Les V.I.P. sont des soirées de prière pour les personnes qui pensent au suicide. Ces veillées ressemblent à des gardes de nuit, aux urgences de la foi. Une poignée de jeunes prie à genoux. Ils n’ont pas trente ans pour la plupart. Ils sont architecte, contrôleur du travail ou ingénieur. Sous le patronage de Frédéric Ozanam, ils veulent tisser un immense réseau de charité. Les SDF, les personnes âgées, les malades sont leurs amis. Pourtant, certains passent entre les mailles des visites à domicile et des maraudes. Ce sont les plus désespérés. Pour eux, les “juniors” des équipes Saint- Vincent ont décidé de faire quelque chose. Voilà pourquoi ce soir, ils sont là, toutes conférences confondues. Ils brûlent une heure de leur agenda.
Le testament d’Ozanam
La harpe coule des accords qui font prier. Rangés au pied des marches de l’autel, les lumignons crépitent sur le velours rouge. Sous les flashes de l’intercession, star de la soirée, le Saint-Sacrement repose dans le plus grand silence. Une assemblée fervente, répartie dans le premier tiers de l’église Saint-Joseph des Carmes projette sur l’écran eucharistique un film hors concours. Roger. Pavel. Tous les SDF réunis le week-end dernier près de Coulommiers en Seine-et-Marne.
Une année d’actions, le visage des pauvres rencontrés, les espoirs des conférences : toute la bobine défile pour cette soirée de clôture. C’est la septième et dernière soirée V.I.P. de l’année. Les équipes du Tout-Paris rendent grâces, confient dans une longue prière ceux qui sont au bord du gouffre. « Tu es notre seul lien avec ceux qui désespèrent et qu’on ne peut rejoindre… », dit à Jésus la voix timide d’une lectrice. Chants, évangile et silence. La veillée de ce soir est animée par la conférence Saint-Roch. En tailleur au premier rang par terre, ou assis en retrait sur un prie-Dieu devenu une chaise basse, de jeunes confrères vénèrent le Saint-Sacrement exposé par leur aumônier, le père Emmanuel Coquet, recteur de Saint-Joseph des Carmes. Pour accéder à cette église de la rue de Vaugirard, il faut passer par l’entrée de la Catho rue d’Assas. Là, c’est la surprise devant une façade monumentale. Mais dans le silence du marbre et des tableaux d’un autre temps dort une présence inattendue. Il est vrai que la Sorbonne est toute proche. Il est vrai qu’à deux pas de là, rue Saint-Sulpice, en 1833, six étudiants ont décidé de s’associer pour porter des bûches aux pauvres du quartier. Ils ont donné naissance ce soir-là à la Société de Saint-Vincent-de-Paul. En la crypte de Saint-Joseph des Carmes, repose Frédéric Ozanam. Sa présence ici, il la doit à une vision de sa femme Amélie. Aujourd’hui, les bénévoles aiment se retrouver là. Auprès de leur fondateur. La soirée fait d’ailleurs office de pèlerinage. Elle se termine une cinquantaine de marches plus bas autour du tombeau. « Dieu d’amour, nous t’implorons de nous aider à sauvegarder et perpétuer, dans leur authenticité originelle, l’esprit et la vision du bienheureux Frédéric afin de nous guider dans la poursuite de son rêve “d’enserrer le monde entier dans un réseau de charité” », dit la prière lue par tous les confrères pour obtenir la canonisation de cet intellectuel catho passé à l’action.
La charité, pas qu’une fibre, un lien social
« Le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes. » En dépit d’un sourire appuyé, Laurence a vite fait de rappeler l’évidence. « Amis d’amis ou proches, quand on réfléchit, on en connaît tous. » La jeune Parisienne confie : « Ma voisine du dessous s’est suicidée. » Pour cette habituée des visites à domicile, le désespoir des personnes seules, âgées, à la dérive, ce n’est pas de la théorie. Les jeunes confrères des conférences parisiennes ont l’esprit pratique. Puisqu’ils ne savent où trouver ni comment rejoindre ceux que taraudent les plus noires pensées, ils montent une veillée d’ardente supplication pour leurs frères désespérés. C’est ainsi que les Vincentian Intensive Prayer sont nées pour rejoindre tous ceux que « nos pieds ne peuvent approcher et que nos mains ne peuvent servir autrement que jointes ». Et comme la charité n’est pas moribonde dans le cœur de ces trentenaires, la réponse ne s’est pas fait attendre. Aussitôt dit, aussitôt fait.
En septembre dernier, le constat, en novembre, la première veillée. Et dès la première édition de cette prière spéciale, Caroline a vécu une étrange coïncidence. Cette brunette enchaînait ce soir-là V.I.P. et écoute téléphonique. À son arrivée dans le local de SOS Prière, une fois quitté Saint Joseph-des Carmes, elle remarqua parmi les intentions recopiées dans le cahier des écoutants le message d’une personne exprimant le désir d’en finir. L’appel était enregistré à l’heure où débutait la soirée V.I.P. « On n’a pas eu de nouvelles après. On ne sait pas si cette personne est passée à l’acte ou pas, mais bon on n’en a pas tous les jours des appels comme ça ! Ça nous a encouragés à continuer… », commente la jeune femme qui s’est empressée de rapporter la coïncidence aux bénévoles.
Les V.I.P., ce n’est pas une utopie.
À l’unanimité, les jeunes en témoignent : ces soirées de prière les soudent. Ces pauses permettent aux différentes conférences parisiennes de se rencontrer et de mieux se connaître. « De l’amitié naissent plein de projets ! C’est d’ailleurs l’intuition d’Ozanam, poursuit Caroline, les projets qu’on ne ferait jamais seul se réalisent quand on est plusieurs. » Après la prière, il y a un repas. Et après les nouvelles et les infos, ce sont les pizzas et les tomates cerise qu’on échange.
À tous ceux qui croient que la Conférence Saint-Vincent-de-Paul est une veille dame digne de vénération, les V.I.P. démontrent que la charité est toujours jeune !




























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