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Soins palliatifs : La fin de vie fait débat

Entretien avec Jean Léonetti

Une proposition de loi socialiste rejetée le 24 novembre dernier a, une fois de plus, bousculé la loi de 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie. Entretien avec l’auteur de cette loi, le docteur Jean Leonetti, député des Alpes-Maritimes.

Imprimer cet article Ecrire à l'auteur Il est vivant ! 22 janvier
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- Quelle a été votre réaction à la proposition de loi socialiste en faveur de l’euthanasie, rejetée le 24 novembre dernier ?
- Nous avons rejeté cette proposition de loi pour des raisons juridiques, médicales et humaines. Sur le plan juridique, on ouvre le champ d’un «  droit à la mort » contraire aux conventions européennes des droits de l’homme. Sur le plan médical, les équipes de soins palliatifs considèrent unanimement cette demande comme contradictoire avec leurs pratiques. Sur le plan humain enfin, même à leur demande, on ne peut attenter à la vie des plus fragiles en raison de leur détresse ou de leurs souffrances, que l’on doit combattre.

- La France est-elle en retard sur la question de la fin de vie ?
- La France est en avance car elle a su allier le progrès technique et le progrès humain. Au moment où la Suisse revoit sa législation et où le Comité des droits de l’homme de l’ONU condamne la Hollande pour ses pratiques euthanasiques, la France, avec sa législation basée sur le « non abandon » et la « non souffrance » apparaît comme un modèle équilibré. Les récentes recommandations anglaises vont d’ailleurs dans le même sens.

- Comment expliquez-vous le fait que les Français plébiscitent les soins palliatifs et, à la fois, semblent souhaiter l’euthanasie ?
- L’euthanasie est une mauvaise réponse à une bonne question. Les Français souhaitent que la fin de vie se déroule de manière sereine, apaisée, sans douleur et sans acharnement thérapeutique. C’est la raison pour laquelle ils plébiscitent les soins palliatifs. Ils ne sont favorables à l’euthanasie que parce qu’on leur propose une fin de vie douloureuse et solitaire.

- Les bénévoles et soignants en unités de soins palliatifs sont-ils suffisamment soutenus par les pouvoirs publics ?
- Les soins palliatifs font l’objet d’un plan de 230 millions d’euros de 2008 à 2012, qui devrait permettre à la France d’être un des premiers pays européens dans ce domaine. Les bénévoles sont moins nombreux que dans d’autres pays, comme l’Angleterre. Il faut certainement que les pouvoirs publics leur apportent une formation et un soutien indispensable.

- Selon vous, quel doit être le rôle spécifique du médecin dans l’accompagnement de la personne en fin de vie ?
- Le médecin face à son malade en fin de vie doit lui garantir qu’il ne l’abandonnera pas et ne le laissera pas souffrir. Il peut s’arrêter de traiter une maladie qui avance inéluctablement, il ne doit jamais s’arrêter de prendre soin de son malade.

- Vous avez dit que l’euthanasie est un « acte médical d’incompétence ». Qu’entendez-vous par là ?
- Le professeur Goldwasser le dit d’une autre manière : «  L’euthanasie est un ex-progrès devenu ringard. » Cela signifie que les médecins non formés à l’approche de la mort et aux techniques de soins palliatifs se trouvent démunis face à la fin de vie de leurs malades et ne choisissent souvent alors que l’acharnement thérapeutique ou l’euthanasie qui sont deux façons de nier la mort qui approche. Avec les progrès médicaux actuels, pratiquer l’euthanasie est effectivement le plus souvent un acte d’incompétence médicale.

- Qu’entendez-vous par “dignité”, un mot utilisé à tort et à travers ?
- Il y a deux définitions de la dignité. Une qui est individualiste et qui correspond à l’estime de soi. Elle est pourtant souvent dictée par une société qui présente comme indigne tout ce qui n’est pas jeune, performant et rentable. La vraie définition de la dignité, c’est celle qui la lie à la personne humaine, quel que soit son état physique ou mental. Il n’y a pas de personne indigne en fin de vie, seul est indigne le regard qu’on peut porter sur eux.


En savoir +

Pour aller plus loin • SFAP : La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs regroupe les principaux acteurs français du mouvement des soins palliatifs. Infos : www.sfap.org – 01 45 75 43 86. • ASP Fondatrice : l’association de l’Accompagnement bénévole en soins palliatifs fête cette année ses 25 ans et compte à ce jour 235 accompagnants bénévoles qu’elle forme et soutient. Infos : www.aspfondatrice.org – 01 53 42 31 33.



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Janvier 2010 - N°267