Gynécologue obstétricienne, j’ai décidé de ne plus poser de stérilet. En effet, ce dernier empêche la nidation dans l’utérus d’un embryon formé cinq jours plus tôt dans l’une des trompes. Il a donc un effet abortif.
Autant il m’a été relativement facile dès le début de mon internat, malgré un climat hostile, de refuser de participer à tout avortement volontaire, autant cette décision de ne plus poser de stérilet a été difficile et longue à prendre. J’avais peur. Peur d’être jugée par mes confrères et ainsi désavouée. Peur d’être jugée trop extrême par mes patientes qui risquaient de ne pas comprendre mon revirement et de ne plus me faire confiance, avec la sanction possible de changer de gynécologue. Je me sentais seule pour mener ce combat. Dieu, dans son infinie patience, a attendu que ma conscience s’éclaire, se forme et que je touche du doigt, dans ma vie d’épouse et de mère, combien sa grâce me précède toujours.
Lors d’un colloque de bioéthique organisé par Amour et Vérité [1], à Paray-le-Monial, le prêtre qui m’a accueillie dans le sacrement de la réconciliation m’a dit une parole déterminante : cette décision de ne plus poser de stérilet, je ne la prenais pas contre mes patientes mais pour leur bien. L’Esprit Saint me soufflait que c’était aussi pour le mien. Je ne pouvais pas défendre la vie, l’encourager, la soigner et sciemment poser un stérilet entraînant, dans le cas où il y a eu fécondation, un avortement à l’insu de la femme.
Au retour, la première patiente qui se présenta venait pour que je remplace son stérilet… Comprenant que je ne devais pas remettre la décision à plus tard, je lui ai expliqué pourquoi désormais je n’en poserai plus. Elle me répondit que je lui compliquais la tâche mais que, malgré tout, je restais sa gynécologue. Aujourd’hui, je continue à évoquer le stérilet avec mes patientes tout en les informant sur son mode d’action. C’est l’occasion pour moi de partager avec elles mon émerveillement devant ce mystère de la physiologie féminine et de la fécondation. Dès l’instant précis où le spermatozoïde pénètre l’ovule, tout est lancé dans le continuum physiologique entre le zygote, l’embryon, le fœtus puis le bébé à la naissance, l’enfant et l’adulte jusqu’à sa mort.
Certaines de mes patientes sont choquées. D’autres respectent mon choix sans changer le leur, d’autres encore changent leur façon de comprendre et de gérer leur fertilité. Certaines me confient leur fardeau de devoir supporter seule la contraception. Je pense en particulier à celle qui m’a avoué en larmes avoir compris qu’elle n’était qu’un objet sexuel pour son mari. Dans tous les cas, un espace nouveau et libérateur de parole s’ouvre sur le corps, la fertilité, la sexualité, le sens de la vie et j’en rends grâce en secret. Je rends grâce au Christ, seul médecin véritable de nos corps et de nos âmes, de me conduire sur ce chemin.



























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