Le dimanche de Pâques 2005, à l’Angélus, Jean Paul II est apparu à sa fenêtre sur la place Saint-Pierre. Une brève allocution était préparée. Il ne put la prononcer et demeura silencieux, la douleur figeant son visage. Les images de cet instant firent le tour du monde. Elles furent les dernières de ce pape qu’on appela vite "Jean Paul II le Grand".
Jean Paul II n’avait pourtant pas fini d’adresser à l’Église et au monde une ultime parole. C’est le samedi 2 avril 2005 au soir, qu’il la prononça, "non loquendo sed moriendo" - non en parlant mais en mourant, comme le rappelle la liturgie des saints innocents.
Les chrétiens ont peut-être remarqué que le pape mourait à la vigile du jour qu’il avait institué pour célébrer la Miséricorde divine. Cependant, si, grâce aux médias, le 2 avril 2005 fut remarqué dans le monde entier, peu comprirent qu’une parole fut prononcée ce jour-là sur la miséricorde.
Pourtant, cette ultime parole ne demeure-t-elle pas celle du successeur de Pierre, chargé de "confirmer" ses frères dans la foi (cf. Lc 22, 32) ? Le pape qui donna une encyclique sur Dieu riche en miséricorde meurt le jour qu’il a consacré à la Divine Miséricorde. Quel est le sens de cette "parole" sur la miséricorde ?
Qui vaincra le mal ?
Jean Paul II eut une vive conscience du service universel de sa charge de successeur de Pierre. Il a confié que ses deux premières encycliques (Le Rédempteur de l’homme et Dieu riche en miséricorde) venaient de son expérience pastorale en Pologne. Quelle est cette expérience polonaise ?
D’abord la Seconde Guerre mondiale. Il en a souvent parlé comme d’une expérience personnelle. Ouvrant l’année 2000, il s’adresse aux ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège : "Celui qui vous parle a été le compagnon de route de plusieurs générations du siècle qui vient de s’achever. Il a partagé les dures épreuves de son peuple d’origine comme les heures les plus sombres vécues par l’Europe." Faut-il rappeler les dates ? Le 1er septembre 1939, le jour où les troupes du troisième Reich envahissent la Pologne, Karol Wojtyla a dix-neuf ans. Comment sa mémoire ne serait-elle pas habitée par ce drame inouï qui s’est abattu sur l’homme du vingtième siècle ? Devenu successeur de Pierre, il ne peut oublier qu’il vient de cette Pologne. Mieux, son expérience de fils de la Pologne devient par là même un bien de l’Église universelle.
Ce message a été pour moi d’un grand soutien
Jean Paul II a mûri sa réflexion en Pologne où le mal a déferlé avec une violence inouïe : comment arrêter le mal ? Qui s’opposera au mal ? La réponse est claire : la Miséricorde ! Elle lui est donnée par une humble religieuse de Pologne.
L’ancien séminariste, prêtre et évêque de Cracovie appréciait particulièrement sœur Faustine. Au soir de sa vie, il fit part de sa proximité spirituelle avec elle : « Jésus, j’ai confiance en toi ! Telle est la prière simple que nous a enseignée sœur Faustine et, qu’à chaque instant de la vie, nous pouvons avoir sur les lèvres. Combien de fois, moi aussi, en tant qu’ouvrier et étudiant, puis en tant que prêtre et évêque, à des périodes difficiles de l’histoire de la Pologne, ai-je répété cette simple invocation, en constatant son efficacité et sa force." Hélène Kowalska, devenue sœur Marie-Faustine du Très Saint Sacrement, meurt à l’âge de trente-trois ans, le 5 octobre 1938. Karol Wojtyla a alors dix-huit ans. Dans son journal, elle attribue un souhait à Jésus : "a fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques." Le 18 avril 1993 et le 30 avril 2000, c’est-à-dire le premier dimanche après Pâques, Jean Paul II la béatifie puis la canonise. En 1997, il est en Pologne devant le tombeau de la bienheureuse Faustine : "C’est d’ici qu’est parti le message de la Divine Miséricorde que le Christ lui-même a voulu transmettre à notre génération par la bienheureuse Faustine. [...] Le message de la Miséricorde m’a toujours été cher et familier. C’est comme si l’histoire l’avait inscrit dans l’expérience tragique de la Seconde Guerre mondiale. En ces années difficiles, il a été mon soutien particulier et une source inépuisable d’espérance, non seulement pour les habitants de Cracovie mais pour toute la nation. Telle a été aussi mon expérience personnelle, que j’ai apportée avec moi sur le Siège de Pierre et qui, en un sens, dessine l’image de ce pontificat."

Au cours de son homélie pour la canonisation de sœur Faustine, Jean Paul II dévoile son intention : "Jésus s’incline sur toutes formes de pauvretés humaines, matérielles et spirituelles. Son message de Miséricorde continue de nous atteindre à travers le geste de ses mains tendues vers l’homme qui souffre. [...] Je le transmets à tous les hommes pour qu’ils apprennent à connaître toujours mieux le vrai visage de Dieu et le vrai visage de leurs frères."
Plus loin, le pape souligne qu’ "il est important que nous recevions entièrement le message qui provient de la Parole de Dieu en ce deuxième dimanche de Pâques qui, désormais, dans toute l’Église, prendra le nom de “dimanche de la Miséricorde Divine”." Que dit la Parole de Dieu ? La lecture de la Bible apporte une telle lumière sur la Miséricorde !
Chaque homme est l’enfant bien-aimé du Père
Le livre de l’Exode dans l’Ancien Testament rapporte cette découverte de Moïse : Dieu est "miséricordieux" (ch. 34). Le peuple d’Israël a ainsi prié son Dieu (psaumes 51, 86, 102, 103, 111, 145). Jésus explique mieux que personne cette Miséricorde dans la parabole de l’enfant prodigue. Mais c’est surtout par ses actes qu’il en témoigne. Sa croix révèle "totalement" la miséricorde.
Jean Paul II nous a demandé de relire la Bible pour y découvrir le vrai sens de la miséricorde : elle "valorise" et "promeut" chaque personne. Elle fait passer de la mort à la vie. Le pardon de Dieu n’humilie pas mais relève avec amour. Il n’oublie jamais que chaque homme est son enfant bien-aimé ! Le pape nous invite alors à devenir miséricordieux les uns envers les autres. Loin d’humilier ou d’offenser le faible, l’attitude de miséricorde est réciproque. Elle crée des relations authentiques où chacun est valorisé et... heureux. "


























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