L’Eucharistie qui m’a le plus marqué s’est passée il y a plus de vingt ans. Un prêtre, père blanc, m’avait emmené visiter des chrétiens algériens dans des villages de Kabylie. C’était un dimanche, le dimanche des Rameaux. Dans un village, le prêtre ne se rappelait plus très bien si des chrétiens vivaient là ou pas. Aussi, il se renseigna auprès des habitants qui nous indiquèrent une femme. C’était une vieille femme oubliée de tous, comme à l’abandon de l’Église. Elle demanda au prêtre si elle pouvait avoir une messe.
Au milieu des ruines
J’ai vu alors cette vieille femme mettre un peu de rouge sur les lèvres, se coiffer et s’habiller pour aller à la rencontre de son Dieu. Je ne sais combien d’années elle avait attendu ce moment, immergée dans cette population musulmane. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle voulait vivre cette rencontre dans son église de village.
Le décor de cette rencontre ne ressemblait pas à une assemblée des JMJ ou à l’édifice d’une cathédrale mais à une chapelle abandonnée et en ruine, sans toit, sans autel, sans siège pour s’asseoir. Le peu d’objets de valeur existant avait été pillé.
Le prêtre a alors improvisé un autel, il a sorti de sa sacoche une étole et le strict nécessaire pour célébrer. Le frère, la vieille femme et moi-même, nous nous sommes assis sur des pierres tombées de la voûte de l’Église afin d’accueillir le Dieu de la vie.
Une famille musulmane, très pauvre, habitait dans ce qui restait de la sacristie qui jouxtait l’église. Pendant que nous célébrions, les enfants de cette famille s’agglutinaient et nous regardaient par la porte donnant sur la chapelle. Aucun d’eux ne parlait le français et ne comprenait ce que nous disions, ni la Parole de Dieu que nous proclamions. Ils étaient étonnés de nous voir agiter nos ramures d’olivier, recevoir un petit bout de pain et boire à la même coupe.
Ma plus belle Eucharistie
Quel contraste pour ce dimanche des rameaux où le roi des rois monté sur un petit âne est acclamé par une foule… de trois personnes dans une église en ruine ! C’est ma plus belle Eucharistie, elle est gravée dans ma mémoire et mon coeur.
Depuis, cette vieille femme est morte. Le prêtre a été assassiné par des extrémistes musulmans.
Mais le village a connu des conversions massives par l’intermédiaire d’autres témoins.
Je crois que cette Eucharistie en est la source.




























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