L’adolescence est déterminée par la puberté qui est une période de grande transformation physique mais également psychologique au cours de laquelle le garçon comme la fille vont vivre une profonde métamorphose. Cette mutation entraîne bien souvent de nombreuses angoisses chez l’adolescent parce qu’il devient étranger à lui-même et aux autres. D’autre part, le besoin d’autonomie, nécessaire à cette époque mais difficile à acquérir, est un facteur de vulnérabilité. Il peut entraîner parfois des troubles du comportement tels que l’anorexie. « J’avais changé et je détestais mon corps », souligne Laetitia, 18 ans. « Je me sentais laide, déprimée, alors j’ai décidé de maigrir. Quelques mois plus tard, je pesais 36 kg, je perdais mes cheveux et je n’avais plus aucune force. J’étais devenue anorexique. »
Les « maux » pour le dire
L’anorexie, qui existait déjà dans l’antiquité gréco-romaine, vient du grec anoreksia signifiant “sans désir, sans appétit”. Elle consiste en une lutte acharnée contre la faim jusqu’à ce que mort s’ensuive si rien ne vient arrêter le processus. Elle touche souvent des adolescentes brillantes intellectuellement, qui tout à coup se mettent à maigrir de façon spectaculaire. “J’avais 16 ans, explique Eléonore, et mes copines se moquaient de mes quelques kilos superflus. Je me sentais mal dans ma peau, alors j’ai décidé de faire un régime. Et puis ça arrive comme ça. Le sentiment de toujours pouvoir en faire plus, c’est-à-dire de manger toujours moins. On a l’impression d’une puissance intérieure qui grandit alors que toutes nos forces physiques déclinent.” L’adolescente, en effet, est prise dans un processus qu’elle ne contrôle pas et qui peut avoir d’importantes conséquences psychologiques car il agit comme une véritable drogue. Il est donc primordial de consulter un spécialiste dès la venue de signes précurseurs. “Grâce à une hospitalisation et un suivi thérapeutique, poursuit Eléonore, j’ai pris conscience de mon état et du rapport que j’entretenais avec mon corps.”
Disparaître pour « être »
L’anorexie ne relève pas d’une cause unique. Elle est la résultante de facteurs à la fois biologiques, psychologiques et environnementaux. La société actuelle valorise à outrance la minceur ainsi que la maîtrise du corps. Les jeunes filles, perturbées par leurs modifications corporelles sont très sensibles à ce genre de message. D’autre part, il est parfois difficile de faire le deuil de son corps d’enfant et d’accepter un corps sexué porteur d’une nouvelle identité. La jeune fille anorexique, en refusant de nourrir son corps, tente de maîtriser celui-ci et s’écarte du plaisir alimentaire, ainsi que de tout autre plaisir.
Enfin, au moment de la difficile accession à l’autonomie, l’anorexie est une tentative de lutte contre diverses formes de dépendance. L’anorexie n’est donc pas une tentative pour disparaître, mais plutôt une recherche désespérée d’exister par et pour soi-même.



























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