Décryptage



Cinéma : Les moines de Tibhirine à l’écran

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7 septembre 2010 par Il est vivant !

Des hommes et des dieux sort sur les écrans le 8 septembre. Le film de Xavier Beauvois, récompensée par le grand prix du jury du festival de Cannes 2010, retrace les dernières années des moines de Tibhirine. Henry Quinson, conseiller monastique du film, partage avec nous son expérience du tournage.

Propos recueillis par Claire Villemain

Comment et pourquoi avez-vous participé à ce film ?
- Le 7 avril 2009, je reçois un mail d’Étienne Comar qui souhaite me rencontrer au sujet d’un film sur les moines de Tibhirine. Je n’en crois pas mes yeux, car j’ai moi-même présenté cette idée le mois précédent à un vieil ami qui travaille chez Pathé. Il était resté sceptique. Le 12 avril après réflexion, je réponds à Étienne Comar, qui me propose de rencontrer Xavier Beauvois. Je suis impressionné par le ton et la maîtrise du sujet de mes deux interlocuteurs. Une phrase du réalisateur ôte presque toutes mes hésitations : « Je veux montrer le mystère de l’Incarnation pascale. » Une amitié se noue. Très vite, Xavier me demande d’être son “conseiller monastique” en raison de mon expérience de cinq ans à l’abbaye de Tamié, du fait que je connaissais quatre des frères assassinés et Tibhirine, que j’ai traduit l’enquête de John Kiser et que j’ai moi-même écrit un livre sur frère Christophe.

En quoi a consisté votre rôle de conseiller monastique ?
- J’ai travaillé sur la base de deux contrats, l’un pour le scénario, l’autre pour l’ensemble du film, c’est-à-dire : décors, costumes, chants, immersion en monastère et conseils aux acteurs, présence continue sur le tournage auprès du réalisateur Xavier Beauvois. Le tournage m’a demandé énormément de vigilance et de disponibilité, de fermeté et de diplomatie. Ma fonction de conseiller était transversale et pouvait donc perturber toutes les hiérarchies et les prés carrés… Les acteurs m’ont beaucoup encouragé à assumer ce rôle stimulant pour tous, mais parfois dérangeant. Quand il fallait faire face à des oppositions, je les ai toujours confiées aux frères, eux qui ont souffert jusqu’à la mort. Mes petites contrariétés et rebuffades n’étaient pas grand-chose par rapport à leur martyre !

Personnellement, comment avez-vous vécu ce tournage ?
- Je garde le souvenir d’une collaboration très fructueuse et mes relations avec l’ensemble de l’équipe sont allées sans cesse vers plus d’estime mutuelle au service du film. Xavier Beauvois me considère comme un ami, et c’est réciproque. Mon souvenir le plus étonnant reste la tempête de neige que le Ciel nous a envoyée pour la scène de l’enlèvement. Elle a effacé toutes les ténèbres prévues par le scénario initial (têtes coupées retrouvées). Pour moi, c’est un miracle (la neige a fondu dès le lendemain).

Lambert Wilson, l’acteur principal, parlait d’une expérience unique de fraternité entre les acteurs…
- Les acteurs ont été profondément marqués par cette fraternité vécue jusqu’à l’extrême. Les échanges ont été très profonds et denses. Des amitiés sont nées. Le fait d’avoir partagé nos repas matin, midi et soir pendant deux mois a été déterminant. L’esprit des frères s’est transmis par le couscous et le tajine !

Quelles ont été vos relations avec le réalisateur Xavier Beauvois ?
- Xavier Beauvois est un homme de cœur. Nos relations ont été intenses et personnelles. Il a su écouter tous les jours mes remarques sans pour autant perdre sa créativité, au contraire. J’ai été frappé par son intégrité, son amour des êtres, son intelligence artistique. Je lui serai toujours reconnaissant de m’avoir associé à l’ensemble de son travail. Ce chef-d’œuvre est l’expression de son être profond. Il vient d’une source très pure et d’une aspiration très haute, bien cachées par son caractère fantasque et haut en couleur. Je veux aussi louer le travail d’Étienne Comar, le scénariste, car son idée de bâtir le film sur la période 1993-1996 est à la fois judicieuse et courageuse. Judicieuse parce que cette période correspond au journal de Frère Christophe (une mine de renseignements de première main) et à la période clé pour comprendre la décision de la communauté de rester à Tibhirine malgré la menace du terrorisme et la pression des autorités. Courageuse parce qu’il aurait été plus spectaculaire de faire un thriller sur les 56 jours de captivité (dont on ne sait pas grand-chose) et sur la mort des moines (qui fait régulièrement la une de l’actualité).

Comment expliquez-vous l’engouement de la presse et des critiques ?
- C’est un chef-d’œuvre de sobriété et d’émotion spirituelle. Le film est d’une grande beauté (le Moyen Atlas, les visages), original dans le fond (fidélité des moines à leur vocation) et dans la forme (la liturgie comme seule musique de film), et la tension dramatique en fait un vrai récit, non un prêche abstrait ou verbeux. Lors de la projection à Cannes, j’ai pris conscience que ce travail n’était pas seulement un beau film mais un Évangile incomparable, une cathédrale des temps modernes, un Souffle de lumière (très beau travail de Caroline Champetier, directrice de la photographie). L’ovation à la fin du film m’a ému, et plus que tout, la parole de Xavier Beauvois à mon oreille m’a confirmé son intégrité totale quand il m’a pris dans ses bras : « La palme, on s’en fout ; ce soir, les frères ont gagné. »

Et vous, regrettez-vous de ne pas avoir la palme d’or ?
- Les moines n’aiment pas les premières places. La seconde marche du podium leur sied mieux. C’est l’élégance des hommes du silence et de l’humilité.

Que penser du prix de l’Éducation nationale qui vous a aussi été attribué à Cannes ?
- Je trouve très intéressant qu’une institution si attachée à la laïcité ait osé aborder ainsi le fait religieux. Car le film montre bien toute la complexité des identités confessionnelles, oscillant entre violence et fraternité.

À votre avis, quel sera l’impact sur les spectateurs ?
- L’impact sur les spectateurs sera considérable. Il s’agit d’une théologie narrative en image et en chants d’une puissance indicible. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Voilà ce que l’on emporte dans son cœur après avoir vu ces disciples du Christ douter, avoir peur et finalement accepter la joie du don suprême.

Après Le Grand Silence et L’Île, serait-ce la naissance d’un nouveau genre ?
- Le Grand Silence est un documentaire sans récit dramatique et sans clé de lecture chrétienne. Des hommes et des dieux offre une vraie catéchèse et des chants liturgiques en français très évocateurs. Le spectateur assiste à leur quête de Dieu et comprend leur amour des hommes. L’Île est un très beau film mais une fiction totale, à la différence du film de Xavier Beauvois inspiré d’une histoire vraie. Il y a donc là trois films dont le sujet est monastique mais Des hommes et des dieux est un genre hybride : réalisme d’un documentaire, libertés d’une fiction.



 


 

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Le divorce, échec ou solution ?

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12 juillet 2010 par Il est vivant !

Comment un homme et une femme qui s’étaient choisis pour la vie peuvent-ils en venir à se séparer ? Explications et analyse de Bénédicte Lucereau, thérapeute de couples et de familles (cabinet Mots Croisés).

Comment expliquer l’accroissement du nombre des divorces ces dernières décennies ?

On assiste depuis une cinquantaine d’années, à une crise du mariage et de la famille.

Un divorce pour deux mariages, toutes les familles sont touchées. Du coup, plane un doute sur cette institution, qui, pourtant, résiste dans les mentalités, comme garant d’un bonheur conte de fées… Mais, s’il peut être rompu, « À quoi bon », « À quoi rime notre engagement » ?

La vision du mariage a beaucoup évolué :

d’un contrat dont découlaient des rôles dans la société, il est devenu une relation intime d’amour. Traditionnellement, quand un homme et une femme se mariaient, ils avaient des rôles bien définis à remplir :

L’homme travaillait à l’extérieur et rapportait l’argent nécessaire au ménage, il prenait les décisions. La femme mettait les enfants au monde, les élevait, et s’occupait du foyer. Tant qu’ils remplissaient ces rôles et restaient fidèles, leur mariage était considéré comme une réussite.

Aujourd’hui, le critère de la réussite n’est plus dans la manière de jouer ces rôles (qui ont été considérablement remaniés par l’émancipation des femmes), mais dans la qualité de la relation. Ce qui est heureux, mais beaucoup plus exigeant ! et plus fragile…

Surtout qu’on sait que la passion amoureuse ne dure pas plus de deux ans, et que la vie commune se charge de souligner les incapacités de chacun à gérer la frustration, ou à sortir de son confort personnel etc. Le lien d’amour, s’il est basé sur le sentiment, est fragilisé… mais aussi, parce que les relations Homme-Femme sont devenues concurrentielles : les rôles n’étant plus répartis, tout se discute ! Le couple devient un terrain de lutte pour le pouvoir, pour la reconnaissance de son identité. « Puisque j’ai déposé les enfants à l’école ce matin, c’est toi qui fais le dîner ce soir. »

Le nombre d’enfants par famille s’est considérablement réduit, et aujourd’hui, avec une moyenne de deux, les enfants n’occupent plus la totalité de la vie de famille, comme aux générations précédentes.

On est plus attentif au niveau de vie, moins prêts à se serrer la ceinture ; chacun dans la famille a le souci de son épanouissement personnel, parfois au détriment de celui des autres. La vie professionnelle a pris une place de plus en plus importante, avec une pression énorme pour garder sa place, empiétant douloureusement sur la vie conjugale : déplacements professionnels, horaires très lourds, invasion d’Internet et des portables à la maison… L’intimité est malmenée…

La durée de vie des couples est devenue beaucoup plus longue : si on se marie plus tard, on vit ensemble facilement jusqu’à 80 ans… Donc, la routine peut guetter, la crise du milieu de vie fait plus de ravages qu’autrefois, le démon de midi… Les infidélités sont fréquentes : au boulot, on se raconte son “tableau de chasse” ! et on s’en vante…

C’est devenu un sport favori, dont tout le monde sort fragilisé, personne n’est à l’abri.

La société véhicule une image du couple “jeunes, beaux, séduisants, sexy”, alors que la réalité de la vie commune se montre décevante : on se sent trompés ! Et puis, traîne dans les esprits, cette idée que l’herbe peut être plus verte ailleurs, qu’on a pu se tromper de conjoint : comme si Dieu nous avait caché quelqu’un de super quelque part, et qu’on devait passer sa vie à le chercher pour être heureux. Toutes ces fausses idées de l’amour, du couple, de la liberté, qui font tant de ravages, car elles deviennent autant de prétextes pour demander le divorce.

Pourquoi nos grands-parents traversaientils des épreuves qui semblent insurmontables aujourd’hui ?

Avant, on se mariait « pour le meilleur et pour le pire »… et la parole donnée, le jour de l’engagement, avait du poids (même si on était mariés par les parents, pour des questions de patrimoine ou de transmission de la vie). La société véhicule un modèle relationnel adolescent (cf. Tony Anatrella) : il y a une réelle difficulté aujourd’hui à poser un choix, et à l’assumer. On nous fait croire qu’on peut aisément revenir sur les choix déjà posés, sans conséquences… que ce serait même là, la vraie liberté : de garder la possibilité de choisir. On se laisse aussi plus guider par le ressenti, les émotions, que par un projet à construire.

Autrefois, les générations précédentes devenaient adultes par la confrontation à la réalité du travail, de la mort, beaucoup plus tôt qu’aujourd’hui, ce qui laisse nos jeunes rêver l’amour, rêver la vie, mais sans se la “coltiner. On décrie trop facilement le sens du devoir, de l’effort, du sacrifice : mais comment aimer sans renoncement, sans effort, sans se retrousser les manches, et donner sa vie ? Comment aimer sans souffrir ? Si, dès que l’on rencontre une difficulté, on coupe le lien, on se quitte, comment grandir ? comment travailler sur soi ? mûrir ? Je suis étonnée du nombre d’adultes, mariés, qui fuient la difficulté, le conflit.

On rêve d’un couple harmonieux, où les différences sont gommées, et dans lequel on serait toujours d’accord. Et, de façon paradoxale, si le plaisir est tant valorisé, recherché pour lui-même, il y a comme une incapacité à le vivre paisiblement, sans culpabilité, à goûter l’instant présent, les bonnes petites choses de la vie quotidienne à deux, à admirer ensemble une belle nature, etc.

Avant, on avait peut-être plus le temps : on passait des soirées ensemble, des vacances, où l’on était moins sollicités, moins bousculés . On prenait le temps de se regarder dans les yeux, de se raconter nos histoires.

Je pense aussi que nos grands-parents avaient plus le sens de Dieu, que les consciences étaient moins anesthésiées qu’aujourd’hui, où les gens manquent tellement de repères. Les générations étaient mieux délimitées, on respectait les “anciens” qui avaient ce rôle si important de la transmission, remplacé aujourd’hui par les médias et Internet. Enfin, si on fondait un couple, c’était avec l’idée de créer une famille. Aujourd’hui, ce n’est plus aussi sûr ! Mais, il ne faut pas idéaliser non plus.

Beaucoup de mariages étaient des mariages malheureux, où l’on restait ensemble par devoir, sans amour, sans réelle intimité. La femme ne pouvait assumer une indépendance financière, elle était submergée par les naissances jusqu’à sa ménopause… et donc, ne pouvait quitter son mari.

Comment en arrive-t-on au divorce ?

Par l’accumulation de petites choses non résolues, non dites, qui blessent et finissent par transformer le prince charmant ou la princesse en pire ennemi ou en meuble auquel on s’habitue.

Au lieu d’affronter ce qui fait mal ou laisse un arrière-goût amer, on se mure dans le silence ou la violence, en érigeant des murs d’incompréhension et de non-dits, qui sapent la relation. Ou on se crée deux vies parallèles. La sexualité devient inexistante ou insatisfaisante… Un fossé se creuse, jusqu’à l’explosion, ou… l’aveu qu’on aime quelqu’un d’autre.

Le divorce est souvent présenté comme une issue fatale en cas de difficulté, ou encore comme un moindre mal, qu’en pensez- vous ?

Le divorce n’est pas une issue fatale en cas de difficulté. Les difficultés sont normales, elles font partie de la vie du couple, même les conflits qui permettent de régler la relation et de s’ajuster l’un à l’autre.

A-t-on pensé à confier à Dieu ses difficultés, jusqu’au plus petit détail ? A-t-on cherché de l’aide à l’extérieur de la famille et des amis ? A-t-on identifié ce que l’autre pouvait avoir contre nous, au lieu d’être dans une logique d’accusation ? On est co-responsables de notre relation conjugale, chacun a sa part.

Par contre le divorce est un moindre mal, lorsque l’un des conjoints présente une pathologie lourde, que l’autre ne peut assumer, ou qui le détruit. Dieu ne demande pas de porter au-delà de nos forces, ni de se laisser détruire (violences morales, verbales, physiques ; alcool ; maladies psychiatriques lourdes pesant sur la famille, etc.). Est-ce qu’un divorce peut « bien se passer » comme on l’entend dire ? Non !

Même si on prend toutes les précautions pour liquider le passif, et rester en bons termes pour les enfants, le divorce est toujours un échec, une brisure. Il n’y a pas de “bons divorces”. La famille est éclatée, les liens fragilisés.

Quelles sont les conséquences sur les personnes ? Par quelles étapes psychologiques passent-elles ?

Les conséquences psychologiques sont lourdes et dépendent des circonstances. Il y a un vrai travail de deuil à faire : deuil de la relation, du conjoint, du couple idéal qu’on avait rêvé. Il faut traverser les émotions négatives liées à l’abandon, au rejet, au désamour : la colère, le sentiment d’injustice, la haine, le désir de se venger, de faire payer. Et puis surmonter les atteintes personnelles dans l’estime de soi : suis-je aimable ? saurais-je rebondir ? me reconstruire ? Quelle est ma culpabilité réelle dans tout ce gâchis ?

Il va falloir réaménager sa vie, accepter souvent une solitude qu’on avait peut-être fuie, trouver un arrangement pour la garde des enfants. Ceux-ci vont avoir besoin d’écoute, d’être sécurisés, car leur question est « Est-ce à cause de moi que papa et maman se sont disputés ? ». Ils se sentent responsables, ils ne veulent pas prendre parti et se sentent mal, angoissés : « Vais-je à nouveau être abandonné ? » « Je n’étais pas suffisamment bien pour empêcher Papa ou Maman de partir… », autant de blessures qui mettront des années à cicatriser, et qui les feront surtout douter de l’amour et de l’engagement.

Quelle espérance, pour une personne qui a vécu le départ de son conjoint ? Ou qui a quitté la personne qu’elle aimait ?

Son espérance, c’est qu’elle est toujours aimée de Dieu ! Que jamais, lui, ne la lâchera, et qu’il lui pardonne ses incapacités à aimer, à pardonner, en lui proposant inlassablement de venir s’abreuver à la Source d’eau vive, la seule qui donne le vrai bonheur. Car ce n’est pas un époux (une épouse) qui donne le bonheur, c’est le Christ lui-même, l’Époux.

Propos recueillis par Laurence de Louvencourt



 


 

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Pédophilie : retour sur un séisme

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10 juin 2010 par Il est vivant !

3 000 accusations ont été portées contre des prêtres dans le monde, de 2001 à 2010, pour des abus commis au cours des cinquante dernières années. Le journaliste et chroniqueur Gérard Leclerc vient de publier un essai limpide sur le sujet (L’Eglise face à la pédophilie, Editions de L’Oeuvre, mai 2010). Entretien par Magali Michel.

- Pourquoi la pédophilie estelle devenue soudain un sujet prédominant alors qu’on ne s’y intéressait quasiment pas avant les années 1990 ?

À ma connaissance, aucune étude complète n’existe sur ce point pour permettre une réponse satisfaisante.

À partir d’informations que j’ai pu réunir, je propose toutefois une hypothèse. Elle concerne l’activité des psychanalystes américains qui se sont mis à rechercher systématiquement dans le passé de leurs patients une sorte de scène primitive incestueuse.

Je serais tenté de mettre cette pratique en rapport avec le scandale de la pédophilie qui affecte le clergé américain dans les années suivantes. Jusqu’alors, on n’avait pas prêté attention au phénomène. Il arrivait même qu’on affiche son incrédulité.

En Europe, l’affaire Dutroux a bouleversé l’opinion et alerté les pouvoirs publics. S’ensuivit une prise de conscience et une modification des législations pour aggraver les peines encourues. Tout le système judiciaire s’est trouvé transformé avec un nombre de plus en plus grand de délinquants sexuels jugés et internés.

- L’Église est-elle plus touchée que d’autres institutions ?

Non. L’Église n’est pas, et de très loin, l’institution la plus touchée par la pédophilie. C’est la famille qui malheureusement est la plus concernée, avec l’inceste qui est un drame majeur. Le phénomène de la pédophilie, hors inceste, nous ramène à des proportions très inférieures.

Toutes les professions qui s’occupent de l’enfance comptent des délinquants et le milieu des prêtres n’occupe, en France par exemple, qu’un rang secondaire. Douze prêtres sont actuellement en prison pour atteinte sexuelle à l’enfance.

- L’Église a-t-elle pris la mesure du fléau ?

Il a fallu un certain temps. Mais l’Église a suivi les évolutions de la société et s’est alignée sur la vigilance étatique. On peut regretter qu’elle n’ait pas été plus prompte. Sa vigilance humaine a été prise en défaut. Le pape l’a courageusement reconnu dans sa poignante Lettre aux catholiques d’Irlande notamment.

N’oublions pas que c’est Jean Paul II qui a réagi à la tragédie qui atteignait son pontificat. Il a demandé au cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, de se saisir du dossier du sacerdoce délinquant. Le grand théologien, épouvanté par ce qu’il découvrait et qui était insupportable pour l’Église, prit alors des mesures intransigeantes pour arrêter la politique laxiste trop souvent pratiquée.

Désormais, tout cas de prêtre coupable devait remonter à Rome pour être jugé, conformément à la loi de l’Église, sans aucune faiblesse et jusqu’à la sanction ultime, l’interdiction d’exercer le sacerdoce.

- Benoît XVI a-t-il fait l’objet d’une tentative de déstabilisation ?

Force est de relever la vindicte qui s’est déchaînée sur le pape et la course effrénée à la recherche d’éléments permettant de lui faire porter la responsabilité d’un phénomène pour lequel il n’a jamais eu aucune indulgence. On a recherché en Allemagne puis aux États-Unis des éléments à charge qui se sont révélés infondés. L’emballement médiatique s’est avéré conforme aux lois de l’emballement mimétique mises en évidence par René Girard avec leur violence et leur recherche d’une cible principale, la victime émissaire.

- Le célibat sacerdotal est-il en cause ?

Le célibat sacerdotal n’est nullement incriminé dans cette affaire en dépit de la tentative d’établir une relation causale que tous les gens informés ont réfutée. Le fait d’être marié ou d’avoir des relations sexuelles ne prémunit nullement contre les tendances pédophiles. C’est même souvent le contraire car la proximité des enfants dans les familles engendre le plus d’agressions à leur encontre. Par ailleurs, les personnalités qui présentent ce type de tendance sont déjà clivées dans leur psychisme avant leur entrée dans le clergé.

- Peut-on déceler une tendance pédophile dès le séminaire ?

Il est souhaitable d’être vigilant pour éviter l’intrusion de personnes à risques. Mais il n’y aura jamais de prévention absolue en dépit d’une tolérance zéro. Souhaitons que la campagne actuelle produise des effets salutaires. Personne ne peut plus ignorer le danger. Désormais, les responsables sont vigilants.

- Le message de l’Église restet- il légitime après la révélation des crimes commis par le clergé catholique ?

Non seulement le message de l’Église demeure légitime après ce qui s’est passé, mais il apparaît encore plus pertinent. Ne serait-ce que sur la situation pécheresse de l’humanité.

Ceux qui n’admettent pas le dogme du péché originel apparaissent singulièrement inconséquents et le drame de la chute renvoie à la perspective d’une rédemption ! Dans la même ligne, j’attire l’attention sur la profondeur existentielle de l’anthropologie biblique et chrétienne qui nous éclaire énormément en matière sexuelle. C’est le christianisme qui est venu apprendre le respect du corps et singulièrement des corps de l’enfant et de l’adolescent. Notre législation actuelle vient de là !

- Selon vous, de quelle nature est la conversion dont l’Église meurtrie aura besoin ?

Nous avons toujours à nous convertir et à nous réveiller. Cette crise qui a meurtri toute l’Église et tous les chrétiens nous conduit à un approfondissement spirituel et à une plus vive conscience de notre vocation chrétienne. Je suis frappé par ce qui s’est passé en France pendant la Semaine Sainte. Toutes les informations indiquent une fréquentation inattendue alors qu’on nous annonçait une désaffection généralisée de la part du peuple chrétien. Ce n’est peut-être pas vrai partout en Europe (en Allemagne, par exemple). Mais la récente visite de Benoît XVI au Portugal, précédée par celle à Malte, a démontré une mobilisation populaire réelle. C’est tout de même mystérieux.

L’épreuve extrême permet que s’effectue la prise de conscience de la vérité de l’Évangile.



 


 

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Autopsie de l’homme du Linceul

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17 mai 2010 par Il est vivant !

Extrait du numéro spécial sur le linceul de Turin. Que disent les sciences médicales ? Qu’est-ce qu’a contenu le linceul ? Combien de temps y aurait séjourné le corps ? Quelle était la nationalité de l’homme du linceul ? Qu’a-t-il subi ? Autant de questions passionnantes auxquelles nous avons voulu répondre.

Ce que disent les sciences médicales

Dès de nombreux médecins biologistes et spécialistes d’anatomie se sont intéressés aux caractéristiques de l’homme dont l’image apparaissait sous un jour nouveau grâce à la photographie

Ce Linceul a contenu un cadavre sanglant L’analyse des taches rouge brun présentes sur le linceul à l’emplacement des blessures a montré qu’il s’agissait de sang du groupe sanguin AB+. On a observé, pour la plupart de ces taches, que les décalques de sang ont des contours très nets qui proviennent de caillots sanguins non entièrement secs et intacts. De tels décalques constituent un casse-tête pour les spécialistes, qui sont incapables de les reproduire.

De plus, certaines taches présentent des auréoles dues à la présence de sérum, très difficiles voire impossibles à reproduire artificiellement. Ces décalques de sang ne peuvent donc s’expliquer que par la présence plus ou moins prolongée d’un corps ensanglanté dans le linceul.

On a même pu démontrer que la couleur rouge, étonnante pour du sang ancien, s’expliquait par la présence de bilirubine, typique de souffrances atroces et épuisantes avant la mort.

Le corps y aurait séjourné entre 36 et 40 heures

La connaissance du processus de coagulation du sang qui s’effectue en plusieurs étapes (formation du caillot en 5 à 10 minutes, rétraction du caillot et séparation du sérum en 20 à 40 minutes, puis formation de croûtes sanguines) permet aux experts légistes d’affirmer que le corps a été déposé dans le linceul moins de 2 heures 30 après la mort du crucifié et qu’il y est resté entre 36 et 40 heures au maximum. En effet, après ce temps les caillots de sang se seraient dissous et l’on n’aurait pu observer que des taches plus ou moins diffuses. De plus aucune trace de décomposition (putréfaction) n’a été observée sur le linceul, ce qui confirme que le corps n’a pu y être présent qu’une trentaine d’heures. Une question reste sans réponse actuellement : comment le tissu imprégné a pu être détaché du corps sanglant sans que les décalques soient altérés, voire arrachés ?

L’homme du Linceul serait juif ou arabe

C’est un homme d’une taille impressionnante (1,81 m), ce qui était certainement considérable pour les peuples méditerranéens. Son corps est puissant et bien proportionné. On ne trouve pas de traces d’un labeur physique exagéré.

Les traits du visage sont agréables et bien dessinés. Ils appartiennent au type physique des Juifs sephardim ou des Arabes de la noblesse. L’homme porte la barbe et des cheveux longs, resserrés en une queue de cheval.

Un homme supplicié

L’empreinte est celle d’un homme nu multi-supplicié avec une longue natte et une barbe bifide. Aucune trace de bijou, ni de vêtement, ni de marque évidente de handicap n’est visible. Toute la matière vivante semble avoir laissé une trace : peau, barbes, cheveux, ongles…€



 


 

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Objectif mission

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27 avril 2010 par Il est vivant !

Les 10 ans de l’ESM Paray

Pour Pâques, l’école internationale d’évangélisation de Paray-le-Monial fête ses 10 ans, ouvre ses portes et invite anciens, curieux et amis. Demandez le programme.

Après les cours et la prière, la fête

La 25e promo de l’ESM a décroché le cocotier... Quelle aubaine d’être étudiant de l’école d’évangélisation l’année de son premier quart de siècle ! Les 28 élèves et l’équipe d’encadrement s’activent. Trois expos, plusieurs centaines d’anciens, amis et invités attendus, une comédie musicale créée pour l’événement, ça swingue dans les couloirs de l’école. « On s’attend à être au moins 400 », pronostique Michel Bronstun, directeur de l’ESM-Paray. À Pâques, la cloche va sonner l’hymne des 25 ans au diapason du carillon de la Résurrection. Paray sera le lieu des retrouvailles, des rétrospectives, un CD des meilleurs chants de l’école avec l’hymne des 25 ans en bonus, une valisette en plastique pour emporter plaquette, contacts et projets tous azimuts. Du 1er au 4 avril prochains, on attend sur place le père Francis Kohn, de la première heure, parrain de l’année-anniversaire.

La promo des 25 ans avec le père Francis Kohn, premier responsable de l’école et parrain de la 25e.

du monde, un portrait de Benoît XVI. Oubliez l’école du petit Nicolas... Dans la cour, le gravier crisse et un jardin de rêve fait de l’œil aux semelles d’une bande joyeuse, jeune, à l’allure internationale. L’unique surveillant de la promo : le Sacré-Cœur dont la statue tend les bras aux étudiants de l’école internationale de formation et d’évangélisation voit entrer et sortir une jeunesse branchée que la discipline d’une scolarité orientée vers la connaissance du Christ et de l’Église rend encore plus heureuse. En poussant le portillon de la maison des Saints-Anges, à Paray-le-Monial, vous avez mis les pieds dans les locaux de l’ESM française. ESM comme Emmanuel School of Mission, signature internationale qui homogénéise les quatre écoles d’évangélisation installées en Europe et en Asie.

Une grande famille

Tout commence en juin 1984. Dans les annales, un simple appel téléphonique de Pierre Goursat, le fondateur de la communauté de l’Emmanuel, à Francis Kohn, alors séminariste. Ce dernier fait le voyage de Rome à Paris. À peine arrivé, Pierre l’invite à ouvrir une école d’un nouveau genre dont il décrit les grandes lignes. Il s’agirait d’une école pour former des missionnaires laïcs en leur offrant une formation de base sur le plan biblique, théologique, spirituel et humain, dans le cadre d’une vie fraternel le centrée sur la prière et orientée vers la mission. Hormis l’idée, rien n’existe encore. Il fallut donc trouver en quelques semaines une maison, une équipe d’encadrement, un programme et des étudiants ! Trois mois plus tard, les 40 premiers élèves faisaient leur rentrée. L’école ouvrit ses portes le 1er octobre 1984, pour la fête de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, maîtresse, enfin patronne de l’école. Depuis d’autres écoles du même genre sont nées en 1994 à Altötting, en 1999 à Rome, en juin 2009 à Manille.

En septembre 2005, Charlotte est arrivée à Paray pour 9 mois, en découvrant une bonne vingtaine de visages inconnus « qui devinrent tous mes frères et sœurs et me permirent de m’attacher au Christ ! »

L’étudiante à l’ESSCA d’Angers a alors 22 ans. Elle entre- prend une année pour Dieu, pour se former et répondre à l’appel de Jean Paul II. « L’humanité a un impérieux besoin du témoignage de jeunes libres et courageux qui osent aller à contre-courant et proclamer avec force et enthousiasme leur foi en Dieu, Sauveur et Seigneur. » Aujourd’hui, elle se souvient : « Il m’avait suffi d’avoir le tract de l’ESM entre les mains pour me lancer dans l’aventure, pour plonger dans la confiance... et je rends grâce à Dieu de tout ce qu’il me réservait ; il fallait voir pour croire ! » Avec un volume de formation d’environ 500 heures de cours, l’occasion de partir en mission et de s’enraciner quotidiennement dans les grâces de l’Église, les ESM sont un laboratoire international. Leur objectif est de donner au monde des chrétiens aptes à témoigner de leur foi, mais aussi capables de témoigner de leur joie de vivre et de servir. « Une bonne formation chrétien- ne est une formation qui donne à la personne d’être elle-même en pleine possession de ses moyens, capable de manifester son espérance et sa joie autant dans son travail que dans ses loisirs. Le monde a besoin de “témoins plutôt que de maîtres”. Il n’est pas question de former une élite ou un club “d’érudits du Bon Dieu” en retrait du monde, mais des chrétiens qui se mettent en marche pour aimer et servir un monde assoiffé d’amour, de foi et d’espérance », explique Michel Bronstun.

En rythme et en mission

L’année est ainsi rythmée par des temps de mission en paroisse, dans des établissements scolaires, auprès de personnes âgées ou de plus pauvres. Dans la cour de l’école, deux mini-bus attendent de partir faire l’école missionnaire. En France et en Belgique, depuis 25 ans, une tren- taine de diocèses ont reçu la visite des jeunes des différentes écoles. C’est au sein de ces viviers que mûrissent depuis 25 ans, les cadres, les saints et les vocations de l’Église de demain. Quel programme !



 


 

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L’1visible en pleine lumière

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19 mars 2010 par Il est vivant !

Depuis fin janvier, L’1visible ne l’est plus tant que ça ! Le nouveau mensuel gratuit catholique destiné au grand public a été diffusé à 200.000 exemplaires. Explications de l’un de ses deux fondateurs, Jean-Baptiste Fourtané.

- Comment est née l’idée de L’1visible ?

Lorsque la presse d’information gratuite est arrivée en France, il y a quatre ou cinq ans, ce concept m’a semblé tout de suite très pertinent. Cette presse a en effet l’avantage de proposer une diffusion massive, de l’information courte, enfin, elle est distribuée là où le public passe. Elle peut donc rejoindre des personnes qui ne lisent habituellement pas la presse. Alors, pourquoi ne pas transposer cette idée au monde catholique ? En effet, si les pratiquants réguliers s’abonnent facile- ment à un titre de presse chrétien, beaucoup d’autres personnes, de culture catholique, mais dont la foi n’est pas le premier centre d’intérêt, n’iront pas jusque-là. Or, beaucoup d’entre elles ont souvent une attente forte sur le plan spirituel. Alors, pourquoi ne pas leur mettre entre les mains chaque mois un magazine gratuit répondant à cette attente ?

- Pour parler de L’1visible, vous aimez utiliser l’expression « apéritif de la foi »...

Je veux dire que L’1visible est une porte d’entrée sur l’univers de la foi. Pour rejoindre tous les chercheurs de Dieu, il fallait imaginer un journal gratuit, simple, pédagogique, accessible et qui donne envie au lecteur d’aller plus loin. La vie de l’Église est riche et passionnante, pleine de surprises aussi, et cela vaut la peine de le dire à travers des rendez-vous réguliers et des articles plus anecdotiques. L’1visible donne aussi au lecteur qui le souhaite l’occasion de poursuivre sa recherche à travers témoignages, entretiens avec des “People”, débats sur une question de foi ou de psychologie. Enfin, si certains sont tentés par une petite évasion vers un haut-lieu culturel et/ou spirituel, ils trouveront leur bonheur dans le carnet de voyage.

- Quel est le sens des quatre pages centrales de L’1visible, que vous proposez aux communautés locales (paroisses, aumôneries, etc.) ?

Il y a, en quelque sorte, deux magazines en un. Les 24 pages nationales et un supplément central, beaucoup plus factuel, qui invite le lecteur à aller vers une communauté locale. Car la foi se vit en rencontrant d’autres personnes. L’1visible n’est qu’un témoin qui vise à renvoyer vers ces communautés. Ces deux dimensions, nationales et locales, sont très complémentaires.

- Quel accueil a été réservé au premier numéro ?

C’est comme si L’1visible existait depuis longtemps. Le titre a été mémorisé tout de suite, cela signifie qu’il passe bien. Et le journal a trouvé naturellement sa place dans le panorama de la presse. Par ailleurs, l’Église, qui est une institution réagissant plutôt lentement, a été dans ce cas assez rapide. On note, dès le premier numéro, un nombre important de commandes et une bonne réactivité des personnes engagées sur le terrain, prêtres ou laïcs. Par exemple, 40.000 journaux ont été redemandés par les paroisses.

- Votre souhait le plus cher, pour les mois à venir ?

Que L’1visible soit distribué partout : dans les gares, les aéroports, à la sortie des cinémas, des supermarchés, bref, partout où vivent et bougent les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Et qu’il le soit par des chrétiens heureux de partager l’immense trésor de la foi. Nous sommes tous prêts à relever ce beau défi !



 


 

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Identité nationale

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5 mars 2010 par Bernard Peyrous

"Oui aux nations si elles assument leur vocation !" - Entretiens croisés sur le débat qui agite les Français depuis octobre 2009. Bernard Peyrous, historien et prêtre et Gérard Leclerc, philosophe et journaliste, nous apportent leur point de vue.

Le père Bernard Peyrous, historien et prédicateur de retraites “Connaître et aimer son pays”, met en relief la vocation de notre pays.

- Avant tout débat, ne doit-on pas d’abord définir ce qu’est une nation ?
- Oui, car de la réponse dépend tout le débat. Il y a traditionnellement deux approches : la réponse allemande ancienne selon laquelle c’est un peuple uni par le sang. Et la réponse française consiste à dire que c’est un peuple uni par le choix. Je préfère celle donnée par Jean Paul II : une nation, c’est d’abord une culture.

- C’est-à-dire ?
- La culture, c’est tout ce qui fait la vie des gens : l’art de vivre, les paysages, l’histoire, la mémoire collective, les modes de relations sociales, la culture savante. Jean Paul II qui, pour moi, est le grand théologien de la nation, l’a très bien définie lors de son discours à l’Unesco en 1980 (lire encadré) et dans son livre Mémoire et identité (2005). Et il savait de quoi il parlait, lui dont la patrie a subi des tentatives d’anéantissement durant des siècles.

- Est-il possible de définir une identité nationale ?
- Il existe clairement une identité nationale ! Les Japonais ne sont pas les Français, qui ne sont pas les Islandais. Les identités et les projets nationaux ne sont pas les mêmes.

- Qu’en dit l’Église catholique ?
- Elle a toujours affirmé qu’il existait des identités nationales, et Benoît XVI l’a rappelé aux évêques de France à Lourdes en 2008 (lire encadré). C’est dangereux et déséquilibré de dire qu’une nation n’a pas d’identité : on provoque alors des mouvements de dissolutions ou, à l’inverse, de réactions.

- La vraie question n’est-elle pas celle du projet national ?
- Bien sûr, mais il faut savoir sur quelles valeurs construire ce projet. Et celles-ci viennent à 90 % de notre mémoire. Il faut donc commencer par revisiter cette mémoire collective qui, pour l’Europe, est faite de nos trois “mères” : Jérusalem, Rome et Athènes. La France, quant à elle, est faite de son héritage chrétien et de celui des Lumières. Nous sommes faits de la combinaison des deux, qu’il s’agit d’accepter.

- Quelle est la vocation de la France ?
- Elle est liée à la dignité et la liberté de l’homme. Jean Paul II l’a très bien dit : « France, fille aînée de l’Église, qu’as-tu fais de ton baptême ? » (Le Bourget, 1980). Il voulait ainsi nous interpeller sur ce que nous avons fait de notre vocation à la promotion de la dignité humaine.

- Saint Paul disait « Il n’y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre » (Ga 3,28). Peut-on appartenir à une nation quand on est catholique ?
- Oui, et on le doit ! La religion chrétienne est celle de l’Incarnation : Dieu a visité notre terre. Donc on ne peut pas être catholique sans appartenir à la terre, à notre fa-mille, à notre nation.

- Mais Abraham a pourtant quitté sa terre ?
- Oui, mais il a d’abord fondé une nation. Et le peuple juif est l’exemple même de la nation, de la culture et de la vocation. Il faut enfin se rappeler que la dernière chose que dit le Christ avant de partir au ciel est : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Matthieu 28, 19).

- Donc, « Oui aux nations », si elles sont orientées vers l’universel ? Quand Benoît XVI affirme que la terre est une famille de nations, il ne faut pas le comprendre sous l’angle nationaliste. Au contraire, dans une famille toutes les qualités s’ajoutent. On peut donc dire « oui aux nations » si elles sont conscientes d’elles-mêmes et qu’elles assument leur culture et leur vocation.

Gérard Leclerc, éditorialiste pour France catholique et chroniqueur sur les ondes, apporte le recul de son analyse au débat actuel sur l’identité nationale.

- On associe le débat sur l’identité nationale aux questions de l’immigration d’une part et de l’Islam d’autre part. Est-ce la vraie question ?
- Même si beaucoup en craignent la récupération politique, ce débat est bienvenu. Dans le fond, je ne vois pas pourquoi on poserait un interdit sur cette interrogation. La difficulté à mon sens vient de la tension entre une question posée à chaque individu et une réponse collective.

- Quels seront alors les éléments d’identification commune ?
- Là, la discussion commence. Elle peut être âpre. On répond institutionnellement par des éléments fondamentaux qui ne sont pas d’ordre culturel. Ce sont les droits de l’homme, la Marseillaise. Va pour la Marseillaise, mais je ne suis pas sûr que les droits de l’homme soient le moyen le plus approprié pour identifier la France, puisque tous les pays occidentaux s’en réclament. Le problème de l’identité nationale, c’est que c’est, en quelque sorte, l’universel incarné.

- Y a-t-il une singularité française ? J’ai tendance à penser comme Pierre Manent (auteur de La Raison des Nations, 2006) que les nations sont uniques. De ce point de vue, l’Europe demeure un objet assez mal identifié. Elle ne pourra jamais s’établir sur la disparition des nations.

- La question de l’héritage chrétien de la France posée, comment considérer les religions importées dans un pays façonné par le christianisme ?
- La France est en proie au phénomène de sécularisation. Très positive dans les esprits, la sécularisation n’en est pas moins une perte de mémoire. C’est l’oubli et non l’émancipation de l’intelligence comme on le prétend. Avec cette rupture de mémoire, nous sommes confrontés à une rupture d’héritage.

- Le retour sur la scène politique de la question religieuse est-elle une chance ?
- C’est l’occasion de réfléchir ensemble sur des questions importantes sans passer nécessairement par la polémique. On va trouver des questions qui font mal, mais parfois c’est nécessaire. Et parmi elles figure la laïcité. Éric Besson y voit un facteur d’identification.

- Comment la définir ?
- La laïcité est une attitude pragmatique d’un État moderne pour permettre l’organisation du libre exercice des cultes. L’État renonce à toute prétention métaphysique ou religieuse.

- À notre échelle, comment réfléchir la question de l’identité nationale ?
- Quand on pose la question à Alain Finkielkraut, il répond par la littérature française.

-  En se tournant vers nos origines, ne se prive-t-on pas d’une vision d’avenir ?
- La façon d’envisager notre identité est certes un peu mélancolique, mais il y a une logique existentielle qui fait qu’on est toujours dépendant du passé lorsqu’on se projette dans l’avenir. On ne peut pas séparer le présent de l’enracinement dans le passé et de la projection dans l’avenir.

-  Vous-même, qu’est-ce qui vous fait être français ? Ma naissance d’abord. Aussi contingent soit-il, le lieu de ma naissance me rend solidaire d’une histoire. Hasard extrêmement significatif. Naître ici et pas ailleurs n’est pas indifférent. Vous êtes né dans une lignée, tributaire d’une culture et solidaire d’un destin collectif. Mon identité est d’abord mon rapport à ma naissance. On est aussi spectateur et acteur d’une histoire. Je suis un enfant de la guerre, j’ai vécu l’après-guerre, la période des guerres coloniales, mai 1968. Cette incarnation historique a énormément compté dans mon identité personnelle.



 


 

Bernard Peyrous



Soins palliatifs : La fin de vie fait débat

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5 mars 2010 par Il est vivant !

Une proposition de loi socialiste rejetée le 24 novembre dernier a, une fois de plus, bousculé la loi de 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie. Entretien avec l’auteur de cette loi, le docteur Jean Leonetti, député des Alpes-Maritimes.

Entretien avec Jean Léonetti

- Quelle a été votre réaction à la proposition de loi socialiste en faveur de l’euthanasie, rejetée le 24 novembre dernier ?
- Nous avons rejeté cette proposition de loi pour des raisons juridiques, médicales et humaines. Sur le plan juridique, on ouvre le champ d’un «  droit à la mort » contraire aux conventions européennes des droits de l’homme. Sur le plan médical, les équipes de soins palliatifs considèrent unanimement cette demande comme contradictoire avec leurs pratiques. Sur le plan humain enfin, même à leur demande, on ne peut attenter à la vie des plus fragiles en raison de leur détresse ou de leurs souffrances, que l’on doit combattre.

- La France est-elle en retard sur la question de la fin de vie ?
- La France est en avance car elle a su allier le progrès technique et le progrès humain. Au moment où la Suisse revoit sa législation et où le Comité des droits de l’homme de l’ONU condamne la Hollande pour ses pratiques euthanasiques, la France, avec sa législation basée sur le « non abandon » et la « non souffrance » apparaît comme un modèle équilibré. Les récentes recommandations anglaises vont d’ailleurs dans le même sens.

- Comment expliquez-vous le fait que les Français plébiscitent les soins palliatifs et, à la fois, semblent souhaiter l’euthanasie ?
- L’euthanasie est une mauvaise réponse à une bonne question. Les Français souhaitent que la fin de vie se déroule de manière sereine, apaisée, sans douleur et sans acharnement thérapeutique. C’est la raison pour laquelle ils plébiscitent les soins palliatifs. Ils ne sont favorables à l’euthanasie que parce qu’on leur propose une fin de vie douloureuse et solitaire.

- Les bénévoles et soignants en unités de soins palliatifs sont-ils suffisamment soutenus par les pouvoirs publics ?
- Les soins palliatifs font l’objet d’un plan de 230 millions d’euros de 2008 à 2012, qui devrait permettre à la France d’être un des premiers pays européens dans ce domaine. Les bénévoles sont moins nombreux que dans d’autres pays, comme l’Angleterre. Il faut certainement que les pouvoirs publics leur apportent une formation et un soutien indispensable.

- Selon vous, quel doit être le rôle spécifique du médecin dans l’accompagnement de la personne en fin de vie ?
- Le médecin face à son malade en fin de vie doit lui garantir qu’il ne l’abandonnera pas et ne le laissera pas souffrir. Il peut s’arrêter de traiter une maladie qui avance inéluctablement, il ne doit jamais s’arrêter de prendre soin de son malade.

- Vous avez dit que l’euthanasie est un « acte médical d’incompétence ». Qu’entendez-vous par là ?
- Le professeur Goldwasser le dit d’une autre manière : «  L’euthanasie est un ex-progrès devenu ringard. » Cela signifie que les médecins non formés à l’approche de la mort et aux techniques de soins palliatifs se trouvent démunis face à la fin de vie de leurs malades et ne choisissent souvent alors que l’acharnement thérapeutique ou l’euthanasie qui sont deux façons de nier la mort qui approche. Avec les progrès médicaux actuels, pratiquer l’euthanasie est effectivement le plus souvent un acte d’incompétence médicale.

- Qu’entendez-vous par “dignité”, un mot utilisé à tort et à travers ?
- Il y a deux définitions de la dignité. Une qui est individualiste et qui correspond à l’estime de soi. Elle est pourtant souvent dictée par une société qui présente comme indigne tout ce qui n’est pas jeune, performant et rentable. La vraie définition de la dignité, c’est celle qui la lie à la personne humaine, quel que soit son état physique ou mental. Il n’y a pas de personne indigne en fin de vie, seul est indigne le regard qu’on peut porter sur eux.



 


 

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+ D'infos

Pour aller plus loin • SFAP : La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs regroupe les principaux acteurs français du mouvement des soins palliatifs. Infos : www.sfap.org – 01 45 75 43 86. • ASP Fondatrice : l’association de l’Accompagnement bénévole en soins palliatifs fête cette année ses 25 ans et compte à ce jour 235 accompagnants bénévoles qu’elle forme et soutient. Infos : www.aspfondatrice.org – 01 53 42 31 33.


Lumières sur la troisième vague

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6 décembre 2005 2005 par Hubert de Torcy, Laurence Meurville

Beaucoup d’entre nous s’interrogent sur le phénomène de la troisième vague. Afin d’aider chacun à un vrai discernement, Il est vivant ! a décidé d’ouvrir le débat.

Hubert de Torcy et Laurence Meurville

Le phénomène de la « troisième vague » se manifeste de plus en plus au sein de l’Église catholique, à l’occasion notamment de rassemblements de jeunes. Mais qu’est-ce que cette « troisième vague » ? D’où vient cette appellation ? Et qu’en est-il des « deux premières vagues » ?

Il est vivant ! a souhaité apporter quelques éléments de discernement susceptibles d’aider chacun à mieux apprécier ce nouveau phénomène religieux. (...)

La troisième vague, en deux mots...

La « troisième » vague se veut comme un prolongement de deux vagues successives de réveils charismatiques. La première vague se serait produite au XVIIIe siècle au sein de l’Église anglicane pour donner naissance à l’Église méthodiste. La seconde vague a surgi au milieu du XXe siècle au sein du mouvement pentecôtiste américain. De cette seconde vague sont issues un très grand nombre d’Églises évangéliques libres. C’est au sein de ces mêmes Églises évangéliques qu’une « troisième vague » de réveil aurait jailli il y a une dizaine d’années. Ces rassemblements se caractérisent par de multiples manifestations étonnantes (larmes, rires et cris, secousses physiques, poussière d’or fine, repos dans l’Esprit collectif et délivrances spectaculaires) et l’émergence de nouveaux « ministères » charismatiques exercés en commun entre évangéliques et catholiques.

Richard Borgman

Richard Borgman : dix dérives à éviter - extraits

Richard Borgman a été pasteur évangélique, pentecôtiste, charismatique pendant 25 ans. Depuis, il a rejoint l’Église catholique. Très respectueux de ceux qui appartiennent à d’autres églises, il prie chaque jour le rosaire pour l’unité des chrétiens. Il met en lumière dix dangers de ces nouvelles vagues et quelques pistes afin de les éviter.

La sincérité de cœur des leaders de ces « nouvelles vagues » du Renouveau n’est pas en cause. Je les aime beaucoup. J’ai assisté cet été à deux de ces sessions. J’ai chanté et dansé autant que tous les autres. Pourtant, je m’interroge sur certaines dérives.

1. Le terme « vague »

comporte en lui-même une certaine ambiguïté : il suggère qu’une fois la vague retombée, tout est fini. Est-ce une bonne image pour décrire l’action de Dieu dans les cœurs ?

2. La fragilité

de l’esprit humain n’est pas suffisamment prise en compte. Il y a trente-cinq ans, j’enseignais la neurologie à l’université. J’ai acquis la certitude que l’esprit humain est trop fragile pour assister à certains « spectacles » : des personnes qui poussent des cris, d’autres qui tombent à terre et d’autres encore qui vomissent. Dans l’évangélisation, on se rend compte combien un seul mot ou un seul regard mal ajusté peut affecter quelqu’un pendant des mois voire des années. Je crois à la délivrance et à la guérison et je sais que l’Esprit Saint peut « tomber » sur quelqu’un. Même si, personnellement, je ne suis jamais tombé dans le repos dans l’Esprit, il m’est souvent arrivé comme pasteur pentecôtiste, au cours de célébrations, « d’aligner » les personnes devant moi. Et quand je passais en leur imposant les mains, elles tombaient l’une après l’autre dans le repos dans l’Esprit. Mais après quelques années de ces pratiques, j’en suis venu à cette conclusion : « L’homme n’est pas fait pour participer à ces “spectacles”. » Ils peuvent devenir une sorte de drogue : cela devient une nécessité de participer à des réunions avec toutes sortes de manifestations en public. Or je ne vois ça ni dans la Bible, ni dans l’Église, ni dans le cœur de Dieu. La solution que je préconise pour sortir de cette impasse, c’est de lutter contre le phénomène de foule. Lorsqu’une expression spectaculaire se manifeste, il est nécessaire de gérer la situation discrètement, d’isoler la personne.



 


 

Hubert de Torcy

Rédacteur en chef


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Et aussi... dans Il est vivant ! n°220 - octobre 2005
- Regards croisés, interview de Mgr Dominique Rey, Mgr Michel Santier
- Le repos dans l’Esprit : qu’en penser ? par le P. François-Régis Wihélem (théologien du comité des évêques français pour le Renouveau)


Synode sur l’Eucharistie, pour renouveler la vie de l’Église

http://ilestvivant.com/Synode-sur-l-Eucharistie-pour.html

 

21 novembre 2005 2005 par Il est vivant !

Premier grand événement ecclésial du pontificat de Benoît XVI, le synode des évêques vient de prendre fin, à Rome.

par Marine Soreau

La XIe assemblée générale ordinaire du synode des évêques aura duré trois semaines en tout et pour tout, pendant lesquelles Rome a accueilli quelque 252 pères synodaux, provenant de 118 pays : le plus grand nombre de participants à une réunion synodale - depuis sa création il y a 40 ans - et ce, malgré l’absence remarquée et regrettée de quatre évêques chinois dont Pékin a refusé le départ.

Durant ces trois semaines, les évêques ont débattu sur le thème de « l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Église ». Un thème vu et revu ? « Le thème de l’Eucharistie contient toute la vie de l’Église, il est donc important de la redécouvrir pour la renouveler », commente l’évêque français Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon et secrétaire spécial1 nommé par le pape pour ce synode. Sans compter « l’aspect doctrinal » à approfondir : qu’est-ce que l’Eucharistie, comment la célébrons-nous ?...

Parmi les thèmes abordés : la baisse de la pratique religieuse, la chute des vocations, la vie des prêtres, la liturgie, ou encore la morale chrétienne et l’œcuménisme. Une attention particulière a aussi été portée au thème de l’accueil des divorcés-remariés. « C’est pour nous une grande préoccupation. Nous en avons beaucoup discuté afin de savoir comment mieux dire que ces personnes ne sont pas exclues de l’Église, même si elles ne peuvent pas communier », explique encore Mgr Minnerath.

Enfin, les nouveautés introduites par Benoît XVI ont été « très appréciées », insiste Mgr Minnerath. Concernant la réduction du temps du synode - de quatre à trois semaines - « Ainsi, nous sommes demeurés moins longtemps loin de nos diocèses. » Quant au fonctionnement même du synode, une heure de discussion libre a été proposée tous les soirs, au terme des congrégations générales quotidiennes. « Cela nous a permis d’avoir entre nous un échange très libre, détendu et amical », souligne encore le prélat français.

Entre les mains de Benoît XVI

Pendant ce synode, Benoît XVI a participé à la plupart des congrégations générales. Il s’est même exprimé à plusieurs reprises. Le premier jour, « il a proposé une méditation sur le texte de la liturgie des Heures. Les interventions de Benoît XVI ont été très belles », commente Mgr Minnerath.

Désormais, le rapport final et les propositions votées par les pères synodaux sont entre les mains du pape. Le synode est un organe consultatif mais n’a pas autorité de décision. Ainsi, il n’est en aucun cas habilité à modifier quoi que ce soit de la tradition séculaire de l’Église. Comme le veut la tradition, le pape devrait ensuite publier une exhortation apostolique.


A la suite de Jean Paul II

C’est six mois jour pour jour après la mort de Jean Paul II que s’est ouvert le synode, convoqué un an plus tôt par le pape polonais. Ce synode a aussi été l’occasion de clôturer l’année de l’Eucharistie, ouverte par le pape défunt un an plus tôt. On sait l’importance que ce dernier portait à l’Eucharistie, et nombreux ont été les documents qu’il publia sur ce thème. Parmi les plus importants, on compte la Lettre apostolique Mane nobiscum domine qui lança, le 8 octobre 2004, l’année de l’Eucharistie, ainsi que son encyclique Ecclesia de Eucharistia (avril 2003), et l’instruction Redemptionis Sacramentum « sur certaines choses à observer et à éviter concernant la très Sainte Eucharistie » (mars 2004). Un synode présidé par Benoît XVI mais marqué par la figure de son prédécesseur dont il a été fait mémoire durant la messe d’ouverture... et il ne fut pas rare, à l’occasion, d’apercevoir quelque prélats se recueillir sur la tombe du désormais servant



 


 

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Dans ce numéro, également un reportage sur la deuxième rencontre internationale des groupes d’adoration eucharistique à Rome.


Banlieues, comment sortir du ghetto ?

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3 avril 2006 2006 par Il est vivant !

Cyril est éducateur de rue depuis dix ans et responsable des associations « Le Rocher ». Avec sa femme, il a fait le choix d’habiter au cœur même des cités, à Bondy puis à Toulon. Il revient sur la flambée de violence dans les banlieues.

Hubert de Torcy, rédacteur en chef

Qui commet ces exactions ? Est-ce que ce sont Des cités entières qui s’embrasent ou seulement quelques voyous organisés en bande ?

Une minorité de voyous, pour la plupart déjà connus des services de police, commet les exactions. Mais dans la cité, tout le monde les soutient. Il y a une sorte de haine ambiante. Brûler des voitures est pour eux une occasion de « déconner ». Si le calme revient, ce n’est pas parce qu’on a mis en place un couvre-feu mais uniquement parce que cette communauté informelle que constitue chaque cité a dit « stop », en prenant conscience que les victimes au quotidien sont les habitants des cités eux-mêmes et leurs propres enfants.

Pensez-vous que l’Islam soit lié à ces événements ?

Non. Les islamistes sont assez peu nombreux dans les cités. Et même si la majorité des jeunes sont issus de l’Islam, très peu sont pratiquants. Mais ce qui domine, c’est surtout la fierté d’être musulman, au sens identitaire. Rien n’interdit toutefois de penser qu’un jour ou l’autre, ces bandes disparates ne trouvent dans ce commun dénominateur qu’est l’Islam un moyen de s’organiser et de se fédérer. C’est ce qui risque de se produire si notamment, on laisse les associations islamistes seules sur le terrain. Le ghetto culturel se renforcera et se radicalisera plus encore et dans cinq ou dix ans, ce n’est pas une émeute qu’il faudra affronter...

Selon vous, quelle est la cause profonde des événements qui ont mis feu aux banlieues ?

Les causes sont nombreuses bien sûr mais d’après moi, ces émeutes viennent sanctionner vingt-cinq ans d’erreurs politiques qui ont conduit à transformer le « ghetto des murs » en « ghetto culturel ».

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis des années, l’État s’efforce d’acheter la paix sociale dans les banlieues en injectant de l’argent dans des associations au profit d’une idéologie dominante : la « politique du grand frère ». Le « grand frère », c’est ce jeune issu du quartier qui monte dans sa cité un projet susceptible d’occuper et de fédérer d’autres jeunes, autour d’une association subventionnée par la collectivité. Or, être « grand frère », ce n’est ni une vocation ni un diplôme. On ne s’improvise pas éducateur. Bien souvent, dans son quartier, le « grand frère » a déjà une étiquette. Certains sont des dealers notoires et on les embauche comme animateurs. Ils deviennent des modèles de réussite pour les jeunes. Et même si c’est un « mec nickel » qui est embauché, il ne peut s’empêcher de favoriser sa communauté d’origine... Selon moi, cette politique n’est pas adaptée. Si des jeunes veulent travailler dans le domaine éducatif et social, envoyons-les dans d’autres quartiers après les avoir formés et favorisons la mixité des acteurs sociaux. Sinon, chacun transmettra sa propre culture. Comment, dans ces conditions, espérer qu’ils puissent s’intégrer à notre culture française, qui, n’en déplaise à certains, est avant tout une culture judéo-chrétienne ? Petit à petit, on a ainsi favorisé l’émergence d’un ghetto culturel où l’on hait la France et où le qualificatif « français » devient une insulte...

Voyez-vous une solution ?

La première chose, ce serait de réaliser un audit des financements publics. Où va l’argent ? La deuxième chose, capitale à mon sens, est de casser le ghetto culturel en proposant les valeurs qui sont les nôtres. Et là, la difficulté n’est pas mince car cela suppose que les éducateurs de rue et les travailleurs sociaux aient quelque chose à proposer. Dans le relativisme et le nihilisme ambiant, qui ose encore affirmer des valeurs fortes sinon les chrétiens eux-mêmes ? Je ne prendrai qu’un exemple. La notion de pardon dans les cités n’existe pas. Pour pouvoir adhérer à ces valeurs, il faut aux jeunes des interlocuteurs qui « transpirent » ce qui constitue le terreau de notre propre civilisation. De ce point de vue, les associations chrétiennes ont un rôle irremplaçable sur le terrain. Le risque, en ne favorisant que la présence d’associations culturellement musulmanes, est de renforcer encore le ghetto culturel. Il est donc capital que des gens de l’extérieur viennent dans les cités rencontrer ceux qui y vivent. Ils n’y sont pas habitués. En général, ils restent entre eux, parce qu’ils ont peur de ce monde extérieur qu’ils ne connaissent pas. Si d’autres personnes viennent à leur rencontre, le ghetto peut commencer à s’effriter.



 


 

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Dans la rubrique Actualité de ce numéro...
- Table 8 : L’enseignement, à quoi ça sert ? par François de Saint-Blanquat
- Zoom sur le congrès de Lisbonne, par Céline Houpeurt
- Atout famille : Femme, épouse et mère, par Peggy Boudeville
- Allô ados ? Internet : pour surfer sans risques, par Marie-Jo Gacek (licencié en psychologie et en formation de conseillère conjugale et familiale)
- Spi-chologie : Chrétiens crispés ou libérés ? Par André Daigneault (prêtre, responsable du foyer de charité de Sutton au Canada, auteur du long chemin vers la sérénité)


Laïcité, les complexités d’un simple mot

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2 février 2006 2006 par Il est vivant !

Pour comprendre les enjeux d’un centenaire... Disons-le d’emblée : la laïcité paraît simple, alors qu’elle est complexe.

par Paul Airiau

La laïcité peut être analysée d’abord à un niveau juridique, le moins connu mais le plus commun. L’État ne s’engage en faveur d’aucune vérité religieuse, les critères religieux ne discriminent pas les citoyens, la liberté de conscience est garantie. Les religions sont sujettes pour l’essentiel du droit commun, et peuvent déployer dans la société l’ensemble de leurs activités, sous réserve de l’ordre public et légal. Au niveau idéologique, la laïcité est plurielle. Du point de vue catholique, l’État neutre ne s’immisce pas dans les affaires spirituelles et garantit la liberté des consciences. Du point de vue laïque, une première version entend garantir la liberté de conscience avant tout, y compris de la conscience choisissant la croyance religieuse. Une seconde version aspire à l’émancipation des esprits et des consciences envers toute autorité autre que celle de la raison, de l’esprit humain s’explorant toujours davantage. La première domine la loi de 1905, la seconde a accepté celle-ci même si elle l’aurait voulu plus directement anticléricale, voire antireligieuse.

Une arme de combat contre le catholicisme

Sur un plan historique, la laïcité est la solution française à la question des rapports entre l’Église catholique et l’État issu de la Révolution française appliquant les idées des philosophes politiques des XVIIe et XVIIIe siècles. L’État pose sa pleine et entière souveraineté fondée sur elle-même. Radicalement autonome, il trouve en lui et en nulle religion les principes de son organisation, de sa législation, de son droit. Le règlement des relations entre Église catholique et État post-révolutionnaire, par le concordat de 1801 devenu loi française en 1802, est finalement considéré comme violant ces principes. Il établissait un service public des cultes au profit de certaines confessions (catholicisme, luthéranisme, calvinisme - judaïsme en 1808) bénéficiant d’avantages financiers mais contrôlées par l’État. À partir des années 1860-1870, les républicains estiment que l’Église catholique viole les frontières entre politique et religion et qu’on ne peut imposer un service public du culte qui viole en fait la liberté de conscience. En 1905, le concordat est unilatéralement supprimé par la République, qui établit la nouvelle situation des cultes. Ceux-ci sont privatisés : ils quittent la sphère des activités que l’État considère d’intérêt public. Ils deviennent un service privé intéressant uniquement les citoyens qui le désirent et qui le prennent en charge financièrement. À un dernier niveau, la laïcité est l’ensemble de ces dimensions en relation les unes avec les autres : un phénomène social se transformant, chaque niveau interagissant avec les autres. C’est une ligne de front, résultat d’une guerre de mouvements ou de positions, où les alliances connaissent des tiraillements et où les offensives localisées s’accommodent, ailleurs, d’accalmies. L’enseignement est ainsi un abcès récurrent des années 1950 aux années 1990, la laïcité idéologique butant sur le rapport entre liberté de conscience et liberté d’éducation des parents. L’éducation des enfants selon des principes religieux peut-elle être un droit, et donc faire l’objet d’un soutien de l’État, ou bien l’éducation doit-elle viser l’émancipation de la conscience et donc être exclusivement prise en charge par l’État ?

Une laïcité qui évolue

La situation se modifie sous l’influence des profonds changements de la société française depuis quarante ans. L’affirmation de l’autonomie individuelle conduit chacun à revendiquer la prise en compte par la société et l’État de l’identité qu’il se donne. Le religieux se fait ici une place. Les catholiques, ayant accepté le fait laïque à défaut de ses soubassements idéologiques, revendiquent une reconnaissance plus nette de l’expression religieuse. Cela a toujours été possible, et une telle demande en apprend plus sur les évolutions internes du catholicisme, désormais dans une phase de témoignage plus explicite que durant les années 1960-1980, que sur la laïcité. Des immigrés, ou leurs enfants, voient quant à eux dans le religieux une manière de s’affirmer par-delà les contraintes socio-culturelles ou économiques. Dans le cas musulman, un islam culturel est ainsi doublé d’un islam d’attestation et de conviction, entendant imprégner toute la vie de ses fidèles, et socialement actif.

Garantissant à chacun la liberté de conscience, la République pourrait-elle s’opposer à la reconnaissance, l’expression, et l’affirmation des consciences ? Elle se trouve partiellement démunie, car son personnel politique maîtrise mal les univers religieux, juridiques et laïques, et tend à se réfugier dans une incantation (« la laïcité est un principe républicain ») alors que la laïcité s’est désenchantée, et que, par sa réduction au juridique, elle offre de réelles opportunités aux religions. Bref, les temps sont durs pour tout un chacun : des croyants refusant la réduction du religieux au cultuel mais devant prendre en compte l’individualisme, la difficulté de restructurer la société sur une base collective religieuse, et la réduction de leurs forces ; les politiques découvrant un monde qu’ils ignorent et ne sachant que faire...



 


 

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Dans la rubrique Actualité de ce numéro...
- Décryptage : Sagesse pour un monde en mutation. Frère Samuel de la commnauté Saint Jean partage son point de vue sur l’évolution de la vie économique.
- Table 8 : Une discussion autour d’une table au sujet de la dignité humaine.
- Carte blanche : Charles-Éric Hauguel s’exprime sur l’Éternel présent.
- Zoom sur la communauté Bernadette par Pauline Bonnasse et Aymeric O’Neill
- spi-chologie « renoncer pour grandir » par André Daigneault.


Clonage humain, aux portes de l’infranchissable

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2 février 2006 2006 par Il est vivant !

Les supercheries du Pr Hwang ont remis la question du clonage humain au cœur de l’actualité. Le point avec le Dr Henri Bléhaut, directeur de recherche. Propos recueillis par Laurence Meurville.

Henri Bléhaut, médecin et directeur de la recherche à l’Istitut et à la Fondation Jérôme Lejeune.

Après “l’affaire Hwang", on est en droit de se demander où en sont véritablement les tentatives de clonage humain ?
L’équipe sud-coréenne a surpris toute la communauté internationale en annonçant des résultats très positifs : clones de chiens et surtout, clones d’êtres humains en début de développement. Jusqu’ici, les tentatives effectuées sur les grands primates, animaux les plus proches de l’homme, n’avaient rien donné...

Que révèle, selon vous, cette affaire ?
On était à deux doigts de modifier notre législation sur la base de travaux faux ! En effet, ces résultats ont été l’occasion, pour le lobbying "pro clonage humain" en France, d’essayer de faire passer des lois en ce sens. La pression était telle que même des personnes non favorables au clonage avaient la tentation de se rallier à cette cause "pour le progrès de la recherche scientifique"... On voit ici combien la responsabilité du législateur est immense : il doit impérativement, avant de légiférer, prendre le temps de la réflexion et, bien sûr, de vérifier ses sources.

Quelles peuvent être les conséquences de cette supercherie ?
Il me semble assez évident que la loi autorisant le clonage ne va finalement pas être votée en France (alors que c’est déjà le cas dans certains pays comme l’Angleterre par exemple). L’argument défendu par un grand partisan du clonage, le Pr Peschanski, est l’utilisation en cosmétique... Cela ne tient pas. Il est très probable que les députés ne franchiront pas ce pas.

Quels problèmes éthiques soulèvent le clonage ?
Le clonage dit reproductif (cf. Petit Lexique), qui est formellement interdit car considéré comme un "crime contre l’humanité", est motivé par un élan très narcissique : si on veut cloner Albert Einstein, par exemple, c’est pour obtenir un bon physicien ; on attend du clone d’être la copie conforme d’Albert Einstein. Sur le plan éthique, ce n’est pas glorieux car cet être n’existe pas pour lui-même. Le clonage dit thérapeutique pose des problèmes éthiques plus graves encore : on veut cloner un être humain non pas pour obtenir une personne mais pour s’en servir comme "magasin de pièces détachées". On crée des humains pour s’en servir comme outil !

La distinction « clonage thérapeutique/clonage reproductif » a-t-elle encore un sens ?
En réalité, elle n’en a jamais eu. On ne peut parler que de clonage humain. Preuve en est, à l’heure actuelle, l’expression de « clonage thérapeutique » tend à être abandonnée pour la simple raison qu’aucun résultat probant n’a été obtenu. Les partisans de ce type de clonage préfèrent aujourd’hui évoquer un "clonage scientifique" ou "de recherche". On sait que 100 % des clones d’animaux obtenus comportent des anomalies. Souvenez-vous de la brebis Dolly, qui a dû être abattue. Or, elle avait été « obtenue » après 277 tentatives... Les 276 autres clones comportaient donc encore plus d’anomalies. Ce qui signifie que lorsque l’on fait un clone, on récupère des cellules hautement anormales. Qui accepterait de s’injecter ce type de cellules ? Sans doute pas les scientifiques !

Quelle est, en définitive, la finalité du clonage ?
D’avoir une source de cellules souches capables de se transformer en cellules plus spécialisées (en neurone par exemple) qui pourraient, peut-être un jour, être utilisées pour remplacer des cellules défaillantes dans une maladie donnée (ex : maladie de Parkinson). Mais ce qu’on dit trop peu, c’est que chacun de nous possède, dans son organisme, des cellules souches adultes. La recherche sur ces cellules représente un espoir considérable. Elle mérite d’être encouragée car ce procédé ne soulève aucun problème éthique et respecte pleinement la dignité de la personne humaine.



 


 

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Frappez, et l’on vous ouvrira

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6 avril 2006 2006 par Il est vivant !

Aller à la rencontre de l’autre... chez lui, et lui annoncer Jésus : c’est l’exercice fasti(Dieu) auquel se sont prêtées une cinquantaine de personnes qui participaient à un week-end de formation au porte-à-porte. Une initiative intéressante pour réévangéliser une paroisse. Par Marine Soreau

Toc, toc, toc... En attendant derrière la porte, Juliette est intimidée. Se répandent en elles toutes sortes de sensations : du courage certes, mais aussi une peur. Peur de la porte close, de la porte qui claque, qui se referme. Peur de l’autre tout simplement, de sa réaction. "Quelle idée de faire du porte-à-porte", se dit-elle perplexe. "On va nous prendre pour des témoins de Jéhova !" Mais domine en elle cette joie de rencontrer ceux qui habitent à côté de chez elle et qu’elle ignore trop souvent, ce bonheur d’annoncer le Christ à son voisin, son frère. Elle entend un bruissement derrière la porte, le judas qui s’ouvre et se referme...

La porte s’entrouvre : un homme d’une cinquantaine d’années se tient sur le palier, un peu sur la réserve devant ces deux inconnues. "Bonjour, nous sommes de la paroisse Sainte-Cécile, à deux pas de chez vous. Notre curé nous envoie faire connaissance avec vous..." Surprise et soulagement se lisent sur le visage de cet homme qui les fait entrer. Il n’est pas catholique mais apprécie cette visite, en profite pour parler - beaucoup - et poser des questions. À la fin de la rencontre, Juliette et Katia lui proposent de prier. L’homme refuse mais accepte bien volontiers de confier une ou deux intentions à leur prière.

Des missionnaires heureux !

De retour à la paroisse, les "porte-men" et "porte-women" échangent leurs expériences. La plupart font du porte-à-porte pour la première fois. Les réactions fusent : "Quelle surprise de voir les portes s’ouvrir" ; "On a pu prier avec toutes les personnes rencontrées" ; ou, à l’inverse, "Elle n’a pas voulu nous recevoir, elle a même refusé l’image que nous voulions lui laisser" ; ou encore, "Repassez une prochaine fois, je serai heureuse de vous revoir". Chacun, en tout cas, rentre heureux d’avoir fait tomber les murs qui les séparent trop souvent les uns des autres.

Revivre l’Évangile

"Le Seigneur a visité son peuple", lance le Père Antoine Galand. À l’épreuve du terrain, succède un point de formation : théorie, mises en situation, relecture des visites. Le Père Galand est l’initiateur de ces week-ends porte-à-porte. Ordonné prêtre en juin 1999 au sein de la communauté Saint-Martin, il vient de la quitter pour se consacrer entièrement à l’évangélisation par le porte-à-porte. Depuis bientôt six mois, il exerce cet apostolat au Brésil, dans la communauté Shalom où, avec une vingtaine de jeunes, 6 à 8 heures par jour, il visite les personnes. "J’ai participé au lancement de la première école de porte-à-porte à Fortalesa (dans le nord du Brésil). J’ai ainsi l’impression de réaliser ce que le Seigneur a déposé dans mon cœur." Et les "miracles" qu’il voit ne font que fortifier ce désir de continuer. À l’occasion d’une de ses premières visites au Brésil, il raconte avoir été accueilli un peu froidement dans une maison. "J’ai donc tout de suite proposé la bénédiction de la maison. En parcourant les pièces, j’ai découvert une vieille personne, aveugle, couchée dans son hamac. En proposant à ses proches de prier avec elle, j’ai appris qu’elle avait fait un songe, remontant à quelques jours, dans lequel un Père Antoine venait la visiter. Elle avait préparé pour moi une petite bouteille de parfum." Cette personne reçoit maintenant la communion tous les dimanches, et peu à peu toute sa famille se rapproche du Seigneur. Un tel phénomène s’est reproduit trois fois. "J’y ai vu une confirmation que Dieu veut ces visites, que le salut était pour ces maisons", explique le "padre" Antoine. Et d’ajouter : "Ce qui me touche le plus, pendant mes visites, c’est de revivre un verset de l’Évangile : "Chemin faisant, proclamez que le royaume de Dieu est proche, guérissez les malades, purifiez les lépreux, ressuscitez les morts, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement" (Matthieu 10, 7-8).

Son projet ? L’ouverture d’une école de porte-à-porte, en octobre 2006, à Toulon. Au service d’une paroisse pour un temps déterminé, elle aidera à revitaliser et ré-évangéliser cette dernière. Une première qui en appellera, espérons-le, beaucoup d’autres !



 


 

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Contempler l’icône du Christ miséricordieux

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7 avril 2006 2006 par Il est vivant !

Jésus a promis à ceux qui prieraient devant cette icône le jaillissement de fleuves d’eau vive. Pour que se répande la Miséricorde Divine. Répondons à cette invitation et entrons dans ce grand mystère.

Par Henri-Marie Mottin

Le Tableau du Christ Miséricordieux est au centre du message donné par Jésus à sainte Faustine. Il est plus qu’un simple moyen pratique. Il est un vase pour puiser la grâce, un instrument au service de la vie spirituelle et de la conversion à l’Amour miséricordieux que le Seigneur propose à chacun : "Je donne aux hommes un vase, avec lequel ils doivent venir puiser la grâce à la source de la miséricorde. Ce vase, c’est cette image, avec l’inscription : Jésus, j’ai confiance en toi." (Petit Journal, 327).

C’est dans un regard de contemplation que peuvent être recueillis les fruits de cette icône de celui qui est "l’Icône du Père". "Il est l’Image du Dieu Invisible, le premier-né par rapport à toutes créatures, il est le commencement, le premier-né d’entre les morts" (Col 1, 15-18).

Prenons le temps de regarder de plus près cette "icône de l’Icône" car dans sa simplicité, tout en elle est parlant.

Des ténèbres qui l’environnent (fond très sombre du tableau), jaillit la lumière du Christ vainqueur de la mort et du péché. Cette lumière trouve précisément sa source dans le cœur de celui qui a dit : "Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie" (Jn 8, 12).

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"Moi, je suis la lumière du monde."

Le jaillissement lumineux du cœur est comme en contraste avec la profondeur du regard de Jésus. Dans ce regard intérieur se reflètent la douceur et l’humilité de celui qui aime et ne juge pas... même après l’offense : "Jésus fixa sur lui son regard et il l’aima" (Mc 10,21).

"Mon regard, sur cette image, est le même que celui que j’avais sur la croix" (PJ, 326).

Entre les yeux et le cœur se déploie le mouvement des mains qui mettent en pratique la miséricorde du Père et qui la dévoilent. De sa droite, Jésus bénit, répandant, sur ceux qui s’y ouvrent, les bénédictions spirituelles faites de paix et de pardon.

Alors se déversent les fleuves d’eau vive mêlés au sang rédempteur qui, avec l’Esprit accordé, attestent de notre salut éternel dans le Christ.

"Qui est celui qui a triomphé du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui, Jésus Christ, qui est venu avec de l’eau et du sang ; non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et avec le sang ; et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage : l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois tendent au même but" (1 Jn 5,5-8). Ce "but" auquel tendent l’eau, le sang et l’Esprit, n’est autre que l’effusion de sa miséricorde et de sa grâce dans le cœur des pécheurs. "Ces deux rayons indiquent le sang et l’eau ; le rayon pâle signifie l’eau, qui justifie les âmes ; le rayon rouge signifie le sang, qui est la vie des âmes. Ces deux rayons jaillirent des entrailles de ma miséricorde, alors que mon cœur, agonisant sur la croix fut ouvert par la lance... Heureux celui qui vivra dans leur ombre..." (PJ, 299).



 


 

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Catholique et franc-maçon est-ce compatible ?

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29 mai 2006 2006 par Il est vivant !

Cette question, lequel d’entre nous ne se l’est jamais posée ? C’est avec fougue et conviction que le Dr Maurice Caillet, ancien franc-maçon, y répond, en sillonnant la France, et à travers plusieurs livres très éclairants.

Interview du Dr Maurice Caillet. Propos recueillis par Laurence Meurville

Il y a 22 ans, après quinze années passées au sein de la franc-maçonnerie, vous êtes devenu catholique. Quel événement a produit un tel changement ?

En 1983, ma femme est tombée gravement malade. Confronté, dans ma propre vie, aux limites de la science, je ne savais plus quoi faire pour la sauver. Au retour d’un séjour dans les Pyrénées, je lui ai proposé, moi le franc-maçon notoire, athée et scientiste, de nous arrêter à Lourdes... Tandis qu’elle allait aux piscines, je cherchai refuge dans un lieu abrité car le froid de ce début du mois de février était glacial. Seule la crypte était ouverte. Une messe de semaine y était célébrée. Pour la première fois de ma vie, j’ai écouté avec attention les lectures, les paroles du prêtre... L’Évangile lu en ce jour était : "Demandez et vous recevrez, frappez et l’on vous ouvira..." Or, ces paroles du Christ sont utilisées dans les rites d’initiation maçonniques. Ce fut un grand choc ! Dans le silence qui a suivi, j’ai entendu dans mon cœur une voix douce me dire : "Tu demandes la guérison de Claude (mon épouse), c’est bien. Mais toi, qu’as-tu à m’offrir ?" J’ai compris que c’était Dieu et que je n’avais qu’une seule chose à lui donner : moi-même. À la fin de la messe, je suis allé à la rencontre du prêtre, lui demandant comment faire pour être baptisé...

Devenu chrétien orthodoxe (cf. encadré), je fus très marqué, dans les années qui suivirent, par la magnifique personnalité de Jean Paul II. En 1987, j’ai demandé à entrer dans l’Église catholique.

Vous affirmez qu’on ne peut être à la fois catholique et franc-maçon, pourquoi ?

On peut noter pour commencer que, dès l’origine, la franc-maçonnerie se situait "au centre de l’union", c’est-à-dire au-dessus de toutes les religions...

Les visions catholique et maçonnique de l’homme et de Dieu sont radicalement opposées, même au sein des loges dites spiritualistes . Leur Dieu n’a rien à voir avec le Dieu de Jésus Christ ! Certes, ces loges reconnaissent l’existence d’un dieu créateur mais elles le prient... de rester au Ciel ! Ces maçons le voient plus comme le grand horloger de l’univers que comme le Père aimant révélé par Jésus. De plus, selon la philosophie "humaniste" prônée par la maçonnerie, l’homme n’a pas besoin du salut. Il se perfectionne sans cesse par lui-même. Le chrétien, lui, attend le soutien de la grâce de Dieu, au cœur même de ses efforts. Sur le plan moral, les différences sont également substantielles. Pour le franc-maçon, aucune règle morale n’est intangible. La loi morale est appelée à évoluer sous la pression de l’opinion majoritaire. Il appartient au chrétien, en revanche, de former sa conscience dans une recherche constante de la vérité afin d’agir de manière de plus en plus juste, selon la loi naturelle et à la lumière de l’Esprit Saint. De plus, les maçons ne supportent aucune entrave à leur vie morale. Ils voient l’Église catholique comme la gardienne du puritanisme, méprisant le corps et le plaisir. Influents dans le monde politique et les médias, ils cherchent à faire évoluer l’opinion publique dans le sens d’une soi-disant plus grande liberté individuelle : d’où les lois sur la contraception, l’avortement, le divorce, la recherche sur l’embryon, etc.

Le christianisme, quant à lui, loin de nier l’importance du plaisir, le resitue dans sa juste perspective, au service d’un amour véritable, et d’une vraie liberté intérieure.

Quelle est la position officielle de l’Église catholique ?

En 1983, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, a rappelé cette incompatibilité clairement et fermement. Un dialogue avec la franc-maçonnerie est, en revanche, toujours possible...

Que faire, en tant que chrétien ?

Inciter les jeunes à se former, notamment en philosophie. Les mettre en garde contre les pratiques de "recrutement" intempestif de la franc-maçonnerie, ces dernières années, dans les classes préparatoires et au sein des grandes écoles. Ne pas avoir peur, quand on occupe un poste à responsabilité, d’afficher son identité catholique. Et prier pour la conversion des maçons. Ce que je fais, à titre personnel, chaque jour...



 


 

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Mondial de football, Dieu sur la touche ?

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29 mai 2006 2006 par Il est vivant !

Et si le Mondial de Football 2006 en Allemagne donnait à Dieu l’occasion de disputer (et de remporter !) des matchs décisifs ?

par Amélie de Menou

Dieu est-il sportif ? À considérer l’étendue de sa charge, nous oui sans hésiter ! Mais est-il présent dans les stades ? Seuls la foi et le témoignage de certains sportifs nous permettent de l’affirmer. Comment oublier l’explosion de joie du tennisman américain Michaël Chang, remerciant Dieu en 1989 pour sa victoire en final du tournoi de Roland Garros ? Et nul n’ignore que l’occupation dominicale favorite de sa consœur Mary Pierce est... de se rendre à l’Église pour la messe !

Quand il s’agit de football, le tableau s’assombrit. Car depuis quelques années, ce sport est entaché de scandales en tous genres, sur fond de pot-de-vin et d’hooliganisme. À l’approche du Mondial de juin 2006 en Allemagne, une polémique a même fait son apparition à propos de l’acheminement, en marge de l’événement, de 40 000 femmes en provenance d’Europe centrale et orientale, à des fins de prostitution. Les associations féministes hurlent au scandale tandis que les milieux chrétiens se mobilisent... De nombreuses pétitions ont déjà été lancées sur Internet (voir encadré) pour dénoncer ce "commerce humain" qui semble pourtant si incompatible avec l’esprit sportif et convivial véhiculé par un tel événement.

Une occasion de parler de Jésus

Plus d’un million de visiteurs sont attendus dans les villes où auront lieu les matchs (Berlin, Stuttgart, Munich, Francfort etc.) et, outre l’urgence de répondre et de contrer ce trafic, l’appel à évangéliser les foules supportrices se fait aussi entendre. "La coupe du monde doit être une occasion à ne pas laisser passer pour parler de Jésus", déclare le joueur de football brésilien Jorginho (Jorge de Amorim Campos) qui commentera l’événement pour une chaîne de télévision brésilienne depuis les studios de "Kickoff 2006".

Regroupant une soixantaine d’organisations chrétiennes, le réseau de coordination "Kickoff 2006" a justement pour but de... parler de Jésus ! Afin de faire de l’événement sportif international une manifestation festive et chaleureuse, ce collectif a déjà distribué plus de 14 000 brochures. On est loin de l’accueil à grands renforts de prostitution.

Il faut se rendre à l’évidence, à partir du 9 juin il faudra user de tactiques et de stratégies pour parvenir à attirer l’attention des supporters, du plus féru au plus amateur, sur plus grand que le terrain de foot, à savoir Dieu. Et pourtant, les joueurs ne se signent-ils pas souvent avant d’entrer sur le terrain ? Ne regardent-ils pas le ciel après avoir marqué un but ? L’équipe du Brésil, si fameuse et toujours favorite, ne prend-elle pas le temps de prier sur le terrain avant que ne siffle le coup d’envoi du match ? Car Dieu est présent... Et il nous appelle à le faire remarquer plus particulièrement à tous ceux qui ne voient pas plus loin que le bout du ballon rond.

Alors, avant de s’exclamer "la coupe est pleine !" et de boycotter ce qui pourrait bien devenir, à l’instar de 1998, un mouvement fraternel et convivial, soyons sports : acceptons Jésus, douzième joueur de l’équipe, ne l’oublions pas sur le banc des remplaçants !



 


 

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Être chrétien en Algérie

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5 juillet 2006 2006 par Il est vivant !

C’est en homme passionné que Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger depuis 1988, revient sur la situation de l’Église catholique en Algérie.

Monseigneur, le 20 mars dernier, le parlement algérien a adopté une loi prévoyant de sévères peines de prison contre ceux qui utilisent "des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion" ou à "ébranler sa foi". Cette ordonnance vous affecte-t-elle ?

Cette ordonnance s’adresse plutôt au mouvement évangéliste, qui se développe en Algérie depuis une vingtaine d’années. Malgré tout, nous sommes aussi concernés par ce texte et regrettons beaucoup qu’il ait été assorti d’un troisième chapitre avec des dispositions pénales (allant de 5 000 à 10 000 euros) contre ceux qui auraient séduit ou converti des Algériens. Celles-ci ne correspondent pas à la réalité de notre existence dans la société algérienne. Nous sommes bien évidemment attristés que l’État algérien ait pris des mesures de cette sorte dans un domaine où c’est le respect de la conscience qui doit primer. Quoi qu’il en soit, nous avons déjà affronté la mort quand les islamistes nous ont menacés et 10% d’entre nous sont morts. Si l’on veut nous mettre en prison, nous irons en prison. Cela ne nous pose aucun problème.

Vous semblez dire que ces mesures ne correspondent pas à ce que vous vivez chaque jour en Algérie ? Absolument. Dans un pays qui ne compte que quelques milliers de chrétiens, presque tous étrangers, nous travaillons en étroite relation avec la société algérienne, tant au plan social qu’humanitaire. Nous sommes engagés auprès des étudiants, des personnes handicapées et des femmes en difficulté. Nous apportons aussi notre contribution lors de colloques comme celui de l’Institut du monde islamique sur le monde religieux. Nous faisons un travail significatif sur le terrain. Quant à notre liberté d’expression, je pense que nous avons plus de liberté que certains évêques français dans la presse de leur région, à cause des "extrémistes" de la laïcité ! J’ai récemment été invité par un journal algérien pour un entretien avec cinq de ses journalistes sur la vie des communautés chrétiennes, nos relations avec l’Islam ou encore la société algérienne. Notre désir est d’être une Église à l’intérieur de la société algérienne : "L’Église n’a pas choisi d’être étrangère mais algérienne", disait Mgr Duval.

Tout ne se fait pourtant pas sans difficultés ? "En Algérie, l’Église est de trop et c’est pour ça que c’est intéressant", disait le père Samson. Certains groupes ne veulent pas de notre présence. Des personnes, qui représentent un islam de la fermeture, s’opposent à toute relation interreligieuse. Il y a quelques mois, dans le plus grand journal arabophone, les journalistes ont publié une réponse aux questions suivantes : "Un musulman peut-il rencontrer des non-musulmans, un musulman peut-il répondre à leur salut, peut-il recevoir des non-musulmans chez lui, etc." Ils ont répondu positivement. Mais cela prouve qu’il y a des courants qui posent ce genre de questions. Toutefois, ces petits groupes ne représentent pas la société algérienne. Heureusement, d’autres courants cherchent la relation. Nous voulons exister à l’intérieur de cette société algérienne comme des partenaires engagés.

Benoît XVI a récemment décidé de rapprocher sous une même présidence, le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et le conseil pontifical pour la culture. Il a souhaité un dialogue avec l’Islam dans la réciprocité. Est-ce un recul du dialogue avec l’Islam ?

Ce rapprochement sous une même présidence a préoccupé un certain nombre de nos amis algériens qui craignaient que cela signifie un recul par rapport au dialogue. La mesure de ce rapprochement m’a aussi préoccupé. Outre la perspective de communion des cultures, à laquelle nous croyons beaucoup, nous voudrions être sûrs que l’approche interreligieuse puisse exister. C’est pourquoi un ancien ministre algérien s’est rendu récemment à Rome pour une rencontre avec le cardinal Poupard. Il lui a transmis une lettre adressée au Saint-Père dans laquelle il souhaite que soit possible une rencontre entre chrétiens et musulmans pour étudier une relance du dialogue islamo-chrétien.

Quand à la réciprocité, il faut quand même éviter de considérer cette question uniquement à partir de ce qui se passe en Arabie Saoudite ! Il ne faut pas faire peser sur tous les pays musulmans les injustices qui existent dans ce seul pays.



 


 

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Le Liban meurtri

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29 août 2006 2006 par Il est vivant !

En mission depuis de nombreuses années au Liban, Marie-Sylvie Buisson, laïque consacrée de la communauté de l’Emmanuel, explique la situation politique et humaine de ce pays dévasté par la guerre.

par Hubert de Torcy et Marine Soreau

D’après vous, quel est le but réel poursuivi par Israël à travers cette agression contre le Hezbollah qui s’étend à l’ensemble du Liban ?

Le conflit au Liban oppose en réalité l’Iran, richissime puissance régionale, à Israël. Le monde chiite, mené par l’Iran, souhaiterait contrôler le “nouveau” Proche-Orient à travers ses alliés (la Syrie et le Liban dans sa partie “Hezbollah”), l’Irak où il est majoritaire, et la Palestine à travers le Hamas. La destruction du Hezbollah n’est qu’un prétexte pour Israël pour détruire le Liban, état multiconfessionnel, prospère et concurrent (grande place financière et pays touristique). La Syrie qui s’est partiellement retirée du Liban a juré également en partant qu’elle n’en laisserait rien debout. C’est elle, avec l’Iran, qui arme le Hezbollah.

Quel est le vrai danger pour le Liban, et pour les chrétiens en particulier, avec cette nouvelle guerre ?

Israël n’arrivera jamais à anéantir le Hezbollah. En revanche, il va anéantir la chrétienté. 700 000 chiites fanatiques sont prêts à sacrifier leur vie pour sa cause. Si le Hezbollah est vaincu par les armes, des explosions, des attentats suicides vont se succéder : comme en Irak. Les chrétiens n’en peuvent plus. La perspective de vivre sous un régime islamique est insupportable et je pense qu’ils partiront tous. Le dernier îlot de chrétienté un peu fort du Proche-Orient aura été anéanti ! Dans les quartiers chrétiens, on commence à sortir les armes pour sauver les vies et les biens. On retrouve de nombreuses croix cassées sur les bords des routes dans les régions chrétiennes : c’est un acte hostile de très mauvais augure, bien connu des communautés chrétiennes d’Orient. On n’a jamais autant parlé de refaire des milices chrétiennes d’autodéfense, en l’absence de la moindre protection de l’Etat.

Comment sortir de cette crise ?

Rétablir la légalité de l’État libanais et désarmer la milice est une perspective, mais inapplicable actuellement, car celle-ci est plus forte que l’État. L’armée libanaise est en majorité chiite, formée par la Syrie pendant trente ans. Elle fera immédiatement sécession et défendra le Hezbollah si l’ordre lui était donné de le désarmer ! Il faudrait une solution politique globale qui passe par le règlement de la question israélo-palestinienne. Mais depuis l’échec des accords d’Oslo qui représentaient le maximum des concessions que pouvait accepter le monde arabe, la spirale de violence ne cesse de monter. Jamais depuis vingt ans que je vis au Proche-Orient, je n’ai senti une telle haine de la part du monde musulman à l’encontre d’Israël.

Comment vous-même avez-vous vécu les événements ?

Le pays est en train de mourir et la chrétienté sera peut-être effacée. Les premières semaines du conflit, l’angoisse a été effroyable et les Libanais ont tous été horriblement choqués. La peur qui déforme les visages, l’épuisement nerveux de la panique n’ont quitté personne depuis le début du conflit. Nous prions et nous nous confions à la prière et à l’amitié de nos frères chrétiens. Le Liban est une terre mariale, mais pour combien de temps encore ? Nous nous sentons très seuls. La paix pour les chrétiens est le fruit de la justice et de l’amour. Elle suppose foi et confiance, ce dont nous sommes très loin.“ L’arme qui désarme est l’amour”, disait Jean Paul II.



 


 

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Sainte Marguerite-Marie, à la conquête de l’Amérique latine

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2 octobre 2006 2006 par Il est vivant !

C’est en avril 2005, au Mexique, que les reliques de Marguerite-Marie ont commencé leur fabuleux périple… à travers toute l’Amérique centrale.

"Viva cristo rey", les chants retentissent sur le vaste sanctuaire du Mont "del Cubilete", qui domine le Mexique. Nous sommes le 24 avril, et ce pays pourtant réputé pour son anticléricalisme, renouvelle sa consécration au Cœur sacré de Jésus. Devant l’autel, on aperçoit les reliques de Marguerite-Marie, la sainte de Paray-le-Monial (Bourgogne) qui au XVIIe siècle recevait les faveurs de ce cœur brûlant d’amour. Comment expliquer que cette sainte, trop peu connue en France, soit reçue dans la vaste Amérique latine comme un signe de la Providence ? Du Chili à l’Équateur, en passant par le Mexique, la République Dominicaine, le Honduras, le Costa Rica, El Salvador, la Colombie et le Panama, les reliques auront parcouru plusieurs milliers de kilomètres. Quel voyage et quelle fécondité pour cette vierge cloîtrée devenue pèlerine ! À l’origine de cette merveilleuse épopée, Alicia, une petite femme salvadorienne arrivée en France à l’âge de 16 ans. Habitée depuis l’enfance par une grande dévotion au Sacré-Cœur, elle a l’habitude d’acheter dans les brocantes, toutes les images qu’elle trouve pour les offrir. Hasard ou signe de la Providence, tout en chinant, elle découvre un petit reliquaire de Marguerite-Marie, marqué du sceau du couvent de la Visitation. Curieuse de découvrir leur histoire et de prouver leur authenticité, elle entame des recherches qui vont la conduire au couvent des visitandines de Paray-le-Monial. Elle apprend, en échangeant avec l’une des religieuses, que les reliques ont voyagé jusqu’en Argentine. Pour Alicia, c’est le déclic : il faut organiser leur départ dans son pays d’origine ! Aidée par le père Édouard Marot, supérieur des chapelains de Paray-le-Monial et par la supérieure des visitandines, elle obtient les coordonnées téléphoniques de tous les couvents de la Visitation d’Amérique latine.

Retrouver le culte des saints

Commence alors un véritable jeu de piste : Alicia sait qu’il n’y a pas de monastère de la Visitation au Salvador et l’évêque qu’elle contacte se montre suspicieux… Elle décide alors de joindre les communautés des pays voisins. Après plusieurs essais infructueux, au Panama, enfin, une religieuse très émue lui répond en pleurs : "Vous êtes l’instrument du cœur de Jésus." Puis son entretien avec la supérieure du Mexique se montre décisif. "J’ai alors vraiment compris le sens de ma mission", explique Alicia.

Quelques mois plus tard, les reliques ont parcouru bien du chemin. L’arbre a porté ses fruits. Dix des onze pays se sont consacré ou ont renouvelé leur consécration au Sacré-Cœur. À El Salvador, les forces armées et la police ont été consacrées. Les reliques ont même été reçues à l’Assemblée nationale. Enfin, la fondation de trois monastères de la Visitation a été décidée à El Salvador, au Costa-Rica et au Honduras. "C’est véritablement l’œuvre de Dieu", assure Alicia. Pour elle, l’accueil qu’elles ont reçu est une leçon à retenir pour tous les pays où le culte des saints se perd. "Regardons ce trésor que nous négligeons. Ouvrons nos cœurs…", lance-t-elle enfin.

Souhaitons à la France de vivre un jour pareille aventure !



 


 

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Une prochaine béatification ?

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2 novembre 2006 2006 par Il est vivant !

Postulateur de la cause en béatification de Marthe Robin depuis 1996, Bernard Peyrous, prêtre du diocèse de Bordeaux, revient sur l’avancée du procès, ouvert voici vingt ans.

Propos de Bernard Peyrous recueillis par Marine Soreau

Marthe Robin est décédée en 1981. Comment a débuté son procès en béatification ?

La cause en béatification de Marthe Robin a été ouverte en 1986, comme le droit le permet, cinq ans après sa mort. Dans la phase diocésaine2 de son procès, nous avons commencé par Bernard Peyrousrecueillir toute la documentation la concernant. Il faut se rappeler que lorsque Marthe est morte, nous ne savions que très peu de chose parce qu’elle ne parlait jamais d’elle. Nous n’avions qu’un témoignage autorisé : celui du père Finet, son accompagnateur spirituel. Tout à coup, nous nous sommes retrouvés avec quelque mille témoignages, des lettres, des écrits de Marthe que nous ne connaissions pas ! Le procès en lui-même est assez considérable. Les dépositions sous serment font environ 3 000 pages. De plus, nous avons recueilli entre 800 et 900 témoignages spontanés. Enfin, de nombreuses expertises très intéressantes ont été pratiquées et nous ont fait beaucoup avancer, notamment des expertises médicales concernant la maladie de Marthe et graphologiques car nous avions de nombreux écrits dont nous ne connaissions pas les auteurs.

La partie diocésaine du procès a été conclue en 1996. Qu’en est-il de la partie romaine ?

En 1996, le tribunal diocésain a émis un avis favorable à la poursuite de la phase romaine du procès. J’ai alors été nommé postulateur, remplaçant le père Ravanel, qui occupait cette place durant la phase diocésaine. Une vice-postulatrice a aussi été nommée, membre des foyers : Marie-Thérèse Gille, qui effectue d’ailleurs l’essentiel du travail. Nous avons transmis à Rome un dossier de 17 000 pages. Actuellement, nous établissons un résumé du procès, ce qu’on appelle la positio, pour permettre le vote d’une commission de théologiens et de cardinaux. Ce résumé fera tout de même entre 1 000 et 2 000 pages.

A-t-on une idée du temps que cela prendra ?

À l’heure actuelle, nous devons terminer la positio. Il faut aussi comprendre qu’à Rome, 400 positio attendent d’être examinées, ce qui correspond à environ dix ans avant l’examen ! On ne peut rien dire concernant la durée restante : ce peut être très rapide comme très long.

Pourquoi certains procès de béatification, comme celui de mère Teresa ou de José Maria Escriva de Balaguer, ont abouti si rapidement ?

Certainement parce que Jean Paul II portait un intérêt particulier à leur cause.

Avez-vous déjà recueilli le témoignage d’un miracle, indispensable à la béatification ?

Nous avons déposé un dossier de miracle, qui ne sera examiné qu’après l’examen de la positio par les cardinaux et les théologiens. Mais nous ne pouvons pas en parler et nous recevons encore des témoignages de grâces reçues ou de guérisons.

Pensez-vous que certains obstacles pourraient retarder le procès de béatification ?

Il y a toujours des obstacles à surmonter dans un procès…


Comment fait-on un bienheureux ?

“Santo subito” réclamaient en chœur les pèlerins venus nombreux assister aux funérailles de Jean Paul II, le 8 avril 2005. Trente-six jours après, Benoît XVI annonçait solennellement l’ouverture du procès en béatification du pape polonais. Une mesure exceptionnelle puisque depuis 1983, le code de droit canonique spécifie un délai de cinq ans avant l’ouverture d’un procès en béatification.

Cette procédure se déroule en deux phases : l’une, dans le diocèse du “candidat” à la sainteté. L’autre, au Vatican, sous la conduite de la Congrégation pour la cause des saints.

Durant la première phase du procès, tous les écrits du “serviteur de Dieu” sont réunis. Un théologien est chargé de vérifier d’éventuelles erreurs théologiques, tandis qu’un ou plusieurs historiens enquêtent sur la documentation. Ensuite, un tribunal nommé par l’évêque est chargé d’étudier les documents, d’enquêter sur les vertus chrétiennes du futur bienheureux. Il a aussi pour mission d’écouter les témoignages de personnes l’ayant connu ou rencontré. C’est ce tribunal qui décide de la poursuite ou non, du procès dans sa phase vaticane.

À la Congrégation pour la cause des saints, les cardinaux et théologiens se fondent sur la positio pour juger de la sainteté de la personne. La positio est une sorte de synthèse de tous les éléments recueillis depuis l’ouverture du procès, rédigée par le postulateur et le vice-postulateur de la cause (cf. interview ci-contre). Celle-ci est ensuite confiée à une commission de théologiens qui procèdent à un vote ; puis à une commission de cardinaux chargés de l’étudier. Si les votes sont conformes, la personne est déclarée vénérable. Les miracles, quant à eux, sont soumis à l’avis de médecins et d’experts. Si un miracle est reconnu, le pape publie alors un décret proclamant la personne bienheureuse.

Depuis l’élection de Benoît XVI, la cérémonie de béatification ne requiert plus la présence du pape. Celle-ci est en général présidée par le préfet de la congrégation pour la cause des saints, en présence de nombreux fidèles du diocèse ou de la famille religieuse du nouveau bienheureux. Marine Soreau



 


 

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Chine : une grande moisson de foi

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1er décembre 2006 2006 par Il est vivant !

Les fréquents rebondissements du processus de dialogue entre Pékin et Rome ont encore ajouté à la complexité que revêt, pour un Occidental, la situation de l’Église de Chine. Observateur attentif, Régis Anouil propose ici quelques clés de lecture.

Propos recueillis par Laurence Meurville

Église officielle/Église clandestine : cette distinction est-elle toujours d’actualité ?

Rappelons qu’elle est apparue au début des années quatre-vingt, avec la reconstitution de l’Église dite “officielle” contrôlée par le gouvernement. À cette époque, des catholiques ont refusé toute compromission avec le pouvoir communiste et c’est ainsi qu’a vu le jour une Église souterraine. La situation a évolué peu à peu et à la fin des années quatre-vingt-dix on a découvert qu’en réalité, la plupart des évêques dits “officiels” avaient, discrètement, été reconnus par Rome…

Au printemps dernier, les relations ont été particulièrement tendues entre Rome et Pékin, pourquoi ?

Ces tensions sont liées à des nominations “intempestives” d’évêques de la part du gouvernement. Dans l’Église officielle, les nominations supposent l’aval du gouvernement et celui du Pape. Depuis plusieurs années déjà, le Saint-Siège a cessé de nommer des évêques au sein de l’Église clandestine, afin de contribuer à la réunification de l’Église. Ce système semblait fonctionner correctement. Mais au printemps dernier, trois ordinations épiscopales ont eu lieu sans l’accord du Saint-Siège ou alors même qu’il avait donné son veto ! À plusieurs reprises, on a pensé qu’un accord pourrait intervenir entre Rome et Pékin. Ces récents événements manifestent que, sans doute, ce dossier n’est pas prioritaire pour le gouvernement chinois. De plus, il a peut-être intérêt à voir l’Église divisée. Si on peut douter de sa réelle volonté d’aboutir, les pourparlers entre Rome et Pékin continuent cependant.

Comment les catholiques vivent-ils sur le terrain ?

Les choses se sont considérablement améliorées depuis 25 ans. Aujourd’hui, un Chinois peut croire dans son for intérieur sans être soupçonné d’intelligence avec les puissances étrangères. Mais il y a encore du chemin à parcourir : ainsi, des évêques et prêtres refusant toute compromission avec le pouvoir sont toujours en prison.

Quels défis l’Église de Chine doit-elle relever aujourd’hui ?

Les mêmes que l’Église d’Occident a relevés au cours des dernières décennies. Mais ils se présentent à l’Église de Chine de façon très accélérée. Ainsi, les vocations : certes les séminaires sont pleins ; on oublie cependant que leur nombre est insuffisant ! Par ailleurs, dans les régions les plus aisées, comme Shanghai, les vocations “locales” se tarissent. On peut évoquer aussi le défi de la formation : la foi des fidèles est vivante, il est cependant urgent de la consolider. En ce qui concerne l’évangélisation, enfin. Chez beaucoup de baptisés, on sent une formidable envie d’accompagner la société dans les profondes mutations en cours. Le mot d’ordre du Parti, “s’enrichir”, ne suffit pas à satisfaire la soif de vivre des Chinois. De vastes champs s’ouvrent pour la mission et, malgré les obstacles encore nombreux, des initiatives très intéressantes voient le jour. Ainsi, des groupes de prière permettent aux personnes en recherche de découvrir Dieu ; des formations pour couples les aident à mettre en lumière des blessures profondes du passé (comme les mariages arrangés selon des critères politiques’) et à trouver le chemin du pardon, etc.

Des signes d’espérance sont-ils perceptibles ?

Cette Église, à travers toutes les souffrances qu’elle a traversées, a su montrer qu’elle pouvait compter sur ses propres forces. Pour la première fois, la vague d’évangélisation en cours, même si elle est soutenue par des catholiques “étrangers”, vient cependant surtout de l’intérieur. Jean Paul II annonçait “une grande moisson de foi pour l’Asie”1. En Chine, nous commençons à la percevoir.



 


 

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- Exhortation sur l’Église d’Asie (Ecclesia in Asia), 1999
- Régis Anouil est rédacteur en chef d’Églises d’Asie, agence d’information des Missions Étrangères de Paris (MEP). depuis plus de trois siècles et demi, les MEP envoient des prêtres en Asie au service


Académie pour la vie, défendre l’homme

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2 janvier 2007 2007 par Il est vivant !

Les questions de bioéthique ont récemment fait la une de l’actualité. Depuis 1994, l’Académie pontificale pour la vie suscitée par Jean Paul II est la voix officielle de l’Église en ces matières délicates. Entretien avec Mgr Elio Sgreccia et Mgr Jean Laffitte.

Propos recueillis par Jean-Luc Moens

L’Académie pontificale pour la vie est surtout connue du grand public à travers ses congrès, en quoi consistent-ils ?

Chaque année, un thème est proposé à des spécialistes internationalement reconnus qui confrontent leurs points de vue. Nous organisons un congrès auquel participent tous les académiciens. Il est ouvert aussi au grand public, chrétiens ou non. Les résultats sont publiés dans des Actes en italien et en anglais et, à partir de cette année, aussi en français et espagnol. De petits opuscules, consacrés à des questions spécialisées, et écrits en un langage clair, complètent nos publications.

Pourquoi l’Église catholique intervient-elle dans le débat bioéthique ?

Parce qu’on le lui demande ! Ceux qui ne partagent pas notre foi attendent que l’Église se prononce clairement sur certains sujets. Il y a quatre ans, par exemple, le Conseil de l’Europe a demandé aux différentes confessions leur position sur la possibilité de transplanter des organes d’animaux sur l’homme. Des membres de l’Académie participent aussi à des réunions de travail au niveau européen. Si l’Église intervient dans ces débats, c’est aussi parce qu’ils concernent le respect de la dignité humaine. Ce n’est pas nouveau : au Moyen Âge, lorsque, au moment de l’accouchement, la tête du bébé ne pouvait passer par le canal vaginal, on le tuait (par “craniotomie”) pour sauver la mère. L’Église s’est insurgée contre cette pratique ; et c’est ainsi qu’a été inventée la césarienne, permettant de sauver et l’enfant et la mère. Cet épisode manifeste avec force que morale et science peuvent s’unir pour humaniser la médecine !

Malgré les mises en garde éthiques de l’Église, de nombreux pays semblent vouloir autoriser les recherches qui supposent la destruction d’embryons. Pensez-vous que ce processus soit irréversible ?

Nous espérons que non ! De nombreux scientifiques mettent actuellement en évidence l’immense intérêt de la recherche sur les cellules souches adultes ou le cordon ombilical. Cette ligne de recherche a de bonnes raisons de s’imposer à l’avenir : d’une part, elle respecte l’être humain et ne comporte aucun dommage pour le donneur, ni pour le receveur ; d’autre part, elle obtient des résultats thérapeutiques probants, ce qui n’est pas le cas de la recherche sur les cellules embryonnaires.

Comment les chrétiens peuvent-ils agir dans le domaine bioéthique ?

Il est important que la pensée catholique sur ces questions soit diffusée largement. Il faut qu’on en parle dans les communautés, les hôpitaux, les écoles, et que les médecins et les chercheurs soient sensibilisés... Et là, le rôle des laïcs est essentiel : s’informer, transmettre, témoigner. Nous sommes conscients cependant de n’être qu’au début du travail. Notre Académie n’a que douze ans !



 


 

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Il est possible d’aider l’Académie pontificale pour la vie en adressant des dons à :
- Fondation Vitae Mysterium / Via della Conciliazione, 1 / 00193 ROMA (Italie).
- Par chèque à l’ordre de Vitae Mysterium ou par versement bancaire à : Banca di Roma ABI 3002/CAB 5008/CIN 0/IBAN/IT3200300205008000010343631.
- E-mail : pav@acdlife.va / Site internet : http://www.academiavita.org/


Cannabis, la grande illusion

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5 février 2007 2007 par Il est vivant !

Sa formation scientifique initiale n’est pas étrangère à l’intérêt que le Père Bernard Gallizia porte aux effets du cannabis. Son livre récent contribue à faire la lumière sur ce sujet et à une meilleure information du grand public.

Ce que dit le Da Vinci Code

Propos recueillis par Clémence Alexandre

Pourquoi vous être intéressé à la dangerosité du cannabis ?

Un jour, j’ai entendu à la radio le professeur Gabriel Nahas. Pharmacologue réputé, docteur en médecine et ès sciences, celui-ci était alors président de l’Alliance internationale contre la toxicomanie. Il avait déjà publié de nombreux livres sur le cannabis1. Je fus frappé par ses propos qui allaient à l’encontre du discours ambiant. Il démontrait scientifiquement la toxicité de cette drogue et sa propension à créer une dépendance. Cette intervention retint toute mon attention. Puis, au fil des années, j’ai affiné ma connaissance du sujet en suivant de près les conclusions des travaux de savants français et étrangers.

“Les jeunes méritent la vérité”, dites-vous. Mais que leur cache-t-on ?

Pour commencer, que le cannabis est cinq fois plus cancérigène que le tabac. Beaucoup sont au contraire persuadés que le cannabis est moins dangereux pour leur santé... Les jeunes pensent que cette drogue est douce. Ils croient qu’elle ne produit pas de dépendance et que la sensation d’évasion qu’elle procure est sans effet nocif. Or, c’est l’inverse ! Il est prouvé scientifiquement que le cannabis produit une dépendance. Il est toxique au niveau des neurones et il se retrouve dans les cellules reproductrices. Il amoindrit la mémoire et la concentration. Un jeune qui fume régulièrement peut voir ses résultats scolaires s’effondrer. Il a tendance à se replier sur lui et à être indifférent aux remarques de son entourage. Peu à peu, sa principale préoccupation devient d’obtenir toujours plus de cannabis.

Mais à qui profite le crime ?

Financièrement, aux dealers et aux passeurs de drogue. Philosophiquement, aux libertaires qui, depuis 30 ans, luttent pour la dépénalisation voire la légalisation de cette drogue. Ils aimeraient que leur vision des choses et leur manière d’agir soient entérinées par la loi. Il y a là un mépris sous-jacent de la santé des autres car une telle loi augmenterait la consommation.

Et pourquoi ces mensonges ?

Parlons plutôt d’occultation. En effet, la dangerosité du cannabis a toujours été connue en haut lieu. Mais il y a encore dix ans, elle était généralement passée sous silence dans les médias. Pour accentuer cette confusion, on établissait un parallèle entre l’alcool, responsable de milliers de morts et le cannabis, réputé inoffensif. Le monde politique se sentant impuissant face à l’augmentation de la consommation de cette drogue, certains idéalistes pensent que la meilleure solution serait de la dépénaliser ou même de la légaliser. Une telle mesure aurait pour résultat d’augmenter encore le nombre des fumeurs et d’aggraver les problèmes. Heureusement, depuis novembre 2006, le gouvernement français a décidé de s’attaquer à toutes les addictions sur cinq ans.

En tant que prêtre, qu’aimeriez-vous dire aux jeunes attirés par le cannabis ?

À des jeunes chrétiens, je rappellerais que leur corps est un “temple du Saint-Esprit”, qu’il est donc sacré. Je les inviterais à réfléchir avant d’amoindrir le pouvoir de décision de leur volonté. Cette faculté de leur âme immortelle leur permet d’aimer avec fidélité, et d’être libres et responsables de leurs actes. Je les convierais à rester maîtres d’eux-mêmes et de leur avenir. À tous les autres, je conseillerais de ne pas dégrader leur corps avec des prises de stupéfiants parce que ce corps porte non seulement les germes de leur descendance mais leur permet aussi d’exprimer concrètement leur pensée créatrice dans la vie familiale et sociale.



 


 

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Parmi ces ouvrages :
- Il n’y a pas de drogues douces, Éditions Buchet-Chastel, 1992.
- Cannabis, les jeunes méritent la vérité, par Bernard Gallizia, Éditions de l’Emmanuel, 2006


Regard chrétien sur l’homosexualité

http://ilestvivant.com/Chine-Regard-chretien-sur-l.html

 

1er mars 2007 2007 par Il est vivant !

Le concept d’homosexualité, inventé au XIXe siècle, ne se trouve pas dans la Bible. Plusieurs textes bibliques parlent en revanche des comportements caractéristiques de l’homosexualité. Le point avec le père Jean-Baptiste édart, exégète

Propos recueillis par Laurence Meurville

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Quels sont les principaux textes de l’Ancien Testament qui se référent à une relation homosexuelle ?

Deux lois du livre du Lévitique. L’une énonce l’interdit : “Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination” (Lv 18,22). L’autre précise la peine encourue “ils devront mourir, leur sang retombera sur eux” (Lv 20, 13). Outre l’incompatibilité avec la sainteté de Dieu, la condamnation trouve sa raison dans le désir de préserver l’intégrité de la famille (les versets avoisinants traitent des relations familiales). La condamnation à mort n’a pas ici vocation à être mise à exécution. Israël cherche à se protéger des péchés “cachés”, dont les conséquences pourraient affecter tout le peuple. Le livre du Deutéronome décrit ce qui doit être fait face à un crime dont on ignore le coupable afin d’éviter que la faute ne retombe sur le peuple (Dt 21,1-9). La peine de mort a pour fonction de favoriser la prise de conscience de la gravité d’un péché, normalement secret, afin de conduire au repentir et la confession de la faute. La peine est alors commuée (cf. 1 Sm 14,45).

On pense aussi à Sodome et Gomorrhe...

Le récit de la destruction de Sodome et Gomorrhe (Gn 19,1-11) est d’un usage délicat pour évoquer l’homosexualité. En effet, si le nom de Sodome passera à la postérité pour désigner l’acte homosexuel, la faute de cette ville réside avant tout dans la violation de la loi de l’hospitalité. Toutefois, ce récit indique clairement que le caractère homosexuel du viol est une circonstance aggravante.

Et David et Jonathan ?

Quelques expressions ambiguës pour nos esprits modernes dans l’histoire de Jonathan et David (1 Sm 18-20) conduisent certains à voir dans l’amitié entre ces deux hommes une relation homosexuelle. La prise en compte du contexte, de la manière d’écrire de l’époque et de la stratégie littéraire de l’auteur des livres de Samuel démontre qu’il n’en est rien. Cette amitié entre les deux hommes a avant tout un sens politique. David prend la place de Jonathan comme successeur de Saül. Par ailleurs, n’oublions pas que David est et reste marié avec la sœur de Jonathan, Mikal (1 Sm 18,20). Enfin, une amitié masculine n’est pas nécessairement synonyme d’homosexualité !

Qu’en est-il chez saint Paul ?

Il assume l’héritage de l’Ancien Testament. Il présente les actes homosexuels, masculins ou féminins, comme la conséquence de la perte du sens de Dieu (cf. Rm 1,18-32). L’union de l’homme et de la femme étant inscrite dans la création par le Créateur, ne pas savoir le reconnaître conduit à pervertir la relation qui est au cœur même du projet divin (cf. Rm 1,26-27).

La relation entre personne du même sexe est appelée “contre nature” car elle s’oppose directement à la volonté divine exprimée dans le récit de la création. L’enracinement dans la création donne à l’enseignement de l’écriture une valeur universelle et définitive. Il n’est pas susceptible d’être réformé en fonction de l’évolution de la société car il n’est pas le fruit de contingences historiques obsolètes. Paul formule cet interdit dans deux listes de vices (1 Corinthiens 6,9 et 1 Tm 1,10), en désignant de manière très concrète par des termes techniques le partenaire actif et passif d’un acte homosexuel. Cependant, n’oublions pas que l’Apôtre a personnellement fait l’expérience de l’amour miséricordieux manifesté par le Christ. Il sait que par la puissance de l’Esprit, l’homme peut se convertir et changer de comportement. Libéré par le Christ de son péché, il annonce à son tour cette libération : “Laissez-vous réconcilier avec Dieu” (2 Corinthiens 5, 21).

Forte de ces textes bibliques, que dit l’église aujourd’hui ?

L’église a repris à son compte cet enseignement. Elle reconnaît avant tout la dignité personnelle de toute personne quelle que soit son orientation sexuelle. Elle continue à affirmer que les actes homosexuels sont gravement contrai-res au plan de Dieu sur l’amour humain, car non ouverts à la génération et ne procédant pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable (CEC, n° 2357). Elle reconnaît aussi que cette orientation sexuelle est une épreuve pour beaucoup. La condition homosexuelle est le plus souvent subie et non choisie. Elle invite donc à la plus grande délicatesse et respect à l’égard de ces personnes, invitant clairement à éviter toute marque de discrimination injuste (CEC, n° 2358). De nombreux témoignages attestent qu’il est possible de vivre la joie de la chasteté, ceci malgré une tendance réelle, grâce à l’apprentissage de la maîtrise de soi, soutenu par des amitiés désintéressées, la vie de prière et la fréquentation régulière des sacrements.

Le chemin de Julien Green, accompagné par l’amitié de Jacques et Raïssa Maritain, en témoigne.



 


 

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Pour aller plus loin : Clarification sur l’homosexualité dans la Bible - Innocent Himbaza, Adrien Schenker, Jean-Baptiste Édart - Éditions du Cerf, 2006


Juifs, chrétiens, musulmans : un même Dieu ?

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19 avril 2007 2007 par Il est vivant !

Certains disent : "Le Dieu de l"Évangile n"est pas le Dieu du Coran." Être si catégorique est une erreur !

Par Michel Lelong, spécialiste du dialogue islamo-chrétien

Le texte du concile Vatican II, Nostra Aetate, entre autres, stipule que les musulmans adorent un Dieu unique et miséricordieux, et le pape Jean Paul II a souvent parlé des relations entre chrétiens et musulmans en disant : “Nous adorons le même Dieu.” Évidemment, nous l’adorons et nous y croyons différemment. Les chrétiens croient que Dieu s’est révélé par les prophètes et s’est incarné en son fils Jésus Christ. C’est le mystère pascal : un scandale pour les juifs, une folie pour les païens ! Les musulmans croient aussi que Dieu a parlé par les prophètes, que Jésus est verbe de Dieu, né de la Vierge Marie, mais, tout comme les juifs, ils ne croient pas que Jésus est Dieu fait homme. Il y a là une différence radicale qui prend corps dans la conception de la personne du Christ. Et pourtant, beaucoup de chrétiens ignorent que dans le Coran, Jésus et Marie sont “signe pour le monde”.

Le patrimoine spirituel et éthique commun entre chrétiens, musulmans et juifs se résume en trois points. D’abord, dans chacune de ces religions, Dieu est créateur. L’homme vient de Dieu et retourne à Dieu. Ensuite, Dieu aime celui qui pratique la justice : miséricorde et pardon sont présents dans le Coran, le Talmud ou la Bible. Enfin, la mort est un passage, non un terme. Cela suppose dans les trois religions une véritable espérance dans la vie éternelle.

Cependant, si l’on affiche seulement les valeurs communes, on risque le syncrétisme qui conduit à une impasse et non au vrai dialogue. Il est important de tenir compte aussi de ce qui nous distingue. Il y a deux différences fondamentales. La première est la conception de la personne du Christ. La seconde est le livre. La chrétienté est une religion de la Parole et non de l’écrit. Nous avons, avec les juifs, un point de convergence : l’Ancien Testament. Mais, d’une part, le Talmud n’est pas l’Ancien Testament et, d’autre part, nous, chrétiens, percevons l’Ancien Testament à la lumière du Christ. Le christianisme n’est pas un “judaïsme amélioré”, c’est une nouvelle religion, celle du Christ, entérinée au premier concile de Jérusalem. En ce qui concerne le Coran, pendant des siècles, il y a eu des polémiques mais la possibilité de regarder le Coran autrement existe. Saint François d’Assise par exemple s’est aperçu que les sultans d’Orient croyaient en Dieu, en la Vie éternelle, qu’ils respectaient la personne de Jésus... en pleine croisade, rendez-vous compte ! Timothée, patriarche de Bagdad, constatait au XIe siècle que Mohammed avait suivi la voix des prophètes en annonçant le Dieu unique. L’occident contemporain considère l’islam comme une agression politique et religieuse, mais ce n’est pas le cas partout, ni de tout temps. Aujourd’hui, avec une bonne connaissance du catholicisme, du judaïsme et de l’islam, je peux affirmer que si je suis catholique, c’est, certes, parce que j’ai des parents catholiques, mais surtout parce que je suis convaincu que le mystère du Christ est au coeur de l’existence humaine et de l’histoire du monde. Le Christ, sa vie, sa mort et sa résurrection éclairent, notamment et sans y apporter de réponse, le problème du mal, de la souffrance. Le Christ en croix est l’expression du dessein mystérieux de Dieu qui entre dans la souffrance humaine et nous prouve que la mort n’a pas le dernier mot. Je reconnais et j’aime les valeurs qu’il y a dans le judaïsme ou dans l’islam... mais il leur manque le Christ !

En conclusion, il y a un verset du Coran qui dit : “Si Dieu le voulait, il ferait une seule religion, or il y en a plusieurs, cherchez à être fidèle et Dieu vous éclairera.” Jean Paul II dans un discours prononcé le 19 août 1985 à Casablanca a repris cette même idée en disant : “Il y a là un mystère sur lequel Dieu nous éclairera un jour, j’en suis certain.” La diversité des religions est un scandale si les religions se disputent. Mais si elles se parlent et s’entendent, cela peut devenir un moyen de démontrer l’importance de la dimension spirituelle de l’homme, la soif de Dieu qui existe en chacun. Peut-être que, dans sa sagesse, Dieu nous demande, à nous chrétiens, de faire que, tout en affirmant notre foi, nous parlions de l’islam et du judaïsme de façon équitable, vraie. Le jour où toute l’Église parlera de l’islam de façon juste, peut-être alors les musulmans deviendront chrétiens... Ça va prendre du temps !



 


 

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Présidentielle, un vote catholique ?

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2 mai 2007 2007 par Il est vivant !

Dans Dieu est dans l’isoloir, Matthieu Grimpret passe l’espace politique français au crible du fait religieux. Confrontation de convictions en période électorale.

Propos recueillis par Amélie de Menou

- Dans votre livre, vous brossez un panorama des opinions politiques à travers le prisme des trois religions monothéistes. Croyez-vous que l’on puisse prétendre : "Dis-moi en qui tu crois et je te dirais pour qui tu votes" ?

- Évidemment, non, ça serait trop facile ! Mais en revanche, on pourrait dire : "Dis-moi à quelle religion tu appartiens et je te dirais quelles sont les grandes idées auxquelles tu devrais te référer pour voter." Par exemple, Benoît XVI met l’accent sur des points “non-négociables” [1] que les catholiques ne peuvent pas mettre de côté au moment de voter : entre autres, le respect de la vie, de la famille (et donc le refus de l’homoparentalité) et la liberté religieuse.

- Pourtant, de manière générale, les gens n’aiment pas que l’on décide à leur place… Les réflexions de l’Église ne brident pas la pensée et il est fondamental que l’intelligence soit soumise à la vérité. En outre, il ne s’agit pas de spéculations gratuites. L’Église se prononce sur le “non-négociable” : si l’on n’y adhère pas pleinement, il est possible de se mettre en chemin…

- Aujourd’hui, quelle est la place de la religion dans l’espace politique français ?

- Quantitativement, elle est moindre, parce que les croyants pratiquants sont minoritaires, quelle que soit leur religion. Mais au plan qualitatif, elle a son importance, car les noyaux durs de chaque religion "votent comme ils prient" et ont un potentiel militant sous-exploité. Pour résumer, il y a deux phénomènes : d’une part la rétractation des communautés religieuses sur le plan quantitatif et en même temps la densification et “conscientisation” de leurs noyaux durs.

- Aux États-Unis, la religion interfère davantage en politique. Est-ce un exemple pour notre vieille Europe ?

- C’est toujours utile de voir ce qui se fait ailleurs, mais je ne crois pas à la transposition des modèles. Nos histoires sont trop différentes. Cela étant, il y a des méthodes dont nous pouvons nous inspirer. La prise de risque par exemple : les chrétiens américains ont moins peur de la politique que nous. Ils font de la politique en acceptant son caractère brutal et avec beaucoup de pragmatisme. Tout est question de mesure pour ne pas vendre son âme. Les Américains ont l’esprit de conquête, ils le mettent à profit dans leur engagement politique. D’autre part, les différentes religions cohabitent dans un même espace politique. Cet exemple aussi peut nous aider à mettre fin à notre aveuglement : nous sommes dans un pays multiconfessionnel. Nous vivons sur quinze siècles de « France catholique et royale » mais le visage de la France a changé… Or, qui méconnaît le champ de bataille est incapable de livrer bataille.

- Vous dites que les croyants « votent comme ils prient ». Comment votent les catholiques ?

- L’Église recommande de voter en respectant deux impératifs : d’une part la fidélité à l’enseignement du magistère (le respect du non négociable et la non-aggravation de la politique en place, sur les questions qui intéressent l’Église – questions sociales, familiales, défense de la vie etc.) et d’autre part, l’impératif de visibilité politique de la communauté catholique.

- "Dieu est dans l’isoloir", cela signifie-t-il que le vote peut être une occasion de péché ?

- Oui, clairement. La note doctrinale du cardinal Ratzinger – alors responsable de la Congrégation pour la doctrine [2] de la foi – sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, parue en 2002, était claire sur ce sujet (voir notre encadré page 6). En 2004, il avait même précisé son propos dans ses conseils aux évêques américains en vue des élections présidentielles. Aujourd’hui, on ne peut plus s’aveugler.



[1] Exhortation apostolique du 13 mars 2007

[2] Note doctrinale sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, parue le 24 novembre 2002.

 


 

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Évangéliser dans le respect des cultures

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6 juin 2007 2007 par Il est vivant !

L’annonce d’une même foi sur tous les continents. Tel est l’appel lancé par le Christ à ses disciples d’hier et d’aujourd’hui. Mais comment le faire en tenant pleinement compte de la culture à laquelle on s’adresse ? Réponse avec le Père Martin Pradère.

Propos recueillis par Hubert de Torcy

- Inculturation : ce mot énigmatique est pourtant incontournable quand on évoque la Nouvelle évangélisation. De quoi s’agit-il ?
- Ce néologisme désigne le processus à double facette qui accompagne la mission : d’une part l’évangélisation des cultures, d’autre part l’assomption des richesses de ces cultures dans le patrimoine de l’Église, pour que celle-ci devienne toujours plus catholique, c’est-à-dire universelle.

- Pourquoi cette question de l’inculturation se pose-t-elle aujourd’hui avec tant d’intensité ?
- L’extraordinaire épopée missionnaire des dix-neuvième et vingtième siècles Père Martin Pradèrea conduit à l’avènement de jeunes Églises en Afrique, en Asie et en Océanie, qui ont revendiqué à juste titre la prise en compte de leur patrimoine culturel dans l’expression de leur foi. Ce processus est rendu urgent aujourd’hui à cause du phénomène de la mondialisation. Celui-ci entraîne en effet des mutations très rapides des comportements collectifs qui risquent de faire disparaître les trésors de sagesse de traditions séculaires.

- Arrivait-il à nos prédécesseurs dans la foi de faire de l’inculturation sans le savoir ?
- En réalité, le processus de l’inculturation est aussi ancien que l’histoire du salut. Le peuple d’Israël a su intégrer dans l’Ancien Testament, tout en les purifiant, les richesses des cultures d’Asie (Mésopotamie, Canaan, Perse…), d’Afrique (Égypte) et d’Europe (Grèce) qu’il a rencontrées au cours de son histoire. Depuis la Pentecôte, l’Église, issue de cette racine juive, s’est ouverte elle-même très vite aux richesses des nations païennes pour proclamer le Christ ressuscité dans toutes les langues et toutes les cultures.

- Quels sont les dangers d’une inculturation mal comprise ?
- Le risque aujourd’hui est que l’inculturation soit perçue avant tout comme une démarche de libération face à la domination culturelle des Églises d’Europe, à cause des blessures laissées par l’histoire. Le synode pour l’Asie, par exemple, a mis en lumière ce fait étonnant : Jésus, qui est asiatique, demeure caché dans sa propre patrie parce que les Asiatiques le voient plutôt comme un occidental. Dans les Églises d’Afrique, l’opinion selon laquelle le christianisme a été au service de la colonisation est souvent exprimée dans les milieux intellectuels. Par réaction, l’inculturation peut être perçue comme un processus identitaire qui risque de conduire à une juxtaposition de particularismes plutôt qu’à l’expression symphonique de la même foi dans les différentes cultures.

- Comment éviter ces risques ?
- Une évangélisation et une catéchèse en profondeur sont nécessaires pour s’attacher toujours plus à la personne du Christ qui transcende les cultures. Dans ce sens, il me semble qu’une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testament, peut aider à désamorcer beaucoup de faux débats. Les chrétiens d’Europe, d’Asie et d’Afrique peuvent y retrouver en Jésus Christ leur racine spirituelle commune, le monde juif, et entrer ainsi plus facilement dans une vraie communion. Par ailleurs, la Bible permet de relire les cultures en faisant ressortir les “semences du Verbe” qui s’y trouvent déjà mais aussi ce qui, en elles, doit être purifié. Inversement, les cultures permettent de relire l’Écriture dans la Tradition vivante de l’Église, et dans la fidélité au Magistère.

- On parle beaucoup de l’impérieuse nécessité d’une nouvelle évangélisation de nos pays de la vieille Europe. Le retour à nos racines juives et bibliques, tel que vous l’évoquez, peut-il être également appliqué à nos civilisations occidentales ?
- Oui, je le pense. Dans son fameux discours de Ratisbonne qui a été si mal compris, le pape Benoît XVI a montré, à partir de l’Écriture notamment, que l’identité de l’Europe est liée à la rencontre entre la foi judéo-chrétienne et la philosophie grecque. L’Europe a besoin de retrouver aujourd’hui ce dialogue fécond entre la foi et la raison qui a tant marqué son histoire. La redécouverte de la racine juive et biblique peut en particulier aider notre continent “désenchanté” à retrouver le sens et l’amour de la vie à la lumière du Christ ressuscité.



 


 

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pour aller plus loin, De toutes les nations, faites des disciples. Pour une évangélisation respectueuse des cultures par Martin Pradère, Éditions de l’Emmanuel.


Darfour, les enjeux du conflit

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3 juillet 2007 2007 par Il est vivant !

Entretien avec le père Hubert Barbier, père blanc, qui décrypte pour nous les raisons et les enjeux de la crise du Darfour, que certains appellent déjà "le premier génocide du XXIe siècle".

Propos recueillis par Laurence Meurville

- Le Darfour fait régulièrement la Une de l’actualité internationale. Comment comprendre les événements en cours dans cette région du Soudan ?
- La situation est complexe. Le Darfour, qui est presqu’aussi étendu que la France, comporte près de sept millions d’habitants. Les Arabes, qui possèdent les troupeaux, souhaiteraient reprendre les terres aux populations africaines. De plus, le gouvernement central veut que l’ensemble du Soudan devienne arabe et musulman. Son ambition est de "faire sauter le verrou" du Sud Soudan de façon à arabiser et à islamiser l’Est de l’Afrique. Par ailleurs, de nombreux officiers soudanais sont originaires du Darfour. Il a donc été difficile de les envoyer en mission contre les populations de cette région. Des milices arabes ont été armées dans ce but. Le bilan est désastreux : depuis 2003, les Nations Unies dénombrent plus de 200 000 morts et au moins deux millions de déplacés. Les populations sont prises en tenaille entre l’armée et les milices arabes. Lorsqu’elles sortent des camps où elles sont entassées, elles risquent d’être tuées ou violées. Elles manquent de ravitaillement. Les rebelles reprennent de très nombreux véhicules à l’Union africaine (U.A.) et aux organisations humanitaires. Beaucoup de celles-ci ont été obligées de quitter le pays.

- Comment expliquer le manque de consensus international ?
- La Chine a beaucoup investi au Soudan, notamment par le biais des compagnies pétrolières. Et elle achète 65% du pétrole soudanais. La Chine est toujours prête à mettre son veto à toute sanction des instances internationales. Par ailleurs, la Russie fournit des armes au Soudan. Elle n’a aucun intérêt à ce que le sujet vienne sur la table.

- Selon vous, quelle peut être l’issue possible ?
- Ce ne sera pas évident. Même s’il a été désavoué par l’Union africaine, le président soudanais, le général Bachir, est soutenu par la ligue arabe et les forces islamistes. Il ne tolère aucune ingérence extérieure. Les États-Unis voudraient faire voter des sanctions supplémentaires. Cela ne servirait à rien : Chine et Russie n’en tiendraient pas compte. Certains suggèrent le boycott des Jeux Olympiques de Pékin. Je ne suis pas certain de l’efficacité d’une telle mesure.

- Quel rôle peut jouer l’Église au Soudan ?
- Le pape Jean Paul II s’intéressait beaucoup à la cause soudanaise. Il s’est rendu dans ce pays en février 1993. La béatification puis la canonisation de Joséphine Bakhita, jeune soudanaise, ont été l’occasion d’alerter l’opinion publique sur les souffrances de ce pays. Par ailleurs, l’actuel archevêque de Khartoum, le cardinal Gabriel Zubeir Wako, est un homme très courageux. À Noël 2006, il a publié un message très dur vis-à-vis du gouvernement (cf. encadré) auquel ce dernier n’a même pas daigné réagir. Actuellement, l’archevêque de Khartoum aurait besoin d’aide pour la scolarisation des enfants des populations déplacées, très nombreuses, qui vivent autour de la capitale. Il espère ainsi progressivement constituer une élite chrétienne, qui accédera aux postes-clés dans la société et pourra œuvrer efficacement en faveur de la paix du pays et de sa prospérité.



 


 

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Pour aller plus loin : www.vigilsd.org


Motu proprio, un acte de réconciliation

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4 septembre 2007 2007 par Il est vivant !

Alors que le Motu Proprio publié par Benoît XVI le 7 juillet dernier entre en application le 14 septembre, Monseigneur Le Gall, évêque de Toulouse et président de la Commission épiscopale pour la liturgie, nous explique les enjeux de ce document.

Propos reccueillis par Claire Villemain

- Pourquoi Benoît XVI a-t-il publié ce Motu Proprio ?
- C’est un motif de réconciliation entre les chrétiens d’aujourd’hui. Certes, la fraction de catholiques attachés aux formes anciennes de la liturgie n’est pas majoritaire, mais le Saint-Père a souhaité, par ce Motu Proprio, poser un acte de réconciliation. À la condition cependant que ces chrétiens respectent et attestent la dignité et la sainteté de la forme dite “ordinaire” de la messe qui est celle que nous vivons aujourd’hui.

- Que cela apporte-t-il de nouveau par rapport au Motu Proprio de Jean Paul II en 1988 ?
- En 1988, Jean Paul II incitait les évêques à permettre la célébration de la messe de Paul VI dans sa forme dite ”en latin”, mais aussi de la célébrer dans certaines églises avec l’ordo du missel de 1962. Benoît XVI dit dans son document que, sans doute, nous n’avions pas été suffisamment généreux. C’est pourquoi il a élargi le Motu Proprio de 1988. Contrairement à ce que disent certains, ce n’est pas un retour au latin, car le latin est, et demeure, la langue de l’Église. C’est d’ailleurs ce pourquoi les livres liturgiques sont d’abord écrits en latin, et doivent subir une traduction et une adaptation pour chaque langue nationale.

- Comment s’expliquent les craintes de certains catholiques face à la publication de ce document ?
- Ils craignent justement ce retour au latin, ce qui n’est pas exact. Benoît XVI, qui a certainement, de façon personnelle, un attachement à certaines de ces formes anciennes, ne peut pas être suspecté de vouloir brader la réforme liturgique.

- Concrètement, le clergé séculier habituel va-t-il devoir se former sur le plan liturgique, pour répondre aux attentes de certains fidèles ?
- En effet, certains prêtres de nos diocèses seront peut-être invités à se remettre à ces livres anciens pour présider des célébrations dignes dans cette forme dite ”extraordinaire”. Nous voudrions éviter que les fidèles aient à amener avec eux un prêtre, sur leur propre initiative, car cela pourrait perturber gravement nos fonctionnements d’Église. Nous voulons que cela soit des prêtres diocésains. La question du cadre de leur formation sera évidemment à réfléchir très rapidement.

L’Église espère-t-elle ainsi faire revenir des frères, en particulier ceux qui s’étaient éloignés pour des raisons liturgiques ?
- Bien sûr, c’est même un des motifs de fond du Saint-Père. Il s’agit là de tendre une perche, à la condition tout de même qu’on ne remette pas en cause les termes et les initiatives du Concile œcuménique de Vatican II, pour éviter certains débordements. D’autres documents parus avec celui-là sur l’Église catholique ne laissent planer aucune ambiguïté sur les positions du pape dans ses initiatives sur le plan œcuménique.



 


 

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Le texte intégral du Motu Proprio de Benoît XVI sur le site internet de la Conférence des évêques de France, www.cef.fr


Bioéthique - Pour un réveil des consciences

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1er octobre 2007 2007 par Il est vivant !

L’année 2007 aura été marquée par nombre de nouvelles découvertes, qui réveillent un peu plus la conscience éthique. Rencontre avec Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission bioéthique du diocèse de Toulon.

Propos reccueillis par Claire Villemain

- Vous étiez à l’origine de la controverse autour du Téléthon l’an dernier. L’édition 2007 approchant (7 et 8 décembre prochains), comment l’appréhendez-vous ?

- Avec l’espoir que puissent se poursuivre un débat et une réflexion de qualité qui ont peu à peu émergé à la suite de cette controverse. Deux domaines de discussion doivent rester ouverts. D’une part, celui des grands enjeux éthiques concernant le principe de dignité de l’embryon humain. Le fait qu’une partie des dons récoltés soit orientée vers une technoscience détruisant des êtres humains à peine conçus doit susciter une désapprobation absolue. C’est ce que demandait le cardinal Ratzinger avant son élection comme pape : "Le devoir de protéger les droits de l’embryon humain n’admet ni dérogation, ni exception, ni aucun compromis." D’autre part, celui des aspects scientifiques totalement nouveaux concernant les thérapies régénératrices à partir des cellules souches adultes et de cordon. Les publications de niveau international montrent que ces cellules ont un potentiel de guérison insoupçonné, faisant exploser le dogme de “l’embryon-réservoir de pièces détachées”. La France, à l’approche de la révision de la loi de bioéthique, doit résolument tourner le dos à une science sans conscience pour promouvoir une biomédecine moderne et éthique.

- Vous venez de sortir un livre qui s’intitule La bioéthique et l’embryon. À qui s’adresse-t-il ?

- Ce livre souhaite s’inscrire dans ce que Mgr Rey (évêque de Fréjus-Toulon), qui signe la préface, appelle une pastorale de l’intelligence. Les thématiques abordées embrassent par exemple les mécanismes de consensus au sein des grandes enceintes bioéthiques, la question de l’eugénisme, la place de la biotechnologie, le relativisme et l’utilitarisme éthiques, la dynamique de l’objection de conscience, une lecture juridique pour réviser la loi française de bioéthique. Si cet ouvrage s’adresse aux familles, aux soignants, aux éducateurs, aux prêtres et religieux, je l’ai écrit aussi en pensant particulièrement aux jeunes.

- - Mi-septembre, le ministère de la Santé lançait une nouvelle campagne sur le thème : «  La meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit. » Quel regard éthique peut-on porter sur cette question ?

- La question de la contraception est bien souvent laissée de côté sur le plan éthique. En réalité, il s’agit du premier grand “non” à la vie que les Occidentaux ont posé. Pierre Simon, ancien président de la Grande Loge de France et cofondateur du Planning familial français l’avait écrit en 1979 : « La vie comme matériau, tel est le principe de notre lutte. La révision du concept de vie, induite par la contraception, transformera la société dans son intégralité ». À ce titre, l’encyclique Humanae vitae de Paul VI est prophétique. Devant la diffusion préoccupante des produits contraceptifs de nouvelle génération, promouvoir à l’attention de nos contemporains la vision personnaliste de la sexualité humaine et la réflexion profonde du Magistère sur la vocation de la femme nous incombe fortement.

- Un nouveau test de grossesse semait, en juin dernier, la controverse : il permettait de connaître le sexe du bébé dès la sixième semaine de maternité. Ne risque-t-on pas, là encore, de voir une augmentation des IVG ?

- Ce test, en vente sur Internet moyennant quelques centaines d’euros, est une nouvelle violation de l’éthique la plus élémentaire. Comme la plupart des États européens dépénalisent l’avortement bien après cette date (en France jusqu’à la 12e semaine), c’est la tentation d’y recourir pour une simple convenance personnelle. D’ailleurs, 50% des Françaises interrogées par le magazine Elle affirment être très intéressées, 18% allant jusqu’à affirmer qu’elles auraient recours à une IVG si le résultat n’était pas celui escompté. C’est la banalisation de la transgression sous couvert de liberté toute-puissante témoignant d’un obscurcissement dramatique des consciences.

- En juillet dernier, la Haute autorité de santé recommandait au ministère de la Santé de mettre en place un nouveau dépistage de la trisomie 21, plus précoce et plus développé. Comment réagir face à une telle information ?

- L’eugénisme, puisque c’est de cela qu’il s’agit, est devenu une plaie de nos sociétés sécularisées que peu ont voulu regarder en face. Tri des embryons par diagnostic préimplantatoire, avortement eugéniste après diagnostic prénatal, et ce jusqu’au dernier jour de grossesse, nous organisons une sélection des personnes avec une redoutable efficacité. Didier Sicard lui-même, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), s’en alarmait récemment : "Nous défendons un droit à l’inexistence. Je suis persuadé que si la France avait été confrontée, à l’occasion d’un régime nazi, à des pratiques eugénistes similaires, elle répugnerait aujourd’hui à s’engager sur une pente particulièrement dangereuse." Tous ceux qui ont une autorité morale dans notre pays – et je pense particulièrement aux évêques – doivent vigoureusement dénoncer le “meilleur des mondes” qui est déjà à nos portes.

- Quels sont vos espoirs pour l’avenir ?

- Comment ne pas être réconforté par des succès ou des initiatives en faveur de la vie ? Je pense à la victoire massive de l’Église italienne lors du référendum sur la bioéthique de juin 2005, qui a interpellé très fortement les pays voisins ; mais aussi aux nombreux projets de formation à l’éthique et à la défense de la vie, formidables signes d’espoir pour la recherche biomédicale européenne. Mais au-delà, il apparaît que se joue actuellement un choc culturel et moral frontal entre un relativisme éthique outrancier qui se mondialise et le magistère de l’Église, perçu de plus en plus comme la seule instance capable de défendre la conscience éthique universelle. Benoît XVI nous invite à être ces apôtres infatigables au service de la vie en rappelant que « dans le temps et au-delà du temps, le Seigneur domine tous les événements de l’histoire et proclame le pouvoir de la vie sur la mort » (Jean Paul II, Evangelium vitae, n. 105).



 


 

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Vient de paraître : La Bioéthique et l’embryon - Pierre-Olivier Arduin - Éditions de l’Emmanuel - 14 €


Chrétiens d’Irak, partir pour survivre

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31 octobre 2007 2007 par Il est vivant !

Parmi les deux millions de réfugiés irakiens, on compte près de 300 000 chrétiens chaldéens. Victimes de la persécution, ils se réfugient en Syrie ou au Liban, dans des conditions d’extrême pauvreté. Entretien avec Mgr Antoine Audo.

Propos recueillis par François Le Forestier

- Deux millions d’Irakiens ont quitté leur pays. Où se sont-ils réfugiés ? Les Irakiens ont en effet fui leur pays à cause de la guerre qui sévit depuis six ans. En Jordanie, on compte 700 000 réfugiés, mais ce sont les plus riches. En Syrie, où la vie est moins chère et où l’entrée est possible sans visa, on a vu arriver plusieurs milliers d’Irakiens. Pour le reste, ils se sont réfugiés au Liban, en Égypte et en Turquie. Parmi ces deux millions d’Irakiens, on compte entre 150 000 et 300 000 chrétiens chaldéens (en Irak, la majorité des chrétiens sont de rite chaldéen, NDLR).

- Que vivent les chrétiens d’Irak ? J’hésite à parler de “persécution des chrétiens” en Irak, car dans ce pays, tout le monde est atteint par la violence. Dans certaines villes, les chrétiens, minoritaires et sans milice, ne peuvent pas se défendre. Il n’y a plus aucune sécurité en Irak. Les habitants de ce pays partent tous, toutes confessions confondues, sunnites, chiites, et chrétiens qui, eux aussi, se trouvent plongés dans cette mêlée de violence.

- Mais n’y a-t-il pas également un grave problème de banditisme ? C’est certain. À la suite de la disparition de l’État est apparu un véritable phénomène de banditisme avec des enlèvements et des demandes de rançon. Pour des prêtres, les Irakiens demandent jusqu’à 500 000 dollars ! Au nom du djihad et de la religion, des anciens militaires, désœuvrés, font un commerce de ces enlèvements. Ajoutez à cela des tendances de fanatisme musulman, avec la volonté de faire disparaître les chrétiens, dans les quartiers de Doura à Bagdad, mais aussi à Mossoul.

- Les chrétiens sont donc visés parce qu’ils sont chrétiens… Dans ce désordre généralisé, de vraies pulsions de fanatisme se déchaînent. Le martyre du père Rahid Gane et de ses compagnons diacres à Mossoul en est la preuve. Le dimanche 6 juin dernier, après la messe du soir, des fanatiques les ont fait sortir de leur voiture pour les assassiner froidement… parce qu’ils étaient chrétiens.

- En Syrie, comment “gérez-vous” l’arrivée massive de ces chrétiens réfugiés ? Environ 80 % des réfugiés irakiens sont à Damas. Ils sont un million dans une ville qui compte quatre millions d’habitants. Ils ont besoin d’écoles, de logements, d’assistance sociale, de soutien médical, et bien sûr de quoi manger. Il faut savoir que tous les Irakiens, du temps de Saddam Hussein, disposaient d’une portion mensuelle de nourriture. Il est devenu urgent de leur apporter une assistance psychologique. L’Église leur vient en aide directement ou par le biais de la Caritas.

- Comment voyez-vous leur avenir ? Il est difficile de parler d’avenir quand le présent est si criant. Il est probable qu’une grande partie des Irakiens va repartir de Syrie. Certains iront dans le nord de l’Irak, dans le Kurdistan irakien où ils seront plus en sécurité, d’autres encore réussiront à partir en Occident, comme ces filles qui, tous les jours de la semaine, se marient dans la paroisse chaldéenne de Damas avec des garçons venus d’Amérique ou d’ailleurs et qui les emmènent ensuite chez eux. Seuls 15 % peut-être resteront.

- Pensez-vous que les chrétiens vont disparaître du Proche-Orient ? Non, je n’envisage pas leur fin. Mais si celle-ci devait advenir, ce serait un traumatisme très grand pour cette région du monde, pour l’Église universelle et aussi pour l’Islam qui ne trouverait plus en eux une altérité nécessaire.



 


 

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l’Église sainte ou pécheresse ?

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4 décembre 2007 2007 par Il est vivant !

Sainte ou pécheresse ? Paradoxalement et inséparablement, on peut affirmer qu’elle est l’Église sainte des pécheurs.

Par Daniel-Ange

Sainte, car elle transfuse en chacun la sainteté même de Dieu, à travers des pécheurs. Médecin de l’humanité, Jésus est venu guérir le monde de ses blessures. L’Église est donc l’hôpital de l’humanité, où les pécheurs, même des “assa-saints”, peuvent devenir des saints. Elle est l’Église des pécheurs en train d’être guéris, sanctifiés, divinisés, de manière cachée, l’Esprit Saint agissant incognito dans le secret des cœurs. Ce qui saute aux yeux, ce sont d’abord les faiblesses, non de l’Église en tant que telle, mais de ses membres. Et si nous en sommes heurtés et choqués, Dieu lui-même en souffre infiniment plus que nous. Il me faut être plein de compassion devant ses misères, comme Jésus l’est pour moi. Aimer l’Église comme Jésus l’aime, mais Église sainte ou pécheresse ? aussi comme il m’aime moi : de miséricorde, d’un amour fort et tendre qui veut me sauver ! Ses faiblesses ne me scandaliseront plus : je m’y reconnaîtrai moi-même. Comment lui jeter la première pierre, sans d’abord me remettre dans la lumière ? Et que les blessures faites par ses membres deviennent des occasions de l’aimer davantage ! Car on ne peut la guérir qu’en l’aimant. L’Église est sainte parce que, comme moi, elle se reçoit sans cesse de la miséricorde de Dieu, et du pardon des hommes.

Jean Paul II a multiplié les demandes de pardon. Cette attitude magnifique et courageuse a culminé lorsqu’à la face du monde, le 7 mars du Grand Jubilé de l’an 2000, l’Église catholique a fait par la voix de son Pasteur un solennel acte de repentance. Quelques jours plus tard, à Jérusalem, le voilà qui glisse dans le Mur des lamentations une demande de pardon concernant l’antisémitisme. La veille, au monument commémorant l’holocauste, il retrouvait des amis d’enfance juifs, ainsi qu’une femme qu’il avait sauvée. Il se mit à pleurer. Ses larmes signaient ses paroles sur l’amour que nous devons à nos frères aînés et aimés. Dans le monde entier, les Juifs en ont été bouleversés. Qu’elle est grande, dans sa profonde humilité, notre Église catholique ! En voudrais-tu vraiment une autre ? Ne te laisse jamais obséder par ces infidélités, ces fragilités en ses membres que ne cessent de reconnaître ses pasteurs.

L’Église, regarde-la là où elle est la plus semblable à Jésus. Regarde-la aux avant-postes de l’humanité blessée, humiliée. Partout où l’homme tombe, souffre et crie, elle est là. Pendant des siècles, qui a créé les premiers orphelinats, écoles, léproseries, hôpitaux, dispensaires, maternités, mouroirs, maisons d’accueil pour femmes enceintes, personnes handicapées, sortants de prison, sidéens, jeunes délinquants ? Presque partout et toujours des frères et des sœurs de Jésus ! Presque partout et toujours, ils ont été, et sont encore, les premiers à lutter et à souffrir, à se dépenser et à mourir sur tous les fronts où l’humanité souffre et meurt. Aux yeux de Dieu, aux yeux des hommes, c’est le plus beau des visages de l’Église. Ces hommes et ces femmes, au cœur aussi large que celui de Dieu, comme nous pouvons en être fiers ! Cette réalité de l’Église, personne ne peut le nier. Les faits sont là. Incontournables. L’Église est, en toute vérité, l’Église de la Charité divine parce que l’Église de l’Amour fait chair. Elle est l’Église des enfants, des mendiants et des agonisants, parce qu’elle est l’Église d’un Dieu enfant, mendiant et agonisant. Cette option préférentielle pour celui qui souffre est l’une des caractéristiques les plus saisissantes de la foi chrétienne.

Pense encore au domaine de la culture et de l’art. L’Église a protégé et sauvé ce que l’homme a créé de plus beau, de plus génial, de plus humain. Qui a transmis l’essentiel de la civilisation gréco-latine, où tant de siècles de culture risquaient d’être engloutis par les hordes barbares ? Qui a créé écoles cathédrales ou monastiques et universités, sinon l’Église ? Et quelle institution s’est autant battue pour protéger, défendre, promouvoir le respect de la femme contre la domination masculine ? Jésus la réhabilite, lui confiant la bonne nouvelle de sa résurrection à transmettre. L’Église s’est battue pour que la femme soit libre d’épouser le garçon de son cœur et non l’homme imposé par le pater familias, faisant de cette liberté la condition du mariage. Si aujourd’hui, tu peux librement choisir le garçon de ton cœur, c’est bien à elle que tu le dois !

Regarde maintenant l’Église là où elle s’insurge contre les totalitarismes. Pourquoi les dictateurs en ont-ils tellement peur ? Pourquoi cherchent-ils à la miner de l’intérieur, à la saper de l’extérieur ? Une seule raison : elle est le rappel constant de la Vérité, l’ultime refuge de la Vie, la première oasis de l’Amour. Elle arrache l’homme aux griffes de l’homme quand celui-ci devient un loup vorace pour son frère. Elle est en passe de devenir l’unique lieu sur la terre où la vie est inconditionnellement protégée, surtout là où elle est la plus fragile, et donc la plus menacée. L’unique lieu où l’amour est inconditionnellement protégé et épanoui, surtout là où il est le plus vicié et prostitué. L’unique lieu où la vérité sur l’homme est courageusement clamée, surtout là où elle est la plus bafouée.

Oui, toujours, l’Église protège la liberté humaine. Dans les pays où l’Islam intégriste est au pouvoir, qui revendique l’espace même de la liberté, sinon ces baptisés de toutes confessions qui prennent le risque d’être sauvagement assassinés ? Qui s’est insurgé contre le totalitarisme et l’idéologie nazie ? Tant de baptisés ont finalement préféré être envoyés à Buchenwald ou Dachau plutôt que de flirter avec l’idéologie mortifère. Aucune institution, aucun État sous occupation n’a osé faire tout ce qu’a fait l’Église pour sauver des Juifs de l’Holocauste. La grande majorité des oliviers plantés au mémorial de Yad-Vashem à Jérusalem représente des chrétiens déclarés par Israël « Justes entre les nations ». Pas de plus éloquent témoignage. Comment ne pas être fier de ce beau courage de tant de confesseurs de la vérité et de la liberté ? Et qui donc s’est dressé contre l’idéologie totalitaire du communisme qui a fait plus de martyrs en 70 ans qu’en tous les siècles précédents ? Oui, qui a fait que finalement la liberté l’emporte dans les pays de l’Europe de l’Est, sinon ces confesseurs de la foi qui ont préféré les camps, la torture ou l’hôpital psychiatrique plutôt que de se compromettre avec cette idéologie destructrice ? On les compte par centaines de milliers, connus de Dieu seul. Aujourd’hui en Occident, l’Église est à nouveau le refuge de la liberté, face au “totalitarisme psychomédiatique” de notre “libéralisme avancé”, véritable idéologie déshumanisée. Qui sauve l’homme contre lui-même ? Qui le sauve de tout ce qui le détruit de l’extérieur, l’intoxique de l’intérieur ? Qui promeut la science, quand elle est au service de la vie, et s’y oppose quand, débranchée de la conscience, elle la détruit ? Certaines accusations lancées contre l’Église relèvent de la pure calomnie (cf. encadré sur Pie XII). D’autres, hélas, sont fondées, et l’Église en a demandé pardon. Mais il faut aussi replacer certains faits dans leur conditionnement historique. Ainsi, pendant l’Inquisition, les gens préféraient les tribunaux ecclésiastiques aux civils, car ils étaient beaucoup moins rigoureux. De même, avant leurs dérives, les croisades étaient un courageux mouvement pour permettre aux chrétiens de vénérer librement les Lieux saints. Concernant les prêtres pédophiles, cette “honte” si douloureuse, rappelons l’appel que Jean Paul II osa lancer aux JMJ de Toronto : « Si vous aimez Jésus, aimez l’Église ! Ne vous laissez pas décourager par péchés et faiblesses de quelques-uns de ses membres. Le préjudice causé par certains prêtres et religieuses nous remplit tous d’un profond sentiment de tristesse et de honte. Mais pensez à la grande majorité des prêtres et religieux qui vivent généreusement leur engagement et dont l’unique désir est de servir et de faire le bien. Soyez proches d’eux et soutenez-les ! » L’Église est le Royaume de Dieu déjà parmi nous. Encore voilé, imparfait, à l’état « pérégrinal et crucifié » (cardinal Journet). Mais bel et bien le Royaume. Envers et contre tout. Sur terre, la lumière du Ciel transparaît sur le visage de l’Église. En cette ère glaciale, des feux de pure charité s’allument chaque nuit. Dans nos ténèbres, ils irradient chaleur et lumière, donc vie ! La plupart sont le secret de Dieu et sa joie personnelle. Mais l’émergence d’icebergs nous font pressentir une partie invisible, là où l’Église brille le plus, en sa zone céleste, déjà resplendissante de la gloire même de son Époux. Oui, comme elle est belle, notre Église, en ses membres saints ! Chacun en est une vivante icône. N’en es-tu pas heureux et fier ? En voudrais-tu vraiment une autre ?

Daniel Ange prêtre, fondateur de l’école d’évangélisation jeunesse-lumière



 


 

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Cellules d’évangélisation, des paroissiens heureux

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15 janvier 2008 2008 par Il est vivant !

La prière, communautaire et personnelle, les rencontres hebdomadaires et le service sont au coeur de la vie des cellules paroissiales d’évangélisation. Celles-ci visent à réveiller l’élan missionnaire qui sommeille en toute paroisse.

Par Marine Soreau

"Recherche catholique/pratiquant/motivé par l’annonce du Christ/prêt à passer à l’action." Combien pourraient se sentir concernés, sans pourtant oser se lancer ? Déjà, un “petit village varois” ne résiste plus à l’appel…

Nous sommes à Sanary-sur-Mer, 17 000 habitants. C’est aujourd’hui mercredi, jour de marché : Josée installe son stand face à l’église. Elle est prête à accueillir les passants, elle distribue des tracts et propose, à l’occasion, d’entrer dans l’église. Voilà bien des années que Josée évangélise. Pourtant, elle reconnaît être renouvelée par cette nouvelle “méthode” d’évangélisation !

Les “CPE” ou cellules paroissiales d’évangélisation, voilà un concept simple et original ! L’idée est de mettre en œuvre la nouvelle évangélisation dans et à travers les paroisses. C’est une manière de les renouveler de l’intérieur, grâce à un engagement fort des laïcs, sans pour autant porter atteinte à leurs structures traditionnelles. À l’écoute de l’Esprit Saint, les cellules sont fondées sur la prière communautaire et personnelle, les rencontres hebdomadaires et le service.

À Sanary, l’expérience a été lancée il y a une dizaine d’années, dans l’espoir de redonner un élan à cette paroisse ordinaire. Il s’agissait de répondre à l’appel lancé par Jean Paul II pour une évangélisation « nouvelle, quant à sa ferveur, ses méthodes et son expression ». Le curé aidé d’un groupe de laïcs se lance dans l’aventure. Les cellules paroissiales d’évangélisation sont nées. «  Toute la paroisse s’en trouve transformée », explique le père Bertrand Lorentz, ancien curé de la paroisse Saint-Nazaire à Sanary. Les membres des cellules vivent une rencontre hebdomadaire grâce à laquelle se forme une vie fraternelle forte. Chacun est accueilli pour ce qu’il est. « On assiste à une revitalisation visible de la paroisse et à une complémentarité entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des laïcs. » Depuis la naissance des cellules, les paroissiens ont «  une soif de plus en plus grande des sacrements. La chapelle de l’adoration ne désemplit pas ».

Un concept simple qui porte des fruits. Mais attention ! « Avant de démarrer une CPE, il faut bien préparer sa communauté au souci d’évangélisation », conseille le père Lorentz, recommandant aussi de maintenir un courant de prière permanent dans la communauté. Il préconise enfin la formation permanente des membres pour favoriser l’éclosion de futurs responsables. Et “ça marche” ! Les cellules se développent et se spécialisent : couples, enfants…

Non, décidément, rien ne résiste aux “irréductibles Varois” !



 


 

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Site cellules paroissiales d’évangélisation : www.cellules-evangelisation.org


Magnificat, un bel hymne à la vie !

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28 janvier 2008 2008 par Il est vivant !

C’est dans une paisible demeure tourangelle que l’association Magnificat accueille depuis dix-sept ans des jeunes filles enceintes en difficulté qui ont fait le choix de garder leur enfant.

par Laurence Meurville

Une douce lumière émane de la "crèche de l’attente" joliment disposée sur une étagère. Au centre, la Vierge Marie, enceinte. Beau symbole de ce qui se vit en ce lieu… Enceintes, Déborah, Anita, Marie et les autres le sont également. Elles arrivent de tous horizons sociaux et culturels, et c’est leur grossesse imprévue qui les rassemble pour quelques mois dans ce bourg tranquille de Touraine. Loin de leur milieu d’origine, Magnificat est pour elles un refuge. « Mon entourage voulait à tout prix que j’avorte, raconte Anita. Mais moi, je voulais garder mon bébé ! » L’histoire se poursuit comme un beau conte d’aujourd’hui : c’est sur Internet que la jeune femme découvre une issue possible. « Je suis ‘tombée’ sur Magnificat, je les ai appelés, on a discuté, et très vite, j’ai su que je viendrai vivre ma grossesse ici », commente-t-elle, un sourire de soulagement aux lèvres.

Derrière chacun de ces visages juvéniles se cache une histoire unique qui aurait pu mal tourner. « J’étais en danger, explique Marie, étudiante. J’avais eu un premier rendez-vous ici. Mais les choses se sont compliquées : j’ai dû appeler au secours et on m’a accueillie bien avant la date fixée ! »

Déjà près de 300 naissances

Tout commence en 1974, en plein débat national sur l’interruption volontaire de grossesse. André Mignot, député et catholique convaincu, se bat pour que soit inscrite dans la loi Veil la possibilité de l’abandon en vue de l’adoption, comme une alternative à l’avortement. Déjà, il a ressenti un appel à agir en faveur des jeunes femmes enceintes en difficulté, et accueille, en famille, certaines d’entre elles. Bientôt, d’autres bonnes volontés se présentent. L’association “Magnificat accueillir la vie” est créée. Quelques années plus tard, surgit l’idée d’ouvrir une maison. Ce sera chose faite le 1er mai 1990. Depuis, près de 300 futures mamans ont été accompagnées comme en témoigne, devant une cheminée, un “pêle-mêle géant” présentant une gaie ribambelle de frimousses de bébés…

Que du bonheur !

Directrice depuis le premier jour, Monique Bourdais est “l’âme” (joyeuse !) de la maison. Cette éducatrice spécialisée a donné sa vie aux jeunes en difficulté. Pourtant, « quand on est venue me chercher pour ce projet, je ne me sentais pas prête, reconnaît-elle. En même temps, j’ai compris que je ne pouvais pas dire non ! » Face à l’urgence de la mission, c’est la foi qui a aidé Monique à repousser ses limites.

Non confessionnelle, Magnificat se définit comme une œuvre de charité au service des plus petits. « Nous voulons accueillir toutes les jeunes femmes souhaitant construire un avenir sérieux avec leur enfant, et ce, quelle que soit leur religion », précise la directrice. Au cours de la grossesse, des questions existentielles peuvent jaillir, suscitant de beaux échanges : « Pourquoi tant de souffrances ? Dieu existe-t-il ? etc. ». Confrontées très tôt à leur propre liberté, ces jeunes filles basculent en quelques semaines dans la vie adulte. « J’avais envie de vivre ma vie, raconte Sienna, 20 ans, un magnifique bébé dans les bras. Mais je ne voulais pas avorter. J’avais donc décidé de confier mon enfant à l’adoption. Ici, les autres ne comprenaient pas ma démarche, mais elles me respectaient. J’étais très déterminée… Tout a changé quand Moana est né. « Je t’aime » et « Pardon ! » sont les premiers mots que je lui ai adressés, et je l’ai gardé. Depuis, j’apprends à être mère, je fais des projets pour mon fils. Et, même lorsqu’il pleure, c’est ‘que du bonheur’ ! »

De son côté, lorsqu’elle a rencontré Monique pour la première fois, Marie ne savait pas encore si elle garderait son enfant. Répondre aux questions et aider à prendre une décision librement est un autre des versants de la mission de Magnificat. Après mûre réflexion, Marie a décidé de ne pas interrompre cette grossesse. «  Elles font des choix admirables qu’il faut accompagner, souligne Monique. D’où l’importance de travailler en équipe ! » Céline, Aurore et Catherine sont là également pour entourer de leur affection et de leurs compétences les futures mamans.

Il y a des crises, bien sûr, et d’inévitables échecs… Mais souvent, après les larmes des premiers temps, fous-rires et confidences viennent rythmer les repas pris en commun et les tâches ménagères assumées par les jeunes femmes à tour de rôle. Naissent alors de belles amitiés qui aident aussi à retrouver confiance en soi. Et quand, après cette lente renaissance à elles-mêmes, elles sont enfin prêtes à prendre leur envol avec leur enfant, beaucoup de ces jeunes mamans considèrent la maison comme un lieu où il est toujours possible de venir se ressourcer. « Pour moi, c’est la naissance qui est le moment le plus fort  », estime pour conclure Aurore, membre de l’équipe depuis deux ans. «  C’est ce qui donne sens à tout ce qui se vit ici ! »

Ce n’est pas Zoé, 17 ans, “premier bébé Magnificat” et présente pour quelque temps dans la maison qui démentira… Oui vraiment, quelle belle victoire de la vie !



 


 

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Pour aller plus loin : Maison Magnificat - 11 avenue des Martyrs - 37240 Ligueul Tél. : 02 47 59 69 22 - Site : magnificat.asso.fr Autre association : lamaisondetompouce.fr et encore : mere-de-misericorde-france.org


Élection municipales, ne pas se tromper d’enjeu

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25 février 2008 2008 par Il est vivant !

Tous les six ans, l’urne bat le rappel pour les habitants des communes françaises. Chaque mairie s’apprête à conserver ou à remercier son équipe. Rencontre avec l’un des 36 780 maires de France, Jean-Marc Nesme.

Propos recueillis par Magali Michel

- On sent une fébrilité du côté de la majorité à l’approche des votes du 9 et du 16 mars prochains, un vote sanction est-il inévitable ? Si la majorité perd quelques villes, les médias pointeront une marque de défiance à l’égard du gouvernement. Sans aucune conséquence institutionnelle pour autant. Par tradition nationale, les élections intermédiaires sont toujours défavorables au gouvernement en place. Il en va ainsi depuis cinquante ans. Cela ne va sans doute pas changer lors des prochaines élections.

- Dans le contexte politique actuel, les municipales auront-elles une signification nationale ? Je ne le pense pas, ni ne le souhaite. Ce serait faire erreur ! Ce n’est pas un choix de droite ou de gauche, mais plutôt l’appréciation d’une gestion. L’enjeu est strictement local. Aux citoyens de cautionner ou de sanctionner une bonne ou une mauvaise gestion de leur ville.

- Selon vous, quelles sont les qualités d’un bon maire ? Le maire œuvre pour apporter un peu plus de bonheur aux habitants de sa commune, attentif aux besoins de chaque âge. Il lui incombe de proposer les décisions favorables à l’harmonieux développement de la ville aujourd’hui et demain. On gère une ville au quotidien, mais on gère aussi une ville sur la durée. Le rôle du maire est un rôle d’écoute, mais aussi un rôle de synthèse sans omettre cette capacité prospective, pour préparer l’avenir de la ville. Par exemple, le maire plaide en faveur de sa ville auprès des entreprises qui chercheraient un lieu d’implantation. Le maire joue alors un rôle d’ambassadeur et d’avocat. Toutefois un maire ne peut pas tout ! S’il veut développer sa ville, il lui faut créer une dynamique de confiance. À lui de faire confiance au tissu associatif. Réciproquement, à lui d’inspirer confiance aux investisseurs publics et privés susceptibles de venir faire des investissements dans sa commune. Un maire qui réussit pour sa ville a su créer un climat de confiance dans les deux sens. Il inspire confiance et il fait confiance. C’est surtout valable dans les petites villes privées d’un autodéveloppement naturel.

- Cette relation de confiance que vous décrivez, comment la vivez-vous au quotidien ? Le comportement du maire varie selon la taille de sa commune. Pour ma part, je reçois en particulier toutes les personnes qui souhaitent me rencontrer. Dans une ville de 10 000 habitants, ce n’est quand même pas rien ! Au fil des ans, le maire est devenu un confident. On vient le voir pour des problèmes très personnels et pas uniquement parce qu’il y a un trou sur un trottoir… La proximité et la relation humaine font partie des vertus de mon mandat.

- Comment menez-vous votre campagne ? Très simplement. Je projette deux réunions de quartier et une grande réunion pour l’ensemble de l’agglomération. Je vais faire distribuer dans les boîtes aux lettres un petit journal qui sera le programme municipal pour 2008-2014 à titre de document de base pour ces réunions de débat. Nous proposerons aussi un stand sur le marché hebdomadaire pour discuter avec les gens.

- Comment se forme une liste municipale ? C’est le rassemblement des bonnes volontés. Les listes municipales peuvent assortir des candidats d’opinions politiques différentes. Dans ma liste par exemple, figurent des personnes qui à défaut de partager mes opinions politiques veulent rejoindre mes orientations pour la ville.

- Votre mandat national constitue-t-il un plus pour votre ville ? Dans le domaine budgétaire, mon mandat national m’ouvre incontestablement des portes pour défendre avec succès les projets de la ville de Paray-le-Monial. Sans être député, sans mes contacts avec les ministres de la santé successifs, je n’aurais jamais pu décrocher le feu vert nécessaire à la reconstruction du centre hospitalier et clinique de Paray-le-Monial. Toutefois j’aimerais ajouter que c’est grâce à mon mandat national que j’ai pu mesurer la vocation universelle de Paray-le-Monial. Enfin restons modeste : de ses sanctuaires, pas de sa mairie… Tenez, lors de ma rencontre à Gaza avec Mme Arafat, j’ai bien vu qu’elle saluait plus cordialement le maire de Paray-le-Monial que le député français.

- À ce propos, de quel œil voyez-vous la vitalité spirituelle de votre ville ? Je répète volontiers que la ville de Paray-le-Monial a une chance inouïe d’être la ville du Cœur de Jésus. C’est une chance, mais aussi une très grande responsabilité. La politique municipale en matière d’urbanisme par exemple doit permettre le rayonnement des sanctuaires. J’ai toujours fait preuve de beaucoup de transparence à ce sujet. Par exemple, la rénovation du musée eucharistique du Hiéron figurait en toutes lettres sur mon précédent programme électoral. J’ai joué franchement avec les électrices et les électeurs. La proposition est devenue légitime dans la mesure où j’ai été élu.

- Et pourquoi un jumelage avec Bethléem ? Oh, c’est d’une simplicité biblique ! Si Bethléem n’avait pas existé, Paray-le-Monial ne serait pas ce qu’il est. Voilà une juste reconnaissance de nos racines. Le christianisme a énormément influencé la sphère sociale, cultuelle, culturelle de notre civilisation. Raffermir ces racines, c’est le meilleur moyen de préparer notre avenir.

- La foi chrétienne semble animer votre engagement politique. Évidemment. Que je le veuille ou pas.
- Et pratiquement ? Je vais de temps en temps à la messe à sept heures. Mais c’est un horaire bien matinal quand on rentre de réunion à minuit ou à une heure du matin… J’aimerais être plus régulier.



 


 

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Laïcité et religion - De l’incarnation au dialogue

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27 mars 2008 2008 par Il est vivant !

Les récentes interventions du président de la république sur laïcité et religions pourraient faire penser qu’une page de l’histoire tumultueuse de leurs relations en France se tourne... Qu’en est-il exactement ? Point de vue d’un expert (Paul Airiau, docteur en histoire).

Propos recueillis par Laurence Meurville

- Comment définir la laïcité à la française ? D’abord comme une réalité juridique fondée sur trois piliers : neutralité de l’État, “égalité de traitement” des différents cultes et liberté de conscience. En même temps, c’est un concept compris différemment selon les institutions qui composent la société. La perception de la laïcité par les catholiques n’est pas celle des “laïcs”. La laïcité est donc aussi un enjeu de débats. Elle est enfin une réalité historique : elle s’est construite progressivement et même si le fondement juridique reste le même, elle est toujours “vivante”.

- L’approche française se distingue-t-elle de ses voisins européens ? L’affirmation que la laïcité à la française se distingue des autres fait surtout plaisir aux Français ! En réalité, du point de vue des principes juridiques, elle est la même dans tous les pays d’Europe. On retrouve toujours et partout les trois piliers évoqués. Mais dans chaque pays, elle a son histoire propre et s’exprime de ce fait différemment : en Allemagne, par exemple, les Églises sont financées par un impôt d’État.

- Selon vous, le “discours du Latran” prononcé par le président Nicolas Sarkozy en décembre dernier va-t-il changer quelque chose ? Je ne pense pas que les positions personnelles de Nicolas Sarkozy changent quoi que ce soit à la réalité juridique de la laïcité. Les deux articles fondamentaux de la loi de 1905, les articles 1 et 2 ne seront pas modifiés. Toutefois, c’est la première fois qu’un président français dit qu’il y a une espérance religieuse au cœur de tout homme et que la morale laïque ne pourra jamais la dépasser… D’où de vives réactions dans le camp laïque.

- Comment expliquer une prise de position aussi nouvelle ? Elle est liée à la personnalité du président, à son rapport particulier à l’héritage chrétien, à sa fascination pour le monde religieux. Mais je ne pense pas que cela ira plus loin. Par ailleurs, notre président cherche à satisfaire des publics très divers : le discours du Latran peut plaire aux catholiques, le discours de Ryad vise les musulmans, la proposition de la mémoire de la Shoah peut faire plaisir aux juifs. En réalité, je pense que nous avons actuellement le premier président postmoderne de l’histoire de France

- Et à quoi ressemble un président postmoderne ? C’est quelqu’un qui ne cherche plus à être cohérent dans tous les domaines de sa vie en même temps mais qui est cohérent dans chacun de ces différents domaines, pris séparément. Ainsi, Nicolas Sarkozy peut défendre sans complexe à la fois l’idée que les chrétiens doivent être plus présents dans la société et en même temps dire qu’il faut travailler le dimanche. Il est en quelque sorte non-cohérent de façon structurelle : c’est en cela qu’il est postmoderne. Mais cela explique aussi pourquoi il n’est pas compris par les laïcs qui revendiquent la cohérence républicaine.

- Quelle évolution est-elle souhaitable (et possible) dans les relations entre l’Église et l’État en France ? Souhaitable et possible, je ne sais pas. Ce qui est certain, c’est que la culture laïque est en train de s’effondrer parce que la culture chrétienne s’effondre en parallèle. L’une n’existe que par rapport à l’autre, et en tension permanente. On reste dans l’incantation et non dans la connaissance réciproque et raisonnable, ou la possibilité de discuter paisiblement malgré les désaccords. Les catholiques revendiquent une laïcité ouverte sans être vraiment capables de la définir. Au fond, c’est une manière de dire : « Il faut que l’on soit plus présents dans la société » ou, en d’autres termes : « La théorie de l’enfouissement prônée pendant 40 ans nous a conduits dans une impasse. » Les “laïcs”, quant à eux, estiment que le religieux relève du domaine privé. Il relève pourtant du domaine public, en ce sens qu’il est une réalité collective, une activité publique mais non étatique. Et n’importe qui peut y participer et y assister.

- Comment dépasser cette situation de blocage ? Une première voie a été ouverte par l’État avec l’insistance redonnée à l’enseignement du fait religieux à l’école et cette idée que le fait religieux, en tant que tel, peut être objet de science. Les enseignants ne sont pas toujours très à l’aise avec cette évolution, alors que de nombreuses propositions de formation leur sont offertes. Du point de vue catholique, ce défi de la formation est également à relever de manière urgente ! Ainsi, et ainsi seulement, nous pourrons sortir de l’incantation réciproque.



 


 

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Face à l’euthanasie, éveiller une culture de solidarité

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5 mai 2008 2008 par Il est vivant !

Il y a quelques semaines, le cas de Chantal Sébire [1], une patiente en fin de vie réclamant publiquement le droit de mourir, émouvait la France entière. Retour sur cet événement qui a relancé le débat sur l’euthanasie, avec le regard d’un expert, Tugdual Derville.

Interview de Tugdual Derville, propos recueillis par Laurence Meurville

- Face au cas de Madame Chantal Sébire, en mars dernier, beaucoup se sont interrogés : « De quel droit obliger quelqu’un qui souffre atrocement moralement et physiquement à vouloir vivre encore ? » On ne peut pas obliger quelqu‘un à “vouloir vivre”. Mais, si quelqu’un qui souffre affirme “vouloir mourir”, on doit l’écouter et lui proposer toutes les aides propres à consoler ses idées suicidaires. En sens inverse, une personne ne peut exiger de la société – en l’occurrence des médecins – qu’on la tue. Or, c’est bien cette exigence qu’exprimait Chantal Sébire.

- Peut-on penser que cette personne a été instrumentalisée et manipulée par les lobbies pro-euthanasie ? Assurément, son cas a été utilisé en raison de son côté spectaculaire. Nous avons tous été saisis d’effroi devant ce qui nous a été dit de son histoire, de sa situation et de ses souffrances. Ce qui m’a le plus choqué, c’est cette instrumentalisation de la justice, alors que le recours n’avait aucune chance d’aboutir : je me demande si cela n’a pas précipité sa fin. Mais, quelqu’un qui souffre ne dit pas forcément la vérité. Or, Chantal Sébire n’a pas dit toute la vérité. Persuadée qu’elle avait le droit de tout faire pour obtenir enfin une loi admettant l’injection létale, elle a dissimulé qu’elle avait refusé les interventions chirurgicales qui auraient pu lui permettre de guérir et aussi d’éviter l’énormité de sa tumeur. L’équipe de soins palliatifs de l’hôpital de Dijon a même révélé qu’elle ne se soignait qu’à l’homéopathie ! Contrairement à ses dires, elle n’était pas allergique – physiquement – à la morphine mais elle l’était psychologiquement (elle la considérait comme “un poison”) ; non seulement elle a refusé les soins palliatifs dont les protocoles antidouleur auraient pu la soulager, mais encore elle a affirmé qu’ils n’auraient fait que la plonger dans le coma, ce qui est faux. Présenter comme des mouroirs des unités qui font tant de bien, c’est terrible pour les Français qui ignorent ce que sont les soins palliatifs.

- Que penser de la loi Leonetti concernant la fin de vie, votée en 2005 ? La loi Leonetti a eu le grand mérite de rappeler les principes-clés de la déontologie médicale. Ce débat a permis de sortir d’une confusion : refuser l’acharnement thérapeutique (les traitements inutiles ou disproportionnés) est un devoir du médecin et du patient ; cela ne veut absolument pas dire qu’il faille accepter l’euthanasie. Notre président, le cancérologue Xavier Mirabel, dit souvent qu’acharnement thérapeutique et euthanasie sont les deux dérives d’une médecine qui se croit toute-puissante. La loi de 2005 mérite à ce titre d’être mieux connue. Mais elle a cependant une faille : l’assimilation de l’hydratation et de l’alimentation à des traitements qu’on peut interrompre. En réalité, ce sont des soins qui sont toujours dus aux patients. Du coup, on commence à observer des protocoles euthanasiques par arrêt d’alimentation et d’hydratation, ce qui permet d’ailleurs aux promoteurs de l’euthanasie de protester en disant : « Plutôt la piqûre létale que mourir de faim et de soif ! » Il faut avoir conscience qu’il y a là un piège.

- En matière d’euthanasie, certains pensent que l’Église ne prend pas toujours assez en compte les situations réelles et leur lot de souffrances. Comment comprendre sa position ? L’Église n’a pas à rougir de sa tradition de service aux personnes souffrantes. Les soins palliatifs, qui prennent en compte la douleur physique, mais aussi la souffrance morale ou spirituelle de l’approche de la mort, lui doivent beaucoup. Elle a décrit depuis des décennies l’acte “à double-effet” (l’administration d’un analgésique qui risque d’accélérer le processus de la mort est licite si ce n’est pas le but recherché). Elle refuse toute forme de meurtre, à commencer le suicide, mais elle ne se contente pas de dire “non” au meurtre ; elle dit “oui” à la dignité de toute personne, jusqu’au terme naturel de sa vie. L’Église sait que l’euthanasie pour de prétendues exceptions aboutirait vers l’élimination des personnes jugées trop coûteuses, inutiles ou gênantes.Il y a une grande cohérence entre ses prises de position et ses actions.

- Peut-on voir les soins palliatifs comme LA solution face à toutes les souffrances des personnes en fin de vie ? Oui et non. Oui, il faut que chacun puisse exercer son droit d’être accompagné ainsi quand il est gravement malade ou mourant. On ne cesse de découvrir quelle lumière peut transparaître, au-delà des épreuves, quand les patients sont soignés, respectés et aimés. Il y a des instants précieux de réconciliation et de paix intérieure. Précipiter l’échéance, c’est du vol. Il faut continuer à progresser pour soulager les douleurs physiques et mieux accompagner les souffrances morales. Cependant, garantir une “bonne mort” relève du fantasme. La mort reste un scandale qui ne peut être totalement maîtrisé. C’est ainsi qu’une vision idéologique des soins palliatifs peut conduire, en cas d’échec, à l’euthanasie. On n’empêchera pas quelqu’un – même si c’est très rare – de demander le suicide médicalement assisté pour des raisons idéologiques. Si nous voulons éviter la culture de l’euthanasie, il nous faut promouvoir une culture de solidarité. Et si les solidarités familiales sont défaillantes, il faut, auprès des personnes isolées qui vont mourir, des témoins de tendresse et de miséricorde.



[1] Enseignante de 52 ans souffrant d’une tumeur rare, déformante et douloureuse, Chantal Sébire a déposé un recours auprès du président du tribunal de grande instance de Dijon pour obtenir "le droit de mourir dans la dignité" et écrit au président de la république pour lui demander une évolution de la loi. Sa mort, le 19 mars dernier, a relancé le débat sur l’euthanasie.

 


 

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Crise alimentaire mondiale, quelle issue possible ?

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2 juin 2008 2008 par Il est vivant !

Pour Philippe Chalmin, expert en économie, "Il nous faut prendre au sérieux le message d’alarme actuel des marchés : nous avons un défi majeur à relever en ce début de XXIe siècle, le défi alimentaire."

Interview de Philippe Chalmin, par Laurence Meurville

- Selon vous, comment expliquer la crise alimentaire mondiale actuelle qu’ont révélée au grand public les récentes émeutes de la faim ? Partons d’un fait. Les prix agricoles internationaux ont été multipliés par trois au cours des deux à trois dernières années. En clair, une tonne de blé qui valait 120 ou 130 dollars il y a trois ans vaut aujourd’hui 400 à 450 dollars. La flambée est à peu près identique pour le riz. Elle est un peu moins forte pour le maïs et le soja. Alors qu’au départ, ce phénomène concernait essentiellement l’énergie et les métaux, depuis deux ans, bien avant les émeutes de la faim, les prix agricoles ont été concernés à leur tour. À mon sens, les émeutes de la faim révèlent surtout un phénomène de pauvreté. Notons que tous les pays concernés sont des pays « à problème » (Somalie, Haïti, etc.). Beaucoup avaient pris l’habitude de résoudre leur problème alimentaire par des importations. Ils se retrouvent aujourd’hui dans une situation délicate. Ils sont obligés de répercuter la hausse actuelle des prix sur les consommateurs urbains, ce qui provoque ces fameuses émeutes.

- Cette flambée des prix est-elle liée, comme beaucoup l’estiment, à la spéculation financière ? Pour moi, la principale raison est ailleurs. Observons ce qui s’est passé ces dernières années pour les céréales (au sens large) : sur les sept dernières campagnes, la production n’a été supérieure à la demande qu’une seule fois. La baisse assez considérable des stocks provoque aujourd’hui des situations très tendues. De plus, sur les deux dernières campagnes, sont survenus des accidents climatiques importants : sécheresse en Australie, dans les Balkans, dans la zone de la Mer noire, etc. La spéculation a certes augmenté la volatilité des marchés, mais ce n’est pas elle qui a créé la situation de déficit que nous connaissons. La spéculation est comme l’écume sur la vague. Quand la mer est plate, il n’y a pas de vague, donc pas d’écume. Lorsque la mer est déchaînée, il y a de grosses vagues et beaucoup d’écume. On a parfois du mal à distinguer la vague et l’écume.

- Quel est l’impact de l’émergence des biocarburants sur la situation actuelle ? Il est souvent très exagéré. Si ce phénomène influe sur la hausse du prix du maïs et indirectement du soja, il n’a aucun effet sur celle du prix du blé. Sur 2, 1 milliards de tonnes de céréales produites, les biocarburants ne représentent que 100 millions de tonnes. Avec la flambée des prix, ils ne sont de toute façon plus rentables, sauf aux États-Unis, du fait des subventions gouvernementales.

- Comment expliquer que l’offre ne parvient plus à répondre à la demande ? Du côté de la demande, ceci est dû pour moitié à la croissance démographique mondiale : chaque année, il y a, sur terre, 80 millions d’être humains en plus. Ce phénomène s’explique aussi par l’exode rural : dans de nombreux pays, les populations quittant la campagne passent d’un système de culture de subsistance à une dépendance en zone urbaine. Enfin, dans un certain nombre de pays qui sont en train de décoller économiquement (la Chine, l’Inde), le niveau de vie s’améliore : quand on est plus aisé, on cherche une alimentation plus consistante et de meilleure qualité. Cela passe notamment par la consommation de viande. En Inde, par exemple, la production de volailles a augmenté, ces cinq dernières années, de 12 % par an. Or, l’élevage des volailles suppose du maïs et du soja… Du côté de l’offre, je crois que nous payons aujourd’hui le fait que les prix agricoles ont été très bas dans les années 90 et jusqu’en 2003. Cela n’a pas incité les agriculteurs à produire plus. Confrontés à des problèmes d’endettement et souvent aussi de mal-gouvernance, nombre de pays ont préféré importer et bénéficier d’aides alimentaires extérieures, les pays les plus pauvres estimant que l’agriculture suivrait.

- Pensez-vous que cette crise va durer ? C’est toujours difficile de prédire l’avenir mais je pense en effet que c’est une crise qui risque de durer. Même si cette année, de meilleures récoltes sont prévisibles, il faudra plusieurs années pour renouveler les stocks, et la demande est toujours croissante. Les prix resteront volatils, mais soutenus. Il nous faut prendre au sérieux le message d’alarme actuel des marchés. Ils disent, en substance, que nous avons un défi majeur à relever en ce début de XXIe siècle, le défi alimentaire. Et nous le relèverons si nous parvenons à relancer les politiques agricoles dans les pays en voie de développement afin qu’ils parviennent à une autosuffisance.

- Quel rôle peuvent jouer les pays les plus riches ? Aider ces pays à financer des politiques agricoles qui pourraient ressembler à ce qu’a connu l’Europe dans les années cinquante : mettre en place pour les agriculteurs un prix garanti, des systèmes d’achat garanti, des systèmes de silo, etc.

- Et les simples citoyens que nous sommes ? Pousser fortement nos gouvernements à tenir les promesses qu’ils ont faites en matière d’aide au développement.

- Beaucoup s’interrogent : les ressources de notre planète sont-elles suffisantes pour subvenir aux besoins alimentaires de l’humanité ? Oui. Notre planète peut nourrir 10 milliards d’hommes, mais c’est là le défi majeur du XXIe siècle et on ne peut s’offrir le luxe de fermer les portes des technologies nouvelles.



 


 

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Lourdes, dans le secret des miracles

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28 juillet 2008 2008 par Il est vivant !

Le docteur Patrick Theillier est témoin des miracles, petits et grands, qui se produisent encore aujourd’hui dans le sanctuaire marial.

Point de vue du Dr Patrick Thellier

- Comment différencier guérisons et miracles ? Le terme miracle est utilisé aujourd’hui par les médias comme désignant l’incroyable, le sensationnel, le spectaculaire, ce qui n’est pas le vrai sens de ce mot. Ce terme est avant tout religieux, chrétien. Le miracle est de reconnaître, dans un événement certes étonnant, l’intervention de Dieu. Il existe toutes sortes de miracles dans l’histoire de l’Église, à commencer par ceux accomplis par le Christ lui-même, les plus fréquents étant les guérisons. Des miracles sont reconnus encore aujourd’hui, ne serait-ce qu’au cours des procès de béatification et de canonisation. La guérison (physique) est un fait constatable et analysable par la médecine. On parlera de miracle lorsqu’on interprète comme tel une guérison, selon des critères bien précis. À Lourdes, dès le début, il y a eu des guérisons. La première a eu lieu le 1er mars 1858, pendant les apparitions, et beaucoup d’autres ont suivi. Il y en a eu tellement qu’on a même parlé d’ « épidémie de guérisons » ! Mgr Laurence, l’évêque de Lourdes, a très vite mis en place une commission médicale et il reconnaît les apparitions dès 1862, retenant sept guérisons qualifiées de miracles : « J’y vois le doigt de Dieu ! »

- Qu’a dit l’Église à ce sujet au cours de son histoire ? On peut rappeler qu’au dix-huitième siècle, le canoniste Prosper Lambertini, cardinal qui deviendra pape sous le nom de Benoît XIV, a créé la congrégation pour la cause des saints. Il a réfléchi aux critères nécessaires pour qu’une guérison puisse être un jour qualifiée de miraculeuse et a établi des critères médicaux très précis.

- Pourquoi un bureau médical a été créé en 1883 à Lourdes ? Une fois les apparitions terminées, les guérisons ne se sont jamais taries, à l’image de la source. Il fallait donc bien les examiner. En 1908, le docteur Boissarie, responsable de ce Bureau médical, constatant qu’il n’y avait pas eu de reconnaissance de miracles depuis 1862, est allé à Rome interroger les autorités compétentes. Le médecin du pape le renvoya sur les fameux critères de Lambertini. C’est ainsi qu’une vingtaine de guérisons purent être reconnues miraculeuses au cours du cinquantième anniversaire des apparitions.

- Quels sont ces critères ? 1 - La maladie doit être bien connue et répertoriée par la médecine. 2 - Ce doit être une maladie grave. 3 - Une maladie organique, lésionnelle, à l’exclusion des maladies mentales. 4 - Aucun traitement ne doit pouvoir expliquer la guérison. 5 - La guérison doit avoir été subite, soudaine et instantanée. Les gens guéris savent très bien le moment où ils l’ont été. Cette guérison ne les touche pas seulement sur le plan physique, mais dans tout leur être. Dieu n’agit pas d’abord dans les intestins ou les poumons de quelqu’un, il agit dans le cœur de la personne, puis la grâce se déploie. C’est en réalité une expérience d’effusion de l’Esprit Saint. L’un des miraculés me racontait : « Par l’onction des malades, j’ai reçu une force spirituelle et le lendemain, j’ai été guéri : la grâce s’était déployée dans tout mon corps, en chacune de mes cellules. » Il y a, pour les malades, un avant et un après. Ils ont vécu une expérience inoubliable, qui a changé toute leur vie, et ils attribuent avec certitude leur guérison à Dieu par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes. Le sixième critère est que la guérison ne soit pas une simple régression des symptômes et enfin, il doit s’agir d’une vraie guérison et non d’une simple rémission, ce qui n’est pas simple pour nous aujourd’hui.

- Quel est le processus de la reconnaissance ? Il se fait en trois temps : 1 - La personne se déclare volontairement et spontanément. 2 - Le temps médical : il s’agit de s’assurer qu’il y a bien guérison (passage d’un état pathologique avéré à un état de santé), qu’aucune cause médicale n’est à son origine. On en conclut être en présence d’une guérison exceptionnelle, inexpliquée. En même temps, il faut vérifier qu’une telle guérison répond bien aux critères de Lambertini. Outre le Bureau médical de Lourdes, le comité médical international, créé après le Seconde Guerre mondiale par Mgr Théas et composé de 25 scientifiques, fait l’expertise du cas présenté. 3 - Le temps de l’Église : c’est toujours l’évêque du diocèse d’origine de la personne guérie qui prend le dossier en main et qui peut, s’il le souhaite, reconnaître canoniquement le miracle, reconnaissance sur laquelle on ne peut jamais revenir.

- Y a-t-il encore des miracles aujourd’hui ? Depuis 150 ans à Lourdes, 67 guérisons ont été reconnues officiellement comme des miracles par l’Église. Mais de très nombreuses autres personnes ont vécu une guérison que l’on peut considérer comme réelles après étude sérieuse. J’en donne beaucoup d’exemples dans mon livre Lourdes, des miracles pour notre guérison. Pour elles, cette guérison comporte une portée d’ordre spirituel, en lien avec Notre-Dame de Lourdes. Ces personnes viennent frapper à la porte du Bureau médical et je suis toujours impressionné par le récit de ce qu’elles ont vécu : elles sont comme transfigurées. Selon moi, ces petits “miracles” ont autant de valeur que les autres. Il était important de permettre à ces pèlerins de raconter ce qu’ils ont vécu. Entre 30 et 50 personnes viennent ainsi me livrer leur témoignage chaque année. Je présente les 3 à 5 cas qui me semblent les plus sérieux au comité médical mais depuis dix ans que je suis ici, aucun n’a été accepté. Pour certains, je le regrette beaucoup.

- Et les guérisons intérieures ? Aujourd’hui, de nombreuses guérisons reçues à Lourdes sont d’ordre psycho spirituel. Il y a 150 ans, l’urgence était de survivre. Depuis cette époque, la médecine a plus progressé que jamais elle ne l’avait fait au cours de toute son histoire. Les problèmes qui nous touchent aujourd’hui sont très différents, les réponses le sont également. La Vierge Marie entend les souffrances actuelles. Les guérisons visibles sont signes de toutes les autres, invisibles, et peut-être plus importantes car pour la vie éternelle.

- Qu’est-ce qui, dans cette fonction de responsable du bureau médical, et en tant que chrétien, vous a le plus marqué depuis dix ans ? De voir que Dieu agit toujours dans les cœurs droits. Je suis émerveillé tous les jours par la puissance de l’Esprit Saint. Dieu guérit beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Qu’on ne croit pas qu’il n’y a plus de miracles à Lourdes ! L’arbre du miracle avec un grand M ne doit pas cacher la forêt de toutes les guérisons miraculeuses qui ont lieu ici chaque année.



 


 

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Le Pape en France : la visite d’un ami

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8 septembre 2008 2008 par Il est vivant !

L’info ne vous aura pas échappé : du 12 au 15 septembre, Benoît XVI sera sur la terre de France. Une visite pleine de promesses. Éclairages par le cardinal André Vingt-Trois.

Propos recueillis par Claire Villemain

- Quel est le sens de la visite apostolique du Pape en France ? Le Pape répond à l’invitation que lui a adressée Mgr Jacques Perrier à l’occasion du Jubilé des 150 ans des apparitions de Notre-Dame à Bernadette en 1858. C’est donc d’abord comme un pèlerin que le Pape a souhaité venir à Lourdes. Comme il s’agit de son premier voyage de Souverain Pontife en France, il a accepté de passer quelques heures à Paris, capitale de la France. Ce sera une grande joie pour les Parisiens et pour les Franciliens de recevoir le Pape. Au cours de son bref séjour, il va rencontrer des représentants du monde de la culture, les prêtres et les personnes consacrées, les jeunes, les représentants des diverses religions et la foule à la messe du samedi matin.

- Quel élan missionnaire peut-on attendre pour l’Église de France après cette visite papale ? Je pense que la visite du Pape aura beaucoup d’effets. D’abord, dans sa rencontre avec la Conférence épiscopale à Lourdes. Il va resserrer les liens de communion qui existent entre les évêques et entre les évêques et lui-même. Ces liens de communion sont très importants pour nous parce qu’ils nous assurent que notre action vise bien l’édification de l’Église, Corps du Christ. L’unité entre les évêques et des évêques avec leur tête qui est le Pape, est la garantie que notre foi est bien foi en Celui qui a envoyé les apôtres en mission. En outre, les messes célébrées à Paris et à Lourdes vont permettre aux catholiques, et en particulier aux jeunes, de mieux mesurer leur force et leur responsabilité dans notre société. J’espère que ce sera un nouvel élan dans la mission apostolique de notre Église.

- Les Français vont découvrir Benoît XVI. Comment le Pape est-il perçu en France ? Paradoxalement. Alors que beaucoup de gens le connaissent peu ou ont de lui une image caricaturale, le pape Benoît XVI est un très bon connaisseur de la réalité française, non seulement de sa culture qu’il possède parfaitement, mais encore de la situation de l’Église en France. Depuis quarante ans, il est intervenu à de nombreuses reprises dans notre pays et certaines de ses interventions ont fait date, notamment son discours de Caen au moment de l’anniversaire du Débarquement en Normandie. Beaucoup de mes contemporains ont été des lecteurs passionnés des traductions de ses livres, notamment Foi chrétienne hier et aujourd’hui. Pendant ses vingt-cinq ans à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il a reçu beaucoup de Français, non seulement les évêques, lors de leur visite ad limina, mais aussi des théologiens et de simples fidèles en pèlerinage. Tous ont pu expérimenter sa capacité d’écoute et son désir du dialogue.

- Les jeunes ont vécu un temps fort avec Benoît XVI lors des JMJ. En septembre, il va de nouveau les rencontrer. Quel est son message pour la jeunesse d’aujourd’hui ? En septembre, il va certes rencontrer des jeunes qui seront de retour des JMJ, mais encore beaucoup d’autres qui n’auront pas pu y aller et qui s’y seront associés par des rassemblements en France. Je crois que ce qui caractérise le message du Pape aux jeunes, c’est sa foi et son espérance. Le thème même des JMJ de Sydney en témoigne : « Vous recevrez une force d’en haut et vous serez mes témoins. » Le Pape fait confiance aux jeunes pour assumer la mission de l’Église aujourd’hui et dans l’avenir. Il les conforte en leur annonçant que cette mission est celle que confère l’Esprit Saint. Il manifeste une haute ambition pour les jeunes d’aujourd’hui. À la suite de Jean Paul II, il croit qu’ils sont appelés à la sainteté comme tous les disciples du Christ et qu’ils peuvent devenir des saints.

- Sur quels terrains les médias attendent-ils le Pape ? C’est une question qu’il faudrait poser aux médias eux-mêmes. Un certain nombre n’est intéressé que par les aspects spectaculaires ou marginaux. C’est leur problème déontologique d’informateurs. Heureusement, on rencontre de plus en plus de journalistes qui sont curieux et intéressés de savoir ce que l’Église peut annoncer et apporter au monde d’aujourd’hui. Ce sera l’occasion de voir quels sont les plus ouverts.

- Benoît XVI rencontrera les représentants des autres communautés chrétiennes. Que peut-on espérer de ces rencontres ? La brièveté du séjour du Pape à Paris ne permettra malheureusement pas une longue rencontre. Mais, symboliquement, le Pape a souhaité saluer les responsables du Conseil d’Églises chrétiennes en France, ce qui se fera à Notre-Dame de Paris avant de nous réunir dans une commune prière des Vêpres. Cette brève rencontre manifestera, une fois de plus, que les rapports de fraternité qui existent entre nous, les protestants et les orthodoxes, sont devenus le mode habituel de nos relations. Ne pas être parvenus à la plénitude de la communion entre nous ne signifie pas qu’il n’y a aucune communion. En tout cas, l’Église catholique, et le Pape en premier, ne sont pas décidés à renoncer à leur engagement dans la recherche de l’unité.

- Comment les paroisses peuvent-elles se préparer à l’événement ? D’abord évidemment par la prière. Pourquoi n’aurions-nous pas une intention de prière universelle chaque dimanche pour la fécondité de la visite du Saint-Père ? Mais aussi en préparant des délégations qui pourront se joindre aux différentes étapes du voyage du Pape à Paris ou à Lourdes et en prévoyant des moyens de suivre l’intégralité du voyage sur KTO pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer.



 


 

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Le pape en France, "Donnez votre vie au Christ !"

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8 octobre 2008 2008 par Il est vivant !

Du 12 au 15 septembre, Benoît XVI nous a offert, à Paris puis à Lourdes, le visage d’un Pape aimant et humble, à la pensée puissante et riche. Retour sur cette visite-marathon.

par Claire Villemain

Depuis quelques jours déjà, Paris commençait à se préparer. La rumeur gagnait les couloirs de métro et ses écrans de signalisation : « En raison de la visite du pape Benoît XVI, la station sera fermée… » Dans les rues du 7e arrondissement, on pouvait apercevoir de plus en plus de drapeaux du Vatican, répondant aux immenses banderoles jaunes et blanches qui tapissaient déjà depuis plusieurs mois les façades des églises parisiennes.

Il est 16 h 30, à la sortie du métro Odéon. À quelques rues d’ici, la foule commence à converger vers les quais de la Seine et le parvis de la cathédrale Notre-Dame, déjà noire de jeunes. Groupes de pop louange, écrans géants, sacs-à-dos et tee-shirts colorés, c’est presque une ambiance JMJ qui règne ici. Sur les visages, un seul sourire. Sur les lèvres, un seul nom : « Benedetto ! »

Les trésors du Pape

Celui qu’ils attendent tous est pour l’instant à quelques rues de là, devant un parterre de représentants du monde culturel, beaucoup plus disciplinés. Et pour cause : le discours de Benoît XVI au Collège des Bernardins demandait calme et concentration pour saisir des propos de haut vol sur « les origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne », éclairant ce thème par l’aventure monastique et les liens de la quête de Dieu avec la vie de la culture et des arts. Une allocution qui revêtait une importance toute particulière pour cet intellectuel reconnu et ce membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

Ce sont sous d’autres voûtes gothiques, celle de la cathédrale de Paris, que le Saint-Père présidera les vêpres dans quelques instants, avec près de 2000 prêtres, religieux (ses) et diacres. « C’est une rencontre entre frères, avec notre aîné dans la foi, témoigne le père Vincent, Togolais, en mission d’études pour deux ans à Paris. Cela me fortifie dans mon ministère de prêtre et le simple fait de le voir me rend très heureux ! » Une joie partagée par sœur Catherine, des Fraternités monastiques de Jérusalem : « J’attends de lui des paroles d’encouragement, qui permettront aux Français de trouver le sens de leur vie. En tant que baptisée et que moniale, c’est pour moi une joie extraordinaire de recevoir le Pape. » Et l’émotion est palpable lorsqu’à 19 heures, Benoît XVI pénètre dans la cathédrale, dans une ambiance enthousiaste mais recueillie, contrastant avec l’accueil effervescent qu’une foule de 40 000 fidèles lui avaient réservé tout au long de son trajet en papamobile sur les bords de Seine. Une heure de prière vespérale, où antiennes et psaumes firent monter vers Dieu « comme l’encens » la louange de tout un peuple consacré. Dehors, 8000 jeunes groupés sur le parvis prient eux aussi… et s’impatientent : le Pape va s’adresser à eux dans quelques minutes, et leur confier deux “trésors” : l’Esprit Saint et la Croix, « profondément liés l’un à l’autre ». Les jeunes applaudissent et réagissent, tout comme Matthieu, étudiant en biologie : « C’est formidable de voir combien le Pape nous fait confiance ! Le rencontrer et entendre son invitation à suivre Jésus nous aide pour la vie de tous les jours. » Pour lui, comme pour tous les jeunes parisiens, des veillées de prière vont commencer, à la cathédrale et dans les paroisses environnantes. Ils se retrouveront à minuit, au son des Ave Maria, massés derrière la statue de Notre-Dame pour «  tracer ensemble un chemin de lumière à travers la ville endormie », selon les termes du cardinal Vingt-Trois.

« N’ayez pas peur »

Samedi matin, les yeux s’écarquillent, sous le ciel laiteux d’une aube naissante. Les uns rangent leurs sacs de couchage, les autres se faufilent pour s’installer sur un petit coin de pelouse. « Pas de bousculade, il y aura de la place pour tout le monde ! », garantit un volontaire, vêtu de son tee-shirt orange. Les bénédictines de Montmartre reprennent en chœur le chant des laudes. L’ambiance de prière s’installe en même temps que les familles, les jeunes ou les groupes de paroissiens. Il est 10 heures quand la papamobile traverse le pont Alexandre III. Sans tarder, chacun sort son fanion aux couleurs du Vatican et s’empresse autour des barrières. Les «  Vive le Pape ! Viva el Papa ! » gagnent même les rangs des personnalités. L’émotion est grande car pour la plupart des quelques 260 000 personnes réunies ce matin, il s’agit de la première rencontre avec le Pape. C’est le cas de Yoko, une jeune femme de la rue, membre de l’association Aux captifs la libération. «  Cet homme a tellement d’amour dans le cœur, tellement de tendresse dans son regard, que ma joie ce matin est immense ! », lancera-t-elle, la voix brisée dans un sanglot d’émotion. Benoît XVI concélèbre alors la messe avec 1500 prêtres et 90 cardinaux et évêques. Reprenant les paroles de l’apôtre saint Paul, il encourage les fidèles à ne pas adorer de fausses idoles, mais à répondre généreusement à l’appel du Christ sur chacun : « N’ayez pas peur de donner votre vie au Christ ! », lancera-t-il notamment. Et sous les « Merci ! » scandés par les prêtres, la cérémonie se termine, laissant dans le cœur de chaque fidèle le souvenir d’un moment d’exception et, pour beaucoup, de conversion vers Dieu.



 


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Et aussi "à Lourdes, des germes d’éternité" par Laurence Meurville. Pendant deux jours, autour de Benoît XVI, la cité mariale de Lourdes s’est transformée pour l’Église de France en véritable école de vie chrétienne...


Crise financière - Les limites d’un système

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24 novembre 2008 2008 par Il est vivant !

"La crise" : un mot qui est sur toutes les lèvres depuis la chute des places boursières fin septembre. Cette crise, qui a commencé en 2007 aux États-Unis, va-t-elle trouver une issue ? Le point de vue de Pierre-Yves Gomez, directeur de l’Institut français de gouvernement des entreprises.

Propos recueillis par Claire Villemain

- Comment est survenue la crise ? Dans les années 1980, il y a eu une dérégulation financière dans tous les pays occidentaux. L’épargne des ménages qui, jusque-là, était gérée par les banques, a été directement orientée vers le capital des entreprises. Les caisses de retraites américaines (les fameux fonds de pensions) ont été autorisées à placer sur le marché boursier les revenus collectés pour payer les retraites. Chez nous, les comptes à termes ont été remplacés par les Sicav et les Plans d’épargne en actions. Pour sortir de la crise économique de l’époque, l’idée consistait à rendre beaucoup plus facile le financement des entreprises. Il leur suffisait d’augmenter le capital en attirant l’épargne des ménages plutôt que de s’endetter. L’idéologie ambiante assurait que le marché financier allouait cette épargne bien mieux que les banques en s’investissant toujours dans les entreprises les plus rentables.

- Cela a-t-il marché ? D’une certaine manière. Comme l’épargne des ménages a été massivement orientée vers les entreprises, les cours de bourses se sont alors envolés. Ce fut une période de “financiarisation” intense. Beaucoup de ménages sont ainsi devenus actionnaires, souvent sans le savoir. Comme il y avait beaucoup d’argent en circulation, on s’est mis à croire qu’il était possible d’accroître son revenu par des rémunérations de 8 ou 10 %, 15 et même 25 % par an des fonds investis.

- Et ces promesses de gains, démesurées, ont conduit à la crise actuelle… En fait, le ver était dans le fruit dès l’origine. Entre les épargnants et les entreprises, une industrie financière est née pour gérer cet argent : sociétés d’investissements, traders, analystes, etc. Les banques, qui avaient perdu leurs épargnants traditionnels, se sont aussi reconverties dans la finance de marché pour récupérer les “nouveaux épargnants”. Elles ont développé une activité de placement financier. Les profits de cette industrie étaient alors considérables : quelques milliers de personnes dans le monde géraient des centaines de milliards d’épargne en les investissant dans une dizaine de milliers d’entreprises cotées dans le monde. Or le problème était justement là : il y avait trop d’argent à investir et pas assez de cibles pour le placer. Pour rentabiliser des placements, il fallait continuellement acheter et vendre, spéculer, créer de nouveaux produits financiers et demander aux entreprises des rendements toujours plus élevés. C’est une sorte de fuite en avant, une course sans fin à la rentabilité des placements, à l’investissement et à l’innovation permanente. Les partisans de ce modèle économique expliquaient que, grâce à cela, on vivait une croissance économique jamais connue dans l’histoire. Mais des économistes sérieux tiraient régulièrement la sonnette d’alarme : cette croissance forcée des rendements ne pouvait se poursuivre indéfiniment.

- Et le modèle a explosé durant l’été 2007… Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres ? Entre autres idées géniales, des banques avaient imaginé de prêter à des ménages quasi insolvables (les subprimes, voir encadré) qui les rembourseraient en revendant rapidement le bien acheté à un prix plus élevé. Comme le marché immobilier ne faisait que croître, l’idée était de proposer aux pauvres de spéculer sur leur propre maison. L’ennui, c’est que ces pauvres n’ont pas vendu. Le marché a baissé et les crédits sont devenus irrécupérables. À partir de là, le château de cartes financier s’est effondré. Car les banques s’étaient servies des hypothèques sur ces biens pour créer de nouveaux produits financiers, qu’elles vendaient sur le marché international (la titrisation, voir encadré). Des milliards d’euros détenus par des fonds d’investissement et des banques se sont avérés sans valeur. En quelques semaines, le système bancaire mondial se serait effondré si les États et les banques centrales n’étaient pas venus à la rescousse en rachetant ces mauvaises créances et en prêtant aux banques, voire en les rachetant purement et simplement. La débâcle du système financier est totale, mais elle traduit, plus qu’on ne le dit, les difficultés profondes de notre système économique.

- S’agit-il finalement d’une crise économique, et pas seulement d’une crise financière ? La prospérité de ces dernières années reposait en partie, sur un mécanisme pervers. La croissance se traduisait par la destruction très rapide des innovations pour faire place à de nouvelles créations. Toujours du nouveau. Cela donnait l’illusion d’une rentabilité toujours plus grande du capital investi dans les entreprises, d’innovations toujours plus créatrices de valeur pour le client et l’actionnaire. Mais économiquement, ce n’était ni exact, ni soutenable. Car, avec des cycles de produits dont la durée de vie est de plus en plus courte, cette croissance a détruit autant de biens qu’elle a créés. Au-delà de la crise financière, c’est, plus fondamentalement, notre façon de produire à outrance qui est en cause. L’avenir montrera si on en a pris vraiment conscience.



 


 

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La théologie de saint Paul

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3 décembre 2008 2008 par Il est vivant !

De l’éblouissement de la rencontre avec le Christ, à l’entrée de la capitale syrienne, découle toute la théologie de saint Paul : une compréhension de la Croix à la lumière de l’Esprit, la rédemption par la foi, et une Église corps du Christ greffée sur le mystère d’Israël.

Par le Père Jacques Gomart

« Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4). Jésus ressuscité, vivant et glorieux, se manifeste sous les traits d’un persécuté à celui qui s’appelle encore Saül ! «  Qui es-tu Seigneur ? » Paul restera marqué à jamais par l’éblouissement de cette rencontre sur la route de Damas. Il est « saisi par le Christ Jésus » (Ph 3,12), par celui qui s’identifie à chacun de ses disciples persécutés.

La Croix au cœur de la foi

À Damas, Paul entre dans le mystère du Christ par le mystère de la Croix. Croix qui va dès lors devenir le cœur de sa théologie et de sa prédication, comme l’exprime Benoît XVI dans ses récentes catéchèses sur l’Apôtre : « À travers l’expérience décisive qu’il fit sur le chemin de Damas, Paul comprit que Jésus était mort et ressuscité pour lui et pour tous… Dans la Croix s’était manifesté l’amour gratuit et miséricordieux du Père. » Aussi, pour Paul, poursuit le Saint-Père, « la Croix a une place primordiale dans l’histoire humaine : elle représente le cœur de sa théologie. Dire “Croix” signifie salut offert à chacun. La Croix du Christ devient l’élément premier de la prédication « paulinienne (...) Elle est, pour ainsi dire “le centre du centre” du mystère chrétien ».

Entre Jérusalem et Damas, Saül passe en effet de la force du persécuteur, menant une mission punitive, à la faiblesse de l’aveugle, qui doit se laisser guider par un autre… Privé de lumière, sans manger ni boire durant trois jours : c’est ainsi que le récit des Actes nous présente les premiers pas de Saül dans la foi chrétienne comme ceux d’un catéchumène plongeant avec le Christ dans les ténèbres de la mort, pour renaître à la vie nouvelle le troisième jour ! Cette expérience fondatrice, Paul l’évoquera en filigrane quelques années plus tard, en décrivant aux Philippiens le chemin du salut par la foi : « il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts » (Philippiens 3,9-11).

Notons que c’est dans «  la puissance de la résurrection » et comme source de vie éternelle que Paul envisage la Croix et la communion du chrétien aux souffrances du Crucifié : il n’y a pas chez lui d’encouragement à un quelconque dolorisme, ni d’exaltation morbide de la souffrance. S’il n’a voulu à Corinthe « rien connaître d’autre que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié » (1 Corinthiens 2,2) c’est bien parce que la Croix, ou plus exactement le Christ en Croix, est la source paradoxale du salut ! Pour Paul, la Croix constitue la manifestation déconcertante, au creux de la faiblesse humaine, de la puissance divine de l’amour, victorieux du mal et de la mort. « Alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que l’homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme » (1 Corinthiens 1,22-25).

« Scandale » ou « folie » : Paul ne cache pas la difficulté ! La Croix n’entre pas d’emblée dans nos représentations de la puissance divine ou d’une sagesse de vie véritablement humaine… Dans la dynamique de l’Incarnation, elle représente pourtant le point ultime de l’amour de Dieu venu chercher l’homme pécheur au creux de sa misère, comme le chante la célèbre hymne aux Philippiens : «  Lui qui était dans la condition de Dieu (...), il s’est abaissé en devenant obéissant jusqu’à mourir et à mourir sur une Croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout… » (Philippiens 2,8-9) En mourant sur la Croix, Jésus prend donc sur lui et porte avec nous nos épreuves, nos péchés et notre propre mort, afin de nous ouvrir à la vie de son Père : «  Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu » (2 Corinthiens 5,21). « Admirable échange ! »

La contemplation du Crucifié à la lumière de l’Esprit Saint, seul capable de nous faire comprendre le « langage de la Croix » (cf. 1Co 2,13-16), ouvre ainsi à Paul de larges perspectives sur la “folie” et la gratuité de l’amour de Dieu pour ses enfants. Elle l’amène aussi à inscrire sa propre vie dans le dynamisme amoureux de l’offrande et du renoncement qu’exprime la Croix : « Que la Croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil. Par elle, le monde est à jamais crucifié pour moi, et moi pour le monde » (Ga 6,14).

Sauvés gracieusement par la foi

Dans la première partie de sa vie, Paul n’avait pas encore mis son orgueil dans l’imitation de la Croix de Jésus, mais bien plutôt dans l’observance de la Loi de Moïse : « Circoncis à huit jours, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreu ; pour la Loi j’étais un pharisien ; pour l’ardeur jalouse, j’étais un persécuteur de l’Église ; pour la justice que donne la Loi, j’étais irréprochable » (Ph 3,5-6).

Fidèle à la foi de ses pères, Saül avait courageusement mis ses pas dans ceux de son peuple, élu par Dieu et appelé à vivre dans l’Alliance avec lui, dans le respect de sa Loi : « Heureux celui qui se plaît dans la loi du Seigneur et la murmure jour et nuit » (Psaume 1,2). Celle-ci comprend, avec le décalogue, quelques 613 préceptes contenus dans le Pentateuque et dans la tradition orale, qui encadrent tous les aspects de la vie, aussi bien intimes que publics, familiaux que sociaux, cultuels que culturels. Être juste alors, pour le pharisien Saül, c’est vivre dans l’obéissance à la Loi du Seigneur et s’écarter de ceux qui la transgressent, voire les pourchasser…

Sur le chemin de Damas, Saül va vivre un retournement intérieur, une véritable conversion : il va se découvrir non pas juste par la qualité de son observance religieuse, mais aimé et justifié gracieusement par le Christ. Dans la gratuité de cet amour et du pardon de Dieu offerts en Jésus crucifié et ressuscité, il reçoit le salut comme un don de Dieu, comme une grâce… Un salut qu’il n’a pas mérité par ses propres forces, mais qu’il accueille avec un cœur de pauvre qui se reconnaît faible et pécheur : «  Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (Romains 7,19).

Ce changement de perspective porte en germe d’immenses conséquences. En effet comme l’écrira Paul aux Romains, si « nous estimons que l’homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la Loi de Moïse » (Romains 3,28) alors le salut de Dieu est offert à tous, juifs et païens, et le chemin de la justice ne passe plus par l’observance de tous les préceptes de la loi mosaïque, mais « en me faisant passer sous sa loi, l’Esprit qui donne la vie dans la Christ Jésus m’a libéré, moi qui étais sous la loi du péché et de la mort » (Romains 8,2).

Alors, exit la Loi ? « La fin de la Loi, c’est le Christ pour la justification de tout croyant » (Romains 10,4). S’il n’est plus soumis à sa lettre parfois tatillonne et imposée de l’extérieur, le chrétien demeure cependant appelé à vivre de son esprit, animé de l’intérieur par l’Esprit du Christ qui l’éclaire et le fortifie pour poser des actes bons. Actes qui contribueront à épanouir la liberté reçue en germe : «  Tout m’est permis, mais tout ne m’est pas profitable », écrit Paul avec bon sens aux chrétiens de Corinthe, confondant parfois liberté et licence (1 Corinthiens 6,12). Car la vie chrétienne est un pèlerinage : il nous faut devenir ce que nous avons reçu ! «  C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés » (Galates 5,1) et c’est même pour que « nous soyons saints et immaculés en sa présence dans l’amour » que Dieu notre Père nous a « choisis avant la création du monde pour que nous devenions pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ » (Ep 1,4-5). Enracinée dans la foi et la tradition du peuple d’Israël, la foi de Paul en Jésus ressuscité a donc considérablement élargi sa vision des horizons du salut !

D’Israël et des nations : plusieurs membres… et un seul Corps !

À commencer par sa vision du peuple de Dieu, qui s’ouvre aux “nations”, à savoir les non-juifs : « des païens qui ne poursuivaient pas de justice ont atteint une justice, la justice de la foi, tandis qu’Israël qui poursuivait une loi de justice, n’a pas atteint la Loi » (Romains 9,30-31). À partir de sa propre expérience, Paul médite douloureusement le mystère de l’endurcissement d’une partie d’Israël. Saint Paul n’oublie pas qu’il fut Saül, persécuteur de l’Église naissante ! Sa rencontre de Jésus ressuscité, en qui il reconnaît le Christ, Messie d’Israël, le brûle du désir que ses frères, «  ceux de sa race selon la chair, eux qui sont Israélites » (Romains 9,3-4), puissent le reconnaître eux aussi ! Mais «  jusqu’à ce jour, toutes les fois qu’on lit Moïse, un voile est posé sur leur cœur. C’est quand on se convertit au Seigneur que le voile disparaît » (2 Corinthiens 3,15-16).

Il n’y a pas pour autant à s’enorgueillir pour les chrétiens venus du paganisme, ni à désespérer du salut d’Israël. Mais plutôt à méditer sur la métaphore que propose Paul aux Romains : Israël est l’olivier franc, sur lequel les disciples du Christ d’origine païenne sont greffés. « Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte » (Romains 11,18), dit-il au païen devenu chrétien, car « les dons de Dieu et son appel sont irrévocables » (Romains 11,29) : Dieu ne se dédit pas de l’Alliance contractée avec Israël, tout en élargissant la nouvelle Alliance en Jésus à l’ensemble de l’humanité.

Le mystère d’Israël travaille profondément les premières générations chrétiennes : faut-il d’abord adopter la loi mosaïque pour devenir chrétien ? Ou bien la foi en Jésus et le baptême en son nom suffisent-ils pour accueillir le salut ? Riche de son propre itinéraire spirituel, Paul montera en première ligne dans ce combat pour la liberté chrétienne et l’unité de l’Église, issue d’Israël et des nations par la Croix du Christ : « Des deux, Israël et les païens, il a fait un seul peuple ; par sa chair crucifiée, il a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine, en supprimant les prescriptions juridiques de la Loi de Moïse. (...) Les uns comme les autres, réunis en un seul corps, il voulait les réconcilier avec Dieu par la Croix : en sa personne, il a tué la haine » (Ep 2,14-16).

« Vous êtes le corps du Christ »

Un seul corps ! Voilà un dernier aspect essentiel de la théologie de saint Paul, enraciné lui aussi dans la rencontre du chemin de Damas : l’Église, comprise et vécue comme formant un corps, unie à sa tête, le Christ Jésus lui-même. En révélant à Paul que persécuter l’un de ses disciples, c’était le persécuter lui, le Seigneur lui dévoile l’intensité des liens qu’il noue avec les siens, comparables à ceux qui unissent la tête d’un corps à ses membres… Aussi Paul pourra-t-il écrire aux chrétiens de Corinthe, l’une des communautés qu’il a fondée : « Vous êtes le corps du Christ et chacun pour votre part vous êtes les membres de ce corps ! » (1 Corinthiens 12,27). Un corps dont l’unité ne saurait être vivante et féconde sans le déploiement de la diversité des dons de Dieu, des ministères et des charismes. Un corps dont l’unité et la fécondité découlent de l’union à sa tête : « Le Père dans sa gloire (...) a tout soumis à son Fils, et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude » (Ep 1,22-23).

La théologie de saint Paul se développe donc à partir de cet éblouissement initial vécu dans la rencontre avec le Ressuscité. Fondée sur la croix, elle déploie la gratuité du salut offert à tous, aux juifs comme aux païens. Accueillie par la foi, la grâce du Christ fait du baptisé un homme nouveau, membre du corps ecclésial, appelé à vivre et à aimer dans l’Esprit Saint.



 


 

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Une issue pour les couples stériles

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7 janvier 2009 2009 par Il est vivant !

Une solution efficace et 100 % éthique pour les couples souffrant d’infertilité, voilà ce que promet le programme NaProTechnologie, encore peu connu en France. Rencontre avec le docteur Caroline Guindon.

Propos recueillis pas Claire Villemain

Qu’est-ce que la NaProTechnologie ?
- C’est l’abréviation du terme anglais Natural Procreative Technology ou Procréation naturelle médicalement assistée, une méthode scientifique et multidimensionnelle de recherche sur les pathologies de la reproduction. Elle est particulièrement efficace dans le traitement de la stérilité et des fausses couches à répétition.

Qui est à la base de cette technique ?
- Le docteur Thomas Hilgers, professeur de gynécologie obstétrique qui, touché par l’encyclique Humanae Vitae [1] lors de sa parution en 1968 et, alors qu’il était en fin d’internat, voulut répondre à l’appel lancé par Paul VI de trouver des méthodes fiables pour la régulation naturelle des naissances. Le docteur Hilgers rencontre au début des années 1970 les Billings en Australie, considérant et comprenant que la méthode Billings de l’ovulation est l’une des découvertes fondamentales du XXe siècle. Il va ensuite la standardiser, ce qui va permettre le développement de la recherche et l’avènement de NaproTechnologie.

Il s’agit donc d’une méthode reconnue par l’Église ?
- Oui tout à fait, elle est reconnue et encouragée par l’Église car en parfaite cohérence avec l’enseignement d’Humanae Vitae. Elle est au service de la conception naturelle d’un enfant, alliant les techniques médicales et chirurgicales modernes aux méthodes naturelles de régulation des naissances. Il s’agit de chercher les causes sous-jacentes pour les traiter et ainsi permettre aux couples de concevoir naturellement.

Qui est concerné par la NaProTechnologie ?
- Les couples qui viennent nous voir rencontrent des difficultés à concevoir un enfant. Les raisons de leur infertilité peuvent être diverses : endométriose, ovaires polykystiques, adhérences pelviennes, trompes de Fallope bloquées, taux de progestérone insuffisant, absence d’ovulation, stérilité inexpliquée, facteur masculin d’infertilité ou fausses couches à répétition inexpliquées. Dans toutes ces situations, grâce à la NaProTechnologie, des couples ont réussi à concevoir. Partout on leur dit que la seule solution sera la FIV [2] ou une autre technique de PMA [3]. Pourtant, ils continuent à se battre et à mettre en cohérence leur démarche et leur foi catholique. Des personnes non catholiques refusent également parfois de faire appel aux techniques de PMA et souhaiteraient avoir une approche plus naturelle et plus personnalisée.

Et cela marche ?
- La probabilité de réussite varie selon les cas. La moyenne générale est de 40 à 50 % pour les femmes d’environ 35 ans ayant essayé de concevoir pendant 5 ans. Le taux de réussite est inférieur pour les femmes plus âgées, quand les adhésions pelviennes ou l’endométriose sont sévères, ou pour les hommes au taux de spermatozoïdes très bas. En cas de fausses couches à répétition, près de 80 % des couples peuvent espérer mener à bien une grossesse. Le couple est informé de ses chances de réussite dès la première consultation médicale et avant d’intégrer le programme. Depuis 10 ans en Irlande, près de 3 000 couples ont fait appel à nous et 800 bébés environ sont nés. Notre taux brut de réussite est de 25,5 %. Il est important de dire qu’aucune technique ne garantit un bébé à 100 %. D’autre part, la difficulté est parfois de convaincre les couples de continuer les traitements une fois la normalité restaurée, pendant 12 à 18 cycles. Certains abandonnent prématurément.

Comment le traitement se déroule-t-il ?
- Le couple doit d’abord fournir un tableau de fertilité où la femme aura consigné les observations relatives à ses cycles pendant 3 mois. Pour apprendre cela, elle bénéficiera d’une série de rendez-vous avec une instructrice spécifiquement formée. Ainsi, elle peut reconnaître elle-même si son cycle est normal ou pas. Ensuite, la femme devra fournir des bilans sanguins réalisés à des moments ciblés de son cycle, ainsi qu’une échographie de base. À partir de là, le médecin formé en NaProTechnologie établira un diagnostic précis et pourra prescrire un traitement personnalisé, administré de façon synchronisée avec chaque cycle. Le recours à une intervention chirurgicale spécialisée sera recommandé, si elle est nécessaire pour rétablir un potentiel de fertilité optimum. Le plus souvent, de la progestérone naturelle est également prescrite pendant les premiers mois de la grossesse.

Pourquoi de la progestérone ?
- Parce que cette hormone soutient la grossesse. Prescrire de la progestérone naturelle permet de minimiser les risques de fausse couche, à condition que des conditions optimales de fertilité aient été restaurées grâce aux traitements, avant la conception. Quel investissement financier les couples devront-ils engager ? Il s’agit pour eux d’une consultation spécialisée tous les 3 à 4 mois pendant une période allant de 1 an à 2 ans . D’autre part, les examens et les médicaments prescrits pendant le traitement sont remboursés par la Sécurité Sociale.

Y a-t-il des effets secondaires ?
- Les complications sont rares et les risques de prématurité et de bas poids de naissance liés aux techniques de PMA sont quasi inexistants.

Où peut-on suivre ce traitement en France ?
- Tout médecin formé en NaProTechnologie peut prescrire les traitements, qu’il soit généraliste ou gynécologue. Mais pour l’instant, il n’y a pas d’implantation dans l’Hexagone. À ce jour, 14 médecins généralistes et 9 gynécologues-obstétriciens ont été formés en NaProTechnologie en Europe. La Maternité Catholique d’Aix-en-Provence pour sa part, est prête à offrir un poste à un médecin formé en NaProTechnologie. Quant aux instructeurs (trices), nous souhaiterions qu’ils puissent bénéficier d’une reconnaissance officielle de leur formation, ce qui leur conférerait le statut de profession paramédicale (ils doivent en effet pouvoir être rémunérés). Environ 80 moniteurs (trices) sont disponibles en Irlande et 10 en Grande-Bretagne. Nous recherchons donc des personnes susceptibles de se former : soignants ou non, pour devenir instructeurs (trices) FertilityCare, et médecins. À ce jour, la formation n’est dispensée qu’en anglais.



[1] en particulier le chapitre 24 de Humanae Vitae, l’encyclique de Paul VI sur le mariage et la régulation des naissances publiée en juillet 1968

[2] Fécondation in vitro.

[3] Procréation médicalement assistée

 


 

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Pour aller plus loin, www.fertilitycare.fr


La liberté d’expression : sauve qui peut !

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4 février 2009 2009 par Il est vivant !

François Billot ouvre un débat salutaire sur le délit d’opinion. Cet homme d’affaires prend la plume pour dire haut et fort l’imposture idéologique et sa dérive liberticide.

Dans votre livre, vous revisitez l’affaire Vanneste. Pour quelles leçons ?
- L’analyse approfondie de cette affaire permet d’illustrer efficacement la dérive liberticide, assez effrayante, que connaît actuellement notre pays, dans le domaine de la liberté d’opinion et d’expression, tant sur le plan juridique que politique, médiatique ou culturel. Dérive d’autant plus inquiétante qu’elle mène son chemin dans l’indifférence à peu près générale de l’opinion publique.

Vous vous étonnez du miracle de l’arrêt rendu par la cour de Cassation qui classe le dossier. À quoi cela nous encourage-t-il ?
- Christian Vanneste ayant saisi la Cour de cassation, la position de cette dernière était évidemment particulièrement attendue. À cet égard, l’arrêt rendu par la Cour, en novembre dernier, est fondateur d’un certain retour à la liberté. En effet, la Cour casse les jugements condamnant Christian Vanneste, et, fait capital, souligne que le député avait parfaitement le droit et la légitimité de s’exprimer comme il s’est exprimé, dans le cadre d’un débat au cours duquel il importe que toutes les opinions puissent s’exprimer librement. La Cour, fait assez rare, ne renvoie pas l’affaire devant un autre tribunal, ce qui aboutit à classer définitivement le dossier. Cet arrêt est donc, effectivement, un formidable encouragement à prolonger les actions actuellement menées pour freiner les atteintes répétées à la liberté de s’exprimer, puis à œuvrer à son rétablissement.

L’homosexualité est un des sujets impossibles à aborder depuis la tribune médiatique aussi bien qu’à la table familiale. Quelle parade à cet étouffoir idéologique ?
- Jusqu’à l’arrêt rendu par la Cour de cassation, il était effectivement impossible de s’exprimer en toute liberté sur toute une série de sujets, dont celui de l’homosexualité. Sauf à prendre le risque d’être instantanément attaqué en justice pour propos homophobes. Le 12 novembre 2008 marque le départ d’une situation nouvelle . Cet arrêt revêt un caractère véritablement historique : il donne la base juridique, donc institutionnelle, permettant la libre expression authentique.

Pourquoi l’enjeu de la liberté d’expression vous paraît-il à ce point crucial ?
- La liberté d’opinion et d’expression conditionne la marche tout entière de nos sociétés. Les régimes communistes, de sinistre mémoire, se sont fondés sur la base d’une dictature de la pensée, instantanément mise en œuvre : tout le reste en a découlé, mais dans un deuxième temps. De façon identique s’est installé en Allemagne le régime nazi, de tout aussi sinistre mémoire. Essayons de profiter de l’analyse des erreurs dramatiques d’un passé récent… La crise intellectuelle, morale et culturelle que nous vivons actuellement provient, avant tout, du fait qu’il n’est plus possible de débattre, d’argumenter, de discuter, de confronter librement les idées. Si la liberté reste évidemment possible à l’intérieur de cercles restreints, chacun sait que le système politico-médiatique, orienté dans un sens de pensée unique, assez proche d’une véritable dictature de la pensée, interdit toute possibilité de liberté réelle d’expression au niveau national.

Vous suspectez la Halde2 d’être un organe superfétatoire et nocif. Pourquoi ?
- Ce n’est pas moi qui le dis, mais la Commission nationale consultative des droits de l’homme, dite CNCDH, qui avait été saisie du projet de création de la Halde, avant le vote de la loi aboutissant à cette création, en décembre 2004 : la Commission, qui est la plus haute autorité morale de notre pays, avait indiqué que ce projet était inacceptable et devait être purement et simplement retiré. Au même moment, le Nouvel Observateur publiait un éditorial implacable, affirmant que le vote d’une telle loi aboutirait à la création française d’un système unique au monde, mis à part dans les pays de dictature… Il me semble que nous pouvons croire la CNCDH, ainsi que le Nouvel Observateur. De toute évidence, l’arsenal législatif dont était dotée la France avant la loi de 2004, permettait de sanctionner les injures, les diffamations, la discrimination, et, globalement, tout comportement violent et haineux. La loi de 2004, bâclée tant sur la forme que sur le fond, ouvre la porte à toutes les dérives dont on voit bien aujourd’hui le résultat. Il est donc urgent de démanteler, dans les meilleurs délais, cette loi indigne d’un grand pays démocratique et unique en son genre dans l’ensemble des pays développés de la planète.

Vous créez une Fondation pour la liberté. Quelle sera son action ?
- Le but de cette Fondation est de concourir à développer la liberté d’expression partout où elle est bridée et d’accompagner, et au besoin de défendre, les personnes physiques ou morales attaquées parce qu’elles ont utilisé leur droit imprescriptible de faire valoir librement leurs points de vue ou leurs idées. Il s’agit, en quelque sorte, de veiller à ce que le droit constitutionnel de penser en toute liberté, et d’exprimer publiquement et librement cette pensée reste, pour chacun d’entre nous, un droit fondamental inattaquable. Si la pente que nous suivons, objectivement liberticide, ne s’inverse pas, nous prenons le risque de faire prospérer une société dont l’on peut dire, sans grand risque de se tromper, qu’il n’y fera bientôt pas très bon y vivre. La Fondation pour la liberté se donne donc pour objectif de participer à l’inversion de cette pente dangereuse. Sans doute n’est-il pas excessif de dire, en paraphrasant Malraux : le XXIe siècle sera libre, ou ne sera pas.



 


 

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- François Billot préside un fonds d’investissement. Dans le domaine social, il assure la présidence de l’œuvre de l’hospitalité par le travail. Il est également président de la Fédération Banque Finance Assurance de l’UMP. Il a écrit plusieurs ouvrages dont "L’affaire Vanneste" publié chez François-Xavier Guibert
- Pour aller plus loin, rendez vous vers laffairevanneste.hautetfort.com


Lettre de sa sainteté Benoît XVI aux évêques de l’Église catholique

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13 mars 2009 2009 par Il est vivant !

Du Vatican, le 10 mars 2009. Chers Confrères dans le ministère épiscopal ! La levée de l’excommunication des quatre Évêques, consacrés en 1988 par Mgr Lefebvre sans mandat du Saint-Siège, a suscité, pour de multiples raisons, au sein et en dehors de l’Église catholique une discussion d’une véhémence telle qu’on n’en avait plus connue depuis très longtemps

au sujet de la levée de l’excommunication des quatre évêques consacrés par Monseigneur Lefebvre

Cet événement, survenu à l’improviste et difficile à situer positivement dans les questions et dans les tâches de l’Église d’aujourd’hui, a laissé perplexes de nombreux Évêques. Même si beaucoup d’Évêques et de fidèles étaient disposés, à priori, à considérer positivement la disposition du Pape à la réconciliation, néanmoins la question de l’opportunité d’un tel geste face aux vraies urgences d’une vie de foi à notre époque s’y opposait. Inversement, certains groupes accusaient ouvertement le Pape de vouloir revenir en arrière, au temps d’avant le Concile : d’où le déchaînement d’un flot de protestations, dont l’amertume révélait des blessures remontant au-delà de l’instant présent. C’est pourquoi je suis amené, chers Confrères, à vous fournir quelques éclaircissements, qui doivent aider à comprendre les intentions qui m’ont guidé moi-même ainsi que les organes compétents du Saint-Siège à faire ce pas. J’espère contribuer ainsi à la paix dans l’Église.

Le fait que le cas Williamson se soit superposé à la levée de ’excommunication a été pour moi un incident fâcheux imprévisible. Le geste discret de miséricorde envers quatre Évêques, ordonnés validement mais non légitimement, est apparu tout à coup comme totalement différent : comme le démenti de la réconciliation entre chrétiens et juifs, et donc comme la révocation de ce que le Concile avait clarifié en cette matière pour le cheminement de l’Église. Une invitation à la réconciliation avec un groupe ecclésial impliqué dans un processus de séparation se transforma ainsi en son contraire : un apparent retour en arrière par rapport à tous les pas de réconciliation entre chrétiens et juifs faits à partir du Concile - pas dont le partage et la promotion avaient été dès le début un objectif de mon travail théologique personnel. Que cette superposition de deux processus opposés soit advenue et qu’elle ait troublé un moment la paix entre chrétiens et juifs ainsi que la paix à l’intérieur de l’Église, est une chose que je ne peux que déplorer profondément. Il m’a été dit que suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder par internet aurait permis d’avoir rapidement connaissance du problème. J’en tire la leçon qu’à l’avenir au Saint-Siège nous devrons prêter davantage attention à cette source d’informations. J’ai été peiné du fait que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir ce qu’il en était, aient pensé devoir m’offenser avec une hostilité prête à se manifester. C’est justement pour cela que je remercie d’autant plus les amis juifs qui ont aidé à dissiper rapidement le malentendu et à rétablir l’atmosphère d’amitié et de confiance, qui - comme du temps du Pape Jean-Paul II - comme aussi durant toute la période de mon pontificat a existé et, grâce à Dieu, continue à exister.

Une autre erreur, qui m’attriste sincèrement, réside dans le fait que la portée et les limites de la mesure du 21 janvier 2009 n’ont pas été commentées de façon suffisamment claire au moment de sa publication. L’excommunication touche des personnes, non des institutions. Une ordination épiscopale sans le mandat pontifical signifie le danger d’un schisme, parce qu’elle remet en question l’unité du collège épiscopal avec le Pape. C’est pourquoi l’Église doit réagir par la punition la plus dure, l’excommunication, dans le but d’appeler les personnes punies de cette façon au repentir et au retour à l’unité. Vingt ans après les ordinations, cet objectif n’a malheureusement pas encore été atteint. La levée de l’excommunication vise le même but auquel sert la punition : inviter encore une fois les quatre Évêques au retour. Ce geste était possible une fois que les intéressés avaient exprimé leur reconnaissance de principe du Pape et de son autorité de Pasteur, bien qu’avec des réserves en matière d’obéissance à son autorité doctrinale et à celle du Concile. Je reviens par là à la distinction entre personne et institution. La levée de l’excommunication était une mesure dans le domaine de la discipline ecclésiastique : les personnes étaient libérées du poids de conscience que constitue la punition ecclésiastique la plus grave. Il faut distinguer ce niveau disciplinaire du domaine doctrinal. Le fait que la Fraternité Saint-Pie X n’ait pas de position canonique dans l’Église, ne se base pas en fin de comptes sur des raisons disciplinaires mais doctrinales. Tant que la Fraternité n’a pas une position canonique dans l’Église, ses ministres non plus n’exercent pas de ministères légitimes dans l’Église. Il faut ensuite distinguer entre le niveau disciplinaire, qui concerne les personnes en tant que telles, et le niveau doctrinal où sont en question le ministère et l’institution. Pour le préciser encore une fois : tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Église, et ses ministres - même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique - n’exercent de façon légitime aucun ministère dans l’Église.

À la lumière de cette situation, j’ai l’intention de rattacher à l’avenir la Commission pontificale " Ecclesia Dei " - institution compétente, depuis 1988, pour les communautés et les personnes qui, provenant de la Fraternité Saint-Pie X ou de regroupements semblables, veulent revenir à la pleine communion avec le Pape - à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il devient clair ainsi que les problèmes qui doivent être traités à présent sont de nature essentiellement doctrinale et regardent surtout l’acceptation du Concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des Papes. Les organismes collégiaux avec lesquels la Congrégation étudie les questions qui se présentent (spécialement la réunion habituelle des Cardinaux le mercredi et l’Assemblé plénière annuelle ou biennale) garantissent l’engagement des Préfets des diverses Congrégations romaines et des représentants de l’Épiscopat mondial dans les décisions à prendre. On ne peut geler l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 - ceci doit être bien clair pour la Fraternité. Cependant, à certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit.

J’espère, chers Confrères, qu’ainsi a été éclaircie la signification positive ainsi que les limites de la mesure du 21 janvier 2009. Cependant demeure à présent la question : cette mesure était-elle nécessaire ? Constituait-elle vraiment une priorité ? N’y a-t-il pas des choses beaucoup plus importantes ? Il y a certainement des choses plus importantes et plus urgentes. Je pense avoir souligné les priorités de mon Pontificat dans les discours que j’ai prononcés à son début. Ce que j’ai dit alors demeure de façon inaltérée ma ligne directive. La première priorité pour le Successeur de Pierre a été fixée sans équivoque par le Seigneur au Cénacle : « Toi... affermis tes frères » (Lc 22, 32). Pierre lui-même a formulé de façon nouvelle cette priorité dans sa première Lettre : «  Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (I P 3, 15). À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) - en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein.

Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible : c’est la priorité suprême et fondamentale de l’Église et du Successeur de Pierre aujourd’hui. D’où découle, comme conséquence logique, que nous devons avoir à cœur l’unité des croyants. En effet, leur discorde, leur opposition interne met en doute la crédibilité de ce qu’ils disent de Dieu. C’est pourquoi l’effort en vue du témoignage commun de foi des chrétiens - par l’œcuménisme - est inclus dans la priorité suprême. À cela s’ajoute la nécessité que tous ceux qui croient en Dieu recherchent ensemble la paix, tentent de se rapprocher les uns des autres, pour aller ensemble, même si leurs images de Dieu sont diverses, vers la source de la Lumière - c’est là le dialogue interreligieux. Qui annonce Dieu comme Amour "jusqu’au bout" doit donner le témoignage de l’amour : se consacrer avec amour à ceux qui souffrent, repousser la haine et l’inimitié - c’est la dimension sociale de la foi chrétienne, dont j’ai parlé dans l’encyclique Deus caritas est.

Si donc l’engagement ardu pour la foi, pour l’espérance et pour l’amour dans le monde constitue en ce moment (et, dans des formes diverses, toujours) la vraie priorité pour l’Église, alors les réconciliations petites et grandes en font aussi partie. Que l’humble geste d’une main tendue soit à l’origine d’un grand tapage, devenant ainsi le contraire d’une réconciliation, est un fait dont nous devons prendre acte. Mais maintenant je demande : Était-il et est-il vraiment erroné d’aller dans ce cas aussi à la rencontre du frère qui "a quelque chose contre toi" (cf. Mt 5, 23 s.) et de chercher la réconciliation ? La société civile aussi ne doit-elle pas tenter de prévenir les radicalisations et de réintégrer - autant que possible - leurs éventuels adhérents dans les grandes forces qui façonnent la vie sociale, pour en éviter la ségrégation avec toutes ses conséquences ? Le fait de s’engager à réduire les durcissements et les rétrécissements, pour donner ainsi une place à ce qu’il y a de positif et de récupérable pour l’ensemble, peut-il être totalement erroné ? Moi-même j’ai vu, dans les années qui ont suivi 1988, que, grâce au retour de communautés auparavant séparées de Rome, leur climat interne a changé ; que le retour dans la grande et vaste Église commune a fait dépasser des positions unilatérales et a atténué des durcissements de sorte qu’ensuite en ont émergé des forces positives pour l’ensemble. Une communauté dans laquelle se trouvent 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs et des milliers de fidèles peut-elle nous laisser totalement indifférents ? Devons-nous impassiblement les laisser aller à la dérive loin de l’Église ? Je pense par exemple aux 491 prêtres. Nous ne pouvons pas connaître l’enchevêtrement de leurs motivations. Je pense toutefois qu’ils ne se seraient pas décidés pour le sacerdoce si, à côté de différents éléments déformés et malades, il n’y avait pas eu l’amour pour le Christ et la volonté de L’annoncer et avec lui le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, comme représentants d’un groupe marginal radical, de la recherche de la réconciliation et de l’unité ? Qu’en sera-t-il ensuite ? Certainement, depuis longtemps, et puis à nouveau en cette occasion concrète, nous avons entendu de la part de représentants de cette communauté beaucoup de choses discordantes - suffisance et présomption, fixation sur des unilatéralismes etc. Par amour de la vérité je dois ajouter que j’ai reçu aussi une série de témoignages émouvants de gratitude, dans lesquels était perceptible une ouverture des cœurs. Mais la grande Église ne devrait-elle pas se permettre d’être aussi généreuse, consciente de la grande envergure qu’elle possède ; consciente de la promesse qui lui a été faite ? Ne devrions-nous pas, comme de bons éducateurs, être aussi capables de ne pas prêter attention à différentes choses qui ne sont pas bonnes et nous préoccuper de sortir des étroitesses ? Et ne devrions-nous pas admettre que dans le milieu ecclésial aussi sont ressorties quelques discordances ? Parfois on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance ; contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine. Et si quelqu’un ose s’en rapprocher - dans le cas présent le Pape - il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve.

Chers Confrères, durant les jours où il m’est venu à l’esprit d’écrire cette lettre, par hasard, au Séminaire romain, j’ai dû interpréter et commenter le passage de Ga 5, 13-15. J’ai noté avec surprise la rapidité avec laquelle ces phrases nous parlent du moment présent : "Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres !" J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce "mordre et dévorer" existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates ? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations ? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté ? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l’amour ? Le jour où j’en ai parlé au grand Séminaire, à Rome, on célébrait la fête de la Vierge de la Confiance. De fait : Marie nous enseigne la confiance. Elle nous conduit à son Fils, auquel nous pouvons tous nous fier. Il nous guidera - même en des temps agités. Je voudrais ainsi remercier de tout cœur tous ces nombreux Évêques, qui en cette période m’ont donné des signes émouvants de confiance et d’affection et surtout m’ont assuré de leur prière. Ce remerciement vaut aussi pour tous les fidèles qui ces jours-ci m’ont donné un témoignage de leur fidélité immuable envers le Successeur de saint Pierre.

Que le Seigneur nous protège tous et nous conduise sur le chemin de la paix ! C’est un souhait qui jaillit spontanément du cœur en ce début du Carême, qui est un temps liturgique particulièrement favorable à la purification intérieure et qui nous invite tous à regarder avec une espérance renouvelée vers l’objectif lumineux de Pâques.

Avec une particulière Bénédiction Apostolique, je me redis Vôtre dans le Seigneur

BENEDICTUS PP. XVI

© Copyright : Librairie Editrice Vaticana



 


 

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Et encore dans ce numéro : Vatican Une déclaration sans équivoque (Du Vatican)
- Une Chronologie express


La fraternité de Tibériade fête ses 30 ans !

http://ilestvivant.com/La-fraternite-de-Tiberiade-fete.html

 

1er avril 2009 2009 par Il est vivant !

Paix et Joie ! Cette salutation évangélique qui ouvre son site Internet illumine la vie d’une Fraternité toute donnée à la prière, au travail et à la mission. Et il y a trente ans que cela dure !

Par Laurence de Louvencourt

Enfant, qui n’a rêvé de construire une cabane dans les bois ? Ce rêve, un petit Belge le réalise dès l’âge de huit ans, non loin du village où est située une maison familiale sans pouvoir deviner dans quelle aventure il se lance. « Un garde-forestier m’a montré une cabane de chasseur abandonnée. C’était comme s’il me donnait les clés d’un château ! », se souvient encore avec émotion celui qui est devenu frère Marc. Le petit garçon rend la cabane habitable et y installe un coin prière. Il aime à s’y retrouver seul mais aussi, de temps à autre, inviter ses sept frères et sœurs. Quelques années plus tard, la cabane est devenue trop exiguë. Avec l’une de ses sœurs, Marc pose les fondations de ce qui sera, bien des années après, la première maison de la communauté Tibériade.

Amoureux de l’Église

Autel en forme de barque Après avoir, un temps, eu le clair désir d’être prêtre, Marc se met à rêver de fonder une famille. Il aménage sa petite maison en fonction de ce nouveau projet. Après le bac, le jeune homme part, sac au dos, sur les routes de France où son chemin croise celui de la communauté de l’Arche de Lanza del Vasto. Là, un jeune qui prie pour lui, lui demande s’il est prêt à donner toute sa vie au Christ. Dès le lendemain, de nouveau en chemin, il se sent envahi par l’Amour du Christ : tout son être déborde d’une joie nouvelle. De retour en Belgique, un moine de l’abbaye de Chevetogne devient son accompagnateur. Mais Marc attend toujours sa bien-aimée… et finit par la rencontrer. «  Elle était mignonne et elle aimait beaucoup Jésus », commente frère Marc. Ses parents sont rassurés sur l’avenir de leur fils. Contre toute attente, sa belle lui demande un jour : « Est-ce que Jésus ne t’appellerait pas à lui donner ta vie ? » La question, comme une flèche, transperce son cœur. Quelques mois plus tard, au cours d’une nuit pascale à l’abbaye de Chevetogne, son existence bascule. « Comme si le Seigneur me proposait de passer d’une belle histoire d’amour à une autre, explique frère Marc. J’ai reçu cette nuit-là un immense amour de l’Église. À l’époque pourtant, beaucoup la rejetaient. Mais avec les yeux de l’amour, je voyais qu’elle contenait un trésor : la Parole de Dieu, les saints, son regard sur le créateur et la création, son expertise en humanité, etc. »

Une nouvelle pousse

Marc prend alors son courage à deux mains et va rencontrer son évêque. «  Il m’a proposé de rentrer chez les Franciscains. “Monseigneur, pourquoi ne pas donner une nouvelle petite fleur (communauté) à l’Église ?”, lui ai-je suggéré. » L’évêque accepte et le 25 avril, le jeune homme prononce des vœux entre ses mains. C’était il y a 30 ans. Depuis, la petite fleur a bien poussé. Elle est même devenue un superbe bouquet composé actuellement de vingt-quatre frères (dont cinq prêtres) et de six sœurs, répartis en trois fondations (outre la Belgique, la Lituanie et le Congo RDC).

À Tibériade, on est frappé par la jeunesse des visages. La Fraternité ne s’est pas bâtie en un jour et frère Marc a dû attendre encore quelques années avant de voir arriver le premier frère. «  On m’a conseillé de prier saint Joseph, ce que j’ai commencé à faire. J’étais en train de construire l’église lorsqu’un jeune homme m’a dit : “J’aimerais vous aider à construire la charpente !” Il s’appelait Joseph et était menuisier charpentier… » Frère Joseph fut rejoint, quelques années après, par Benoît. «  À l’âge de 12 ans, il m’avait annoncé qu’il voulait devenir frère. Mais je lui ai conseillé d’attendre un peu ! », note avec humour le fondateur. Benoît prit l’habit dès l’âge de 20 ans.

Dans les bois, la première cabane aujourd’hui aménagée en chapelle est désormais entourée par de beaux bâtiments construits d’année en année : fours à pain, église, cuisine, clôture, salle d’accueil et, la dernière née, une superbe étable où cohabitent paisiblement (dans des boxes séparés !) vaches limousines, moutons, agneaux, poules, coqs et ânes. Quelques belles colombes enrichissent encore cette arche de Noé des temps modernes.

Ouverte au monde

C’est dans ce petit coin de paradis que se retrouvent régulièrement les familles associées à la vie de la communauté. Ainsi, François et Gabrielle, mariés depuis 17 ans et leurs cinq enfants. «  Après notre mariage, nous sommes partis très vite en Angleterre pour un an. Nous nous sommes alors rendu compte combien il était vital pour nous d’être rattachés à une communauté. » De retour en Belgique, François et Gabrielle explorent le terrain. Tibériade qu’ils connaissent déjà un peu les attire particulièrement. « Nous avons demandé à frère Marc ce qui existait pour les laïcs. Un couple attendait justement l’arrivée d’une deuxième famille pour lancer un groupe de prière ! » Pour François et Gabrielle, Tibériade est un lieu de ressourcement unique qui colore toute leur vie quotidienne. « Quand nous partons aux rassemblements, l’atmosphère est parfois lourde dans la voiture mais au retour, c’est généralement une explosion de joie  », partage François. « Ici, on reçoit des conseils très concrets, explique Gabrielle. Ne pas se comparer à d’autres familles, persévérer dans la prière quotidienne tous ensemble, croire que le Seigneur passe dans cette fidélité tout humble au quotidien, même quand on ne voit rien. C’est très stimulant d’être encouragés sans cesse ! » Outre les familles, Tibériade est également très attentive aux enfants et aux jeunes, auxquels elle propose tout au long de l’année un large panel d’activités centrées sur la vie avec le Christ. L’été, la Fraternité anime des camps adaptés à chacun.

Prière, offices et travail manuel rythment joyeusement le quotidien de cette belle communauté qui ne connaît pas le repli sur elle-même. Issus de familles chrétiennes ou non, les frères et sœurs n’ont de cesse d’annoncer la Bonne nouvelle du Salut qui, un jour, a transformé leur vie. Appelés à témoigner à temps et à contretemps dans les paroisses, les écoles, lors de rassemblements, à domicile, ils vont désormais partir sur les routes avec leur petit monastère itinérant (d’anciennes roulottes de chantier restaurées), accompagnés de quelques-uns de leurs amis à plumes et à poils qui participent à la mission. «  Leur présence intrigue, explique un frère venu de Lituanie. Ils permettent souvent un premier contact avec les personnes, ouvrent les cœurs » Et le Seigneur fait le reste… avec les frères !



 


 

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À l’occasion des 30 ans de la fraternité, Frère Marc vient de publier un livre intitulé "Histoire d’un appel" aux Éditions de l’Emmanuel. Histoire d'un appel


Quand les médias pressent l’Église

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30 avril 2009 2009 par Il est vivant !

Polémiques à répétition. Levée des excommunications, avortement, préservatif : l’Église n’a pas bonne presse. Le père Bernard Peyrous revient sur les relations entre l’Église et les médias.

Propos de Bernard Peyrous reccueillis par Magali Michel

- Église est-elle fâchée avec les médias ? Les relations entre les médias et l’Église catholique sont récemment passées par une crise majeure. L’interrogation du cardinal André Vingt-Trois : «  Qui veut se payer le Pape ? » demeure. On peut en effet constater l’incompétence technique de la plupart des médias d’une part, la volonté manifeste de désinformation d’autre part. En faisant l’amalgame «  levée des excommunications-réintégration-négationnisme » ou encore en déformant la littéralité des propos du Pape sur le préservatif par exemple.

- Peut-on dire tout et n’importe quoi sur l’Église catholique ? On peut le penser… Voyez le dessin de Plantu dans Le Monde, les propos de Guy Bedos, de Stéphane Guillon ou d’Alain Juppé. On n’en dirait pas le dixième sur les protestants, les juifs, les musulmans, sans parler des francs-maçons. Les hommes politiques et les organisations idéologiques diverses ont embrayé. On a assisté à un rouleau compresseur d’une force étonnante…

- La communication du Vatican n’a-t-elle pas ses failles ? Soyons honnêtes. Le Saint-Siège a réagi tardivement, ce qui pose le problème non seulement de son service de communication comme cela a été reconnu, mais plus profondément de son système de gouvernement face à des crises de ce type. Nombre d’instances ecclésiastiques se sont montrées timides pour la défense du Pape et de l’Église.

- Qui pourrait nuancer l’opinion publique alors ? La bonne nouvelle, c’est la mobilisation du peuple chrétien. Le site internet du Monde a été si saturé qu’on a dû dériver les mails. Monsieur Juppé a dit sur son blog qu’il n’avait jamais reçu par internet une telle volée de bois vert. Pas de déclarations d’excuses pour autant.

- Quelle raison voyez-vous aux polémiques à répétition ? On peut mettre en avant un complot médiatique. Sans doute cela est-il vrai pour la première affaire, celle de la levée des excommunications, où tout avait été préparé à l’avance. Mais par la suite, on a sans doute eu affaire à une sorte de système médiatique devenu fou.

- Pourquoi cet emballement ? Je vois quatre pistes d’explications possibles. La première est la révolte contre le père. Le père, ou la mère, donne la vie, enseigne les valeurs, révèle le sérieux de l’existence, de l’engagement, du don, pose les barrières. Tout ce qui rappelle le père doit disparaître. Jean XXIII disait que l’Église était Mater et Magistra (mère et maîtresse). Elle ne peut pas ne pas l’être. Jean Paul II avait un côté intouchable : il venait de Pologne, pays opprimé, il avait contribué à faire chuter le communisme. Benoît XVI n’a pas les mêmes atouts. On peut donc dire maintenant ce qu’on veut dans le geste symbolique du meurtre du père. En second lieu, il y a la question du discours sur la sexualité. Les cris contre le Pape sont largement des cris de douleur et d’angoisse. Les hommes actuels ont une sexualité tellement douloureuse qu’un propos dissident suscite l’excitation. En troisième lieu, je me demande si la théorie de René Girard sur le bouc émissaire ne serait pas ici un outil utile d’évaluation. Dans une époque de peur, le Pape est peut-être un excellent bouc émissaire pour exorciser peur et violence latentes. Le pape actuel est un homme bon, au regard pur et innocent. C’est une excellente victime. La quatrième cause tient au fonctionnement même des médias qui sont entrés dans un schéma totalitaire. Il y a déjà quelques années, l’analyste belge Michel Schooyans parlait de « la dérive totalitaire du libéralisme. » Nous y sommes.

- Comment réagir ? Ni vous ni moi n’allons réorganiser les services du Saint-Siège. En revanche, la bonne nouvelle est la capacité d’une opinion publique catholique à se mobiliser, en particulier sur Internet. Quand on est baptisé et quand on est citoyen d’un pays qui se veut théoriquement libre, dans un monde médiatique, on a un pouvoir entre les mains et on a le devoir de s’en servir. Si on ne le fait pas, on perd le droit de se plaindre et on va vers la servitude.

- Le tout-venant a-t-il son mot à dire ? Les médias et les hommes politiques créent l’opinion, mais ils en dépendent aussi. Si nous réagissons, nous provoquons des mouvements d’opinion. La démocratie repose sur l’expression des citoyens. Si nous nous taisons, tant pis pour nous. Si nous provoquons des mouvements d’opinion, les autorités de l’Église seront encouragées à résister et ne se sentiront pas seules face aux médias. Quand on sent un peuple derrière soi, on est plus fort. Nous pouvons agir sans faire de grands efforts ni monter des organisations. Écrivons, envoyons des mails, téléphonons. Ça ne nous ruinera pas ! Dieu n’a que faire des puissances de ce monde. L’argent, les lobbies, les médias, ne sont rien devant lui. Mais ce qui lui manque ce sont simplement des braves gens prêts à faire quelque chose. Pie XII disait que «  le problème ce n’est pas la puissance des méchants mais la lâcheté des bons. »



 


 

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Le Gender, la confusion des genres

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29 mai 2009 2009 par Il est vivant !

Au coeur des priorités de la coopération internationale depuis la conférence de Pékin, en 1995, le gender, concept créé dans les années 1970 par un certain courant féministe, a une influence grandissante sur nos sociétés et nos modes de vie. Marguerite Peeters en a étudié les tenants et aboutissants.

propos de Marguerite A. Peeters recueillis par Laurence Meurville

Le mot anglo-saxon gender est en vogue depuis une quinzaine d’années dans de grandes rencontres internationales. Comment définir ce concept ?
- Le terme gender a été inventé dans les années 1970 par un certain courant féministe qui voulait distinguer les différences physiques entre l’homme et la femme, inscrites dans la biologie et donc inchangeables (“sexe”) des différences qui seraient « socialement construites », et donc relatives et changeables (gender). Le gender rend possible d’avoir une identité sexuelle différente du comportement et du rôle que l’individu joue dans la société : il divorce le corps de la “fonction sociale” d’un individu. Le mot n’est pas clairement défini car il recouvre davantage un processus de changement (de ses choix d’orientation sexuelle, par exemple) qu’une réalité stable et identifiable. Il est de plus mal traduit en français : égalité des genres, égalité des sexes, sexospécificité, parité, etc.

Quelle conception de l’homme promeut-il ?
- Le gender considère la vocation de la femme en tant que mère et épouse comme une construction sociale contraire à l’égalité, comme un stéréotype à déconstruire car jugé négatif, discriminatoire et restrictif, faisant de la femme une victime et empêchant son autonomisation et la réalisation de ses “droits”. La maternité est dès lors considérée comme une injustice sociale empêchant la femme de devenir l’égale de l’homme en termes de fonction sociale. Les prédispositions du corps de la femme à la maternité deviennent un ennemi à combattre. Le gender combat également la complémentarité anthropologique homme-femme et veut faire de tous des citoyens radicalement égaux, des “partenaires” liés entre eux par un “contrat”. Les relations entre l’homme et la femme deviennent dialectiques, régies par une lutte pour le pouvoir social. Le but du gender est de “libérer” l’individu de tout cadre normatif donné par la nature, la société, la tradition et Dieu lui-même, et de permettre à chacun de choisir librement sa fonction sociale, son identité, son orientation sexuelle, sa forme de famille.

Quelles réponses le gender proposent-ils à nos contemporains ?
- Produit de la révolution féministe, sexuelle et culturelle occidentale, le gender tente de répondre aux désordres réels liés à la faute originelle (en particulier la domination masculine) non par l’amour et la réconciliation, mais par une révolte et volonté de prise de pouvoir de la femme (empowerment) qui cherche à devenir l’égale de l’homme en termes de pouvoir social. Le “consensus” de la conférence de Pékin de 1995 a mis le gender au cœur des priorités de la coopération internationale.

À ce propos, quel impact a cette culture du gender sur le plan mondial ?
- Devenu une “norme mondiale” à travers l’ONU, le gender s’est déjà intégré dans toutes les politiques internationales, nationales et locales, les instruments juridiques, les manuels scolaires, les codes éthiques des entreprises, les programmes des ONG, etc. Il est un thème dominant de la culture dans laquelle nous vivons, culture dans laquelle parler de complémentarité homme-femme est devenu discriminatoire et contraire à l’éthique. Une nouvelle éthique mondiale du “libre choix” ainsi compris s’impose aujourd’hui avec force aux cultures traditionnelles non-occidentales.

Quelles en sont les conséquences sur nos sociétés, notre propre vie ?
- La conséquence la plus grave concerne l’éducation de nos enfants : les manuels scolaires enseignent déjà, par exemple, qu’il existe diverses orientations sexuelles et parfois même qu’il faut expérimenter pour connaître la sienne… Les jeunes sont désorientés. La révolution culturelle a détruit, avec une force inouïe, la cohérence donnée jadis par l’appartenance à une communauté, une tradition, une famille stable, les valeurs et la foi transmises par les familles et la religion. Cette désorientation touche la société en son ensemble : divorce, dépression, insatisfaction, incapacité de s’engager, disparition du concept d’autorité et de gouvernement…

Nous sommes dans une civilisation du virtuel, qui a perdu le sens de la réalité. Cette virtualité s’exprime par l’emphase sur l’accès (et non l’objet auquel on accède), la possibilité (et non la réalité), le choix (et non ce qui est choisi), le processus (et non le contenu), le changement (et non l’identité stable), les aspirations (et non leur concrétisation), la capacité et le potentiel (et non l’engagement). L’individu se construit un sentiment de toute-puissance, un monde de rêve où il aurait en permanence accès à tous les choix, un monde lui permettant de ne jamais s’engager personnellement. La maternité, la famille traditionnelle sont réduites à des mythes dépassés, alors que l’habilitation des femmes serait le rêve à conquérir.

Comment, en tant que chrétiens, faire face à ces conséquences ? Quelle contre-culture lui opposer ?
- Il ne s’agit pas, pour les chrétiens, d’opposer une contre-culture à la nouvelle culture mondiale, mais tout simplement de rester, ou de redevenir, eux-mêmes. C’est le plus grand service que nous puissions rendre à l’humanité. Être fidèle à l’Évangile nous assure une indépendance par rapport aux “valeurs” que la société cherche à nous imposer. Seule cette liberté nous permet d’aider nos frères, car Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Mais l’ignorance des enjeux de la nouvelle éthique peut nous amener à faire des compromis, voire à nous laisser séduire. Il est donc également important de s’informer.



 


 

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Pour aller plus loin, Marguerite A. Peeters est l’auteur de : La mondialisation de la révolution culturelle occidentale et de La nouvelle éthique mondiale : défis pour l’Église

- Pour se procurer les ouvrages : iis@skynet.be


L’adoption par des personnes de même sexe ?

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20 juillet 2009 2009 par Il est vivant !

L’adoption et la possibilité d’user des moyens d’assistance médicale à la procréation (AMP) par des personnes de même sexe posent de sérieuses questions.

Par Mgr Tony Anatrella

Celles-ci sont souvent escamotées au nom de l’égalité des droits de tous les citoyens devant la loi et d’un sentiment de compassion selon lequel on affirme l’idée : « Puisqu’ils s’aiment marions-les et facilitons-leur l’accession à la filiation. » Les enjeux des besoins de l’enfant et la cohérence du sens de la filiation pour la société méritent davantage de rationalité que les premières motivations précitées.

Un mensonge social

Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur le sens du langage lorsque l’on applique à une association monosexuée les mêmes caractéristiques d’une union seulement constituée entre un homme et une femme. Ainsi la notion de couple et celle de famille n’ont rien à voir avec ces deux réalités. Deux personnes de même sexe (que je qualifie de duo 1) sont dans une monosexualité dont l’altérité sexuelle et le couple générationnel sont absents. Elles ne forment ni un couple puisqu’il n’y a ni altérité, ni complémentarité, ni une famille puisque l’enfant ne procède pas de deux personnes de même sexe. Autrement dit, l’expression de l’amour implique la différence sexuelle pour être féconde à bien des égards et l’enfant a besoin de procéder d’un homme et d’une femme pour s’inscrire dans la succession des générations et l’histoire.

Le discours ambiant, comme je l’avais souligné dans mon livre La différence interdite (Flammarion), s’appuyant sur la théorie du genre qui minimise le sens de la différence sexuelle dans le lien social, produit des discours irréalistes et délirants en séparant la procréation de la différence sexuelle. Une telle segmentation de la sexualité est et sera source de violences dont on constate les effets auprès des plus jeunes. « L’homoparentalité », pour autant que cette notion ait un sens, est un mensonge social, l’enfant ne se conçoit ni ne s’éduque à partir d’un seul sexe. C’est le priver d’une dimension essentielle du réel que la présence des personnes de l’autre sexe dans son environnement social ne viendra pas compenser. L’enfant n’est pas un droit

L’égalité des droits devant la loi ne signifie pas que toutes les situations se valent et que les personnes peuvent bénéficier des mêmes droits. Nous croyons de façon illusoire que plus un enfant est désiré et plus c’est un gage d’épanouissement pour lui. Certes, nous avons à veiller à la qualité du désir mais aussi et surtout à savoir si l’enfant est reconnu pour lui-même. Les interrogations sont parfois masquées derrière une vision sentimentale en nous assurant qu’il sera mieux “aimé” par des personnes homosexuelles que dans un couple qui se déchire. Là n’est pas la question, mais davantage de savoir dans quelle structure relationnelle un enfant sera engagé. L’enfant ne peut pas être conçu et adopté dans n’importe quelles conditions. Au lieu de s’installer dans la toute-puissance des désirs, ne serait-il pas plus humain, plus authentique et plus réaliste d’accepter d’y renoncer lorsque les conditions ne sont pas réunies plutôt que de chercher à forcer, voire même à violer le réel ?

La filiation ne se définit pas à partir de l’infécondité, de l’adoption et d’un seul sexe. C’est plutôt l’adoption qui doit se définir à partir d’un couple générationnel constitué d’un homme et d’une femme qui rend lisible l’origine dont l’enfant a besoin pour se repérer charnellement. Jusqu’à présent on avait raison d’exiger un critère de sexualité des célibataires pour adopter un enfant afin qu’il soit éduqué dans un milieu où l’altérité sexuelle est intimement intégrée et acceptée.

Des motivations anti-éducatives

Quand on examine les motivations d’homosexuels qui veulent un enfant, il apparaît qu’il n’est pas conçu pour lui-même, mais qu’il est instrumentalisé pour soutenir des adultes. Dans un contexte unisexué, l’enfant est plutôt le miroir et le référent social qui sert à valider la reconnaissance de leur homosexualité. Il s’agit d’un phénomène de mimétisme afin d’être comme tout le monde. Pour un enfant, il est bien difficile de se différencier en étant pris dans un jeu d’identification du même au semblable. Il risque de développer des confusions sur son origine, son identité et sur le sens de sa filiation qui est faussée avec deux semblables.

L’enfant intègre mieux l’interdit œdipien dans un couple générationnel alors que l’une des origines de l’homosexualité est liée, entre autres, au déni de ce complexe. La personnalité se maintient ainsi dans l’économie de la sexualité infantile. L’enfant peut mieux se reconnaître dans son identité et à sa place en se disant : « Je suis une fille, je suis un garçon, et plus tard je serai un homme comme papa et une femme comme maman. » Discours difficilement tenable avec deux adultes de même sexe.

L’unisexualité des adultes enferme dans un système de relation sans altérité qui mutile chez l’enfant de nombreuses dimensions du réel. L’acceptation, par exemple, de la différence sexuelle est l’une des premières limites que l’enfant rencontre à travers ses parents. Elle est inscrite dans le corps. Si je suis une fille, je ne peux pas être un garçon et réciproquement. Remettre en cause la parenté fondée sur la différence sexuelle revient à faire croire à l’enfant que tout est possible.

La négation de la différence sexuelle développe un sentiment de toute puissance handicapant, il empêche l’enfant d’accéder à ses propres possibilités. L’enfant a besoin que sa mère soit une femme et son père un homme. Chacun est ainsi situé dans son identité et permet à l’enfant de se différencier subjectivement et socialement. L’homosexualité complique et ne permet pas ces processus. Elle n’est pas une différence comme on le prétend, elle est la négation de toutes les différences. On ne peut donc pas définir rationnellement la parenté et la filiation simple ou plénière, et encore moins l’éducation des enfants à partir de l’homosexualité.

- Mgr Tony Anatrella
- Psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale



 


 

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+ D'infos

- Xavier Lacroix, La confusion des genres. Réponses à certaines demandes homosexuelles sur le mariage et l’adoption, Bayard, 2005
- Tony Anatrella, La différence interdite, Flammarion, 1998
- Tony Anatrella, Le règne de Narcisse, Presses de la Renaissance, 2005 • - - Tony Anatrella, La tentation de Capoue – Anthropologie du mariage et de la filiation, Cujas, 2008.


Encyclique sociale. Pour une juste vision de l’homme

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8 septembre 2009 2009 par Il est vivant !

Quarante ans après l’encyclique Populorum progressio de Paul VI, le pape Benoît XVI signe avec Caritas in veritate un texte dans lequel il propose une vision novatrice des rapports économiques.

Entretien avec Pierre-Yves Gomez - Propos recueillis par Laurence de Louvencourt

- Selon vous, pourquoi Benoît XVI a-t-il souhaité publier une encyclique sociale ?
- L’Église contribue depuis des siècles à la réflexion sur l’économie, la politique et la justice sociale. C’est ce qu’on appelle couramment la doctrine sociale de l’Église. Depuis la fin du XIXe siècle, le magistère publie régulièrement des textes qui actualisent cette doctrine, c’est-à-dire qui mettent en relation les principes évangéliques fondateurs et la situation dans laquelle se trouve la société du moment (encadré ci-contre). C’est ce que fait ce texte en tenant compte tenu des conséquences de la mondialisation, en s’interrogeant notamment sur les conditions d’un développement juste, quarante ans après Populorum progressio de Paul VI.

- Quel est l’apport de ce document à la doctrine sociale de l’Église ?
- Face à toutes les idéologies qui bricolent des visions plus ou moins fantaisistes de l’économie et de la société, Benoît XVI propose une synthèse qui manifeste bien la cohérence et la puissance de la vision chrétienne sur la société. Éclairées par l’amour de Dieu, l’ensemble des activités humaines, qu’elles soient économiques, politiques ou sociales, sont reliées entre elles et se confortent mutuellement. C’est impressionnant. Dans un monde fractionné en milliers d’opinions relativistes, Caritas in veritate est un apport intellectuel indiscutable pour le croyant comme pour le non-croyant. Mais cette encyclique est aussi novatrice pour la pensée sociale de l’Église et une période de travail s’ouvre à nous désormais pour en tirer toutes les richesses. Très clairement et avec une grande pédagogie, le Pape rappelle que l’économie n’obéit pas à des lois et des règles autonomes, mais qu’elle est une expression centrale de l’activité humaine. Elle doit donc être comprise et réalisée du point de vue de la personne humaine. Fidèle à sa pensée, Benoît XVI insiste sur le fait qu’il n’y a pas d’activité humaine qui échappe au principe d’humanité et donc à une vision juste de l’homme, mû à la fois par l’amour et la vérité. Ni l’économie, ni l’usage de la technologie, ni le rôle de l’État n’ont de logiques propres, indépendantes du développement des êtres humains qui en sont les acteurs et les bénéficiaires.

- Cette incitation de Benoît XVI « le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale », vous semble-t-elle réaliste ?
- Ce qui est irréaliste, et même dangereux, c’est de ne pas voir, au contraire, l’importance de la gratuité dans les affaires humaines et notamment les affaires économiques. Des économistes et des chercheurs en gestion l’ont montré depuis longtemps, et le Pape s’inspire d’ailleurs de leurs travaux. Prenons un exemple : une partie du transfert d’informations dans une entreprise obéit à l’évidence à une règle de gratuité. Ainsi, aider un nouveau venu, encourager un collègue, transmettre des savoirs lorsqu’on part à la retraite, tout cela se fait gratuitement. Et si cette nécessaire gratuité faisait défaut, imaginez ce que deviendrait l’entreprise : elle se bloquerait ! La pensée sociale de l’Église est donc très réaliste, on pourrait dire scientifique, puisqu’elle s’appuie sur les faits concrets observables. Ce sont les idéologues de tous poils qui sont irréalistes parce qu’ils se fondent sur des conceptions erronées de la nature humaine et finissent par ne plus voir ce qui saute aux yeux.

- Le parcours Zachée, que vous avez créé en équipe, contribue à faire connaître l’enseignement social de l’Église. Dans quelle perspective l’avez-vous conçu et développé ?
- « Aujourd’hui, il faut que je demeure chez toi », dit Jésus à Zachée. L’objectif du parcours Zachée est de mettre en œuvre les principes de la doctrine sociale dans la vie quotidienne (ci-contre). On passe de la réflexion générale à la pratique. Par des enseignements courts, mais surtout des exercices concrets et des groupes de partage, on apprend à accueillir Jésus dans toutes nos activités, même au milieu du monde.

- Là où vous l’avez mis en œuvre, quels fruits avez-vous pu constater ?
- Faire l’unité dans notre vie, voilà le fruit principal, parce que c’est par la division intérieure que le diable nous tient le mieux. Un disciple du Christ ne peut pas se satisfaire de vivre une double vie : une avec le Seigneur lorsqu’il prie, et une autre dans un monde vide de Dieu. Il doit s’unifier : le monde est, pour la plupart d’entre nous, le lieu principal pour notre sanctification. Les participants au parcours vivent souvent un vrai basculement : ils prennent conscience que plus ils vivent dans le monde, plus se multiplient les moyens concrets de grandir en sainteté. Leur vie active, quelle qu’elle soit, devient spirituelle : ils sont unifiés. Cela se voit quand ils ont le désir de monter à leur tour un parcours Zachée pour transmettre cette découverte à d’autres. L’évangélisation est le fruit de l’unité retrouvée en soi-même et de la joie que cela procure. L’encyclique de Benoît XVI tombe à merveille pour nous encourager en ce sens.

- Pour aller plus loin :
- Parcours Zachée, la doctrine sociale de l’Église dans la vie quotidienne
- Tome 1 : La Boussole (disponible en librairie) La Boussole
- Tome 2 : Le Compas (disponible en librairie mi-septembre) Le Compas



 


 

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Le Parcours Zachée : Créé dans le cadre de Présence et Témoignage, le parcours propose un programme de (trans)formation permettant de mettre en pratique, dans notre vie quotidienne, les principes de la doctrine sociale de l’Église. Huit thèmes sont abordés et travaillés dans des enseignements, des exercices personnels et des échanges dans des groupes de partage. Des parcours ont déjà été montés à Lyon, Paris, Luxembourg, New York…
- parcourszachee.com


Séismes en terre anglicane

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6 octobre 2009 2009 par Il est vivant !

Depuis quelques années, la Communion anglicane est secouée par des crises successives. Mgr Brian Farrell du Conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens, nous aide à comprendre la situation de nos frères chrétiens et l’espérance qu’il a pour eux.

Propos recueillis par Claire Villemain

- Quels sont les fondements de l’unité au sein de la Communion anglicane ?
- L’âme de l’anglicanisme réside dans sa capacité à s’accorder sur quelques points essentiels tout en permettant l’expression de la diversité sur de nombreuses autres questions. D’où une structure légère, aux amples contours. En tant que communion mondiale, l’anglicanisme n’est plus dominé culturellement et administrativement par l’Église d’Angleterre. Il convient de noter que l’archevêque de Cantorbéry ne peut ni commander ni diriger, mais seulement conseiller et exhorter. Enfin, les anglicans attribuent une importance particulière à leur contexte local.

- Comment peut-elle prendre position sur des sujets sensibles tout en maintenant son unité ?
- Ne disposant pas de mécanismes permettant d’imposer une discipline ou une sanction, la Communion anglicane lutte actuellement pour préserver son unité. Une des solutions à laquelle beaucoup sont favorables, y compris l’archevêque de Cantorbéry, est celle de l’établissement d’un Covenant – un accord exprimant l’engagement des anglicans dans la Communion au niveau mondial, ainsi que les liens réciproques et interdépendants qui les unissent. Toutefois, d’aucuns y voient une tentative d’imposer une structure légaliste et d’exclure les “libéraux”, et il est clair que nombreux seront ceux qui dans l’Église américaine auront des difficultés à l’accepter.

- Le Sunday Telegraph titrait il y a quelques mois : “L’Angleterre est devenue un pays catholique”, car pour la première fois depuis le XVIe siècle, les fidèles catholiques ont dépassé en nombre les anglicans. Faut-il y voir un lien avec la crise qui affecte l’Église d’Angleterre ?
- Il est difficile et en quelque sorte inutile d’essayer de comparer le nombre des anglicans et des catholiques en Angleterre. L’Église catholique en Angleterre a, elle aussi, subi de nombreuses pertes – en réalité, parmi les principales confessions, elle est celle qui a connu le plus fort déclin. Toutefois, la forte immigration, notamment en provenance de régions catholiques de l’Europe de l’Est et du Sud, a fait remonter les statistiques tout en changeant le profil de notre Église. Entre-temps, il faut reconnaître que certaines initiatives de l’Église anglicane se sont révélées gagnantes : le parcours Alpha a fait découvrir avec succès les bases de la foi chrétienne à une nouvelle génération et diverses paroisses et cathédrales font un excellent travail.

- Qu’espérez-vous pour la Communion de nos frères et sœurs anglicans ?
- Nous souhaitons que partout dans le monde la Communion anglicane persévère dans l’unité. En cette période difficile, nous aimerions voir se développer des structures visant à affermir les liens d’interdépendance entre les provinces et les diocèses, de sorte que l’anglicanisme ne soit pas une simple association d’Églises nationales mais bien une Communion unie par des liens internes de fraternité et de foi partagée. Cela nécessitera probablement la création de moyens plus efficaces aptes à maintenir l’unité, soit un Covenant, soit le renforcement d’un ou plusieurs des instruments d’unité déjà existant.

- Comment le dialogue œcuménique se place-t-il dans ce contexte ? Le Saint-Père a lui-même déclaré qu’il ne veut pas d’une fragmentation de l’anglicanisme et, à plusieurs reprises, nous avons manifesté notre soutien à l’archevêque de Cantorbéry pour les efforts qu’il déploie afin de préserver l’unité de l’anglicanisme. Pour cette raison, il est important que dans notre dialogue œcuménique, catholiques et anglicans analysent la nature de la communion, et examinent la manière dont les communautés locales se rapportent à l’Église universelle. Nous souhaitons par conséquent que la Communion anglicane réussisse à maintenir et approfondir son unité sur la base de ses authentiques traditions, en harmonie avec la Tradition universelle de l’Église à travers les âges.



 


 

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École d’adoration pour enfants

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6 novembre 2009 2009 par Il est vivant !

On les appelle les enfants adorateurs. Découverte de l’école d’adoration de soeur Beata, aux sessions de Paray-le-Monial, où des bambins de 7 et 8 ans ont appris à découvrir et à contempler Jésus dans le Saint-Sacrement.

Par Claire Villemain

Un matin d’été pluvieux à Paray-le-Monial. Dans le fond du parc des Chapelains, à l’abri des platanes, des chants d’enfants se font entendre. Le petit groupe des 7-8 ans, animé par sœur Beata de la communauté Saint-Jean, commence sa journée par une joyeuse louange. Mais aujourd’hui ne sera pas comme les autres jours. Alors que leurs parents participent au Congrès pour l’adoration, les enfants, eux aussi vont apprendre à adorer.

S’acclimater pour mieux adorer

« L’adoration, c’est un moment calme où on peut bien rencontrer Dieu », déclare Simon, tout de go, de son sourire quelque peu éclairci par deux quenottes en moins. Ça, c’est en théorie. Parce qu’en pratique, il va falloir tout un rituel à ces bambins pour faire le calme en eux et autour d’eux. Première étape pour les “canaliser” : un quart d’heure de coloriage. « Pour certains, ils arrivent de la piscine, d’autres sortent tout juste de leur lit… Après cette petite activité, on est sûr qu’ils en sont tous au même point », indique sœur Beata. Ce qui n’est pas inutile, car vient ensuite un moment de catéchèse sur l’Évangile. Aujourd’hui, on lit l’épisode de la femme hémoroïsse qui, ayant touché le manteau de Jésus, se trouve guérie de ses maux. La leçon ? Le Seigneur peut faire des miracles, « pour peu qu’on ait confiance en lui », précise notre rayonnante religieuse… «  Et vous, croyez-vous qu’il a fait des miracles cette semaine ? » « Oui ! s’exclame, enthousiaste, le petit Simon. Hier, il a transformé le pain en son Corps ! » En voilà un qui, décidément, comprend vite… Maintenant que le décor est posé, les esprits tournés vers Jésus, la joyeuse petite troupe va pouvoir se diriger, (presque) en silence, vers l’oratoire où les attend un ami de marque : Jésus lui-même.

« Apprends-moi à t’aimer »

Deux par deux, les enfants entrent dans la chapelle. « Ce n’est pas un moulin vous savez ! Ici, le Seigneur est vraiment là… Vous vous rendez compte ? », interroge Nathalie, une jeune maman. Certains, de toute évidence, en sont conscients. Spontanément, ils se prosternent devant l’ostensoir. Après un beau et lent signe de croix, sœur Beata prie. Les enfants lui jettent quelques œillades pour mieux l’imiter et répètent, obéissants : « Jésus je t’aime de tout mon cœur. Je t’offre mon cœur. Je ne veux penser qu’à toi. Apprends-moi à prier, à adorer, à me faire tout petit devant toi qui es si grand. Je crois que tu es là, que tu es vraiment là. » À voir ces enfants prier, absorbés par Jésus Hostie, on se laisse saisir aussi. Le père Jean-Michel, qui a exposé pour eux le Saint-Sacrement, guide les enfants dans la prière en empruntant les paroles d’un paroissien du saint Curé d’Ars : «  Je l’avise, et il m’avise. » Puis il passe parmi eux, abaissant l’ostensoir devant chacun. Dieu visite, s’abaisse et rejoint son petit peuple. Le visage lumineux, auréolé de sa guimpe blanche, sœur Beata porte sur ces jeunes adorateurs un regard bienveillant, maternel. Amener au Christ, c’est sa fécondité. La mission semble accomplie.

À peine sortie de la chapelle, Astrid, ouvrant de grands yeux derrière ses lunettes roses, témoigne de la qualité de ce moment : « Moi j’aime bien l’adoration parce que c’est là où je connais Jésus. Tu sais, c’est vraiment quelqu’un de bien ! » «  Laissez venir à moi les petits enfants », dit Jésus. Car bien souvent, ils sont nos maîtres.

Pour en savoir plus, un livre :
- "Je me prépare à l’adoration" d’Agathe Poirot-Bourdain - Éditions de l’Emmanuel.



 


 

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