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Pédophilie : retour sur un séisme

3 000 accusations ont été portées contre des prêtres dans le monde, de 2001 à 2010, pour des abus commis au cours des cinquante dernières années. Le journaliste et chroniqueur Gérard Leclerc vient de publier un essai limpide sur le sujet (L’Eglise face à la pédophilie, Editions de L’Oeuvre, mai 2010). Entretien par Magali Michel.

Imprimer cet article Ecrire à l'auteur Il est vivant ! 1er juin
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- Pourquoi la pédophilie estelle devenue soudain un sujet prédominant alors qu’on ne s’y intéressait quasiment pas avant les années 1990 ?

À ma connaissance, aucune étude complète n’existe sur ce point pour permettre une réponse satisfaisante.

À partir d’informations que j’ai pu réunir, je propose toutefois une hypothèse. Elle concerne l’activité des psychanalystes américains qui se sont mis à rechercher systématiquement dans le passé de leurs patients une sorte de scène primitive incestueuse.

Je serais tenté de mettre cette pratique en rapport avec le scandale de la pédophilie qui affecte le clergé américain dans les années suivantes. Jusqu’alors, on n’avait pas prêté attention au phénomène. Il arrivait même qu’on affiche son incrédulité.

En Europe, l’affaire Dutroux a bouleversé l’opinion et alerté les pouvoirs publics. S’ensuivit une prise de conscience et une modification des législations pour aggraver les peines encourues. Tout le système judiciaire s’est trouvé transformé avec un nombre de plus en plus grand de délinquants sexuels jugés et internés.

- L’Église est-elle plus touchée que d’autres institutions ?

Non. L’Église n’est pas, et de très loin, l’institution la plus touchée par la pédophilie. C’est la famille qui malheureusement est la plus concernée, avec l’inceste qui est un drame majeur. Le phénomène de la pédophilie, hors inceste, nous ramène à des proportions très inférieures.

Toutes les professions qui s’occupent de l’enfance comptent des délinquants et le milieu des prêtres n’occupe, en France par exemple, qu’un rang secondaire. Douze prêtres sont actuellement en prison pour atteinte sexuelle à l’enfance.

- L’Église a-t-elle pris la mesure du fléau ?

Il a fallu un certain temps. Mais l’Église a suivi les évolutions de la société et s’est alignée sur la vigilance étatique. On peut regretter qu’elle n’ait pas été plus prompte. Sa vigilance humaine a été prise en défaut. Le pape l’a courageusement reconnu dans sa poignante Lettre aux catholiques d’Irlande notamment.

N’oublions pas que c’est Jean Paul II qui a réagi à la tragédie qui atteignait son pontificat. Il a demandé au cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, de se saisir du dossier du sacerdoce délinquant. Le grand théologien, épouvanté par ce qu’il découvrait et qui était insupportable pour l’Église, prit alors des mesures intransigeantes pour arrêter la politique laxiste trop souvent pratiquée.

Désormais, tout cas de prêtre coupable devait remonter à Rome pour être jugé, conformément à la loi de l’Église, sans aucune faiblesse et jusqu’à la sanction ultime, l’interdiction d’exercer le sacerdoce.

- Benoît XVI a-t-il fait l’objet d’une tentative de déstabilisation ?

Force est de relever la vindicte qui s’est déchaînée sur le pape et la course effrénée à la recherche d’éléments permettant de lui faire porter la responsabilité d’un phénomène pour lequel il n’a jamais eu aucune indulgence. On a recherché en Allemagne puis aux États-Unis des éléments à charge qui se sont révélés infondés. L’emballement médiatique s’est avéré conforme aux lois de l’emballement mimétique mises en évidence par René Girard avec leur violence et leur recherche d’une cible principale, la victime émissaire.

- Le célibat sacerdotal est-il en cause ?

Le célibat sacerdotal n’est nullement incriminé dans cette affaire en dépit de la tentative d’établir une relation causale que tous les gens informés ont réfutée. Le fait d’être marié ou d’avoir des relations sexuelles ne prémunit nullement contre les tendances pédophiles. C’est même souvent le contraire car la proximité des enfants dans les familles engendre le plus d’agressions à leur encontre. Par ailleurs, les personnalités qui présentent ce type de tendance sont déjà clivées dans leur psychisme avant leur entrée dans le clergé.

- Peut-on déceler une tendance pédophile dès le séminaire ?

Il est souhaitable d’être vigilant pour éviter l’intrusion de personnes à risques. Mais il n’y aura jamais de prévention absolue en dépit d’une tolérance zéro. Souhaitons que la campagne actuelle produise des effets salutaires. Personne ne peut plus ignorer le danger. Désormais, les responsables sont vigilants.

- Le message de l’Église restet- il légitime après la révélation des crimes commis par le clergé catholique ?

Non seulement le message de l’Église demeure légitime après ce qui s’est passé, mais il apparaît encore plus pertinent. Ne serait-ce que sur la situation pécheresse de l’humanité.

Ceux qui n’admettent pas le dogme du péché originel apparaissent singulièrement inconséquents et le drame de la chute renvoie à la perspective d’une rédemption ! Dans la même ligne, j’attire l’attention sur la profondeur existentielle de l’anthropologie biblique et chrétienne qui nous éclaire énormément en matière sexuelle. C’est le christianisme qui est venu apprendre le respect du corps et singulièrement des corps de l’enfant et de l’adolescent. Notre législation actuelle vient de là !

- Selon vous, de quelle nature est la conversion dont l’Église meurtrie aura besoin ?

Nous avons toujours à nous convertir et à nous réveiller. Cette crise qui a meurtri toute l’Église et tous les chrétiens nous conduit à un approfondissement spirituel et à une plus vive conscience de notre vocation chrétienne. Je suis frappé par ce qui s’est passé en France pendant la Semaine Sainte. Toutes les informations indiquent une fréquentation inattendue alors qu’on nous annonçait une désaffection généralisée de la part du peuple chrétien. Ce n’est peut-être pas vrai partout en Europe (en Allemagne, par exemple). Mais la récente visite de Benoît XVI au Portugal, précédée par celle à Malte, a démontré une mobilisation populaire réelle. C’est tout de même mystérieux.

L’épreuve extrême permet que s’effectue la prise de conscience de la vérité de l’Évangile.




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