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Banlieues, comment sortir du ghetto ?

Hubert de Torcy, rédacteur en chef

Cyril est éducateur de rue depuis dix ans et responsable des associations « Le Rocher ». Avec sa femme, il a fait le choix d’habiter au cœur même des cités, à Bondy puis à Toulon. Il revient sur la flambée de violence dans les banlieues.

Imprimer cet article Ecrire à l'auteur Il est vivant ! 6 décembre 2005
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Qui commet ces exactions ? Est-ce que ce sont Des cités entières qui s’embrasent ou seulement quelques voyous organisés en bande ?

Une minorité de voyous, pour la plupart déjà connus des services de police, commet les exactions. Mais dans la cité, tout le monde les soutient. Il y a une sorte de haine ambiante. Brûler des voitures est pour eux une occasion de « déconner ». Si le calme revient, ce n’est pas parce qu’on a mis en place un couvre-feu mais uniquement parce que cette communauté informelle que constitue chaque cité a dit « stop », en prenant conscience que les victimes au quotidien sont les habitants des cités eux-mêmes et leurs propres enfants.

Pensez-vous que l’Islam soit lié à ces événements ?

Non. Les islamistes sont assez peu nombreux dans les cités. Et même si la majorité des jeunes sont issus de l’Islam, très peu sont pratiquants. Mais ce qui domine, c’est surtout la fierté d’être musulman, au sens identitaire. Rien n’interdit toutefois de penser qu’un jour ou l’autre, ces bandes disparates ne trouvent dans ce commun dénominateur qu’est l’Islam un moyen de s’organiser et de se fédérer. C’est ce qui risque de se produire si notamment, on laisse les associations islamistes seules sur le terrain. Le ghetto culturel se renforcera et se radicalisera plus encore et dans cinq ou dix ans, ce n’est pas une émeute qu’il faudra affronter...

Selon vous, quelle est la cause profonde des événements qui ont mis feu aux banlieues ?

Les causes sont nombreuses bien sûr mais d’après moi, ces émeutes viennent sanctionner vingt-cinq ans d’erreurs politiques qui ont conduit à transformer le « ghetto des murs » en « ghetto culturel ».

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis des années, l’État s’efforce d’acheter la paix sociale dans les banlieues en injectant de l’argent dans des associations au profit d’une idéologie dominante : la « politique du grand frère ». Le « grand frère », c’est ce jeune issu du quartier qui monte dans sa cité un projet susceptible d’occuper et de fédérer d’autres jeunes, autour d’une association subventionnée par la collectivité. Or, être « grand frère », ce n’est ni une vocation ni un diplôme. On ne s’improvise pas éducateur. Bien souvent, dans son quartier, le « grand frère » a déjà une étiquette. Certains sont des dealers notoires et on les embauche comme animateurs. Ils deviennent des modèles de réussite pour les jeunes. Et même si c’est un « mec nickel » qui est embauché, il ne peut s’empêcher de favoriser sa communauté d’origine... Selon moi, cette politique n’est pas adaptée. Si des jeunes veulent travailler dans le domaine éducatif et social, envoyons-les dans d’autres quartiers après les avoir formés et favorisons la mixité des acteurs sociaux. Sinon, chacun transmettra sa propre culture. Comment, dans ces conditions, espérer qu’ils puissent s’intégrer à notre culture française, qui, n’en déplaise à certains, est avant tout une culture judéo-chrétienne ? Petit à petit, on a ainsi favorisé l’émergence d’un ghetto culturel où l’on hait la France et où le qualificatif « français » devient une insulte...

Voyez-vous une solution ?

La première chose, ce serait de réaliser un audit des financements publics. Où va l’argent ? La deuxième chose, capitale à mon sens, est de casser le ghetto culturel en proposant les valeurs qui sont les nôtres. Et là, la difficulté n’est pas mince car cela suppose que les éducateurs de rue et les travailleurs sociaux aient quelque chose à proposer. Dans le relativisme et le nihilisme ambiant, qui ose encore affirmer des valeurs fortes sinon les chrétiens eux-mêmes ? Je ne prendrai qu’un exemple. La notion de pardon dans les cités n’existe pas. Pour pouvoir adhérer à ces valeurs, il faut aux jeunes des interlocuteurs qui « transpirent » ce qui constitue le terreau de notre propre civilisation. De ce point de vue, les associations chrétiennes ont un rôle irremplaçable sur le terrain. Le risque, en ne favorisant que la présence d’associations culturellement musulmanes, est de renforcer encore le ghetto culturel. Il est donc capital que des gens de l’extérieur viennent dans les cités rencontrer ceux qui y vivent. Ils n’y sont pas habitués. En général, ils restent entre eux, parce qu’ils ont peur de ce monde extérieur qu’ils ne connaissent pas. Si d’autres personnes viennent à leur rencontre, le ghetto peut commencer à s’effriter.


En savoir +

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Décembre 2005 - N°222