayer de combiner une vie qui soit source de bonheur, avec une attente réelle. « Vivez, soyez heureux, mais pas satisfaits au point que vous n’attendiez plus rien. » Encore faut-il que cette attente soit joyeuse, confiante et non, angoissée.
DC : Il s’agit de cultiver une disponibilité de cœur aux événements, aux personnes.
Quand on se marie tard, la préparation peut-elle être plus courte ?
JLC : Se préparer reste très important, même lorsqu’on a cinquante ans !
EC : Il y a d’ailleurs un grand manque sur ce registre actuellement dans l’Église : une préparation spécifique pour ces couples formés plus tardivement serait à inventer.
Quel sens donner à un mariage tardif alors même que la fécondité physique n’est pas toujours au rendez-vous ?
LR : Sur cette question, je me réfère à la parole de l’Église. Or, elle n’a jamais donné de limite d’âge. On peut même se marier sur son lit de mort ! Cela signifie que même si la fécondité physique naturelle est l’une des finalités du mariage, elle n’est ni l’unique, ni la première. Paul VI et Jean Paul II nous l’ont bien redit. Ce qui est premier, c’est l’amour de conjugalité d’un homme et d’une femme, icône de La Trinité par l’Esprit-Saint qui circule entre eux. Certains couples tardifs déploient un amour merveilleux. Comme cet homme de plus de 50 ans qui me disait : « Mais pourquoi est-ce que je ne l’ai pas rencontrée avant ? C’est la femme de ma vie ! » Un couple tardif peut avoir un rayonnement authentique.
EC : Je ne comprends pas que l’on puisse se poser cette question. À tout âge, le mariage a un sens. Et la fécondité du couple peut s’exprimer dans beaucoup d’autres domaines que sur le plan biologique. Il n’y a pas d’âge pour se marier, pour être heureux, pour essayer de vivre un amour authentique.
Quels défis singuliers se présentent aux couples formés plus tardivement ?
EC : On ne peut passer sous silence qu’il n’est pas toujours évident d’unir deux êtres qui ont déjà tout un passé. La vie commune est parfois plus compliquée à mettre en place.
LR : Il y a en effet tout un passé de vie solitaire à assumer. Mais après 40 ans, les années passent plus vite. Certains problèmes s’abordent du coup différemment.
DC : On entend toujours dire que l’on arrive dans un tel mariage avec des habitudes bien ancrées, pas toutes bonnes. C’est oublier que l’on a également à son actif tout un panier de richesses, bien rempli. Ce qui donne, chez certains couples tardifs, plus de compréhension, plus d’acceptation de l’autre.
JLC : À un âge plus avancé, on sait qu’on ne se changera pas donc, on est obligé de se prendre comme on est. Quand on est jeune, on a l’impression qu’on va changer l’autre. Il va prendre une autre voie grâce à nous. Mais on comprend que l’important n’est pas tant de changer l’autre que de se soutenir l’un l’autre dans l’amour.
DC : On est aussi plus fragile, plus vulnérable, ce qui rend plus compatissant pour l’autre. On a déjà été décapé par la vie. On s’énerve peut-être plus mais on juge moins l’autre.
JLC : Avant mon premier mariage, nous avions suivi une retraite de préparation au cours de laquelle un jésuite avait dit : « Le mariage, c’est un pauvre qui vient en aide à un autre pauvre. » À 23 ans, cela m’était complètement passé au-dessus de la tête. Je ne me sentais pas pauvre du tout ! Les années passant, les épreuves survenant, quand je me suis marié avec Dominique, cette phrase avait pris tout son sens. Conscient de ses limites et de celles de l’autre, on a alors envie de s’aimer mutuellement tel que l’on est.
DC : La passion amoureuse est peut-être moins forte mais une très grande tendresse peut naître entre ces époux.
LR : Et aussi une amitié, une complicité d’une profondeur parfois extraordinaire.
EC : Les souffrances de la vie n’ont pas toujours cet effet positif. Quand on se marie tard, le cœur blessé peut aussi s’être fermé, enkysté.
LR : En d’autres termes, il ne suffit pas d’être vieux pour être sages, ou saints, vous avez raison.
De plus, certains couples tardifs considèrent qu’avoir un enfant est un dû. Ils passent de l’attente du conjoint à l’attente de l’enfant à tout prix. Or, qu’il y ait enfant ou pas, cela change la donne. S’ils n’ont pas d’enfant, les époux, très disponibles, peuvent mener deux vies célibataires parallèles. Il y aurait là aussi toute une pastorale à mettre en œuvre.
Pour ceux qui deviennent parents sur le tard, les enfants ne sont pas nécessairement un sujet d’entente. Comme si les idées d’éducation avaient encore plus de mal à cohabiter.
EC : On peut être aveuglé par un très fort désir d’enfant. Chez certains, ce désir passe même avant le lien conjugal, et ce n’est pas juste. Ce qui est premier, c’est le lien conjugal. Il faut le dire et le redire. Car si l’enfant survient alors que le couple n’est pas vraiment constitué, cela peut devenir difficile.
LR : La question de la vie professionnelle est également primordiale. Quand on se marie à un certain âge, on peut avoir des responsabilités très importantes avec des déplacements fréquents, des horaires impossibles, etc. Certains ne parviennent presque plus à se voir.
Alors, quelles fécondités possibles quand l’enfant ne vient pas ?
LR : Je connais certains couples qui s’investissent beaucoup ensemble auprès de neveux, de filleuls. Je trouve cela très remarquable. Il peut y avoir là une réelle fécondité du couple. De même auprès de leurs amis célibataires.
DC : Quoi qu’il en soit, une œuvre commune est primordiale. Si chacun fait du bien mais “dans son coin”, cela ne suffit pas.
JLC : C’est vrai. Il ne s’agit pas de tout faire ensemble, bien sûr, mais s’il n’y avait pas
d’engagements communs forts, on ne pourrait pas vraiment parler de vie de couple.
DC : Dans notre cas, il y a les enfants de Jean-Louis et maintenant, leurs enfants. Mais il nous faut aussi vivre quelque chose d’autre ensemble, qui donne son identité et sa fécondité propre à notre couple.
EC : Et parce qu’ils s’aiment, l’homme et la femme ont un rayonnement, bien au-delà du fait d’avoir ou non des enfants.
La quarantaine, cela correspond à la crise du milieu de vie… comment aborder, dans un mariage tardif, les différentes saisons de la vie ?
EC : La traversée de la crise du milieu de vie permet parfois un mariage tardif ! La question cruciale « quel sens est-ce que je donne à ma vie ? » revient avec force. Et l’on peut alors devenir capable de s’ouvrir à l’inattendu, à quelqu’un.
DC : Au début de notre mariage, je me souviens que je lisais avec inquiétude les articles évoquant les différents âges du couple qui annonçaient : « Au bout d’un an, telle crise, au bout de trois, telle autre, etc. » Comme la crise ne survenait toujours pas, j’étais encore plus inquiète pour la suite… J’ai mis un certain temps à comprendre que l’expérience aidant, on vit, quand on se marie plus tard, les choses assez différemment.
JLC : Et même, les étapes sont autres.
LR : Parmi les couples que j’ai mariés, je constate que beaucoup sont parvenus assez vite à une légitime distance, évitant, avec le recul d’une longue vie solitaire, l’écueil de la fusion. Il n’y a donc pas que des désavantages à se marier tard : des caps sont franchis d’emblée.
JLC : Même si se marier n’est pas un but en soi, un état à vivre absolument, on peut dire que se marier tard comporte de nombreux bienfaits. Cependant, soyons conscients que tout n’est pas facile. Certains sont là pour aider, accompagner le couple.
DC : Se marier tard, ça vaut la peine !
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Et en plus dans ce dossier n°258 :
Et nos vieux parents ? par Bénédicte Lucerau, conseillère conjugale
Un articles de Valérie Mathieu, conseillère conjugale
De nombreux témoignages de couples
Comment vivre le sacrement du mariage ? Par le père Henri Lataste, SCB
2 avril 2009 2009 par
La vie du professeur Lejeune est un chef-d’oeuvre de génie et d’abnégation. Son éminente découverte révolutionne la génétique, ouvre d’infinis espoirs. Dénaturée, elle permet aussi l’élimination des enfants malades. Ce fut pour lui un crève-coeur.
Par Aude Dugast
Jérôme Lejeune est né en 1926. Enfant curieux de nature, il tire un enseignement de tout ce qu’il vit. Fort en thème, plein d’humour, capable de monter une pièce de théâtre ou de s’abîmer dans le travail solitaire, sa personnalité étonne par sa diversité et sa liberté. Tout le passionne, des mathématiques à l’astronomie, de la musique au théâtre et ses travaux portant aussi bien sur les radiations atomiques que sur le Saint-Suaire de Turin ou sur l’apparition du premier couple humain sur la terre (hypothèse adamique), feront progresser les sciences dans des domaines variés.
Très tôt sa vocation se dessine, il veut devenir médecin de campagne, dévoué aux humbles et aux pauvres. Après la guerre, il se plonge avec passion dans les études de médecine. Son avenir se décide quand en 1951, le professeur Raymond Turpin, lui propose de devenir son assistant pour un sujet délaissé : le “mongolisme”. Jérôme touché par le manque total de prise en charge des familles concernées, accepte.
Le 1er mai 1952, il épouse au Danemark, Birthe Bringsted, dont il aura cinq enfants - Anouk, Damien, Karin, Clara et Thomas - et avec laquelle il partagera tous ses combats. Pendant ses séjours à l’étranger, il lui écrit chaque jour. Il est alors chercheur au CNRS.
En 1957, Jérôme est nommé, auprès de l’ONU, "expert sur les effets des radiations atomiques en génétique humaine". Il participe dès lors à de nombreux congrès internationaux.
En juillet 1958, profitant d’une nouvelle technique rapportée des États-Unis par le docteur Marthe Gauthier, le jeune docteur Lejeune découvre la cause du mongolisme, un chromosome supplémentaire sur la paire 21. Le 26 janvier 19 59, l’Académie des Sciences publie ses travaux qui ouvrent un immense champ d’investigation pour la génétique moderne et posent les bases d’une nouvelle discipline : la cytogénétique. Jérôme Lejeune recevra le prix Kennedy et le William Allen Memorial Award pour cette découverte. En octobre 1965, il est nommé titulaire de la première chaire de génétique fondamentale à Paris.
Très vite Jérôme Lejeune n’a plus qu’une seule ambition : trouver le traitement qui soulagera ses patients. Jamais en effet il ne séparera le soin de la recherche et c’est dans le contact personnel avec ses patients qu’il puise l’énergie déployée tout au long de sa vie pour trouver un remède à leurs maux. Avec ses collaborateurs, il découvre le mécanisme d’autres maladies chromosomiques. Chef de l’unité de cytogénétique à l’hôpital Necker Enfants-Malades à Paris, il soigne plus de 9 000 personnes attirées par sa renommée internationale et par l’accueil qu’il leur réserve, fait d’écoute et de compassion.
Un homme de paix, dans la tourmente internationale Bientôt Jérôme perçoit dans le corps médical américain, un courant qui préconise la suppression par l’avortement des malades à naître. Il voit avec frayeur quels risques sa découverte vient d’engendrer pour les bébés trisomiques. Il confie : « Le racisme chromosomique est brandi comme un drapeau de liberté… Que cette négation de la médecine, de toute la fraternité biologique qui lie les hommes, soit la seule application pratique de la connaissance de la trisomie 21 est plus qu’un crève-cœur… »
La question de l’avortement agite maintenant toute l’Europe. La campagne médiatique, en France, s’étend à l’avortement de tous les indésirables : « Un bébé ne devient légalement une personne que lorsqu’il est né » ; « une femme a le droit de faire ce qu’elle veut de son corps. » Arguments spécieux, auxquels maints catholiques se montrent perméables, parfois même au point de les propager.
Quand les médias engagent le débat, Jérôme Lejeune est invité dans des émissions télévisées à “grande écoute” : ses interventions lui valent des lettres bouleversantes de personnes handicapées de naissance, témoignant que leur vie est riche et unique, ainsi que des lettres de parents d’enfants trisomiques qui disent l’affolement de leur fils ou de leur fille lorsqu’ils ont compris qu’on veut tuer ceux qui leur ressemblent. La clarté de ses réponses, sa sérénité, l’assurance puisée à la fois dans la connaissance de ses malades et dans sa ferme volonté de les défendre troublent ses détracteurs… Bientôt il ne sera plus réinvité et les insultes pleuvront : « À mort Lejeune et ses petits monstres. » Mais inébranlable, il reste pour tous « la voix des sans voix » celui qui ose prendre publiquement la parole pour défendre les enfants et la dignité de la vie humaine.
Les tracasseries administratives, qui, à partir du vote de la loi Veil, ont commencé à le viser notamment sous la forme de contrôles fiscaux répétés, prennent une tournure plus aiguë. Ses crédits de recherche sont supprimés. Indignés par ce procédé, des laboratoires américains et anglais lui octroient des crédits privés. Cette solidarité désintéressée lui permet de reconstituer une équipe de chercheurs animés des mêmes motivations. Il n’a qu’une obsession : soulager la souffrance de ses patients.
Le 5 août 1993, le Saint-Père crée une Académie pontificale pour la Vie, consacrée à la défense de la vie. Jean Paul II en propose la présidence au professeur Lejeune. Entre les deux hommes, il y a en effet convergence : l’amour de la Création et le désir de préserver la dignité de toutes les vies humaines. Ils savent que l’avortement est la principale menace contre la paix. Mais en novembre 1993, des résultats médicaux ne laissent au professeur aucun doute sur son état de santé. Un cancer du poumon est déjà très avancé. Jusqu’à la fin, il s’efforce de rédiger les statuts de l’Académie et le serment des Serviteurs de la vie. Il continue aussi à recevoir les appels téléphoniques des familles des patients et à les réconforter.
Le Vendredi saint, il confie à ses enfants qui lui demandent ce qu’il veut léguer à ses petits malades : « Je n’ai pas grand-chose… Alors, je leur ai donné ma vie. Et ma vie, c’est tout ce que j’avais. » Puis, ému, il murmure : « Ô mon Dieu ! C’est moi qui devais les guérir et je m’en vais sans avoir trouvé… Que vont-ils devenir ? » Le dimanche de Pâques, vers sept heures, il rend l’esprit. Dehors, les premières sonneries de cloches se font entendre : c’est le jour de la Résurrection, le jour de la Vie, celle qui ne finit pas.
Le 4 avril, le pape Jean Paul II écrit au cardinal Lustiger : « Je suis la Résurrection et la Vie. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. (Jean 11, 25) Ces paroles du Christ viennent à l’esprit alors que nous nous trouvons face à la mort du professeur Jérôme Lejeune. Si le Père des Cieux l’a rappelé de cette terre le jour même de la Résurrection du Christ, il est difficile de ne pas voir dans cette coïncidence un signe. […] Nous nous trouvons aujourd’hui devant la mort d’un grand chrétien du XXe siècle, d’un homme pour qui la défense de la vie est devenue un apostolat. Il est clair que, dans la situation actuelle du monde, cette forme d’apostolat des laïcs est particulièrement nécessaire… »
Le procès de canonisation de Jérôme Lejeune a été ouvert à Paris le 28 juin 2007.
Cette biographie s’inspire largement des ouvrages de : Clara Lejeune, La vie est un bonheur - Jérôme Lejeune, mon père ; Jean Marie Le Méné, Le Professeur Lejeune, fondateur de la génétique moderne ; Anne Bernet, Jérôme Lejeune (biographie).
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Il y a tout juste quinze ans, le 3 avril 1994, le professeur Jérôme Lejeune s’éteignait. Généticien de génie, il est surtout connu comme le découvreur de la trisomie 21. Ce dossier se propose de présenter quelques autres belles facettes de sa personnalité hors du commun.
Et encore dans ce numéro 259 :
Jérôme Lejeune et Jean-Paul II
Birthe Lejeune "Un gène de jeunesse par Magali Michel
Fondation et Institut Jérôme Lejeune "Poursuivre l’action et la recherche" par Laurence de Louvencourt
"C’était un serviteur de la vérité" par le docteur Aimé Ravel
"La trisomie est une tragédie grecque" de Jean-Marie Le Méné, par Magali Michel
"Son combat pour la vie" par Jean-Marie Le Ménée
Un petit pas pour l’embryon, un grand pas pour l’humanité" par Magali Michel.
Le témoignage de Bruno Beaufrère : "Mes souvenirs du grand professeur"
5 mai 2009 2009 par
Prison de la santé. Dieu est là sans arrêt. Un fort dans la ville. En plein Paris, la maison d’arrêt de la Santé abrite 650 détenus. Des hommes en attente de leur jugement pour la plupart. L’aumônerie catholique assure une présence quotidienne dans l’établissement. Reportage derrière les murs.
Huit mètres carrés. Par l’imposte, le coup d’œil rapide d’un surveillant. Ce matin, le groupe biblique se réunit à l’aumônerie. Au rez-de-chaussée de la première division entre les cellules 1 009 et 1011, une dizaine d’hommes se serrent autour d’une table. L’air manque un peu. Une lumière blafarde tombe de l’ampoule suspendue au plafond arqué. La première demi-heure fait des étincelles. « Je suis en totale opposition avec toi. » « Je m’en vais ! » Un détenu portugais aux bras puissants quitte la cellule. Silence consterné. Les querelles explosent comme claquent les grilles. Chantal, auxiliaire d’aumônerie accueille et recadre. Arthur accepte de lire l’évangile. La discussion redémarre, apaisée. Par la fenêtre : deux tiers de mur, un tiers de ciel blanc. « Je crois que le Seigneur est avec nous à chaque instant et à tout moment. Nous ne sommes jamais seuls. » Personne n’ose interrompre la harangue inspirée de David. Son voisin confirme. « On a la chance de voir un Dieu humble et un Dieu humain. » « Franchement c’est dommage de devoir venir en tôle pour penser à Dieu. Dehors, c’est pas possible. » Bernard, détenu élégant, détend ses jambes. Il explique qu’il avait trouvé « un système ». « Moi, quand je passais devant une église, j’y entrais. Pendant trois, cinq minutes. Le temps de me laisser envahir par la grâce de Dieu qui apaise. » Après ces échanges sur leur vie de prière, la conversation des détenus vire à la catéchèse. La messe chrismale sert de point de départ à un exposé informel sur les sacrements et leur efficacité. « On va prier avant de rentrer dans nos cellules. » Tous se prennent la main pour réciter un Notre Père. Quelqu’un recommande Jimmy qui est en procès depuis la veille. C’est très difficile pour lui. Mon voisin a la main moite. Sur ses genoux, un cahier d’écolier rempli de prières recopiées soigneusement. « Quand j’étais au bloc A je récupérais les prières au fur et à mesure. Je les apprends. Je les dis au matin quand je me lève, avant le repas, après le repas » Le père Yves-Marie, aumônier, se lève. Il bénit le groupe. « Restez dans sa paix et dans sa joie. » Dans le couloir, une odeur de purée. La porte d’une cellule s’ouvre et se referme aussitôt. Le repas est servi.
Un trousseau de clés suspendu au bout du doigt, le père Yves-Marie passe la succession des portes et des grilles sur le trajet du quartier haut. La maison d’arrêt est quasiment sa résidence secondaire. Il y est tous les jours. Ce prêtre à l’allure de motard est heureux dans ce ministère qui « occupe 50 % de son temps et 80 % de son esprit ». Une alarme portative qui sonnerait en cas d’agression ? « Je me refuse à ça. Je fais entièrement confiance. Je me remets à mes gars. » Autorisé par l’administration pénitentiaire à visiter les détenus dans leur cellule, le père Clochard-Bossuet est bien repéré. Un détenu musulman l’interpelle dans un couloir. « Qu’est-ce qu’il fait votre pape ? Il dit des bêtises ? » L’échange se prolonge du vif au respect. « Les histoires de Benoît XVI, c’est du pain bénit. Ça me facilite les relations même si au départ elles sont vives… » se réjouit l’aumônier catholique. Le père au nom « long comme le bras » fait feu de tout buis.
Grand moment de prière en détention : les deux messes du dimanche matin. Dans la salle polyvalente de l’établissement pénitentiaire, « on crée une chapelle ». Malgré le brouhaha de la promenade par le grillage des fenêtres ouvertes, on se croirait en paroisse. Sur les bancs d’église parachutés par miracle dans cette salle de sport repeinte en bleu, on se sent en famille. Catholique et orthodoxes réunis. Au cœur de la détention, Dieu est là. L’Église aussi. Des paroissiens de Saint-Dominique et de Notre-Dame-de-Lorette ont rejoint les détenus. Ils se sont présentés par l’hygianophone au 42, rue de la Santé. Solange, 84 ans, dans son petit manteau noir attendait déjà sur le trottoir. Pour Pâques, cette paroissienne postera 22 lettres signées par son équipe du Rosaire. « Ils ont tous une belle carte avec des fleurs. » « C’est vrai que les gars y tiennent beaucoup » lui répond Chantal. Chacun sort sa pièce d’identité. Dans le sas, les formalités et les contrôles durent un peu. Munis de badges, les six paroissiens enfilent couloirs, escaliers, parloirs pour gagner le quartier haut. « On ne les questionne jamais sur leur vie. On n’est pas là pour ça. Ça changerait notre regard. » précise une paroissienne plutôt bon chic bon genre. Vers 08 h 20, la division A fait son entrée. Les joues rasées de frais, les cheveux encore mouillés par le coup de peigne du matin, ils arrivent. Une vingtaine. Il y a de tout. Très dignes, très propres, un brin endimanchés. Rires. Gaité de retrouvailles. Baisemain à Solange, la petite mamie. « Bon. Il faut commencer. » Le diacre et le prêtre enfilent leur étole rouge. Les détenus participent activement à la liturgie eucharistique : lectures, encens, lavabo, procession, sons d’orgue sur le synthé. Tout y est. On oublie presque le cliquetis des clés et le claquement des portes. Les visages sont concentrés sur la cérémonie dans une application qui vaut de l’or comme chaque minute passée hors de la cellule. La messe se déguste. Pour finir, un Albanais brandit à bout de bras une icône de la Vierge de la tendresse. « Il vient de prendre 25 ans. Il sortira à 60 piges. S’il n’y avait pas la messe, il serait passé à l’acte. On s’accroche à ça, tous. » commente un résident. Sur les visages asphyxiés, pâlis, tendus, les tensions affleurent sous la peau. « Faut les supporter les mecs ici. » Pourtant durant cette eucharistie du matin, la haine semble se dissiper. Les accolades sont fraternelles et les poignées de mains amicales. Une délicatesse règne même dans la salle de plus en plus enfumée par l’encens. Beaucoup se croient à l’église, où ils n’ont parfois jamais mis les pieds. Ou s’évadent en pensée loin de la prison.
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Et encore dans ce n°260 de mai 2009 :
"Jétais en prison et tu m’as visité" par Jean Vanier
"Père Lataste, prêcheur de la miséricorde" par le frère Jean-Marie Gueullette
Aide aux prisonniers : des idées pour s’engager.
"Les anges du dépôt (la Communauté des soeurs de Marie Joseph et de la Miséricorde)" par Laurence Meurville
"Congo. Une aide judiciaire aux prisonniers les plus démunis" par Loïc Tertrais, Avocat.
De nombreux témoignages.
Aides aux prisonniers : des idées pour s’engager (www.bonlarron.org, www.auxilia-formation.org, www.equipes-saint-vincent.com, www.cimade.org)
29 mai 2009 2009 par
Table ronde . Discours sur la méthode. Entre sciences et foi, un dialogue est-il vraiment possible ? Un scientifique, un philosophe et un théologien ont accepté d’en débattre…
Propos reccueillis par Laurence Meurville
Quand vous réfléchissez aux questions de l’origine de l’homme, vos disciplines respectives n’empiètent-elles pas les unes sur les autres ?
Pascal Picq : Le périmètre de la science, c’est d’expliquer le monde, plus
précisément la nature, en mettant en œuvre une méthodologie matérialiste, à ne pas confondre avec la philosophie matérialiste. Cette démarche objectiviste consiste à observer, comparer, classifier et, si possible, à expérimenter puis à modéliser. Un modèle a une fonction heuristique et synthétise toutes les données en présence et ainsi, suscite de nouvelles recherches. Il n’est pas vrai, en soi, au sens philosophique ; il le reste tant qu’on n’a pas pu le réfuter. L’East side story d’Yves Coppens en propose un très bel exemple à propos des origines de la ligne humaine.
La question que vous posez est en réalité sous-jacente dans toute l’histoire des sciences : de Galilée à Darwin, tout se passe bien entre les sciences et la théologie. Galilée écrit : « La science dit comment va le ciel, la théologie dit comment on va au ciel. » Cette distinction tiendra jusqu’à Darwin. Buffon par exemple dit en substance : « Nous, scientifiques, nous nous intéressons aux causes secondes, pas aux causes premières. » Les causes premières, à savoir la question de l’origine et de l’émergence, étaient laissées à la métaphysique et la théologie. Darwin, sans aucune provocation – il n’a aucune hostilité à l’égard de la religion, va bousculer ce compromis entre science et théologie. Il en est très conscient. Dans une lettre à un ami scientifique et croyant Joseph Hooker, il confie : « Je me fais l’effet d’avouer un meurtre. » C’est le “meurtre” de la métaphysique dont il parle ici. Le titre de son livre, L’origine des espèces, est très clair à cet égard : désormais, même la question des origines peut être appréhendée par la science. Nous abordons les mêmes grandes questions, mais selon des méthodes aux fondements épistémologiques différents.
Paul Clavier : Il me semble important de distinguer deux sens du mot
origine : celui, scientifiquement explorable, de l’antécédent chronologique, c’est-à-dire de l’état d’un système physique ou biologique à une date très reculée, voire à ce que nous considérons comme la première manifestation d’un phénomène. Et le sens métaphysique : celui de la cause ultime (si elle existe) qui fait qu’il existe un monde doté de telles caractéristiques permettant l’évolution d’animaux supérieurs, exerçant la responsabilité morale, la sensibilité artistique, appelés à l’amour etc.
Les sciences de la nature opèrent avec des entités naturelles. Elles sont compétentes dans l’investigation des origines naturelles, physiques, biologiques. Les sciences expliquent des données à partir de conditions initiales et de lois d’interaction. Elles n’expliquent pas l’origine de l’homme ou de l’univers absolument. La question d’une origine métaphysique est une autre affaire. Le grand physicien Maxwell disait justement : « La science n’est pas compétente pour raisonner sur la création ex nihilo. »
Darwin a eu raison de pousser aussi loin que possible l’investigation scientifique, mais ce faisant, je ne pense pas qu’il ait fait de la métaphysique ou de la théologie. Seulement, à cause d’une lecture trop fondamentaliste de la Genèse, on a eu l’impression et lui-même s’est fait l’effet de bousculer un tabou religieux.
Denis Biju-Duval : Comme le rappelait le concile Vatican II, chaque
savoir a ses sources et ses méthodes propres qui doivent être respectées dans leur consistance. Un théologien ne saurait se mêler de dicter au chercheur scientifique ce qu’il “devrait” trouver, pas plus qu’un scientifique ne peut juger scientifiquement la validité d’un dogme de foi. Les sciences procèdent des observations expérimentales aux hypothèses explicatives, qu’elles valident ou qu’elles invalident en retournant sans cesse aux observations. Elles ont donc un caractère non dogmatique, progressif, à mesure que s’affinent les capacités d’observation et la puissance explicative des théories. Aussi, j’éviterais de dire que leur méthodologie est matérialiste, car dans la tradition philosophique, le “matérialisme” renvoie à une idéologie qui nie l’existence de la dimension spirituelle, ou qui la réduit à un phénomène matériel. Or une science ne dit rien de tel. Ce qui est non observable expérimentalement n’est pas objet de science : Dieu, en particulier, ou l’âme spirituelle de l’homme, ou le Christ présent dans l’eucharistie, ne peuvent être objets de science. Si un scientifique prétend en dire quelque chose, il ne le fait pas au nom de sa compétence scientifique, mais de ses options philosophiques ou religieuses personnelles. Nier l’existence de Dieu au nom de “la science”, ce n’est pas scientifique, c’est de l’idéologie. D’autant plus que plutôt que de “la science” il faut parler des sciences, chacune ayant son propre champ de recherche et ses méthodes de travail. Inversement nier la théorie de l’évolution au nom de la Bible, ce n’est pas de la religion, mais encore de l’idéologie ! Dieu n’a jamais eu pour but de nous révéler des théories astrophysiques ou biologiques : il a voulu nous dire qui Il est et qui nous sommes pour lui. Le fait qu’il nous ait créés capables d’expérimenter et de réfléchir signifie en quelque sorte qu’il a laissé les sciences de l’observable entre nos mains.
Selon vous, y a-t-il, encore aujourd’hui, un dialogue possible entre science et foi ?
Pascal Picq : Oui, et je dirai même, plus que jamais ! Je ne suis pas croyant, je n’ai jamais eu la foi. Mais quand je vois des journaux titrer : « Dieu contre la science », je suis très fâché. Ce n’est pas la question ! Ne nous laissons pas abuser par les fondamentalistes de tous bords, religieux ou antireligieux qui occupent le terrain et brouillent le débat.
Cependant, je dis “malgré tout” : « Merci les créationnistes ! » Leurs confusions nous ont en effet obligés à redéfinir les différents modes de pensée possibles : qu’est-ce qu’une pensée scientifique ? qu’est-ce que la pensée d’un croyant ? quelle est la démarche des philosophes ? Il s’agit de délimiter le champ de pertinence de chacun. Le dialogue entre sciences et foi n’est pas aussi manichéen et caricatural que certains voudraient le faire croire. Il y a débat, voire opposition, c’est normal. Mais ce dialogue est plus que jamais utile et nécessaire.
Denis Biju-Duval : Le dialogue aide chaque discipline à bien se situer et à ne pas sortir de son domaine de compétence. D’un point de vue chrétien, le monde est cohérent, car il vient tout entier de la pensée et de la sagesse de Dieu. Il ne peut donc pas exister de contradiction radicale entre savoir scientifique et savoir de foi (ou Dieu se contredirait lui-même). Ainsi, quand une science et la foi semblent dire le contraire l’une de l’autre, le chrétien cherche une issue respectueuse des vraies exigences de chacune. Jusqu’à aujourd’hui, il s’est avéré que souvent l’incohérence n’était qu’apparente. Elle provenait tantôt d’une science qui sortait de sa compétence propre, tantôt d’une foi qui faisait une lecture erronée de ses propres sources. En même temps, il est inévitable que tout ne soit pas résolu d’un coup. Il y a eu bien des tensions au fil de l’histoire, il y en a encore aujourd’hui, et le dialogue doit donc continuer.
Paul Clavier : Je pense pour ma part que Louis Althusser a été bien inspiré le jour où il a dénoncé la « philosophie spontanée du savant ». Et comme, dans l’autre sens, de nombreuses personnes bien intentionnées continuent d’imposer à la méthode scientifique des dogmes métaphysiques, les duels médiatiques stériles (Dieu contre Darwin, Darwin contre Dieu, etc.) ont encore de beaux jours devant eux.
Ils répondent aux questions suivantes : 1 - Que peut-on dire aujourd’hui sur les débuts de l’univers ? 2 - L’homme descend-il du singe ? 3 - Quelle différence y a-t-il entre l’homme et l’animal ? 4 - Que peut-on dire sur l’apparition de l’homme sur terre ? 5 - Peut-on parler d’un premier homme, d’une première femme ?
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Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France, est notamment l’auteur de Darwin et l’évolution expliquée à nos petits-enfants, Seuil, 2009. http://www.hominides.com
Paul Clavier, normalien, agrégé et docteur en philosophie, maître de conférences et directeur des études littéraires à l’école normale supérieure, est notamment l’auteur de Dieu sans barbe, Éditions de la Table Ronde, 2002.
Denis Biju-Duval, docteur en théologie, enseignant à l’Université pontificale du Latran, est notamment l’auteur de Croire n’est pas si compliqué, Éditions de l’Emmanuel, 2003.
24 juillet 2009 2009 par
Existe-t-il des lois, des règles, des normes qui s’imposent à la conscience de tout homme sans exception ? Y a-t-il des repères universels ?
Par Mgr Jean Laffitte
Oui, bien sûr. Le nier serait réduire la morale à des choix personnels. Le bien deviendrait quelque chose de très relatif, variable selon les cultures ou les personnalités. Comment pourrait-on alors vivre ensemble ? Par des accords négociés, des compromis, des votes à la majorité, un consensus. Oui, il existe bien des repères valables pour chacun. Pensons à ce qui spontanément suscite l’admiration chez tous : la bonté, l’altruisme, la fidélité, la justice, le désintéressement dans l’amitié, le service honnête du bien commun, le sacrifice de sa propre vie pour sauver d’autres personnes, l’héroïsme, la persévérance dans la réalisation de grands projets... En revanche, certains comportements suscitent tout aussi spontanément indignation et réprobation : le meurtre d’un innocent, l’injustice sous toutes ses formes, surtout envers les plus faibles, la haine et la méchanceté gratuites, la corruption, le crime organisé... Cela signifie que ces actes ont en eux, au plus haut point, ce que les hommes retiennent comme moralement bon, ou ce qu’ils retiennent comme mal absolument. Ces jugements s’imposent à tous les hommes de toutes les cultures. Pourquoi ? Parce que tout être humain qui accède à la conscience et à la responsabilité fait une expérience morale primordiale : un appel à accomplir ce qui est bien. Il sait qu’il ne se trompe pas quand il se dit : « il faut faire le bien et il faut éviter le mal ». Il perçoit cela au plus profond de sa conscience, avant même de décider comment mettre en pratique ce précepte fondamental.
Il y a beaucoup de malentendus sur la Loi naturelle. Certains imaginent une loi qui découle de la biologie, ou de la seule nature physiologique. Ils en nient l’existence et la refusent. À la lumière de ce que nous avons déjà dit, on voit qu’il existe une loi qui se réfère à la nature de l’homme, non à sa nature purement physique, mais à sa nature globale, à ce que la personne est vraiment, dans l’unité du corps et de l’âme. La nature ici est prise dans sa réalité, elle n’est pas amputée de sa dimension spirituelle. La Loi naturelle signifie ce qui convient à la nature de l’homme ainsi comprise, ce qui la respecte et ne lui fait pas violence. Dire que l’homme a une nature à la fois corporelle et spirituelle implique que, par son intelligence, il cherche à reconnaître le bien et le mal, à percevoir qu’il est fait pour un bonheur sans fin, appelé “béatitude”, et non pas pour le bonheur transitoire qu’offrent des plaisirs qui, même légitimes, ne durent pas. Il est juste de dire que le but de l’éthique est le bonheur de l’homme, à condition de préciser de quel type de bonheur il s’agit. Le bien moral reconnu, recherché et accompli est porteur d’un bonheur, d’une joie spirituelle. En ce sens, il anticipe le bonheur éternel qui est une jouissance sans limite du bien le plus haut, le Bien éternel, Dieu, et dans lequel les hommes sont appelés à goûter une béatitude sans fin, où ils trouvent à se réaliser pleinement. Ainsi, la Loi naturelle est-elle inscrite dans la nature humaine. Elle est universelle, tout en ayant la capacité de rejoindre chacun dans sa singularité. Ses préceptes peuvent être positifs (honorer ses parents, respecter la vie de l’innocent) ou négatifs (« Tu ne tueras pas », « Tu ne porteras pas de faux témoignage », « Tu ne commettras pas d’adultère »). Les préceptes positifs sont immuables, obligeant tout homme, quelles que soient sa culture et son origine. Les préceptes négatifs ne connaissent pas d’exception : ils obligent tous, toujours et en toutes circonstances, et ont l’avantage d’indiquer à l’homme ce qu’il ne peut jamais faire, ce qu’il ne peut en aucun cas choisir.
Il ne suffit pas de croire à la Loi naturelle, ni de savoir que ses préceptes obligent toujours et partout. Il convient d’entrer concrètement dans l’action bonne. Plus l’homme entre dans la singularité des situations, plus il fait l’expérience de sa faillibilité (faiblesse de son jugement) et de sa vulnérabilité (faiblesse de sa volonté bonne). Il lui arrive de se tromper dans les applications particulières des principes généraux. La foi chrétienne reconnaît dans cette finitude humaine une conséquence du péché originel. Celui qui cherche à faire le bien et le pratique autant qu’il le peut, acquiert une expérience de sagesse morale. Il devient un homme moralement prudent. Personne n’agit isolément, ni ne décide de la nature du bien et du mal, comme on l’a vu. Mais chacun se trouve engagé dans tout un réseau social et politique, cellule familiale, diverses communautés de vie ou d’activité professionnelle, responsabilités politiques. Les hommes ont besoin, pour vivre en société, d’un ensemble de valeurs communes à défendre et de biens communs à promouvoir. Cet ensemble forme le bien commun. Il n’est issu ni d’un consensus, ni d’une décision arbitraire. Dans la mesure où la personne humaine est une fin en elle-même, la responsabilité politique vise à promouvoir son bien commun. Le bien commun en ce sens offre les conditions qui permettent à une personne de se réaliser dans sa vie personnelle et sociale. Par exemple, un bien comme la famille, cellule-base de la société, lieu d’accueil, de croissance, de réalisation de la personne et d’éducation aux solidarités élémentaires, est un bien objectif qui entre dans le bien commun de tous. On le voit, la Loi naturelle a des exigences de justice. Elle inspire les lois humaines par le Droit naturel. Par les lois positives, le législateur exprime ce qui est juste dans des situations concrètes. Ces lois sont soumises à des évolutions incessantes. Certaines disparaissent, et de nouvelles lois deviennent nécessaires. Leur ensemble forme le Droit positif, qui a toujours vocation à mettre en œuvre les exigences de justices incluses dans le Droit naturel. C’est dans la mesure où les lois positives dérivent du Droit naturel qu’elles obligent en conscience. Payer ses impôts, par exemple, consiste à participer aux dépenses de la société. C’est donc un devoir de justice. À l’inverse, quand les lois s’inscrivent en violation du droit naturel inspiré de la Loi naturelle, elles n’obligent pas car elles sont alors une violence imposée à la nature de la personne humaine et une offense à sa dignité. Ce qui est légal a vocation à être moral. Hélas, il ne l’est pas toujours.
Que faire en face d’une loi qui n’est pas morale ? Comment un citoyen agit-il en conscience de façon correcte ? Une observation : si la conscience ne se trompe pas sur les principes généraux de la Loi naturelle (« Il faut faire le bien et éviter le mal »), il lui arrive de se tromper dans ses jugements concrets. En ce sens, la conscience n’est pas infaillible : elle n’est pas créatrice des valeurs morales, et n’a pas toujours les moyens d’identifier ce qui est bon ou pas, ici et maintenant. Il suffit pour s’en convaincre de considérer les débats politiques, même entre des personnes de bonne foi ! Cela implique donc une grande prudence dans le fait de choisir de ne pas respecter une loi positive. Aucune loi humaine n’est parfaitement juste, seule la loi divine l’est. Cela dit, il peut arriver qu’une personne soit dans une situation où elle ait à refuser d’obéir à une loi civile jugée en conscience gravement injuste. Ainsi, une loi qui voudrait contraindre une femme à avorter est gravement injuste, quels que soient les motifs invoqués. Non seulement cette femme aurait le droit de refuser d’y obéir, mais encore le devoir le plus absolu. Certaines lois sont injustes par quelque aspect, et doivent être supprimées ou changées. C’est l’affaire et l’enjeu de la vie politique à travers le vote des lois, l’élection des députés. Mais d’autres lois injustes sont d’une extrême gravité, comme par exemple le meurtre d’un innocent, la destruction de l’institution familiale, l’encouragement à la délation dans des régimes totalitaires. Elles n’ont pas à être respectées. Certaines législations reconnaissent que, pour des motifs sérieux de nature morale ou religieuse, un citoyen peut faire ce qu’on appelle une objection de conscience. D’autres refusent un tel droit. Dans ces cas, il peut arriver qu’un homme aille au bout de son humanité en donnant le témoignage, parfois au prix de sa vie, de son respect de la justice et de la Loi naturelle, ou encore de la loi divine, comme les martyrs chrétiens. Ces justes, hommes ou femmes, refusent en conscience, malgré les menaces, d’accomplir une loi inique. Ils estiment qu’en l’accomplissant, ils violeraient une loi bien plus importante, une loi divine, et profaneraient alors irrémédiablement leur propre dignité. Ces témoins du bien moral ou religieux sont destinés à demeurer dans la mémoire des hommes.
Mgr JEAN LAFFITTE Vice-président de l’académie pontificale pour la vie
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8 septembre 2009 2009 par
C’est la rentrée des classes. Pour les mamans, cette période de pointe peut aussi être l’occasion de remettre les pendules à l’heure. Quelles priorités choisir pour quel quotidien ? Avec ce dossier, Il est vivant ! souhaite donner quelques pistes pour encore plus de bonheur.
Holly Pierlot propose aux mamans d’élaborer une règle. Avec son Manuel de survie, cette mère de famille canadienne exporte un trésor de sagesse et de pragmatisme. Un guide qui emporte tout sur son passage : caddies, couches et linge à plier… Ça change la vie. - Propos recueillis par Magali Michel
Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?
Pour partager mon histoire. J’ai voulu raconter combien j’ai retiré de bénéfices à mettre en œuvre une règle de vie. Cette ancienne tradition de l’Église appliquée au mariage m’a été très profitable. J’en ai retiré des fruits considérables. J’ai fait l’expérience d’une authentique pacification.
Vous passez votre vie au crible de cinq priorités…
J’étais souvent empêtrée à propos de tout et de rien. Je me suis demandé si j’avais bien hiérarchisé mes responsabilités. Dans toutes mes recherches, je n’ai pas trouvé un seul exemple de règle de vie rédigée par un laïc. J’ai cherché ce qui dans ma vocation était spécifique à la vie conjugale. Après réflexion et en me souvenant des recommandations d’un vieux prêtre que j’avais rencontré au début de mon mariage, j’ai mis ma vie dans l’ordre qui suit. Premièrement, prier et prendre soin de ma relation avec Dieu, deuxièmement : prendre soin de moi-même, troisièmement : prendre soin de mon conjoint, quatrièmement : jouer mon rôle de mère auprès de mes enfants et enfin pourvoir aux besoins de mon foyer.
Pour une maman débordée, une règle n’est-ce pas une contrainte supplémentaire ?
La règle libère l’esprit de mille soucis. Donner du temps à Dieu, n’est-ce pas en retrancher à votre famille ? C’est tout l’inverse ! Je puise ma vigueur en Dieu. En prenant du recul par rapport au tourbillon quotidien, je trouve le sens de tout ce que j’ai à faire. Je me laisse envelopper par la présence de Dieu. J’y puise un amour décuplé pour ma famille.
Vous parlez de contemplation, ne vous êtes-vous pas trompée de monastère ?
La contemplation consiste à faire l’expérience de Dieu lui-même. Pourquoi ma vie ne me le permettrait-elle pas si je le recherche sincèrement ? La capacité à entrer en conversation avec Dieu et à expérimenter une communion plus profonde avec lui a résulté pour moi du recueillement auquel m’a conduit ma règle de vie. J’aime citer Dom Chautard : « une âme ne peut pas mener une vie intérieure sans une règle… et sans la ferme résolution de s’y conformer tout le temps. »
À vous entendre, votre règle de vie vous donne beaucoup de liberté d’esprit ?
Désormais je sais que je fais de mon mieux pour accomplir mon devoir et j’éprouve un sentiment de paix face aux épreuves.
Vous vous réservez une journée sabbatique par quinzaine…
Oui, et je ne reviens à la maison que lorsque j’ai fait le plein !
Et la sainteté, comment la voyez-vous ?
Faire mon devoir et suivre ma règle suffit à me sanctifier ! Me lever à l’heure le matin, avaler des repas équilibrés, faire du sport, sans oublier de nettoyer ce petit coin répugnant derrière les toilettes est une école de vertu en soi. Même les efforts banals pour me conformer à ce qui est bon et vrai, pour m’opposer à des fâcheuses inclinaisons, à des désirs troubles constituent un chemin de sainteté. On peut l’appeler maîtrise de soi, autodiscipline, etc. J’ai découvert que cet entraînement me conduisait à la vertu. Il me devenait même plus facile de faire le bien car en développant de bonnes habitudes, mon travail a cessé de me paraître aussi difficile.
Comment vos enfants ont-ils réagi à votre règle ?
Mes enfants aiment ma règle. Ils savent à quoi s’attendre. Ils ont rapidement vu et senti les avantages de cette façon de vivre. Ils sont devenus les témoins du bon exemple donné par leur mère. Ainsi que le disait Paul VI, le témoignage de notre vie constitue la forme d’évangélisation la plus efficace, les paroles que nous prononçons pour transmettre les raisons de notre espérance ne viennent qu’en second.
Et votre mari ?
Ma règle a apporté l’ordre et la paix dans notre maison et dans notre façon de vivre. En définitive, mon organisation a libéré mon mari de tâches ménagères inutiles que je n’arrivais pas à assumer et pour lesquelles je me sentais écrasée. Je n’avais alors que lui sur qui compter. Quel mari ne se réjouirait pas de vivre avec une femme plus paisible ? Comment réagissez-vous face aux imprévus et aux urgences ? Je les prends comme ils viennent. Les imprévus et les surprises du quotidien me font faire un détour. Le plus souvent, c’est la routine de la vie monastique qui peut être difficile à vivre.
Votre règle peut-elle aider les mamans françaises ?
La règle de vie des mères de familles est universellement valable. Elle émane de notre appel à vivre une vocation maternelle spécifique au sein de l’église. Toutes les femmes sont concernées. En revanche j’ai fait exprès de présenter cette règle comme une évaluation personnelle des priorités de la vocation conjugale pour une application singulière selon la situation familiale et culturelle de chacune. Votre règle, c’est à vous de l’élaborer.
Quel est le secret de votre règle ?
C’est de croire que je vis une vocation aussi sérieuse et aussi importante que la vocation au sacerdoce ou à la vie religieuse. Depuis que j’ai pris au sérieux mon existence, j’entends l’appel de Dieu qui compte sur moi pour honorer mes responsabilités pour le bien de ma famille, pour mon propre bonheur et celui de beaucoup d’autres autour de moi. De là, "faire tout ce qu’Il demande, parce qu’Il me le demande et le faire par amour pour Lui" est devenu le cœur de ma règle de vie de mère de famille. Ma vie est un cadeau que je peux rendre au Seigneur en réponse à son amour.
Comment s’y prendre pour commencer ?
Réfléchissez et priez de tout votre cœur afin de discerner si vous êtes appelée à expérimenter votre propre règle de vie. Il se pourrait que Dieu vous demande de prendre une telle décision pour lui et pour votre famille, comme une contribution au renouveau du monde. Croyez bien que si Dieu veut que vous le fassiez, il vous donnera la force nécessaire pour commencer. Blessings to you mothers !
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Pour aller plus loin :
Manuel de survie d’une mère de famille, comment tenir sa maison en ordre et son âme en paix - Par Holly Pierlot
Et encore dans ce dossier d’Il est vivant ! de septembre 2009 :
De nombreux témoignages
Bienheureuse Zélie Martin (Cf.Louis et Zélie Martin, les saints de l’ordinaire )
Conchita, ou l’étonnant destin d’une mère de famille (Cf.La vie dans l’Esprits Saint)
Maria Beltrame Quattrocchi, Fiat, Magnificat
Tracer son propre chemin, par Madeleine Pialoux
3 questions à Béatrice Dufour
Les mamans pèlerines
La prière des mères : un élan mondial
Marie, mère de famille, par Jean-Romain Frisch
7 octobre 2009 2009 par
Situations d’impuissance, de vulnérabilité. Maladies, deuils, séparations. Bien souvent dans notre vie, nous touchons au mystère de la Croix. Au coeur de ce mystère jaillit une fécondité. Nous nous heurtons tous un jour ou l’autre aux limites de notre condition humaine. Plus encore à notre faiblesse. Et si le moment était venu de vivre autrement.
Par le père Louis Pelletier
"La grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Il y a là une loi fondamentale qui traverse nos vies. Pour bien comprendre le chemin qu’elle nous invite à parcourir à la suite du Christ, nous partirons de la contemplation du mystère pascal.
Le Christ « a été crucifié en raison de sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu. Et nous aussi, nous sommes faibles en lui, bien sûr, mais nous vivrons avec lui par la puissance de Dieu… » (2 Corinthiens 13, 4). Le Christ a voulu assumer notre faiblesse humaine jusqu’à la crucifixion c’est-à-dire jusqu’à l’impuissance la plus grande. « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Matthieu 8, 17). Nous ne descendrons jamais plus bas que Jésus : il a assumé nos handicaps physiques, mais aussi nos états d’angoisse, de tristesse, de dégoût, de lassitude, tout ce qui fait qui nous fait perdre la force de vivre.
« Père, en tes mains je remets mon esprit » (Luc 23, 46). Le Christ a traversé notre fragilité physique et psychique en allant jusqu’au bout de l’obéissance filiale : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté… » (Philipiens 2, 9). En lui notre faiblesse a été sauvée : elle est devenue la matière d’un abandon total au Père, qui laisse la puissance de son amour se déployer en nous et à travers nous. Là est sa joie et là peut être aussi la nôtre : nous laisser aimer entièrement. Nous pouvons vivre dans la certitude que Celui qui a relevé Jésus d’entre les morts nous relèvera nous aussi avec lui, si du moins nous nous laissons entraîner par lui sur ce chemin de l’abandon filial. Au lieu de nous replier sur nous-mêmes, nous pouvons nous unir à lui dans notre faiblesse et le laisser nous prendre dans son abandon, en gardant les yeux de notre cœur fixés sur lui. « Jésus, je n’ai pas la force de m’abandonner, mais viens renouveler en moi le mystère de ta passion et de ta résurrection ». Notre foi au Christ est la base de tout.
La puissance qui se déploie dans la faiblesse se révèle ici être celle de la rédemption. C’est par son obéissance vécue jusqu’à l’abandon total sur la Croix, que le Christ nous a libérés de la non-foi et de l’orgueil, qui sont à la racine de tous les péchés. Notre abandon est notre vraie victoire sur le mal. Sa puissance capable de tout transformer de l’intérieur peut être comparée, selon une image chère à Benoît XVI, à celle que déclenche la fission nucléaire avec la chaîne de transformation qu’elle entraîne. Tout se joue dans l’intime du cœur, là où je me livre à l’amour du Père, et se déploie ensuite d’une manière mystérieuse dans le monde. Les cœurs changent, les situations se dénouent, on ne sait comment : Bienheureux ceux qui croient sans voir. « C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ » (2 Corinthiens 12, 9). Se glorifier dans ses faiblesses signifie croire que la vraie fécondité de notre vie se joue au-delà des apparences et des calculs humains. Jésus fait ses œuvres en nous et à travers nous dans le secret. On repense aux paroles de Marthe Robin : « Toute âme est une hostie et toute vie est une messe ». Tel est le regard de foi surnaturel qui nous permet en toute situation de croire une fécondité possible et de rebondir. Que la Vierge Marie nous aide à garder Jésus présent à notre esprit et à notre cœur et à profiter de l’eucharistie pour sortir notre esprit de sa torpeur et acquérir la sagesse de la Croix.
Il peut être bon de préciser ici que l’abandon véritable est accueil de ce qui est, soumission au réel. Il rend réaliste et prudent. On peut accepter une épreuve, la recevoir par la foi de la main du Père, dans une confiance totale en sa Providence, et faire en même temps notre possible pour la surmonter. Tout dépend de l’esprit dans lequel on le fait : on peut agir sans mettre sa confiance dans l’efficacité apparente de l’action. Rien par force ! Quand je veux vaincre par moi-même, il n’y a plus de place pour l’Esprit Saint. Mon humble abandon est ma vraie force. Dans ma relation aux autres, il est plus décisif que ce que je peux faire ou dire. En lâchant le vouloir faire, le vouloir convaincre, je laisse l’Esprit prendre possession de mes facultés, comme en témoigne saint Paul : « Je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant, et ma parole et mon message n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c’était une démonstration d’Esprit et de puissance… » (1 Corinthiens 2, 3-4). J’entre dans une « passivité » qui est consentement à l’action divine en moi. Là est l’activité la plus haute de ma liberté et le secret de l’amour vainqueur. Que Dieu nous préserve de mettre notre confiance dans notre expérience ou dans des techniques…
Ainsi il ne suffit pas d’être faible. Il serait illusoire de se dire simplement : « Parce que je suis faible, je suis fort » et de se complaire dans un état de faiblesse jusqu’à tomber dans un laisser-aller qui n’a rien à voir avec le laisser faire. À chaque fois que nous expérimentons notre faiblesse, notre pauvreté, notre misère, il y a un appel du Christ à entendre et un combat à mener. Nous avons perdu notre cœur d’enfant : il y a en nous comme une peur viscérale de dépendre d’un autre, de lâcher les rênes. Nous nous raccrochons autant que nous le pouvons à notre moi autosuffisant et dominateur. Aussi les épreuves sont-elles nécessaires pour lâcher l’appui en soi au sens où saint Paul dit : « Nous avons porté en nous-mêmes notre arrêt de mort afin d’apprendre à ne pas mettre notre confiance en nous-mêmes, mais en Dieu, qui ressuscite les morts » (2 Corinthiens 1, 9). L’abandon véritable ne peut se réduire à un exercice psychologique de lâcher prise. Il exige de se lâcher aussi soi-même.
Nous ne pouvons y descendre que degré par degré, en suivant la voie d’enfance, par un effort répété chaque jour pour accueillir notre pauvreté, jusqu’à aimer notre petitesse, aimer dépendre totalement du Père comme le Christ qui « ne pouvait rien faire de lui-même » (Jean 5, 30). Thérèse a laissé Dieu lui révéler son impuissance à aimer et à faire du bien aux âmes, s’offrant à son amour miséricordieux dans la certitude que « plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant… » (Lettres de Thérèse, 197). La misère consentie est un ascenseur pour nous élever jusqu’au cœur du Père, l’obliger à déverser les torrents de sa miséricorde. Notre faiblesse devient alors un précieux trésor.
Le point essentiel est de comprendre que sur ce chemin de mort à nous-mêmes, nous ne sommes pas seuls : le Christ nous conduit au travers des épreuves et nous porte. Parvenir à un état d’abandon à la force du poignet serait contradictoire. Il ne s’agit pas non plus de se réfugier dans des phrases pieuses. Confions-nous au Christ dans l’humble reconnaissance de nos résistances, de nos peurs, de nos révoltes. Nous sommes dans un monde qui prône la force, l’épanouissement, l’autonomie : chacun doit savoir gérer, prendre sa destinée en main et se réaliser lui-même par lui-même. Nous respirons tous cet air vicié : qui pourrait de lui-même renoncer jusqu’au bout à être quelqu’un, à prouver quelque chose ?
On peut rêver d’offrir à Dieu une belle pauvreté, la nôtre, celle que l’on s’est fabriquée avec soin. Mais saura-t-on se laisser appauvrir de l’image que l’on avait de soi-même, du personnage que l’on s’était créé ? Saura-t-on consentir à n’être rien d’autre que ce que Dieu fait de nous ?
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Et aussi dans le n° 264 d’octobre 2009 :
"Le monastère invisible de Jean Paul II" - Par Magali Michel
"Le Parcours miséricorde à Paray-le-Monial : Quand Jésus s’habille en pauvre" - par Claire Villemain.
Portait de Jeanne Barbey, "À croche-choeur" - Par Magali Michel
Et de nombreux témoignages.
6 novembre 2009 2009 par
À quelle thérapie se fier ? Rendez-vous chez l’ostéopathe. Séance d’acupuncture... Faut-il sortir du parcours de santé classique pour aller mieux ? Et si les thérapies en vogue passaient un examen de santé ? Enquête.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet provoque des positions contrastées… « Alors là, moi, c’est pas du tout mon truc », s’exclame Christophe, quand on lui demande ce qu’il pense des thérapies alternatives. « J’avoue être très sceptique ; j’ai fait quelques tentatives, sans résultat », confirme Armelle, fille de chirurgien. D’autres, en revanche, ne cachent pas leur enthousiasme : « Les enfants ne prennent plus d’antibiotiques depuis six ans. À la maison, on ne se soigne que de façon naturelle », témoigne cette mère de quatre enfants visiblement satisfaite d’échapper à l’armada chimique souvent induite par un traitement classique.
Mais de quoi parle-t-on au juste ? Médecines traditionnelles, douces, naturelles ou complémentaires ? La panoplie sémantique traduit la difficulté à cerner le champ de ce continent médical et paramédical. Pour Maryse, « les thérapies alternatives, ça peut vouloir dire tout et n’importe quoi ». Il n’est décidément pas facile de s’y repérer. Alors, comment savoir où l’on met les pieds ?
« Si elle n’existait pas, il faudrait inventer la médecine moderne. Grâce à elle, notre espérance de vie a augmenté et de nombreuses maladies sont désormais bénignes, constate le docteur Patrick Theillier, médecin généraliste et homéopathe, qui fut pendant de nombreuses années responsable du bureau médical de Lourdes. Pourtant lorsque, d’une manière ou d’une autre, les patients sont déçus par la médecine dite classique, ils sont tentés d’aller “voir ailleurs”. » Paradoxe d’aujourd’hui. Alors que la sécurité sociale et la pénurie des médecins obligent à un certain rendement (une consultation dure en moyenne huit minutes), leur clientèle attend d’eux une attention toujours plus grande. « Je veux trouver en face de moi un soignant qui écoute, qui m’explique “comment ça marche”, qui ne me donne pas des “médoc” de manière systématique pour colmater des brèches qui se rouvriront plus tard », affirme Suzanne. Beaucoup regrettent en effet de passer d’une consultation à une autre sans trouver un accompagnement global et une lecture synthétique de la maladie que le médecin généraliste a parfois du mal à proposer.
Au titre de médecine de relais, beaucoup de thérapies non estampillées par la sécurité sociale offrent leurs vertus. On quitte alors le parcours balisé des spécialités médicales. Pour cette mère de famille,la médecine chinoise a été providentielle. « Lorsque Vianney, à l’âge de six ans, a été opéré d’une tumeur au cerveau, on lui a retiré l’hypophyse. On ne sait pas si elle a été enlevée en totalité ou s’il en reste un peu. Évidemment il a fallu compenser cette ablation par un apport chimique très lourd. Je me suis tournée vers la médecine chinoise pour aider mon enfant. Je ne me sentais pas satisfaite par l’acharnement hormonal synthétique. J’ai voulu aussi essayer de faire fonctionner au maximum ce qui pouvait encore fonctionner. Avec l’acupuncture qui travaille sur les fonctions du corps et les stimule, j’ai trouvé une façon complémentaire et intéressante d’aider mon fils. » Quant à Nicole, 58 ans, elle a trouvé dans la pharmacopée de sainte Hildegarde un onguent qui l’a beaucoup aidée à supporter les brûlures provoquées par sa radiothérapie. Elle a également appliqué sur les zones irradiées des cataplasmes à base d’argile, anti-inflammatoire, et de feuilles de choux, très riches en eau. « Dans le cas du cancer, par exemple, les médecines alternatives n’ont pas l’efficacité d’une médecine réparatrice (chimiothérapie, radiothérapie ou chirurgie). Il est toutefois bon d’associer aux traitements lourds des moyens complémentaires qui compensent leur effet néfaste et permettent une meilleure qualité de vie », reconnaît sans détour le Dr Theillier.
Plus ou moins consciemment, certaines personnes voudraient, quant à elles, échapper à l’épaisseur du temps, “guérir une bonne fois pour toutes”, et “vite fait-bien fait”. « La perspective d’une guérison “systématique et instantanée” proposée par beaucoup de thérapies ne peut que séduire quelqu’un qui cherche à recouvrer la santé », appuie Bertran Chaudet, kinésithérapeute. Si de nombreux patients vont frapper à la porte de thérapeutes aux pratiques différentes, c’est aussi souvent pour tenter d’aller jusqu’à la racine de leurs maux. Ainsi, Joëlle qui s’est affranchie de la “norme médicale”. « À l’âge de 17 ans, mes règles ont disparu. La médecine traditionnelle m’a prescrit la pilule. J’avais des règles artificielles, mais sans que cette solution ne relance aucun processus physiologique. Par ailleurs je prenais un truc pour relancer la thyroïde. J’en ai eu ras le bol. Je me suis tournée vers la naturopathie. J’ai avalé de fortes doses de vigne rouge. J’ai aussi fait un traitement plus psychologique en m’interrogeant sur la signification de mon aménorrhée, en me demandant ce qu’elle pouvait me dire de mon histoire. Mes règles sont revenues quelques mois plus tard. Je me suis alors dit que je pouvais me soigner d’une autre façon. » « Loin de moi l’idée de nier l’apport de la médecine allopathique (cf. glossaire page 19), s’explique Raphaëlle, 30 ans. J’ai un médecin traitant que j’ai choisi avec soin. Mais on a parfois le sentiment que ce type de médecine traite surtout les symptômes, sans toujours s’embarrasser de déterminer la cause à l’origine de la maladie. À la longue, c’est très frustrant. » « On ne peut se contenter de prescrire un principe actif pour traiter un symptôme, estime en effet le Dr Jack Bouhours, phytothérapeute, le symptôme n’étant qu’une manifestation d’un dérèglement général d’un ensemble de mécanismes physico-chimiques… » Cependant, la recherche des causes et le regard synthétique ne sont pas l’apanage des thérapies dissidentes. « Le travail d’un généraliste ou d’un spécialiste est justement de rechercher les causes premières des symptômes », rétorque Bruno Pialoux, chef de service à l’hôpital de Rennes. “La santé n’est pas qu’une question de biologie”
Pour beaucoup d’entre elles, les thérapies alternatives prétendent soigner la personne dans toutes ses dimensions. La proposition est attirante dans une société qui peine à retrouver l’unité de l’être humain corps, âme et esprit. Or, n’est-ce pas une aspiration profonde du cœur de l’homme, y compris dans le domaine médical ? « La santé n’est pas qu’une question de biologie, c’est une question d’équilibre général de la personne – jamais définitif ni parfait – où le biologique, le psychique, le relationnel, le professionnel, le religieux… sont concernés, souligne le Dr Theillier. C’est pourquoi, au-delà des sentiers de la médecine courante, il n’est pas mauvais que naissent de nouvelles méthodes fondées sur une vision unifiée de la personne. » Cet apport prémunit « la médecine classique de la tentation de la toute-puissance de la science sur l’homme », note aussi un médecin hospitalier.
(Suite dans Il est vivant ! n°265 de novembre 2009)
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Et en plus dans le numéro de novembre 2009 :
Article sur "Le premier réseau d’ostéopathes cathos" (par Magali Michel)
"Dieu premier servi" (interview de Bertrand Chaudet par Laurence Meurville)
"Guérir à tout prix ?" (Interview de Pascal Ide par Claire Villemain)
"Consultation, mode d’emploi" (conseil du père Emmanuel Dumont recueillis par Magali Michel)
"Et si j’ai fait une mauvaise expérience..."
Et de nombreux témoignages
3 décembre 2009 2009 par
Qui dit Curé d’Ars dit confessionnal. Hormis les heures passées au service des pénitents, qu’a-t-on retenu de la vie du plus populaire des curés ? Le père Pierre Descouvemont prêche pour la paroisse d’un curé finalement méconnu : le Jean-Marie Vianney de tous les jours, tenaillé par l’obsession de quitter Ars, fantaisiste et rusé. Il est l’heure de le rencontrer.
Par Pierre Descouvemont

Dardilly. C’est à quelques kilomètres au nord-ouest de Lyon que Jean-Marie Vianney vient au monde le 8 mai 1786, trois ans la Révolution. Il est le quatrième enfant d’une famille de six. Il a un frère aîné qu’on appelle François l’aîné. Après lui viennent Marguerite – la seule qui lui survivra – et François, dit le cadet. Mathieu, son père, cultive douze hectares de terre. Quand le garçonnet a 7 ans, c’est la Terreur. L’église de Dardilly est fermée. Elle ne rouvrira qu’en 1795. Le curé, l’abbé Jacques Rey, est un prêtre jureur, mais les Vianney ne savent pas qu’il s’est coupé de l’Église.
Tous les témoins sont unanimes : Jean-Marie se retire souvent dans la solitude pour réciter, à genoux, son chapelet. L’enfant demande à d’autres garçons de veiller sur ses bêtes pendant ce temps. Quand il joue au palet, son jeu préféré, il gagne souvent. Mais le vainqueur redonne à ses camarades l’argent qu’il a gagné. Généreux, il l’est à l’exemple de ses parents qui accueillent chaque jour des pauvres chez eux. Souvent plus de dix ! Chassée de son couvent et retirée à Dardilly dans sa famille, une religieuse qui rend visite aux Vianney donnera à Jean-Marie une petite statue de la Sainte Vierge qu’il emmène avec lui quand il travaille dans les champs.
Les Vianney apprennent par des parents qui habitent à Écully que vient de temps en temps là-bas un prêtre réfractaire. Du coup, ils ne vont plus à l’église de leur village, mais se rendent à Écully. Jean-Marie s’y confesse pour la première fois et s’y prépare à sa première communion. Elle a lieu en secret dans une grange. C’est à l’occasion de cette préparation assurée par deux anciennes religieuses qu’il apprend les rudiments de lecture et d’écriture. Il a 13 ans.
Il continue à travailler dans les champs, toujours fidèle à réciter l’Angélus et à le faire réciter par ses camarades. En 1802, le vieil abbé Rey adhère au Concordat et se soumet aux décisions du Saint-Siège : la famille Vianney retourne à l’église du village. Lui succède en 1803 l’abbé Fournier, que Jean-Marie admire beaucoup. 1803, c’est aussi l’année où une école s’ouvre à Dardilly. Jean-Marie y commence sa scolarité. Il a 17 ans. Le désir de devenir prêtre grandit dans son cœur : il voudrait ramener beaucoup d’âmes à Dieu. À dix-huit ans, il ose en parler. Mais son père n’est pas d’accord : on a besoin de lui à la ferme. Et puis où trouver l’argent pour lui payer ses études ? L’élève de Monsieur Balley, curé d’Écully Appartenant à une famille de seize enfants qui a donné à l’Église deux religieuses et trois prêtres, l’abbé Balley a dû se cacher pendant la tourmente révolutionnaire. Nommé en 1803 curé d’Écully, tout près de Lyon, il accueille dans son presbytère un Lyonnais de 15 ans, Mathias Loras, dont le père a été guillotiné et dont la mère a eu le mérite de le cacher lorsqu’il était missionnaire clandestin.
Après hésitation, il accepte de prendre en charge en 1806 un autre jeune, âgé de 20 ans et dénommé Jean-Marie Vianney. Quel contraste entre les deux garçons ! Une “vieille fille” d’Écully dit un jour en les voyant : « Celui-ci sera un saint prêtre et cet enfant-là un bon évêque. » Après avoir été supérieur du petit séminaire de Meximieux, Mathias devint effectivement évêque en Amérique du Nord. Il admira toujours son ancien condisciple malgré son extrême difficulté à apprendre le français… et le latin !
Lors de sa confirmation par le cardinal Fesch, en 1807, Jean-Marie ajoute à son prénom de baptême celui du Baptiste comme pour attester sa résolution d’imiter le dépouillement, la pénitence et le zèle du précurseur.
Pour obtenir la grâce de persévérer dans ses études en dépit des grosses difficultés qu’il y rencontre, lui vient l’idée de partir en pèlerinage à la Louvesc, auprès de la châsse de saint Jean-François Régis, l’apôtre du Vivarais. Il fait le vœu de s’y rendre à pied en mendiant son pain tout au long des cent kilomètres du pèlerinage. Il doit subir bien des affronts : on se demande pourquoi ce solide gaillard de vingt ans se permet de mendier. Il n’a qu’à travailler ! Épuisé, il fait changer son vœu et ne mendie plus sur le chemin de retour. Toute sa vie, il se souvient de la façon dont il a été traité lors de ce pèlerinage et accueille toujours les mendiants avec un grand respect.
Les candidats au sacerdoce étaient alors dispensés du service militaire. Mais on oublia d’inscrire Jean-Marie sur la liste. C’est pourquoi, lorsqu’en 1809 – l’année d’Eckmühl et de Wagram – Napoléon ordonne une levée supplémentaire sur les conscrits de 1806 à 1810, Jean-Marie Vianney est convoqué à se présenter à Lyon. Il tombe malade : on le transporte à l’Hôtel-Dieu où il reste seize jours. À Roanne où il est transféré, il est de nouveau hospitalisé pendant trois semaines. Mais, au lieu de rejoindre son régiment, il se retrouve dans la commune des Noës, après avoir traversé plusieurs bois en compagnie d’un autre conscrit qui lui a proposé de prendre son sac et de le conduire en lieu sûr.
Beaucoup de chrétiens estiment à l’époque qu’ils ne sont nullement obligés d’aller faire la guerre sous les ordres d’un Empereur qui vient de se faire excommunier par le pape Pie VII pour avoir envahi les États pontificaux. On comprend que Jean-Marie ait opté pour la désertion. Le maire du village lui donne un nouveau nom : “Monsieur Jérôme” et l’envoie loger chez la veuve Fayot. Pour ne pas se faire remarquer, il évite d’aller à la messe le dimanche, mais il s’y rend pendant la semaine. Les mois d’hiver, il fait la classe aux enfants Fayot ; les beaux jours revenus, il travaille dans les champs. Il étonne tout le monde par le régime particulièrement austère qu’il continue à s’imposer. À l’occasion de son mariage avec Marie-Louise en 1810, Napoléon accorde une amnistie aux insoumis. Jean-Marie laisse passer la date où il doit se présenter pour en bénéficier. Il décide de rester aux Noës, quitte à risquer de nouveau les sanctions réservées aux déserteurs saisis par la police impériale. Il reprend ses livres, car il ne perd pas l’idée de se préparer au sacerdoce. Il reste aux Noës durrant quatorze mois.
À Dardilly, Mathieu Vianney subit des pressions : on ne peut pas croire qu’il ignore l’endroit où se cache le déserteur. Il faut donc qu’un volontaire prenne sa place. Le candidat pressenti fait faux bond. Il ne reste qu’une solution : que François le cadet prenne la place de son frère Jean-Marie. C’est chose faite. Le 1er août 1810 François part pour Phaslbourg. Il ne reparaîtra jamais à Dardilly. Son silence étant devenu définitif au cours de la campagne de 1813, les siens le pleurent comme un mort. Toute sa vie, Jean-Marie porte le deuil de ce frère qui l’a remplacé de manière si tragique. Mais il ne manifeste pas le moindre repentir de la conduite qu’il a adoptée face à la conscription militaire. Lorsqu’à la fin de sa vie, il reçoit la légion d’honneur, il déclare avec humour : « Je ne sais pas pourquoi l’Empereur me l’a donnée, à moins que ce soit parce que j’ai été déserteur. »
(...)

C’est devant les enfants de la paroisse que le jeune vicaire commence à prêcher. La première personne qu’il confesse est son curé. C’est d’ailleurs celui-ci qui enseigne au futur Curé d’Ars comment il faut résoudre les cas de conscience qu’il rencontre au confessionnal. Comme un ulcère à la jambe contraint M. Balley à rester au presbytère, le jeune vicaire est obligé de le remplacer de plus en plus… et de prêcher le dimanche. Il recommande beaucoup la dévotion à la Sainte Vierge, copie des prières en l’honneur de l’Immaculée Conception pour les répandre dans la paroisse. Avant de mourir, le 16 décembre 1817, l’abbé Balley donne à son fils spirituel sa discipline et son cilice en lui disant : « Cache bien cela ! Si on le trouvait, on croirait que j’ai fait quelque chose. Je n’ai rien souffert, parce que mon corps est dur. »
Malgré le désir des paroissiens de voir le vicaire succéder au curé défunt, il n’est pas question de confier au pauvre Monsieur Vianney une paroisse aussi importante. C’est Monsieur Tripier, 39 ans, qui est nommé le 15 janvier 1818. Le régime alimentaire du nouveau curé n’a rien de commun avec celui de l’ancien pasteur. Il aime se laisser inviter aux bonnes tables. L’archevêché comprend rapidement que le changement de M. Vianney s’impose. Le 11 février 1818, il est nommé desservant de la chapellenie d’Ars-en-Dombes.
Le vendredi 13 février 1818, à l’âge de 32 ans, Jean-Marie Vianney arrive dans le village d’Ars dont il vient d’être nommé “chapelain”. La chapellenie dépend de la paroisse de Mizérieux et compte 230 habitants. L’ancien curé, Monsieur Saunier, s’est marié. Les hommes du village ont perdu l’habitude d’aller à l’église. Malgré la Restauration, il y a dans l’air du temps une vague d’anticléricalisme. Voltaire et Rousseau sont réédités, des romans polissons et des brochures antireligieuses se multiplient, les chansons de Pierre-Jean Bérenger obtiennent un immense succès : elles dénoncent l’ignorance et l’intolérance des curés de campagne, leur enseignement terrifiant sur l’enfer, leurs critiques des bals et des cabarets, etc. Les chrétiens sont profondément ébranlés par les divisions et les scandales qui ternissent l’image du clergé depuis la Révolution. Réfractaires, jureurs, mariés, les prêtres traversent bien des difficultés.
Le nouveau pasteur s’empresse de renvoyer au château de Mademoiselle d’Ars les meubles qu’il estime trop luxueux pour un presbytère. Les paroissiens découvrent vite la piété et l’austérité de leur nouveau curé. La mère Claudine Renard, une veuve qui habite tout près du presbytère, lave le linge et fait le ménage. M. Vianney entreprend la visite de ses paroissiens. De courtes visites, à l’heure des repas, lui permettent de partager les joies et les préoccupations des uns et des autres. Il s’occupe plus spécialement des enfants et emploie des méthodes originales pour les intéresser au catéchisme. Un mois est à peine écoulé qu’on voit trois personnes communier tous les dimanches ! La veuve Renard, Antoinette Pignault, une Lyonnaise qui était venue chez elle, et Mme Bibost, qui avait connu et servi le curé à Écully. Bientôt Mademoiselle d’Ars se joint au trio ! Elle a un frère qui habite Paris mais qui vient régulièrement loger au château. C’est le comte Garnier des Garets. Vivement impressionné par la sainteté de M. Vianney, il se montre immédiatement très généreux pour l’aider dans le financement de ses œuvres. Quand Mademoiselle d’Ars meurt, en 1832, c’est son neveu, Claude Prosper des Garets, qui s’installe dans le château avec son épouse. Ce notable devient maire du village en 1838 et le demeure jusqu’à sa mort en 1879. Le dimanche après-midi, le curé rassemble quelques personnes à l’église pour la récitation du rosaire. Catherine Lassagne, âgée de 12 ans, y accompagne sa mère. C’est le début de la confrérie du rosaire. Le nouvel arrivé restaure aussi pour les hommes la confrérie du Saint-Sacrement que son prédécesseur, M. Berger, a essayé de relancer.
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Et aussi, à la suite de l’article :
La transformation d’une paroisse (1820-1830)
Le début des pèlerinages (1830-1840)
La hantise du départ (1840-1850)
Une vie livrée (1850-1859)
22 janvier 2010 par
Qu’ils vivent en Égypte, en Irak, aux États-Unis ou en Europe, nombreux sont les chrétiens qui, aujourd’hui encore, livrent leur vie par amour du Christ. Voyage au pays de ces “pionniers” de la foi qui sont autant de sentinelles du Ciel dans notre nuit.
Article :
L’Église est mise à mal dans de nombreux pays et les chrétiens sont persécutés en nombre. Marc Fromager, président de l’AED (Aide à l’Église en détresse), répond à nos questions et nourrit notre espérance.
De tous temps, les chrétiens ont été martyrisés. Porterions-nous la persécution dans nos “gènes” ?
Le Christ a lui-même annoncé la couleur : « Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera vous aussi » (Jean 15, 20). Lorsqu’on regarde l’histoire, l’Église est née dans la persécution, elle a toujours grandi avec. Pendant les périodes d’accalmie, certains chrétiens ont voulu se retirer au désert pour vivre une sorte de mortification volontaire pour suppléer à l’absence de persécution. C’est l’émergence du monachisme. On peut donc aller jusqu’à dire que la persécution est la condition normale du chrétien.
Le vingtième siècle aurait été “le” siècle des martyrs…
Il y a eu plus de martyrs pendant ce siècle que pendant les dix-neuf précédents ! Ces cent dernières années ont vu l’émergence de régimes totalitaires – le communisme et le nazisme – profondément antichrétiens. Le régime communiste arrivant en tête si l’on considère uniquement les chiffres (environ 60 millions de morts, selon Alexandre Soljenitsyne).
Persécution qui, dit-on, ouvre à une fécondité dans l’Église : de quelle manière ?
« Le sang des martyrs est semence de chrétiens », dit en effet Tertullien. Il ne faut pas oublier que l’Église est née au pied de la Croix ! Les deux ou trois premiers siècles de son histoire, elle a été violemment persécutée et jamais elle n’a autant grandi qu’à cette époque. On peut prendre le cas du Vietnam chez qui l’on fête les 350 ans de l’Église. Les persécutions y ont été très importantes au XIXe siècle et c’est à ce moment qu’elle a pris toute son expansion !
Peut-on souhaiter le martyre ?
Il ne faut pas faire l’apologie de la persécution. Même si le Christ nous l’annonce, on n’a pas à la désirer car qui dit persécution dit persécuteur ! Or on ne peut souhaiter à personne de faire le mal, même si Dieu s’en sert pour purifier l’Église et lui donner une plus grande vitalité. De plus, on ne peut pas vouloir la souffrance de nos frères chrétiens. Dans certains cas, enfin, la persécution débouche sur un anéantissement de l’Église, comme en Afrique du Nord, avec l’arrivée de l’islam au VIIIe siècle.
Et aujourd’hui, qui sont ces chrétiens que l’on empêche de croire ?
Deux cents millions de chrétiens ne sont pas libres de pratiquer “confortablement” leur foi. Ils prennent un risque qui peut être plus ou moins grand : cela va de la moquerie, de l’exclusion, à l’impossibilité formelle de dire et de vivre leur foi. Gare à celui, en Arabie Saoudite, qui sera trouvé en possession d’un chapelet : il risque la prison et la torture à coup sûr. Et dans ce pays, il y a tout de même trois millions de chrétiens ! Il est certain que s’ils abandonnaient leur foi, tout irait beaucoup mieux pour eux.
Et ces dernières années ?
En 2008, vingt missionnaires ont été assassinés partout dans le monde : un évêque, seize prêtres, un religieux et deux volontaires laïcs. La plupart de ces crimes sont perpétrés sous couvert de vols et d’acte de vandalisme en tous genres. Mais il n’en demeure pas moins que c’est à cause de leur appartenance au Christ qu’ils ont été tués. À ceux-là il faut ajouter tous ces “soldats inconnus” qui seront tués et dont on ne saura jamais rien. Sans parler de tous les chrétiens réfugiés en dehors ou dans leur pays, totalement déracinés et humiliés.
Pour quelles raisons sont-ils persécutés ?
On observe que les persécutions sont commises soit pour des motifs religieux soit pour des raisons idéologiques, essentiellement d’ordre politique, lorsque des régimes (principalement communistes) sont hostiles au christianisme. C’est le cas en Chine, en Corée du Nord, à Cuba, au Venezuela ou en Bolivie. En ce qui concerne les motifs religieux, on constate de graves problèmes avec les hindouistes (en Inde) et le funeste massacre d’Orissa il y a un an et demi. L’Église est aussi très malmenée par les musulmans : lorsque l’on regarde une carte du monde de la liberté religieuse (voir les pages 22-23), on remarque très vite qu’elle est quasi inexistante dans les pays musulmans ou à forte majorité musulmane. C’est le cas du Moyen Orient, en Irak notamment, mais encore de l’Afrique, en Égypte, au Soudan, au Nigéria, etc.
On entend parler de « primes à la conversion »…
En effet, il est aujourd’hui très courant de voir une conversion à l’islam se monnayer contre une « rançon » considérable, et de voir dans le même temps les pressions et menaces fondre comme neige au soleil… Ces « primes à la conversion » sont versées par des pays islamistes pour le port d’un voile, d’une plus longue djellaba, d’une barbe plus abondante. Très fréquentes dans les pays musulmans, elles le sont aussi en France ! Dans les cités, les musulmans s’encouragent à aller voir les « Gaulois » pour les convertir à l’islam. J’ai eu récemment le cas d’un prêtre qui, en banlieue parisienne, a rencontré une ancienne paroissienne voilée. Très étonné, il l’a fait parler : « Tu es sincère dans ta nouvelle foi ? » Et elle de répondre : « Non, je crois juste parce que cela me procure un financement mensuel. »
Pourquoi est-ce important de parler des chrétiens persécutés ?
Nous sommes très sensibles aujourd’hui au sort des baleines et des phoques… Il est encore plus évident que nous avons une responsabilité première à exercer un minimum de compassion envers les autres hommes qui souffrent ! Qui plus est envers nos frères chrétiens, qui souffrent parce qu’ils ont choisi de rester fidèles au Christ. Comme personne humaine, ils méritent notre respect. Et comme chrétiens, membres d’un même corps, nous souffrons avec eux. Être attentifs à cette partie du corps qui souffre est une question de bon sens.
Que peut-on faire pour eux ?
Nous devons faire notre possible pour alléger cette souffrance, en priant, en partageant et en s’informant. Le seul fait d’apprendre que nous sommes au courant de leur situation est un vrai soulagement pour eux. C’était déjà le cas pour les chrétiens qui vivaient derrière le rideau de fer. On a tellement à recevoir d’eux, notamment de la force de leur témoignage, et à méditer sur leur attitude courageuse, leur persévérance au péril de leur vie… Qu’aurait-on fait à leur place ? Encore une fois, nous avons beaucoup plus à recevoir d’eux qu’à leur donner. Nous ne sauverons pas le monde avec notre argent. Mais eux, par leur fidélité au Christ, ils permettent au Royaume de Dieu d’être déjà là.
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Et en plus dans le n°267 :
Une interview de Monseigneur Philippe Brizard (président depuis 9 ans aux destinées de l’Oeuvre d’Orient)
Témoignage de Monseigneur Louis Sarko
De nombreux témoignages de martyrs pour le Christ aujourd’hui
12 février 2010 par
La légende noire sur le "silence" de Pie XII pendant la Shoah a rendu cette question épineuse. Est-il vraiment le pape controversé que l’on nous présente ? Et pour quelles raisons Benoît XVI tient-il à poursuivre le processus vers sa béatification ? Ce dossier, étayé par l’analyse historique et le témoignage, tente de faire la lumière. Dossier réalisé en partenariat avec le blog Pie12.com et son créateur Jean-Baptiste Maillard.
Peut-on, sur le plan historique, qualifier Pie XII de silencieux face aux atrocités perpétrées contre le peuple juif par le pouvoir nazi ? Ne vaudrait-il pas mieux évoquer, comme l’historien Philippe Chenaux, sa prudence ? Suite et fin de l’entretien avec Frédéric Le Moal, historien.
Pie XII a-t-il parlé ?
Le “silence” renvoie-t-il à une absence totale de condamnation, reflet d’indifférence, de lâcheté, voire de complicité ou bien à des déclarations mesurées, sans nomination directe, avec une action souterraine active et efficace ? C’est à travers cette deuxième optique qu’il faut lire l’action de Pie XII. Qu’il n’y ait pas de déclarations fracassantes, de condamnations nettes de la guerre d’Hitler, c’est un fait. Mais Pie XII ne s’est pas tu. Et ses interventions ne se sont pas limitées au message de Noël 1942.
Son message de Noël 1942 était-il ambigu ?
C’est aujourd’hui que l’on parle d’ambiguïté. À l’époque, tout le monde comprend que « la centaine de milliers de personnes, qui, sans réelle faute de leur part, seulement en raison de leur nationalité et de leur race, sont destinées à la mort ou à un progressif dépérissement » désigne les Juifs. Le New York Times du 25 décembre se félicite de ce discours présenté par un tribunal militaire allemand comme un « document subversif et démoralisant ».
Pourquoi n’a-t-il pas prononcé le mot « Juif » dans ce discours ?
Il utilise le mot italien stirpe qui veut dire lignée, souche, race, et qui renvoie à des expressions médiévales, stirps judaeorum et stirpe dei giudei. Ce n’est pas la première fois qu’il emploie cette expression, les contemporains savent que le Pape parle des Juifs. Les services allemands y voient la preuve que le Pape se fait le défenseur des « Juifs criminels ». Les Alliés, de leur côté, auraient préféré une dénonciation encore plus vive, dont ils se seraient servis pour alimenter la propagande de guerre. Mais Pie XII considère que sa dénonciation ne souffre d’aucune ambiguïté. Le mot deperimento (dépérissement), jugé insuffisant, doit être replacé dans la phrase en son entier, quand le Pape parle des personnes « destinées à la mort ou à un progressif dépérissement », ce dernier ne pouvant conduire qu’à une disparition.
Quand a-t-il encore parlé ?
Déjà lors de son discours de Noël 1940, il parle du grand réconfort qu’a été pour lui « d’avoir été en position d’aider, avec l’assistance morale et spirituelle de nos représentants et avec l’obole de nos subsides, un nombre considérable de réfugiés, d’expatriés, d’émigrés, également ceux d’origine sémitique ».
Le 2 juin 1943, Pie XII condamne de nouveau l’entreprise criminelle des nazis : « Ne vous étonnez pas, vénérables frères et chers fils, si notre âme répond avec une sollicitude particulièrement empressée et émue aux prières de ceux qui s’adressent à nous les yeux remplis d’une imploration anxieuse, tourmentés qu’ils sont en raison de leur nationalité ou de leur origine, […] et destinés à des contraintes exterminatrices. »
Pie XII a-t-il assez parlé ?
Cela ne relève pas de l’analyse mais du jugement moral. Les Allemands trouvent qu’il parle trop, les Alliés, au contraire, ne se satisfont pas de ses déclarations. Un exemple : lors de l’invasion de la Hollande et de la Belgique, Pie XII envoie un message de soutien aux souverains de ces deux pays. Les Alliés le trouvent insuffisant et creux, alors que les nazis y voient une prise de position inacceptable. La diffusion à Rome de l’Osservatore romano est même perturbée par des bandes de chemises noires. La question n’est pas de savoir s’il a assez parlé, mais de savoir ce que le Pape pouvait faire et dire.
Une dénonciation publique de l’extermination par Pie XII aurait-elle été efficace ?
En 1942, lorsque les Allemands déportent les Juifs de Hollande, les autorités religieuses protestantes et catholiques protestent officiellement. Ce qui provoque, en représailles, la déportation des Juifs convertis au christianisme. Horrifié, Pie XII descend à la cuisine de ses appartements brûler son projet de protestation publique contre les persécutions antisémites. Il est persuadé qu’une protestation publique engendrerait des effets néfastes, attiserait la haine des nazis, les jetterait sur les catholiques qui protègent et aident les Juifs persécutés.
A-t-il délibérément préféré l’action souterraine à la confrontation ?
C’est indéniable. La personnalité de Pie XII et le diplomate qu’il était contribue à l’orienter dans cette direction. Pourtant, l’argument de la diplomatie ne doit pas occulter une réalité. Le Pape, “prophète désarmé”, chef d’une Église dont les fils se font la guerre, fait face à un pouvoir démoniaque, pour lequel la vie humaine n’a aucune valeur. Pie XII le sait. Il doit agir avec prudence pour éviter de livrer d’autres êtres humains, Juifs ou non Juifs, à la férocité des nazis. Comme l’a dit Philippe Chenaux, « une des vertus de Pie XII est la prudence ».
Pouvait-il parler plus ?
Il n’a cessé de s’interroger. Reçu par le Pape pendant la guerre, le futur Jean XXIII a expliqué qu’il lui « demanda si son silence à propos du nazisme ne serait pas mal jugé ». Dans son testament, Pie XII parle de la conscience « des déficiences, des manques, des fautes commises durant un si long pontificat et dans une époque si difficile ». Il est obsédé par les conséquences d’anathèmes plus virulents. Aujourd’hui, on dit qu’il devait davantage parler parce qu’il était le pape. Mais en réalité c’est parce qu’il était le pape qu’il ne pouvait pas aller trop loin, au risque de déchaîner la fureur des nazis, et qu’il laissait les ecclésiastiques agir sur le terrain.
Qu’a fait Pie XII réellement pour les Juifs ?
Il en a sauvé autant qu’il a pu. En 1943, il a ouvert les portes du Vatican et celles de Castel Gondolfo, tout en encourageant l’ouverture des institutions religieuses. Les Juifs de Rome pourchassés ne se sont pas trompés sur le sens de cette action. Pour preuve, les remerciements qu’ils adressent au Pape en 1945. Lors des rafles à Rome, un article de l’Osservatore romano (25-26 octobre 1943) lance un appel à la charité dont le sens n’échappe à personne.
En septembre 1943, Pie XII s’est démené pour assurer le paiement de la rançon imposée par les Allemands aux Juifs de Rome, pensant ainsi empêcher les déportations. Il a fait part de sa réprobation au maréchal Pétain pour les rafles des Juifs en France, à l’unisson de certains évêques français. Il a fait pression, avec efficacité, sur le régent Horty pour empêcher la déportation des Juifs de Hongrie. Il pousse les nonces à agir pour sauver les persécutés. La commission pontificale d’assistance et la commission vaticane de secours ont fourni des subsides en tous genres à près de 6 000 Juifs romains. C’est beaucoup plus que la plupart des dirigeants alliés de l’époque.
Pie XII a-t-il donné son accord pour que les congrégations religieuses cachent des réfugiés ?
Pour certains, l’œuvre de sauvetage des Juifs par les institutions religieuses romaines se serait réalisée sans accord du Pape. Il faudrait alors expliquer comment 3 000 Juifs ont pu se réfugier dans la résidence d’été du Pape sans son accord… Dès le 16 octobre 1943, les portes des couvents s’ouvrent. Pratiquement à chaque fois, les religieux – et religieuses cloîtrées qui voient arriver des hommes ! – s’adressent à leur hiérarchie, et souvent directement au Pape pour savoir quelle attitude adopter. La réponse est toujours la même : ouvrir les portes. Mais il n’est pas question pour Pie XII d’ordonner l’ouverture. Il laisse en fait l’initiative aux religieux et leur fait comprendre ensuite qu’il faut agir ainsi. Pie XII ne veut pas provoquer l’arrestation et la déportation de ceux qui peuvent aider les persécutés. Tous les religieux ont confirmé avoir œuvré avec le sentiment de suivre les prescriptions du Pape, dans la direction souhaitée par lui. Pie XII et la secrétairerie d’État connaissent toute l’activité clandestine et l’encouragent. Ils ont fait de l’Église de Rome un espace d’asile.
Pie XII a-t-il assez fait pour les Juifs ?
C’est encore une question morale. L’historien n’est pas un procureur. Les attaques contre Pie XII, quand elles sont honnêtes, sont très actuelles et renvoient à nos propres interrogations sur la Shoah. En 1945, on remercie le Pape d’avoir sauvé le maximum de Juifs persécutés. Aujourd’hui, on l’attaque pour ne pas avoir fait tout ce qu’il aurait dû faire. Ses contemporains étaient bien mieux placés que nous pour juger.
Selon les historiens, combien de Juifs Pie XII a-t-il sauvé ?
Lors des rafles de 1943 à Rome même, 252 personnes ont été libérées sur le moment, sous la pression du Vatican. Ensuite, 4 447 Juifs ont été sauvés, cachés dans les bâtiments bénéficiant de l’extraterritorialité vaticane ou dans les couvents, auxquels il faut ajouter 3 000 Juifs à Castel Gandolfo. Pour l’ensemble de la période, d’après l’historien israélien Pichas Lapide, c’est entre 150 000 et 400 000 Juifs qui doivent leur survie à Pie XII.

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Dans ce dossier :
Petit chronique d’une polémique avec Gilles Bernheim (Grand rabbin de France), Frederico Lombardi (directeur de la salle de presse du Saint Siège) et Serge Karlsfeld (célèbre chasseur nazis, historien)
L’Église face au nazisme (rencontre avec Frédéric Le Moal, docteur en histoire contemporaine).
La légende noire (suite de l’entretien avec Frédéric Le Moal, historien)
De nombreux témoignages de Juifs qui expriment leur reconnaissance.
Des extraits des interventions de de Benoît XVI sur la figure de Pie XII.
Blog à consulter : Pie12.com