
Avez-vous déjà cliqué sur le site du Cybercuré ? Vous savez, celui qui a réponse à toutes vos questions sur l’Église... Derrière votre écran, il y a ce petit homme vif, au regard aussi perçant que celui d’un aigle à l’affût : le père Raymond d’Izarny, 89 ans, à la retraite depuis une dizaine d’années. À la retraite peut-être, inactif sûrement pas.
« Ce n’est pas parce que je ne suis plus sur le terrain que je ne dois plus annoncer le Christ ! », vous lance-t-il, tout de go. Le ton est donné : cet homme a la carrure de l’évangélisa- teur que rien n’arrête. Son apostolat, il le vit aujourd’hui sur Internet, depuis son foyer de “la Solitude”. Un joli paradoxe lorsqu’on reçoit des centaines de milliers de visites. « Lorsque j’étais professeur au séminaire de Nantes ou d’Issy-les-Moulineaux, j’avais une centaine d’élèves. Curé des paroisses d’Issy, je suis passé à un millier de paroissiens. Maintenant, je compte un million de visites par an sur Internet ! »
Connecté avec son temps
Ce projet d’évangéliser par Internet est le fruit d’une longue histoire. Elle commence lorsque le père d’Izarny prend sa retraite à 76 ans. Faire un site Internet, la chose n’était pas aisée, surtout quand on ne connaît rien à l’informatique. Mais il en fallait plus pour le décourager, lui qui pianote lentement de sa seule main valide (la gauche) : « J’ai tout appris à 78 ans... en autodidacte. » Désireux de témoigner de la vocation du prêtre, il envisage de créer un site pour parler du sacerdoce. Les chiffres des visiteurs ne décollent pas. Au même moment, son entourage le presse de questions sur le dernier livre à la mode : le Da Vinci Code. « Je n’avais pas du tout envie de le lire, et encore moins d’en parler ! », reconnaît-il, un sourire aux lèvres.
« Mais je me suis rendu à l’évidence : c’est sur des questions actuelles que je devais baser mon site et non pas sur mes propres idées. Résultat : 10000 visites en une journée ! » Sa démarche change alors et il présente un nouveau projet au service communication de son diocèse (Nanterre) : répondre aux gens éloignés de Dieu sur les questions qu’ils se posent sur l’Église et les sacrements. Mgr Daucourt donne son feu vert. « Hier (mercredi des Cendres, N.D.L.R.) le compteur m’indiquait 3000 connections pour le mot Carême ! »
Mais Internet n’est pas seulement pour le père Raymond un outil d’évan- gélisation. C’est aussi un moyen de se convertir. Entendez « me convertir ». « J’ai appris que renoncer à son projet, c’était se mettre à l’écoute des autres. Renoncer à ma façon de faire, c’était écouter ce que le Seigneur voulait que je fasse. Et la conversion est à faire tous les jours ! » C’est ainsi que notre cybercuré a ajusté son langage, s’est ouvert à des sujets auxquels il n’imaginait pas s’intéresser. Via la FAQ (foire aux questions), on lui pose des questions très précises. Et parfois surprenantes. « Puis-je faire débaptiser mon enfant ? », « Comment faire un aussi bon carême que le ramadan des musulmans ? »
À chaque fois, le père Raymond cherche à comprendre pourquoi cette question est posée, y répond personnellement. Des conversions ? « Pas directement, non. Car pour cela, il faudrait une vraie rencontre, vivante. Mais les idées fausses tombent, les gens se font une meilleure idée de l’Église car ils la comprennent. » Un drôle de pari... Mais de toute évidence, il est tenu.



























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